‹ L'assistance publique à Paris pendant la Révolution; documents inédits (volume 2)Chapitre 151 sur 229 · DU RÉGIME DE LA MAISON · texte numérisé non relu

DU RÉGIME DE LA MAISON

Nous avons exposé dans la première partie de notre rapport quelques-unes des précautions employées par les administrateurs pour la conduite de leur maison, une iniirmerie pour les malades, un médecin qu'ils consultent quand ils se défient de leurs propres lumières et de leur expérience, un chirurgien toujours résident à la maison, des appartements commodes et agréables , la jouissance des jardins pour ceux dont l'aliénation d'esprit ne peut être préjudiciable aux autres, des endroits séparés pour les furieux, des promenades et des lieux de communication et d'amusement pour ceux qui en sont susceptibles, une chapelle vaste et commode avec des tribunes pour ceux qui peuvent encore remplir et aimer les devoirs de la religion, un domestique nombreux pour subvenir aux besoins et à la surveillance d'un pension-

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498 L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PAIUS.

nat considérablf", des roligieux écLiirés, formés depuis longtoms à l'exercice des soins et des devoirs les plus pénibles, victimes rpielquefois de leur zèle et d'événements échappés à la sagacité de leur prévoyance; tel entr'autre fut le sort de l'un d'entre eux, au i" novembre dernier, il fut poignardé par un jeune homme qu'une douceur et une tranquilité apparente avait retiré de la maison fermée pour passer dans la maison libre, saisi subitement d'un accès de fureur sans qu'on put en soupçonner une seule cause, il tua son guide qui lui avait prodigué plusieurs fois les soins les plus tendres, tant il est dangereux de se relâcher un moment de la plus stricte vigilance avec les fous, même quand ils ont les apparences les plus pacifiques.

Une nourriture saine et variée. Le soin de la cuisine n'est pas abandonné à des domestiques seuls; un religieux, sous le nom de dépensier, inspecte les cuisines plusieurs fois dans la journée: un autre, sous le nom de directeur, fait distribuer sous ses veux les portions aux malades, qu'il a souvent soin de consulter sur leur goût et qu'il satisfait toutes les fois f(u'il ne les croit pas préjudiciables. Telles sont les précautions et les soins qui forment le régime de la maison confiée aux frères de la Charité, il n'est point de devoir qu'ils ne remplissent à leur égard et dont ils ne donnent l'exemple. Consacrés par état au soulagement de l'humanité, ils commencent et iinissent le jour, sans que les soins les plus pénibles paraissent leur coûter.

Ils admettent dans leur société ceux des pensionnaires qui conservent une lueur de raison, ils ont trouvé les moyens de parler à leurs sens, d'entretenir leur confiance et de suivre quelquefois leurs idées dans le cours de leurs délires.

Outre les promenades particulières, habituelles à ceux qui sont dans la maison libre, il y a des jours et des heures déterminés où l'on conduit dans les jardins ceux dont la situation le permet, enfin ces êtres malheureux, que la nature ou des accidents ont séparés de la grande société, retrouvent dans cet hospice quelquefois la raison jju'ils ont perdu, ou les attentions qui peuvent en diminuer les regrets, en adoucir la calamité, quand le retour à la raison paraît désespéré. S'il en est plusieurs condamnés sans retour, il en est d'autres aussi qu'une expérience plus approfondie pourrait sauver. Les dernières années de ce siècle ont vu se multiplier les prodiges, les muets ont appris à parler, les sourds à entendre et les aveugles à voir. L'œil de la. raison serait.-il

('•Irangor pour toujours, à celui. qui l'a reçu en naissant, à celui qui est né pour elle , ù celui qui par elle lient le premier rang dans l'ordre de la création.

