‹ L'assistance publique à Paris pendant la Révolution; documents inédits (volume 2)Chapitre 226 sur 229 · MAISON DE SAINTE-PELAGIE · texte numérisé non relu

MAISON DE SAINTE-PELAGIE

depuis déjà longtems MM. les curés de Paris qui sont aux droits des dames fondatrices y ont renoncé, du moins tacitement.

Les filles et femmes que l'on reçoit maintenant à S'^-Pélagie sont : i" de bonne volonté, dans ce cas point d'autres formalités que celles de se présenter à la supérieure et de s'engager à payer pension; 2" des fdles grosses amenées par leurs familles et payant aussi pension.

La pension des unes comme des autres est fixée aujourd'hui à h^io^ au plus Las.

Les premières sont libres de sortir de la maison dès qu'il ne leur plaît plus d'y rester, en payant ce qui est dû de leur pension, et pendant le temps qu'elles y sont, elles vacquent à leurs affaires comme si elles étoient chez elles; elles ne peuvent cependant découcher sans en déduire les raisons, autrement on les prie de se retirer de la maison. A l'égard des secondes, elles ne peuvent plus sortir de la maison pendant leur grossesse que du consentement de leurs familles, mais aussitôt après le rétablissement de leurs couches, on les met en liberté.

Toutes sont logées dans des cellules. Celles qui ne peuvent sortir pour raison de grossesse ont une salle commune et les cours pour se promener dans le jour.

Aussitôt qu'elles entrent dans la maison, on les appelle du nom de sœur (avec celui d'une sainte) et elles n'y sont point connues par leur nom de famille, quand elles ont des raisons pour le cacher. Elles ont la liberté pour le choix de leurs vêtemens, il n'y a point de règles d'uniformité. L'âge, les infirmités, ni la conduite n'apportgnt point de différence dans le traitement, la nourriture est la même pour toutes, elles ont le pain à discrétion. Les jours gras, pour le dîner, la soupe et le bouiUi, et pour le souper, du rôti, de la salade ou des légumes ; les jours maigres, pour le dîner, la soupe, des œufs, des légumes, ou du. poisson, et pour le souper, des œufs et de la salade, ou bien des légumes avec de la salade. Elles se fournissent de vin à part.

Aujourd'hui que toutes ces pensionnaires sont libres, on ne peut en exiger aucun travail, ce qu'elles font est à leur profit. Autrefois que presque toutes étoient prisonnières et payoient de foibles pensions, on les occupoit dans un ouvroir de lingerie et le produit de leur travail étoit moitié à leur profit et l'autre pour la maison.

Dans la partie de la maison du côté de la rue de la (Uef, ayant entrée et sortie par la rue Copeau, est établi : le pensionnat dit de S'-

7Cf) L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.

Thomas de Villeneuve, appartenant à ladite maison de S'^-Pélaf^^ie. Ce pensionnat pour l'éducation de jeunes demoiselles est aujourd'hui composé de 60, payant depuis 3oo jusqu'à 35o*^ de pension. On n'en reçoit plus maintenant à moins de 35o^ à cause de la cherté des vivres. La nourriture est la même que pour les précédentes.

Enfin dans l'intérieur de ladite maison sont 16 pensionnaires de bonne volonté en chambres, payant depuis ^00 jusqu'à 65o^ et nouries comme celles dont il est parlé à l'article de S'^-Pélagie.

Le nombre de toutes les pensionnaires tant de S'^-Pélagie que du pensionnat est aujourd'hui de 'jh.

Le gouvernement intérieur de cette maison est confié pour le spirituel aux prêtres desservant l'hôpital à la Pitié et pour le temporel aux Hospitalières deS'-Thomas de \ illeneuvc depuis 176/1, qu'elles ont été choisies par les chefs de l'administration et les administrateurs de l'Hôpital Général auquel S'^-Pélagie est unie depuis son établissement.

Les revenus de cette maison ne consistent qu'en ^1,787^7° de rentes et le produit précaire des pensions, aussi cette maison a-t-elle eu de la peine à se soutenir dans tous les tems, malgré toute l'économie de la gestion.

