‹ L'assistance publique à Paris pendant la Révolution; documents inédits (volume 2)Chapitre 229 sur 229 · TEXTE DU MÉMOIRE · texte numérisé non relu

TEXTE DU MÉMOIRE

16 octobre 1789.

A Paris, le iG octobre 1789.

M. h Président du Comité des rnppoiis à l' Assemblée nationale.

[1] M. le comte d'Escars, Monsieur, m'a l'ait passer, il y a quelque temps, un mémoire anonyme qui avoit été adressé à l'Assemblée nationale au sujet des abus qui régnent dans l'administration intérieure de l'hôpital de la Salpétrière.

J'ai communiqué ce mémoire à M. le Procureur général du Parlement, l'un des administrateurs nés de cet hôpital, et il a prié M. Cochin, payeur des rentes, qui paroît chargé des détails intérieurs de cette maison, de vérifier l'exposé de ce mémoire. Cet administrateur vient de fournir des observations provisoires en réponse et il promet de m'en donner à l'avenir de plus étendues. .Je vous envoyé copie de celles que je viens de recevoir. Je compte que l'Assemblée nationale, après en avoir pris lecture, sera convaincue que, s'il existe des abus dans l'hôpital de la Salpétrière, on ne peut les imputer à la négligence des administrateurs, qui paraissent au contraire surveiller avec beaucoup de zèle les dilïércntes parties confiées h chacun d'eux.

yo

mrr.iMF.ntK naiiovaii .

On ne peut rien ajouter aux senlimens avec lesquels je vous suis, Monsieur, bien véritablement attaché'".

(Signé) : L'archevêque de Bordeaux.

Le 9 spplembre 1789.

A Messieurs, Messieurs les députés aux Etals généraux ^-\

Messieurs ,

[-2] J'ai l'honneur de vous addresser ce mémoire, il est digne de votre commisération. L'amour du bien public qui vous anime et vous soutient dans vos pénibles travaux me donne lieu d'espérer qu'il sera accueilli favorablement.

Je suis, Messieurs, ollicièrc à la Salpétrière : touchée sensiblement des abus qui régnent depuis longtems dans cette maison et qui se multiplient à l'infini de jour en jour, j'implore votre justice pour le rétablissement de l'ordre.

Le premier abus est sur la cuisine, qui rejaillit sur les pauvres. L'officière de la cuisine a perdu la vue depuis deux ans et ne peut bien remplir son emploi, où il faudroit avoir les yeux les plus clairvoyans. Aussi ses fdles vendent-elles bouillon, viande, sel et tout ce qu'elles ont dans les mains; ces filles ne s'acquittent point par ellesmême de leurs devoirs, se faisant remplacer par d'autres et celles-cy se font encore remplacer. Presque toutes ces subalternes dont le nombre augmenté augmente la consommation et le gaspillage, prennent le meilleur bouillon pour elles, leurs bonnes amies et les personnes qui viennent les voir, de sorte que les pauvres n'ont que le remplissage et n'ont pas trois fois la semaine la portion bien petite de viande qui leur appartient.

2°. L'économe qui par état doit avoir une livre de viande par jour,

<') En marge, 6gure cette note : «Le "^ Au-dessous de celte adresse se trouve

Comité a été d'avis d'écrire à MM. les Admi- la mention snivante :

nislrateurs des hôpitaux pour leur témoigner tr M. le vicomte de Malartique (Ambroise-

sa satisfaction de leur empressement à vé- Eiilalie de Maures, vicomte de Majartric,

rifier les abus dénoncés et à les prévenir. député de la Rochelle), rapporteur. Ren-

«26 octobre 1789. voie et recommandé inslammenl au Pou-

"( Signé) : Dbfermontj. voir exécutif.?'

en a i5 à 16 livres de plus par jour. Il fait manger avec lui le souséconome et le premier commis qui sont ëgallement servis chez eux, les domestiques de l'économe au nombre de quatre ont un réfectoire où on les sert, quoiqu'ils se nourrissent de la desserte de la table de leur maître et vendent ce qui leur est servi au réfectoire. L'économe a compagnie deux fois la semaine.