L'expérience nous a bien appris quelques-unes des causes qui troublent les facultés intellectuelles de l'homme, et par l'expérience on a sçu rendre à quelques individus la raison qui les avait abandonnés, peut-être ne faut-il que des établissements destinés à cette recherche, pour s'approcher de plus près de l'abyme qui nous cache l'organisation humaine. Quelques médecins l'ont déjà sondée, Arnold en Angleterre paraît être un de ceux qui aient [le] plus approfondi les causes de la folie et ses remèdes, il a remarqué avec Morgagni (i^\ien général ceux qui étaient attaqués de violente folie avaient le cerveau desséché, et le défaut opposé chez les idiots. Le feu d'une imagination ardente et viciée a-t-il tout desséché dans le maniaque, dans l'autre son absence a-t-elle produit l'engourdissement et l'inertie, effet de la distribution inégalle des fluides, le désespoir peut-être de la médecine et le tableau le plus affligeant pour la nature humaine et surtout pour son orgueil.

Mais Arnold et les autres médecins, faute d'établissements destinés à recevoir uniquement cette classe d'hommes malheureux, n'ont pu se procurer les connaissances que leur aurait donné un plus grand nombre d'expériences. On peut les tenter àCharenton. Qui sait si de ce séjour, si du fond même des afflictions humaines on n'en verrait point sortir 'une ressource contre elles. L'ancien gouvernement, aussi tirannique dans ses moyens que monstrueuv dans ses projets, savait pratiquer l'art inouï d'aliéner la raison des citoyens qu'il n'osait ni perdre, ni sauver. Tout le monde sait que Latude devint presque fou, par une barbarie rafinée on l'avait exposé à voir pendant quelque tems le compagnon de ses infortunes dans un étal affreux de folie, huit jours entiers suffirent à peine pour le rappeller à sa raison. Eh bien! puisque nous avons renversé l'ancien gouvernement et qu'en tout nous prenons une marche (Iiff"érente, tentons un établissement qui offre à l'homme des ressources contre cette maladie si commune et dont les causes sont si peu connues. Le site de la maison de Charenlon, les soins des frères de la Charité, quelques changements dans le régime nous conduiront peutêtre à une découverte qui serait la consolation d'une foule de familles, agrandirait les domaines de la médecine et ferait la gloire de notre siècle.

Si nous nous sommes laissés entraîner dans des réflexions étrangères peut-être à notre rapport, mais qui ne le sont point au sujet que nous traitons , vous nous le pardonnerés sans doute , Messieurs , aurionsnous pu n'accorder à ces malheureux que l'œil stérile de la pitié, l'espérance de les ramener à la raison et à la société a enflammé notre imagination, et nous avons cru vous devoir égallement, et le rapport des objets que nous avons constaté, et les réflexions qu'ils nous ont fait naître.

(Signé) : Regnault, docteur-médecin ; Etienne Lerolx et Maugis.

Original signé, Archives nationales, DV i, n° 7.

DELIBERATION DU CORPS MUNICIPAL, DECIDANT QUE LE RAPPORT DES COMMISSAIRES CHARGES DE VISITER LA PRISON DE CHARENTON SERA INCESSAMMENT ENVOYe' À L\\SSEMBLÉE NATIONALE.

98 décembre 1790.

Extrait du registre des délibérations du Corps municipal.

Du vingt-huit décembre mil sept cent quatre-vingt-dix, Sur le rapport fait par M. Regnault, au nom de M.M. les commissaires chargés, d'après une lettre de M. Barrère de Vieuzac, membre du Comité des lettres de cachet de l'Assemblée nationale, de visiter les prisons de Charenton et autres maisons d'arrêt :

Le Corps municipal arrête que le rapport de MM. Regnault, Maugis et Etienne Le Roux sera incessamment envoyé à l'Assemblée nationale et adressé à M. Barrère de Vieuzac.