La supérieure, nommée par le Grand Bureau de l'Hôpital Général, est chargée de la comptabilité, elle fait état des recettes et des dépenses et ses registres de comptabilité sont arrêtés tous les trois mois par MM. les administrateurs de l'Hôpital Général. Les religieuses employées au gouvernement de la maison sont au nombre de 8, y compris la supérieure, et h sœurs converses, ce qui fait 12 personnes, auxquelles il est passé pour le vestiaire de touies ^Go^ par an. Ces 1 2 personnes n'ont point d'autre traitement que la vie et l'habit. Les personnes à gages sont : 3 domestiques nouries, ayant chacune 60^ de gages par an, et un portier nouri, avec 100^ de gages par an. Le spirituel gratis. Finallement un employé de Scipion, chargé de la tenue des registres de comptabilité par délibération du Bureau de l'Hôpital Général qui lui accorde 180^ d'appointemens par an.

Minute, Archives nalionales, F'' 1861.

PROCÈS-VERBAL DE RECOLEMENT DU MORIUER ET VERIFICATION DES COMPTES DES FILLES Pe'nITENTES DU SAUVEUR, RUE DE VENDOME, PAR MM. JEAN-THOMAS DEFRESNE , RENE LE ROULX DE LA VILLE ET JEAN- NICOLAS FALLET, ADMINISTRATEURS DE LA MUNICIPALITE'.

i9Jtiini79o.

L'an mil sept cent quatre vingt dix, le samedi 19 juin, A heures de relevée, nous Jean Thomas Defresne, conseiller assesseur, René Le Roulx de la Ville et Jean Nicolas Fallet, conseillers administrateurs de la municipalité de Paris, pour l'exécution du décret de l'Assemblée nationale concernant les religieuses, et en conséquence de la mission à nous donnée, sommes transportés rue de Vendosme en la maison et couvent des dames religieuses, diltes Filles pénitentes du Sauveur, où étant, nous avons été introduits dans la salle capitulaire, en laquelle est survenue la supérieure, nous lui avons annoncé l'objet de noire transport et elle a, au même instant, au son de la cloche fait rassembler toutes les rebgicuses qui se trou voient dans laditte maison.

Nous avons commencé notre opération par leur demander leurs noms, âges, les places qu'elles occupent , et nous avons reçu leurs déclarations , chacune en particulier et séparément, de la manière suivante:

1°. Dame Magdelcine d'Espinas, supérieure de la communauté, âgée de /19 ans, a déclaré qu'elle a de toute son ame et de tout son cœur contracté son état, et qu'elle désire y vivre et mourir, elle a déclaré en outre que les fdies pénitentes qui sont dans la maison sont au nombre de 90, nombre plus que sulfisant pour ses revenus, et a signé : d'Espinas;

9". Dame Adélaïde Doublet, assistante, afjée de 3o ans, a déclaré qu'elle est contente et heureuse dans son état et qu'elle désire y vivre et mourir, et a signé : Doublet. — Professes;

3°. Sœur Marie Goutet, âgée de 5 y ans, a déclaré qu'elle étoit entrée de bonne volonté et par inclination dans son état et qu'elle désire y vivre et mourir, et a déclaré ne savoir signer;

lx°. Sœur Agathe Berrurié, âgée de 82 ans, a déclaré que son intention est de rester dans son état qu'elle a librement embrassé, et a signé : Berrdrié.

Toutes deux converses.

Il est à observer que mesdittes dames supérieure et assistante nous ont déclaré que la sœur Jeanne Celardon, âgée de 61 ans, converse, est maintenant de la communauté de S' Thomas de Villeneuve. Après lesditles déclarations reçues nous nous sommes occupés à la vérification et description des registres.

Un grand registre relié, intitulé Registre pour la recette et la dépense de la maison du Sauveur . . .

La recette portée aux 6 premiers articles dudit registre monte à la somme de 8,628^8'

Et la dépense portée aux 3 derniers articles monte à la somme de ■ G.79(/,3'6''

Partant, il résulte que la recette excède la dépense de la somme de i,628tti^'6''

Les revenus de laditte maison consistent, tant en rentes sur le Roi qu'en maisons louées à bail amphitéotique, à la somme de..... 7,076^8' 6*^

Et laditte dame supérieure nous a observé que le travail des pénitentes pouvoit être évalué annuellement à la somme de 10,000 livres, suivant et à proportion de l'augmentation ou diminution du nombre des pénitentes, qui est variable 10,000^

Les charges de laditte maison montent annuellement à la somme de 3,1 33^^, tant en rentes foncières dues au Domaine qu'en une rente viagère due à un particulier, et charges casuclles, telles que les décimes, médecins, chapelains, organistes, sacristain, chirurgien, blanchissage, jardinier, etc 3,i33^

