HOSPICE ET MAISON D'EDUCATION DE BEALJON
La paroisse de Saint-Pli ilIppe-dn-Roule fut dotée par le financier Beaujon d'une maison destinée à l'éducation et entretien de 2/1 enfants pauvres, 19 garçons et 12 filles, qui y entraient à six ans, en sortaient à douze et recevaient 600 livres pour payer leur apprentissage; ils étaient instruits, nourris et vêtus aux frais de l'établissement, par les soins des sœurs de charité, sous la direction spirituelle du curé de Saint-Pliilippe- (lu-Pioule; un revenu de 95, 000 livres subvenait largement à toutes les dépenses. Cette maison fut transformée en hospice et devint l'hôpital Beaujon.
L'hôpital Sainte-Catherine, situé rue Saint-Denis, à l'angle de la rue des Lombards, était après l'Hôtel-Dieu le plus ancien établissement hospitalier de la capitale; on fait remonter sa fondation au xn*^ siècle; son premier nom connu est celui d hôpital des pauvres de Sainte-Opportune, parce qu'il avait été institué en faveur des pèlerins qui se pressaient en foule dans l'éghse de cette sainte. A l'origine, cette maison était desservie par des frères et des sœurs, sous la direction d'un maître, mais, à partir du xvi^ siècle, l'administration en fut exclusivement confiée à des religieuses de l'ordre de Saint-Augustin, au nombre de trente, tant religieuses que novices. Pour être exact, l'hôpital Sainte-Catherine n'avait nullement le caractère d'un hôpital, c'était une maison charitable où se pratiquait l'hospitalité pour les femmes et filles sans condition, qui y étaient logées et nourries pendant trois jours. On y recevait également les personnes arrivant de province à Paris pour leurs affaires et qui n'avaient pas le moyen de se procurer un asile coûteux. Les filles qui venaient coucher s'assemblaient tous les
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soirs sous le porche de l'hôpital. Au-dessus de la porte extérieure se voyait une statue de sainte Catherine, œuvre de Thomas Regnaudin, qui en fit présent en 170/1. D'après la déclaration des hiens, revenus et charges de l'hôpital Sainte- Catherine, présentée le 26 février 1790 à la Municipalité par l'abbé Rossignol, ancien chanoine du Saint-Sépulcre, maître et administrateur de cette maison ('', les recettes se montaient à 88,091 livres 9 sols et les dépenses à 88,869 li^^'^^' ^^ ^I^i semblait indiquer une situation assez prospère, puisqu'il y avait un excédent de recettes de 4,729 livres 2 sols, mais en réalité l'hôpital se trouvait très obéré et devait : 1" à des entrepreneurs et ouvriers, pour des travaux nécessités par la vétusté des bâtiments, 58,852 livres; 2° à divers marchands, pour fourniture de vin et de bois, 16,1 25 livres; ensemble 7/1,977 livres, et ne pouvait faire figurer comme ressources éventuelles qu'une somme de 16,695 livres pour loyers arriérés.
Le 20 avril 1790, les Hospitalières de Sainte-Catherine, désirant recevoir une novice dans leur communauté, malgré la suppression des vœux solennels, adressèrent une requête à l'Assemblée nationale ('), ori elles exposèrent les services signalés qu'elles rendaient à la société, en exerçant envers un grand nombre de femmes et de filles l'hospitalité, véritable sauvegarde pour les mœurs publiques, en distribuant journellement à leur porte du pain aux indigents des deux sexes, en assistant des pauvres honteux, en oflVant un asile gratuit et des secours aux femmes dénuées de ressources qui venaient de la province à Paris pour leurs affaires, en donnant tous les jours des aliments à de pauvres enfants qui, par ce moyen, pouvaient apprendre gratuitement un métier auprès d'ouvriers assez charitables pour se prêter à cette bonne œuvre, enfin en se chargeant de faire ensevelir et enterrer aux frais dudit hôpital
''' Cf. le n" 169 du tome I" de '"' Cf. le tome I" de notre recueil,
notre recueil. n* 170.