A l'égard du sieur Perret; dont il est parlé dans le rapport, et qui paroît être détenu sans que le corps de délit qui lui est imputé ait été constaté juridiquement et sans qu'il y ait eu de plainte portée en justice , le Corps municipal déclare qu'aux termes de l'article vi du décret du i3 mai 1789, le sieur Perret seroit dans le cas d'être élargi: et qu'il

se seroit empressé de satisfaire à celle disposition de la loi, si la prison de Charenton dans laquelle le sieur Perret est détenu, avoit été dans l'étendue de la capitale.

Signé : Bailly, maire; De Joly, secrélaire-grefjier.

Pour extrait conforme à l'original :

(Signé) :■ Dejoly, secrétaire-greffier.

Extrait conforme, Archives nationales, DV i, n" 7.

LETTRE DE M. BAILLY, MAIRE DE PARIS, À M. BARÈRE DE VIELZAC , LE PRLANT DE SOUMETTRE AL COMITE' DES LETTRES DE CACHET LA REQUETE DU SIEUR PERRET, Re'dUIT AU De'sESPOIR PAR UNE DETENTION DE PLUS DE QUATRE AMNE'eS À LA BASTILLE, PUIS À CHARE.\TO\.

1 6 mars 1791.

M. Barrère de Vieuzac, député.

Paris, le 16 mars 1791.

[1] j'ai l'honneur, Monsieur, de vous faire passer la lettre ci-jointe du sieur Perret, je vous serai obligé de vouloir bien la mettre sous les yeux du Comité des lettres de cachet en le priant de l'examiner et de prononcer. Vous y verrez un infortuné réduit au désespoir par une détention qui est déjà de plus de quatre années, il demande à être transféré dans les prisons de la loi pour y être jugé, il a été renfermé d'abord à la Bastille, il est actuellement à Charenton, par suite des mêmes ordres. •

Le maire de Parts :

(Signé) : Bailly.

De la main de M. Bailly : rr Vous verres qu'il demande premièrement sa liberté, si vous jugez, comme je le crois, qu'elle doit lui être accorde'e; le rapport, que nos comitiissaires vous ont fait de la maison de Charenton, vous recommandoit déjà cet infortuné. Je vous prie, Monsieur, de vous le faire représenter n.

i3 mais 1791.

De Cliarenton, ie i3 mars 1791.

Monsieur,

[2] La discrétion et le respect devroient s'oposer à la liberté que je prends, mais l'état déplorable où je me trouve réduit est trop au-dessus de mais forces pour ne pas laisser échapper des marques visibles d'une véritable douleur. Il y aurat, Monsieur, quatre années (|ue j'ai le malheur d'être détenu, tant à la Bastille (ju'à Charenton, en vertu des ordres de M. de Choiseul, ambassadeur de France à la cour de Turin, mes foibles talant et la crainte que j'ai. Monsieur, de vous distraire de vos ocupatiohs si utilles au bien de l'Etat ne me permetent point d'antrer dans un long détaille, je me borneray simplement à vous dire, Monsieur, que j'ai en vain réclammé jusqu'à ce jour l'exécution des promesses qui m'ont été faites de la part de M. de (Jhoiseul, une plus longue détantion seroit pour moi plus funeste que la mort. Si vos ocupalions vous ont permi de jeter un coup d'œil sur le mémoire que j'ai eu l'honneur de remetre à MM. les officiers municipaux, j'ose me flater que votre âme sensible et généreuse ne se refusera. pas à la grâce que je vous demande, qui est de me faire obtenir ma liberté, ou de me faire transférer sans dclay dans les prisons de la loi pour subir un jugement, tel qu'il puisse être, qui n'a rien à espérer n'a rien de plus à craindre. L'espérance trompeuse qui me séduit depuis longtemps est plus cruelle mille fois que le plus affreux désespoir. Très persuadé, Monsieur, que l'infortuné ne réclame jamais en vain le secour de votre ilustre protection, votre généreuse bienfaisance et toujours prête à tendre une main secourable aux malheureux en les protègent dans le besoin. C'est dans cette flateuse espérance que j'oserai prendre la liberté de me dire avec une vénération plaine de resp.ect, de Monsieur le maire, le très humble et très hobéissan serviteur.