Nous a en outre déclaré ladite dame supérieure que la maison doit à divers ouvriers et fournisseurs 28.039^2'

FILLES DU SAUVELlî. 7G9

Les recouvrements montent à la somme de -1,703^

La dépense de iadittc maison se monte, année commune, à la somme de 2 1 ,0 1 7^

Nous avons ensuite parcouru toute la maison à l'effet de vérifier le nombre des religieuses et filles pénitentes qu'elle pourroit contenir, nous avons remarqué qu'elle pourroit loger U religieuses et 3 sœurs converses et que le nombre des filles pénitentes pouvoit se porter à io5, sans aucune confusion ni dérangement dans la distribution des cellules, et nous croyons même qu'il seroit avantageux de la porter à ce nombre, en prenant les moyens nécessaires pour ajouter aux revenus de cette maison ce qui y manque pour procurer aux individus qui y sont ou qui y seront appelés les subsistances convenables.

Après avoir satisfait à ce qu'exigeoit notre mission, nous pensons qu'il est de notre devoir d'observer : 1°. que la maison des Filles pénitentes est tenue avec un ordre, une intelligence, une propreté et une édification qui ont excité en nous le plus vif intérêt; 2°. que les Filles pénitentes pouvant y cacher pendant quelque tems leurs personnes, réfléchir sur leurs égarements, ado[)ter les principes d'une vertu solide et se former au travail dans différentes parties relatives aux occupations de leur sexe, sont libres de rentrer dans le monde, aussitôt ([u'elles le veulent; 3°. qu'il est résulté de cet établissement infiniment utile que des Filles pénitentes sont devenues ensuite des mères de famille intéressantes et respectables par leurs vertus; k°. que malgré que cet établissement se soit soutenu jusqu'à présent avec le foible revenu qui y est attaché, et le produit du travail des personnes qui sont dans la niiiison, il ne pourroit dans un moment où les denrées sont excessivement augmentées, et où le prix du travail ne s'est point accru, se suffire à lui même, si l'excédent du revenu de quelqu'autres maisons n'influoit pas sur les secours dont il a besoin, et nous pensons à ce sujet qu'il seroit possible de trouver cet excédent dans les revenus attachés à la maison du Bon Pasteur, rue du Cherche Midi, fauxbourg S' Germain, qui est de même institut et qui est beaucoup moins chargée de Filles pénitentes; que les revenus du couvent de S'" Valère pourroient avoir la même application, qu'enfin quelques soient les moyens que l'Assemblée nationale puisse employer dans un moment où en s'occupant de tous les objets relatifs au bonheur public, les dé-

IMPRtMCntK >.*TTO'. AI r ,

•770 L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PAIUS.

tails do tout ce qui peut intéresser l'honneur des familles, le soin des mœurs et l'utilité des individus particuliers, elle daignera reconnoître que la maison, que nous venons d'examiner, mérite une protection et une attention affectueuse, sans lesquelles l'établissement le plus utile ne pourroit prospérer. D'ailleurs, quant à la valeur de l'emplacement sur lequel la maison est bâtie, il ne mérite pas une très grande considération, et tout l'avantage qu'en peuvent retirer les personnes qui l'habitent consiste dans la proximité du boulevard, ce qui fait circuler l'air et rend la maison salubre

Archives nationales, S ^759.

LETTRE DU COMITE DE MENDICITE À M. BAILLY, AU SUJET DE LA DEMANDE DE SECOURS ADRESSÉE PAR LA SUPe'rIEURE DES FILLES DU SAUVEUR, DEMANDANT DE PLUS AMPLES RENSEIGNEMENTS SUR LES SERVICES QUE REND CETTE MAISON.

9Û novembre 1790.

4*aris, le ai novembre 1790.

A M. Bailly.

Le Comité de mendicité. Monsieur, a reçu votre lettre du 99 du courant, par laquelle vous lui exposez la demande de secours que sollicite la supérieure des Filles du Sauveur: quoique cette affaire ne regarde pas le Comité de mendicité, ce sera avec plaisir qu'il cherchera les moiens de répondre à l'intérêt que vous prenez à la situation pénible de ces religieuses. Le Comité vous invite à lui faire passer des renseignemens plus étendus sur leur fondation et les services qu'elles rendent.

Les membres du Comité de mendicité :

Signé : Liancourt, Priecr et Bonnefoy.

Copie, Archives nationales, AF*i i5, fol. 66 v°.

