‹ L'Assistance par le travail en FranceChapitre 64 sur 144 · Lamartine, loc. cit. p. 122, t. II · texte numérisé non relu

Lamartine, loc. cit. p. 122, t. II

2. Garnier-Pagès. Histoire de la Révolution de 1848, t. VI, p- 148.

blir l'aumône que de la convertir en rémunération d’un travail utile pour le pays » (4). Ils étaient bien, en effet, des ateliers de charité où l’on donnait une sorte d'aumône:; mais celte institution avait été faussée dans son principe par l'hypocrisie des membres du gouvernement.

Une des appréciations les plus utiles à retenir est celle du ministre qui fut chargé de l’organisation de ces fameux ateliers, M. Marie, ministre des travaux publics. Il n’y voyait pas seulement un expédient nécessaire, mais une organisation utile. Voici comment il s'exprime à cet égard « après la Révolution presque tous les ateliers se fermaient, les ouvriers étaient sans ouvrage et sans pain... Les mauvais ouvriers faisaient violence aux bons... Il y avait une organisation à tenter... [l s'agissait de décentraliser cette masse inquiétante ; on devait enrégimenter les ouvriers sans ouvrage et leur en donner » (2). Et il ajoutait : « Cétail tout simplement l’aumône organisée ». Suivant M. Marie les ateliers avaient doncun Se but.

1° Un but de police pour empècher les mauvais ouvriers de faire violence à ceux qui désiraient

1. Circulaire du Ministre de l'Intérieur aux commissaires dans les départements. Moniteur, 25 mars 48. Ce n'était qu’un mois après leur création qu’on commençait à avouer leur véritable caractère et encore se donnait-on bien garde d’en parler devant le peuple.

2. Rapport fait au nom de la Commission chargée de l’enquête sur l'insurrection qui éclata dans la journée du 23 juin etsur les événements du 45 mai. Tome I, p. 318, déposition de M. Marie.

continuer de travailler et désagréger «cette masse inquiétante », celle pourtant qui avait fait la Révolution :

2° Un but charitable en organisant l'aumône et la déguisant sous le nom de salaire.

Le gouvernement ne comptait donc pas remplir sa promesse du 25 février de: « garantir l'existence de l’ouvrier par le travail » et « du travail à tous les ouvriers »; pas un des membres du gouvernement ne fait allusion à ces engagements contenus dans leur proclamation.

On avait bien proposé au peuple de lui donner 1 fr. 50 par jour comme à la garde nationale; il refusa « noblement » en déclarant que c'était pour obtenir du travail et non l’aumône qu’il s'était battu. Ce fut pourtant une aumône qu’on lui donna, car la rémunération qu'il reçut ne correspondait pas à un travail réel et productif.

La révolution, qui s’était faite au cri de « Vivre en travaillant ! Mourir en combattant ! » se voyail maintenant reniée par les premiers hommes politiques auxquels elle confiait sa destinée.

M. Marie, qui, aux premiers jours félicitait les ouvriers de vouloir « vivre honorablement par le travail » et leur assurait tous les concours du gouvernement, M. Marie, en fondant les ateliers, ne cherchait qu’à organiser l’aumône.

Quand M. Marie alla visiter les ateliers le 28 mars pour montrer sa sympathie aux ouvriers qui ÿ travaillaient et les encourager au labeur, il y fut reçu avec enthousiasme : des délégués vinrent le remercier de sa sollicitude par des discours enthousias-

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tes auxquels le ministre ne faisait qu’applaudir. Le citoyen Arthur Bautan, pour n’en donner qu’un exemple, s’exprimait en ces termes. « Vous avez compris aussitôt que la volonté du peuple vous a appelé au poste que vous occupez d’une manière si digne, qu’en conquérant sa liberté, il avait aussi le droit de vivre. Votre première pensée a donc été de lui en fournir les moyens, et, depuis ce jour, pas un de nous n’a eu l’amère douleur de se voir obligé de refuser du pain à ses enfants. Vous avez fait plus encore, vous avez compris que le peuple qui, après avoir. chassé la royauté s'était promené dans ses palais en dédaignant Îles richesses et les trésors qui s’y trouvaient, et qui étaient le produit de son sang ; que le peuple, dis-je, ne voulait pas vivre d'aumône, et, dans ce but, vous avez créé des ateliers nationaux dans lesquels ont été admis tous les ouvriers sans ‘travail. Par ce moyen, chacun gagne par son travail la rétribution que la nation leur accorde (1) ». La réponse du ministère est digne d’être notée, elle montre une fois de plus l’inanité des promesses qui étaient faites au peuple. — « Oui de cœur et de raison, disait le ministre, nous voulons tous réaliser ces améliorations dans la condition des travailleurs, que la République vous promet, et que la République seule vous donnera. J'aime mieux les actes que les paroles, surtout quand il s’agit du sort des ouvriers ; eh ! bien, je vous le dis, tous mes efforts, depuis que votre volonté m'a appelé à l'honneur de servir la patrie,

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