3'\ La supérieure a le même train et suit le même usage. Je ne me permettrai point de faire à son sujet plusieurs observations' justes mais qui seraient trop longues.

[i\ Venons aux olïicières : nous sommes au nombre de 3 5 , y compris quatres reposantes qui se portant beaucoup mieux que celles en exercice, sont plus en état qu'elles de faire le service. C'est un examen à faire, pourquoi ces individus sont payés et nourris à ne rien faire; ces 35 olïicières doivent par état avoir le même traitement; il n'en est point ainsi. Comme il n'y a point de réfectoire, les unes ont tout et les autres rien.

Elles ont en outre un nombre considérable de pensionnaires que l'on nomme bijoux; leur subsistance, prise en partie sur celle des pauvres, dimmue la portion de ces derniers; ces pensionnaires occupent des lits destinés aux pauvres qui sont forcés de coucher quatre ou cinq ensemble et qui seraient tout au plus à trois sans cet abus. Ces pensionnaires ne reçoivent qu'une fort mauvaise éducation et ne peuvent devenir que de fort mauvaises citoyennes; elles sont au nombre de plus de cinq cens.

5°. Les biles de service, quoique payées par le Bureau pour faire le service auprès des pauvres, exigent d'eux 6', 8* et 12' par mois pour faire les lits et balayer. L'ofïïcière le sait et ne dit mot.

Enfin je vous ennuyerais, Messieurs, si j'entrois dans tous les détails. Si vous voulez prendre la peine d'interroger les olïicières en particulier, jusques aux reposantes, celle qui ne signe point son mémoire, de peur d'être victim.e de sa bonne intention, se fera connaître et vous attestera la vérité de ce qu'elle dit.

Réponse des administrateurs de t Hôpital Général à un mémoire concernant la Salpêtrière.

[3] Les administrateurs de l'Hôpital Général de Paris , considérant

comme l'un de leurs devoirs les plus importons de donner quchjues observations très abrégées sur le mémoire anoninie adressé à nos seigneurs des Etals Généraux, que M. le Procureur général, l'un des chefs de cette administration, a bien voulu leur comiimni(|uer, ces citoyens que le seul but de consacrer leur temps . leurs lumières et leurs soins gratuits aux pauvres de la capitale, réunis dans les maisons confiées à leur administration, depuis (pie Louis \\\ en i656 en a formé l'établissement, et qui s'y sont succédés par un choix libre conforme aux vues consignées par les lettres patentes de ce monarque, ont dans tous les temps veillé avec la plus grande vigilance au maintien et au bon ordre de ces maisons, qui contiennent environ quinze mille pauvres et prisonniers des deux sexes. Leur exactitude dans ce service purement charitable n'a jamais pu les préserver d'abus. Ils en conviennent et ils reconnoissent que, tandis qu'ils ont été occuppés à en détruire d'un coté, d'autres se sont élevés successivement, (i'est donc la partie la plus pénible de leurs fonctions. Ils n'y ont jamais rien négligé, et souvent ils ont employé même avec dépense le ministère de gens du dehors pour se procurer à cet égard des certitudes capables de diriger leurs délibérations et leurs précautions.

L'imputation de Tanonime sur les abus de la cuisine de la Salpétrière leur paroissent peu fondés.

La supérieure et l'économe de cette maison, décriés dans ce mémoire, ont depuis de longues années mérité toute la confiance des administrateurs qui se sont succédés. S'il y a quelques abus dans la distribution des alimens réglés et rationnés par les diverses délibérations, ils sont parfaitement inconnus des administrateurs; leur présence même continuelle, qui est très impossible, ne les en préserveroient pas complètement, parce que ces services ne peuvent être confiés qu'à des subalternes pris dans le nombre des bons-pauvres exigemment pavés pour les remplir et toujours plus habdes à tromper que susceptibles d'être découverts. Cependant les personnes mises en chef dans cet emplov ont été mûrement choisies par le Bureau et, après avoir consulté les supérieure et économe, qui ont le plus grand intérêt à ne présenter que celles qui v seront irréprochables; l'on ne peut donc, sans des preuves incontestables, ajouter fov à des assertions anonymes qui annoncent le contraire.