2Uj

MÉMOIRE EXPOSANT LA SITUATION PRÉCAIRE DES FILLES PÉNITENTES DU SAUVEUR, AU NOMBRE DE 96, QUI NE DISPOSENT POUR L'ALIMENTATION DE LA COMMUNAUTÉ QUE D'UNE SOMME DE 95 LIVRES 9 SOLS PAR TETE ET PAR ANNÉE, SOIT 5 SOLS 3 DENIERS PAR JOUR, EN NE BUVANT QUE DE L'EAU, ET SE TROUVENT HORS D'ÉTAT DE PAYER LEURS DETTES, AVEC LETTRE D'ENVOI DU MEMOIRE AU DÉPARTEMENT PAR LE COMITÉ DE MENDICITÉ.

9 mai 1791.

Paris, le a mai 1791.

MM. du directoire du Département de Paris.

Le Comité de mendicité croit devoir faire passer au directoire du Département de Paris le mémoire cy-joint. Il semble que la réunion de cette maison de S'-Sauveur et de celle du Bon-Pasteur pourroit se faire utilement, pour l'intérêt des deux maisons et pour celui de la nation.

Les membres du Comité de mendicité :

(Signé): Liancourt, De Cretot.

MEMOIRE

Depuis 1 7 ans, je suis supérieure d'une maison connue sous le nom de la communauté des Filles pénitentes du Sauveur, située à Pai-is , rue de Vendôme. Celte maison est le refuge de créatures infortunées, victimes de la séduction. Depuis cette époque, j'ai rempli les obligations que l'humanité, la pitié et la religion m'imposoient, pour adoucir la situation et faire subsister ces femmes dont les âmes sensibles se sont enfin tournées vers la Divinité. J'ai fait les plus grands efforts pour émouvoir la sensibilité des personnes charitables et protectrices de cette maison, et ce n'est qu'avec beaucoup de peines et de fatigues que j'ai pu maintenir dans la voie des bonnes moeurs et du salut ces créatures infortunées , qui, si elles eussent été rendues au monde et à ses vices, seroient infailliblement retombées dans le torrent de la corruption.

Ces déplorables victimes de la séduction et de la misère remettent en gémissant

leur sort onlre vos mains; incertaines dans leur relrailc, elles désespèrent de leur salut, si vous ne daignez jetler sur elles un refjard lavorahle et les rassurer dans leur situation chancelante, elles se jettent dans voire sein paternel, et n'espérant qu'en votre justice, elles s'estimeront heureuses, si vous daignez prononcer sur la permanence d'un établissement aussi utile que sacré pour la nation en jfénéral, surtout dans des leras où la corruption des moeurs est mallieureusem. nt parvenue h un si haut degré, qu'on ne peut y penser sans frémir d'horreur, et si à la lecture des faits suivants qui sont tous conformes à la vérité la plus sévère et la plus exacte, vos cœurs ressentent un resserrement involontaire, ah! ils n'auront pas reçu cette émotion en vain! ces malheureuses pénitentes seront sauvées et vous devront, Messeigneurs, leur vie, leur existence et leur salut.

Cet établissement a été confirmé en iGf)8. Louis XIV donna des lettres patentes à cet eiïet, par lesquelles les supériem-es préposées h ladminislration de cette maison rrsont autorisées à recevoir dans son intérieur les filles que le libertinage ou la nécessité avoit engagées dans le désordre, lorsqu'elles y viennent volontairement, dans la résolution d'y Ifure pénitence, elles doivent (et c'est le point que leur charité leur fait exécuter le plus ponctuellement) préférer toujours celles que la pauvreté mettroit dans l'impuissance dy être reçues, faute de peu'^iondans tout autre endroit t?.

Par des lettres confirmatives de celles de i6()8, en datte du mois de juillet 1727, Louis XV confirme également l'établissement de cette maison; ces mêmes lettres patentes portent (ju'un établissement de celte nature est aussi avantageux f[u'indispensable à la ville de Paris, dans laquelle il n'y a que trop de ces filles abandonnées par la misère et parla nécessité, lesquelles ne pourroient quitter leurs désordres, si elles ne trouvoient quelque autre ressource pour vivre, et que lasile assuré d'une maison de retraite excite très fréquemment à se convertir.