• Perret.

En tête de la lettre se trouve celle noie de la main de Bailly : crEuvoier à M, Barrère de Vieusac, pour que ie Comité examine ia demande el prononce.»

Oriijinal signé el minute (a p.), Archives nationales, DV 1 , n° 7.

LETTRE DU COMITE DES LETTRES DE CACHET A M. BAILLY. MAIRE DE PARIS, AU SUJET DES PLAINTES NON FONDEES FAITES CONTRE LA MAISON DE LA CHARITÉ DE CHARENTON ET DES RECLAMATIONS DU SIEUR PERRET.

/i avril 1791.

A M. Badly , ntaire de Paris.

Paris, ce fi avril 1791 .

• Nous avons vu avec plaisir que les plaintes contre la maison de la Charité de Charenton ne sont pas fondées, nous trouvons cependant (piel({ues inexactitudes dans les deux états que le supérieur a fournis, contenant le nom des personnes qui y sont détenues, mais il importe, avant de s'en occuper, de répondre- à la lettre du 16 mars que vous avez bien voulu nous écrire touchant le sieur Perret. Nous sommes surpris que, contre la disposition expresse du décret du 1 6 mars 1790, sanctionné le aG, ce particulier soit encore détenu à Charenton. Si, comme il le paroît, il n'y a ni décret de prise de corps, ni plainte ])ortée en justice, ni jugement légal rendu contre lui, il auroit dû, suivant l'article premier de ce décret, être remis en liberté six semaines après la publication de ce même décret. Que s'il avoit été décrété de prise de corps ou condamné en première instance, il auroit dû être conduit, suivant l'article 3, dans les prisons des tribunaux désignés parla loi, pour y recevoir son jugement définitif. Ainsi, Monsieur, il s'agit de faire examiner dans lequel de ces deux cas il se trouve, et de faire exécuter incessamment la loi à son égard.

Extrait du registre de correspondance du Comité des lettres de cachet , Archives .nationales, DV6, n° 73, fol. 102.

,0.'( L'ASèlSTANCE l'LBI.lnlK A PAHIS.

LETTRE DU COMITE DES LETTRES DE CACHET À M. DE LESSART, MINISTRE ET SECRETAIRE D'ETAT, AU SUJET DE LA DETENTION ILLÉGME DL SIELR PERRET DA.NS LA MAISON DE LA CHARITE DE CHARENTON.

la avril i 7()i .

A M. (le Lessnrt, mimstre et secrétaire d Etat. * A Paris, ce i 2 avril 1791.

• Il nous reste à vous observer, Monsieur, que le sieur Jean-Marin Perret, soupçonné d'avoir fait de faux billets de Caisse, est encore détenu dans la maison des religieux de la Charité de Charenton, par ordre du Roi, du 22 juillet 1778, quoiqu'il n'existe contre lui ni plainte juridique, ni décret, ni sentence déjuge. Nous vous prions donc de donner incessamment des ordres pour le mettre en liberté en exécution de l'article 1" du décret du mois de mars ci devant cité. Nous avons l'honneur d'être avec un attachement très sincère, etc.

Signé : B. Barère.

Extrait du registre de corrf^spondanre du Comilé d"s lettres de rncliet. Archives nationales, DV6, n' 78, foi. 107.

HOSPICE DE SALNT-SLLI'ICE. 305

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KTATS MENSUELS DES UECETTifS ET DEPENSES DE L-HOSPICE DE CHARlTt''DE LA PAROISSE DE SAIM-SLLPICE , DRESSES PAR LA SOEUR CASSEGRAIN , SUPÉRIEURE , ET APPROUVES PAR M. MAYNEAUD DE PANCEMONT, CURE DE

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