Mahul, Carlulaire, t. VI
ladre de se mettre pour demander l’aumône dans une loge située sur le bord de la route et d’où, à l'aide de cliquettes, il pouvait attirer l'attention des passants: n’était pas appliquée. Les ladres, du moins au début, pouvaient sortir de Jeur établissement, se promener dans la campagne et même pénétrer dans la ville. JIs pouvaient se marier entr'eux ou avec des malades des maisons de Castelnaudary,de Toulouse, de Narbonne et même d’autres lieux.
Cette liberté ne dura pas. En 13ar, la population de Carcassonne était à peine remise de la sérieuse alarme causée par l’arrivée dès Pastoureaux, que des rumeurs sinistres, un de ces bruits populaires qui naissent on ne sait comment, furent répandues dans la ville, Une maladie contagieuse fil de nombreuses victimes dans la contrée, et les lépreux dont le nombre était considérable à cette époque, furent ‘accusés d’avoir empoisonné les puits, les fontaines et même les rivières avec une drogue composée de sang, d'urine, d'herbe et d’une hostie, le tout séché et pulvérisé.
Ïl y avait plusieurs versions de ce complot. Certains racontaient que les Juifs, outrés des mauvais traitements que leur avaient faits subir les Pastoureaux, avaient engagé les lépreux à accomplir ce projet décidé depuis fort longtemps. D’autres,que le roi mahométan de Grenade voulait détruire la chrétienté par l'intermédiaire des Juifs; mais ceux-ci suspects aux chrétiens et ne pouvant pas accomplir cel acte eux-mêmes,s’élaient servi des lépreux, à qui
ils avaiént offert de grosses sommes d'argent. Les lépreux séduits par l’argént, et désireux de changer
leur condition, avaient tenu quatre assemblées géné- ralés où avaient siégé les délégués de toutés les léposéries; ils voulaient à leur tour devenir les maitres de ceux qui n'étaient pas malades et s'emparer de leurs terres. ei
nl est inutile dé dire que tous ces bruits étaient sans fondement ; cependant dits à la torture, on obtint plusieurs aveux.
La persécution éclata vers la fête de Saint Jean- Baptiste, tous’ les lépreux furent enveloppés dans une terrible proscription et sans attendre les ordres du roi de France, Philippe le Long, on en fit périr un grand nombre dans les tourments qu'on faisait subir à ceux qui étaient accusés de sorcellerie. Le roi approuva cet act et donna l’ordre d'exécuter les plus coupables de ceux qui restaient. Les lépreux convaincus, hommes ou femmes furent brûlés vifs, seulément pour les femmes enceintes on attendit après l'accouchement. Les autres ladres qui n’avaient pas avoué, furent condamnés à une clôture pérpétuelle,les hommes séparés des femmes (Ordonnances de Ch. IV. au Sénéchal de Carcassonne, juillet 1322) (1).
Quant au Juifs, qui étaient accusés de complicité avec les lépreux, ils furent traqués comme des bêtes