Le but de cette institution, qu'exigeoienl à la fois l'humanité, les mœurs et la décence, a été rempli depuis la fondation de la maison, ses portes ont été ouvertes aux déplorables victimes des faiblesses et de l'aveuglement des hommes, elles y ont été accueillies avec bonté et y ont reçu tous les secours que l'on a été à même de leur prociu-er; elles ont toujours été à la charge de la maison, parce qu'il est 1

défendu de les recevoir avec pensions: pour les recevoir, on n'exige d'elles qu'un^ ■

repentir sincère et un retour sur elles-mêmes.

De toutes parts, Messeignem's , on demande la réforn)e des mœurs, les âmes honnêtes et sensibles sont révoltées du nombre tro[) considérable de femmes dévouées par -état au libertinage, elles font des voeux pour que l'on prenne des mesures efficaces, tendantes h arrêter la contagion et la dissolution. Elles vous prient de maintenir, d'afiermir même un établissement nécessaire, le seul peutêtre qui puisse contribuer, sinon à rétablir entièrement la pureté des mœurs, au moins à diminuer la dépravation et à donner une retraite aux \nctimes qui veulent abandonner leur vie méprisable et oisive pour se rendre utiles et acquérir des vertus.

i\ous recevons dans notre sein, sans aucune distinction et avec les mêmes bontés et le même empressement, toutes les filles (pii s'y présentent, pauvres et sans res-

soiiices, qui ont elé séduites, veulent se retirer du monde et des dangers qui leiuont fait perdre leur innocence.

Elles y entrent à tout âge, el volontairement, et y restent tant quelles ne perdent pas le goût de la retraite.

Cette maison n'est pas seulement utile à la capitale, son influence se re'pand jusqu'aux extrémités du royaume, elle sert d'asile à ces infortune'es qui s'y rendent de toutes les parties de la France. En y entrant , elles ont l'espoir, que n'oat-elles l'assurance! d'y être, le reste de leurs jours, logées, nourries, chauffées, éclairées, habillées, blanchies et soignées en santé comme en maladie

Lors de la fondation de celte maison, le nombre des Filles |)enilenles avoit été lixé à 5o, mais vous le savez, Messeigneurs , les moeurs sont plus dépravées <]u'olles ne l'étoient autrefois, la licence ne connoit plus de frein et s'est répandue dans les lieux même où son nom devroit être inconnu, de là il est résulté qu'un plus grand nombre de malheureuses ont été perdues par les manoeuvres de la séduction et entraînées vers le vice et le débordement, de là aussi plus de regrets, plus de repentirs, et réfléchissant sur le genre de vie bas et avilissant qu'elles menoient, elles sont venues en plus grand nombre nous prier de les lecevoir et de leur fournir les movens de quitter le désordre et de rentrer dans la voie de la vertu; pouvions-nous être assez inhumains ])our les rejetter et pour leur refuser l'admission dans la communauté? Non, vous êtes bien éloignés de le croire Nous

les avons admises parmi nous, nous les avons mises au nombre des enfans de la maison

Mais qu'en est-il résulté? La maison au lieu de contenir 5o filles pénitentes, en renferme 90 dans un moment où l'établissement chancelé et où la corruption des moeurs, portée à un si haut période, ne peut qu'augmenter les conversions; la douleur et le désespoir dans lesquels sont ces pénitentes, par la crainte de se voir idrcées de sortir de leur azile pour retourner dans la corruption, me forcent, Messeigneurs, d élever la voix pour représenter notre malheureuse situation et notre état.

Pendant longlems le régime et l'administration de cette (maison furent) confiés à des persoiyies sécuhères. Gomme elles n'y étoient retenues par aucun voeu, iju'elles pouvoient en sortir lorsqu'elles se dégoùtoient de leur état, elles ne prenoient aucun attachement, aucun intérêt réel à cet établissement, elles le regardoient, non comme un endroit confié à leur soin et à leur affection, mais comme ime mine où il leur étoil permis de s'enrichir, elles ont fondu plusieurs contrats dont elles se sont approprié le produit, et ont ensuite abandonné la maison qui les nourrissoit depuis longtems et qu'elles avoient spoliée.