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tous les morts de la ville et banlieue de Paris, déposés à la basse geôle du Ghâtelet. Si rAssemblée nationale ne put accéder au désir des religieuses relativement à la novice qui ^e proposait de prononcer ses vœux, elle recoiniut toutefois que les motifs allégués pour la conservation de cette maison bospilalière méritaient d'être pris en considération, et l'abbé Rossignol fut autorisé à continuer l'administration de l'iiôpital, non plus, comme par le passé, sous le seul contrôle de l'évèque de Paris, mais sous la surveillance des corps administratifs; conséquemment, il ne pourrait à l'avenir faire fonction d'administrateur et passer de baux qu'en présence et avec l'assentiment de la Municipalité (1).
L'bôpital de Saint-Gervais, autrement dit de Saint-Anastase, avait également une origine fort reculée et remontait, comme celui de Sainte-Catberine, au xn*^ siècle; fondé, paraît-il, en 1171, par un certain Guérin Masson et Harcher, son fds, pour offrir l'hospitalité aux pauvres passants, il se trouvait primitivement rue de la Tixeranderie, près du cimetière Saint- Jean; en 1608, la direction de cette maison charitable fut confiée à quelques sœurs augustines, ayant à leur tête une prieure perpétuelle. Comme les rehgieuses qui y firent profession étaient pour la plupart filles de présidents, de conseillers au Parlement et d'autres gens de qualité, elles apportèrent de riches dots, qui permirent à la communauté d'acheter, en 1 65 5, l'hôtel d'O, rue Vieille-du-Temple, oii l'hôpital de Saint-Gervais fut transféré l'année suivante. Tandis que 1 hôpital Sainte-Catherine recevait les femmes et filles sans asile, celui de Saint- Gervais offrait l'hospitalité aux hommes (-^ et non seulement il
'*' Voir le lome I" de notre recueil , '*' La question de Thospitalit»^ de
n°' 171-176. nuit pre'occupait déjà les esprits à cette
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couchait ses hôtes, mais encore il leur servait un souper consistant en potage, pain et viande les jours gras, et en légumes au beurre les jours maigres, mais cette hospitalité ne devait s'exercer que pendant trois nuits seulement; toutes les ordonnances de police édictèrent la défense formelle de recevoir les pauvres sans asile plus de trois nuits consécutives, dans la crainte de transformer cette maison hospitalière en un dépôt de désœuvrés, qui, ayant tous les jours un souper à discrétion et un gîte, pourraient, à l'aide de quelques rapines, subvenir au surplus de leurs besoins sans travailler. L'Administration voulait à tout prix éviter de faire de cet hospice un ramassis de gens sans aveu, dont le seul métier serait de libertiner et de causer des désordres dans la société. C'est du reste ce qui se ])roduisit à la suite des événements de juillet 1789. Pendant cette année 1789, le nombre des passants qui reçurent l'hospitalité fut doublé; au lieu des i5,ooo ou 16,000 pauvres hébergés habituellement, les religieuses en logèrent 32,238, et en 1790, plus de /io,ooo; elles sulfirent à cette lourde charge sans arriérer les payements de leurs fournisseurs et sans contracter aucune dette, mais en se privant du nécessaire. On peut bien penser que la clientèle ordinaire de cet asile de nuit n'était pas très choisie et qu'il s'y glissait nombre de gens équivoques, aussi la police exerçait-elle aux abords une surveillance toute spéciale. Des agents de la sûreté prenaient le signalement de tous ceux qui, le soir, attendaient l'ouverture des portes, et le lendemain, lors de la sortie, suivaient les individus dont la figure leur paraissait suspecte, se relâchant de leur surveillance s'ils voyaient des malheureux chercher de bonne foi du travail,
époque ; ainsi , dans uneleUre adressée dormant dans la boue, au coin d'une
le 25 décembre 1789 à la Chronique borne, qu'il avait ramassé à 10 heures
de Paris (n° du 2 janvier 1790), du soir, rue Sainte-Hyacinthe, deman-
M. Maurans, secrétaire des districts dait l'établissement dans tous les quar-
réunis du Val-de-Gràce et de Saint- tiers de Paris d'hospices spéciaux pour
Jacques-du-Haut-Pas, à propos de This- mettre à l'abri des intempéries les mal-
toire touchante d'un petit Savoyard, heui'eux sans asile.
ex L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.