Les supérieure et économe inculpés par les articles deux et trois du

ADD1TI0?JS. 789

mémoire, rclaliveinent ;m Iraileineiit forcé qu'ils s'atlriJHient an détriment de la subsistance des pauvres, paroissent éfjalement exagéré. Le Bureau a fixé le traitement, ainsy que celui de l'état-major, (graduellement et suivant les places des divers employés dans les proportions qui lui ont parues convenables. Le moindre écart ne pourroit manquer de s'appercevoir et d'être aussitôt repris. C'est un reproche mal fondé que celui de trouver mauvais que les supérieure et économe ne puissent admettre à leurs tables aucun étrauîjer. Cela est rare, mais cependant indispensable, par les rapports auxquels ils sont obligés pour le service habituel de ces maisons.

Celui fait dans ce même mémoire sur l'abus des pensions et aumônes faites à plusieurs des pauvres et particulièrement à des enfans que l'officière anonyme nomme bijoux, pour nous servir de ses propres termes, mérite un peu plus de détail. Cet objet a fixé depuis longtemps l'attention de l'administration de l'Hôpital Général. Plusieurs personnes assistent par mois les pauvres plus ou moins, suivant leurs intentions, et craignant l'abus de ceux-ci sur ces bienfaits périr dignes (.«c), en confient la distribution et l'employ à celles des oOicières qui ont leur confiance.

Les administrateurs eux-mêmes ne connoissent que ce moven de rendre utiles leurs aumônes particulières à ceux des pauvres qu'ils veulent assister par mois, et ils n'ont pu à cet égard pour le bon ordre que prescrire aux ofliciers de tenir nominativement registre de ces aumônes et d'en soumettre les comptes à la supérieure, en lui justifiant de l'employ.

Quant aux lits occuppés par les pauvres plus assistés que les autres par leurs bienfaiteurs, ils ne peuvent être couchés seuls qu'après avoir payé la somme de i5o^, imposée par les règlemens pour rendre plus rare cette demande (jue la protection seule multi[)lioit autrefois au détriment des autres pauvres, et s'il y avoit à cet égard ([uehpies contraventions inconnues aux administrateurs, elles ne pourroient être nombreuses, comme le suppose ce mémoire sans nom.

La surcharge des lits et de tous les emplacemens n'est donc altribuable qu'au malheur du temps et à l'obligation indisp(insable d'admettre dans un nombre ind(''terminé des pauvres auxquels on ne peut refuser cet asyle, ce (jui rend d'autant plus dillicile de parer autant aux abus que dans des maisons où le nombre est toujours calculé.

Dans toute autre circonstance un pareil mémoire auroit «Hé répondu verbalement par quelqu'un des adnn'nistrateurs, aux personnes resi)eclables auxquelles on se seroit permis de l'adresser. Il en émane souvent de ces maisons, parce que c'est le sort de tous les grands établisscmens où le jjrand nombre et les diversités des individus v donne lieu. iMais lorsque de semblables plaintes parviennent à l'auguste Assemblée qui a bien voulu les prendre en considération et que les administrateurs en ont eu connoissance, par l'un dos cbofs de cette administration même, elle ne doit rien négliger pour donner tous les éclaircissemens qu'on a lieu d'attendre d'elle. Les administrateurs de l'Hôpital Général, après avoir rendu sans délay ce premier hommage de leur profond respect à l'Assemblée nationale et au magistrat qui leur a fait part du mémoire auquel ils ont l'honneur de répondre préalablement, en approfondiront toutes les parties et en rendront un nouveau compte, s'il y a lieu.

La vigilance, à laquelle ils se sont voués et qui a jusqu'à présent éclairé leur administration, ne cessera de leur être précieuse jusqu'au dernier moment où elle leur sera confiée. Cette surveillance est pour eux une récompense inappréciable de leurs travaux, et ils en ressentent plus que jamais tous les avantages dans ces temps malheureux où les ressources sont aussi épuisées que les besoins des pauvres sont graduellement augmentés.

Minutes (3 p.), Archives nationales, l)XXIX. Paris (hôpitaux).

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