En 177'j , le désordre étoit porté à. un point si extraordinaire que feu M. l'archevêque de Paris jugea à propos de proposer au I»oi d'y remédier, et d'après des lettres patentes que le Pioi donna à cet effet au mois de juillet, même année, il confia cette maison au zèle et à l'autorité de cinq soeurs de la Société de S'-Thomas de Villeneuve

Depuis cette époque la maison a été administrée et gouvernée par ces religieuses; elles n'ont rien négligé pour répondre aux vues d» prélat qui les avoit

774 L'ASSlSTANCt: PUBLIQUE A l'AHlS.

appelées à cette administration, elles y ont consacré tous leurs soins, mais elles n'ont pu et ne pourront jamais rétablir la maison dans son premier état, elles n'ont pu faire rentrer dans la masse des revenus de la communauté les fonds que les administratrices séculières avoient dissipés, ou s'étoient appropriés sous le prétexte spécieux de dépenses qui n'avoient point été faites. Aussi ces religieuses n'ont pu se tirer d'affaire et faire vivre les Filles pénitentes qu'en employant l'économie la plus sévère. C'est cette économie qui les a soutenues jusqu'ici.

Ladille communauté composée aujourd'hui de 9. religieuses, 9 sœurs converses et de 90 Filles pénitentes, n'a pour subsister que 7,076" 8' 6'' de revenus fixes. Vous jugez, Mess"igneurs , que celte somme nindique ne pourroit fournir le plus petit morceau de pain à chaque individu, si leur industrie no leur fnurnissoit quelque ressource; le tems des Filles pénitentes est employé partie en prières, et partie à des travaux utiles au soutien de la maison, non seulement elles passent tout le jour au travail, elles sont même souvent contraintes par le besoin d'y consacrer la nuit, et malgré tant de peines pour se procurer du secours, les ouvrages qui se font dans la maison n'augmentent le revenu annuel que d'environ 10,000**, ce foible produit du travail de (jo personnes pourra peut-être paroître étonnant, mais il esta considérer que parmi ces 90 personnes, il en est un très grand nombre accablées d'infirmités, suite de la vie aflreuse qu'elles ont menée, ou à qui l'âge avancé ne permet plus de travailler

Nous vous supplions de prendre en considération que la plupart de ces infortunées victimes de leurs foiblesses ont perdu le goût du travail dans la vie licencieuse qui les a empoisonnées et qu'il est nécessaire d'ein|)loyer beaucoup de ménagements pour ne pas les dégoûter du genre de vie nouveau que le repentir leur fait embrasser. Nous sommes aussi souvent dans la nécessité d'en recevoir qui ne savent pas travailler et pour qui tout travail de leur sexe est étranger, avant qu'elles soient en état de contribuer à la subsistance de la maison, il faut leur faire faire un apprentissage; pendant ce tems elles ne peuvent rien gagner par leur travail pour son soulagement, et cependant il faut les nourrir, les habiller, les soigner et les éclairer, et si quelqu'une de ces Filles pénitentes lors de leur admission savent travailler, la plupart exigent de grands ménagements et ne peuvent supporter que des fatigues très légères, vu les maladies dégoûtantes qui les rongent et dont il faut les guérir.

Les revenus de la maison consistent donc en 7,076** 8' 6"' de revenus fixes, à peu près 10,000** du produit du travail des pénitentes, dans les tems où le commerce est en grande activité, mais aujourd'hui quil est presque entièrement anéanti , s'il ne reprend vigueur, la diminution du produit sera sensible et influera beaucoup à aggraver leurs peines; il ne faut pas compter dans ces tems malheureux sur les dons particuliers volontaires, attendu que dans des circonstances plus favorables ces aumônes n'ont pas passé 3,000** par année, ainsi il ne faut pas compter tant sur les revenus annuels de la maison que sur le produit des travaux qu'un total annuel de 17,000** environ, sur lesquelles il faut prélever, année commune, 4,000** pour les réparations des bâtiments de ladille communauté, el celles d'une maison adjacente qui en dépend, il ne reste par conséquent que 1 3, 000", et

celle somme, quelque modique qu'elle soit, ne peut encore être employée en entier à la vie et à l'entretien des pénitentes, il faut en déduire, tant pour médecins que chirurgien et médicaments, à peu près 2,5oo** qui suffisent à peine pour les traitements ordinaires.

Du total des revenus de la communauté , qui montent à la somme de 1 7,076** 8* ô**, nous avons déduit, d'une part, 4, 000**, d'une autre 2,5oo**, il ne reste par conséquent pour l'entretien et la vie que 10,576** 8' G", l'entretien se monte, année commune, à 1,600**, en y comprenant la fourniture du linge, draps, nappes, serviettes, rideaux etc. la nourriture de la communauté ne peut donc employer par an que 8,976** 8' 6''. Ce total est effrayant, puisqu'il ne donne pour les aliments de chaque individu qu'une somme annuelle de 96** 9', ce qui produit par jour pour chacun 5' S**.