mais ne ies perdaient pas de vue s'ils croyaient avoir afliiire à des malfaiteurs; au bout de très peu de temps ils arrivaient à les prendre en flagrant délit; par ce moyen, la police ])urgeait la société de mauvais sujets qui ne pouvaient qu'être nuisibles et dangereux'^^. L'administration liospitalière se préoccupa de remédier aux abus qu'elle avait pu constater; des centaines de personnes se pressaient pour être admises dans l'asile qui n'avait que 60 lits disponibles et entraient très souvent de force; aussi, pour en rendre l'accès plus difficile aux gens sans aveu , l'on proposa d'obliger chaque pauvre passager à se munir préalablement d'un certificat du district du Pelit-Saint-Antoine et à déclarer ses nom, âge, domicile, l'endroit d'où il venait, celui oh il allait, les raisons qu'il avait pour séjourner trois jours à Paris; le certificat en question , visé les deux premiers jours à l'hospitalité de nuit, devait être retenu le troisième jour; il est hors de doute que toutes ces formalités ne pouvaient que gêner singulièrement et écarter les étrangers suspects. Aux termes de la déclaration des revenus et charges des Hospitalières de Saint- Gervais, faite le 27 février 1790, par Charles Marchant-Duplessis, leur mandataire^'-', les revenus de cette communauté, consistant principalement en loyers de maisons et de boutiques, montaient à 89,715 livres i3 sols, les charges atteignaient le chiffre de 89,878 livres h sols 6 deniers; tandis que les 27 religieuses ne dépensaient pour leur entretien et habillement, y compris le blanchissage du linge de l'hôpital et du monastère, que 2,7/10 livres, la nourriture, le chauffage et l'éclairage de leurs hôtes, en prenant pour base le chiffre moyen de i5,ooo à 16,000, coûtaient 98,1 5o livres. Au moment même où les frais occasionnés par l'hospitalité de nuit furent doublés, les ressources de la maison subirent une réduction désastreuse. En effet, les religieuses de Saint-Gervais ne se bornaient pas à leur
^'' Cf. le tome I" de notre recueil, n" 176. <'' Ibid., n" 176.
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lôlo d'Hospitalières, elles se chargeaient encore de l'éducation de jeunes demoiselles, qui payaient /i5o livres de pension par an; au début de l'année 1790 , ces pensionnaires se trouvèrent réduites à cinq, par conséquent ce fut une diminution sensible de revenus. La situation des dames de Saint-Gervais devint tout à l'ait critique en 1791, lorsque la Municipalité décida que les loyers des immeubles appartenant aux Hospitalières ne seraient désormais payés qu'entre les mains de la Municipalité. Elles présentèrent, le 27 avril 1791, une re([uéte aux officiers municipaux, à l'effet de conserver l'administration de leurs biens, invoquant : 1° les décrets de l'Assemblée nationale, qui maintenaient provisoirement les hôpitaux et maisons de charité dans leur ancien état; â" l'urgence de laisser ouvert un hôpital qui recueillait chaque nuit un nombre considérable d'individus sans domicile et sans ressources, qu'on ne pouvait rejeter sur le pavé sans risquer de compromettre la sécurité publique, si l'on envisageait que la maison de Saint-Gervais était à proximité de la rue Saint-Antoine. Malgré l'avis favorable du Comité ecclésiastique et de l'Administration des biens nationaux, qui consentirent à laisser aux Hos])ila]ières la gestion de leurs biens, à charge d'en rendre compte tous les six mois à la Municipalité, le Directoire du Département, aux termes d'un arrêté du 26 mai 1791, repoussa leur demande^'^.
C'est probablement à la suite de cette décision que trois dames Hospitalières de Saint-Gervais, savoir : la prieure Marguerite Floquet du Réals, la maîtresse des pensionnaires Marie- Angélique Noël, et Marie-Charlotte Coignon, secrétaire du chapitre, quittèrent la communauté; procès-verbal de leur sortie fut dressé par la section du Roi-de-Sicile, le 9 juin 1791; la seconde maîtresse des pensionnaires, la dame Méquignon, qui recevait de sa famille une petite pension de 100 livres, était rentrée dans la vie civde au mois de juillet précédent, bien
^'' et", le lotiie 1" de notre recueil, 11' i7y.
exil L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.
qu'elle eût déclaré, le 27 juin 1790, que son intention était de rester dans le monastère et de persévérer dans son état. Du reste, des déclarations analogues avaient été faites par les trois religieuses sorties le 9 juin 1791 ■').