Vous pouvez facilement concevoir, Messeigneurs, les extrémités auxquelles la maison est quelquefois réduite, surtout dans les mortes saisons où le travail languit et leur laisse tout le tems pour prier. Ce seroit sans doute pour elles une consolation bien douce, si en joignant les larmes à la prière, elles n'avoient point à s'inquiéter de leur subsistance. Jugez, Messeigneurs, de la position de ce grand nombre de filles, ([ui à peine arrivées dans le sentier de la vertu, rencontrent <lcs obstacles aussi invincibles, et dont le dévouement sincère à la pénitence fait suimonter les plus dures extrémités. Dans une telle crise, je combats pour ces malheureuses contre l'infortune

Vous voyez sans doute, Messeigneurs, combien d'ordre et d'arrangement est nécessaire pour soutenir et ahmenter une communauté aussi nombreuse. C'est en retranchant une partie des vivres nécessaires au soulien de la vie <pie nous parvenons avec peine h sullire aux besoins de [)remière nécessité, nous sommes réduits à ne consommer que ^o livres de viande par jour, et il faut que ces/io livres servent à la nourriture de 100 personnes. Jamais il ne se boit de vin dans la maison que lorsque le chirurgien l'ordonne aux malades. Eh bien ! malgré celle économie journalière, nous pouvons à peine substanler nos sœurs, et cependant dans leur infortune, elles forment des vœux qu'elles font retentir jusqu'à vous, pour vous supplier de prononcer la conservation de leur maison, elles ne vous demandent aucun secours pour subsister, elles trouvent dans le pain et l'eau qui les subslaulent la douceur et la satisfaclion de pouvoir remplir leur désir, et leurs vœux seront accomplis si elles arrivent à la perfection qu'elles s'efforcent de mériter.

Elles vous demandent, Messeigneurs, la grâce de soulager leurs douleurs qui s'accroissent tous les jours par l'idi'e d'une delte de 28,000** que la maison doit à différents fournisseurs et ouvriers et sur laquelle la mauvaise administration des séculières dont nous avons parlé, influe seule. La maison n'a pu remplir une somme aussi considérable en procurant les aliments de la communauté, mais si l'auguste Assemblée daigne venir à son aide, nous allons lui en fournir les moyens.

La maison du Bon Pasteur, rue de Sève, qui est de môme institut, jouit d'un revenu annuel de 32,000** et n'est pas à beaucoup près chargée d'un aussi grand nombre de pénilentes. Son local n'est ni si salubre, ni si avantageusement dislri» bué que le noire. La compensation en pourroit être faite avec nous par égale por-

lion, et par ce moyen qui ne seroit point onéreux pour la nation, les deux ëtablissemenls auroient ie ne'cessaire. La maison du Sauveur sortiroit de l'abvme dans lequel elle est piongde depuis si longtems.

Vous ne pouvez, Messeigneurs, vous empêcher de reconnoître l'utilité de cet établissement. Les mœurs, l'humanité et la religion exigeroient de le former, s'il ne l'étoil pas. Si je réclame vos bontés au nom de toutes les pauvres familles dont ma maison renferme les dilK'rcnts membres, je les réclame pour mes enfans, c'est une mère compatissante qui vous adresse les derniers cris du sentiment que l'humanité lui arrache.

Minutes (2 p.). Archives nationales, S ^709.

SUPPLIQUE DES HOSPITALIÈRES DE SAIM-THOMAS DE VILLE.NEIVE, CHARGEES DE LA DIRECTION DE LA MAISON DES FILLES PENITENTES DU SAUVEUR, AUX ADMINISTRATEURS DES BIENS NATIONAUX, À L'EFFET D'EXPOSER LEUR DÉTRESSE , CERTIFIÉE PAR M. JALLIER , OFFICIER MUNICIPAL , AVEC LETTRE D'ENVOI AU DIRECTOIRE DU DÉPARTEMENT ET DÉCISION ACCORDANT UN SECOURS DE 1,200 LIVRES.

ii}-)7 mai 1791.

A messieurs les administrateurs des biens nationaux.

Les dames Hospitalières de S'-Thoraas de Villeneuve, qui dirigent la maison des Filles pénitentes du Sauveur, rue de Vendôme, composée de 96 pauvres filles et qui avoient pour tout revenu 6,200^, n'ayant rien jm toucher depuis le i"" janvier, sont dans la plus grande détresse et demandent à MM. les administrateurs des biens nationaux une provision quelconque pour les empêcher de périr. Aucune ressource ne leur reste, la quête, le loier des chaises, qui leur fournissoient un léger soulagement, surtout dans le saint temps de Pâques, ont été éteintes cette année par la fermeture-de leur église, les charités des personnes riches se sont taries en même temps par les circonstances du moment, et de là s'ensuit que cet établissement si précieux est à l'instant de sa perte. Le secours dont il a besoin est si pressant que le moindre retard exposeroit la vie de près de cent infortunées, dont quelques-unes sont

malades et toutes sont à la veille de manquer de tout. Nous attendons de votre humanité, Messieurs, la réponse la plus favorable.

(Signé) : D'Espinas, supérieure; Doublet, religieuse.

Je soussigné , officier municipal, certifie qu'il est peu d'établissement plus utile, plus économique et mieux tenu que celuy des Filles pénitentes du Sauveur, et qu'il n'en est point qui soit dans une plus grande détresse; j'en ay été témoin avec MM. Cosson et Joseph qui se joignent à moy pour demander les secours les plus prompts pour cette intéressante maison.

A Paris, ce i3 may 1791.

(Signé) : J allier, officier municipal.

Paris, le 17 mai 1791.

MM. (lu Département.

Nous avons l'honneur, Messieurs, de vous faire passer le mémoire des dames Hospitalières de S'-Thomas de Villeneuve, qui dirigent la maison des Filles pénitentes du Sauveur, rue de Vendôme, dans lequel elles exposent le besoin le plus urgent et pour lequel elles demandent un secours provisoire.

L'administration joint audit mémoire avec un extrait de la déclaration des revenus desdites religieuses faite à la Municipalité, son avis porté en sa délibération du i3 de ce mois pour obtenir la décision du directoire.

Les commissaires à l'administration des biens nationaux:

(Signé) : Fallet.

EXTRAIT DE LA DÉLIBE'rATION DU 1 3 MAY 1791.

Le Comité prenant en considération le mémoire présenté par les dames Hospitalières de S -Thomas de Villeneuve, ayant l'administration de la maison des Filles pénitentes du Sauveur, rue de Vendôme, tendant à obtenir un secours, dont elles ont le plus grand besoin dans

l'état (le détresse où elles se trouvent, et à leur assurer une existence pour l'avenir, attendu que leurs moyens de subsistance sont anéantis pour la plus grande partie, considérant que le nombre d'individus qui composent cette maison s'élève à ()6, que l'établissement et l'existence de ladite maison importent à l'intérêt public, arrête qu'il sera payé par provision sur la quittance de la dame supérieure de ladite maison et pour subvenir aux premiers besoins une somme de 1,900 livres, et estime qu'il y a lieu à leur accorder un revenu, tel qu'il puisse leur donner les moyens de subsister et de remplir le vœu de leur institution , mais, pour en déterminer la quotité, il en réfère au directoire du Département, et afin de le mettre en état de se prononcer, il lui sera envové avec ledit mémoire un extrait libellé de la déclaration fournie et constatant l'actif et le passif de ladite maison.

Pour extrait conforme à la minute :

(Signé) : Fallet.

Minutes (a p.), Archives nationales, S /1759.

LETTRE DE M. JVLLIER DE SAVALLT, OFFICIER MUNICIPAL, ADRESSANT, DE LA PART DE LA SUPERIEURE DES FILLES DU SAUVEUR, L'ETAT DES DETTES DE SA MAISON, AVEC UNE NOTE INDIQUANT LES REVENUS SUPPRIMES DEPUIS LA RÉVOLUTION.

3 août 1791-

l^aris, ce 3 août 1791.

Monsieur,

J'av l'honneur de vous adresser de la part de M""" la supérieure du Sauveur, rue de Vendôme, l'état des dettes de sa maison qu'elle m'avoit chargé de vous remettre. Je désirerois que vous puissiez venir un jour prendre connoissance de cette maison, de son utilité, de la manière dont elle est tenue et avec combien peu de dépense, vous prendriez un

vif intérêt à cet établissement et concevriez infiniment d'estime pour

celle qui le dirige

Votre très humble et très obéissant serviteur.

Jallier, officier municipal, rue Mêlée, n" 19.

'ÉTAT DES SOMMES DUES ET DES ACOMPTES DONNES PAR LA MAISON DU SALVEUR , SISE RUE DE VENDÔME, AUX DIFFERENTS FOURNISSEURS ET OUVRIERS CI -APRES DÉSIGNÉS.

Page 1