‹ L'assistance publique à Paris pendant la Révolution; documents inédits (volume 2)Chapitre 25 sur 229 · tome II de notre recueil. n° 3o 1 . ■' Ibid. , n" 3o · texte numérisé non relu

tome II de notre recueil. n° 3o 1 . ■' Ibid. , n" 3o

INTRODUCTION. clxxxvh

établissements cr destinés à prévenir le désespoir et à soulager la misère d'un sexe que l'on semblait en quelque sorte avoir oublié dans toutes les dispositions de bienfaisance i^ La situation de ce Bureau, ajoutait-il, était des plus critiques, il ne restait plus en caisse que 3,6 oo livres pour acquitter une dette de 1,198 livres et subvenir au payement journaber de la fdature; aussi, sans un prompt secours, on se verrait dans l'impossibilité de faire face aux demandes et aux dépenses du mois suivant.

Malgré des allocations successives, l'existence du Bureau de filature resta très précaire; la veuve Nau, directrice de cet établissement, se trouvait pour ainsi dire journellement aux prises avec des besoins d'argent, ne pouvant même pas acheter la filasse nécessaire ])our suffire aux demandes considérables des paroisses pauvres, telles que Saint-Nlcolas-du-Chardonnet, Salnt- Etienne-du-Mont et Sainte-Marguerite (^\ obligée en outre de né.o-ocier avec riIôpital-Général l'écoulement des fils qui encombraient les magasins (^l

Vers le milieu du mois de septembre 1790, la détresse du Bureau de filature était telle qu'il ne restait plus que 212 livres en caisse et que l'on se voyait dans la cruelle nécessité de refuser du travail aux pauvres qui se présentaient en grand nombre, de crainte de ne pouvoir acquitter leur salaire. A diverses reprises, M. Bailly et M. de Jussieu supplièrent M. Dufresne, directeur du Trésor public, de venir en aide à un établissement d'une utilité incontestable (•), car il empêchait l'affluence des pauvres dans les ateliers de filature en les occupant à domicile. Le 20 septembre, fut expédié un mandat de 6,000 livres, sur lesquelles M. Desmarets, inspecteur général des manufactures, très hostile au Bureau, n'accorda que trois

^'^ Les paroisses en question firent '■> Cf. le tome II de notre recueil,

demander chacune 1,000 livres de fi- n" 807, 017.

lasse, et, à la fin de janvier, le Bureau '''* Cf. deux lettres des i/i et iG sep-

de filature ne disposait plus que de tembre 1790 dans le tome II de notre

2,600 livres, quantité bien insuffisante. recueil, n" 3oo, 332.

cLxxxvin L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.

assignats de 1,000 livres, qu'il fallut, par surcroît de difliculté, convertir en argent, et déclara en outre que le Bureau de filature ne recevrait plus d'autres fonds cette année^^l

M. de Jiissieu annonça, le 9 novembre, à j\I'"*^ Nau que l'arlministration du Bureau de filature venait d'être attribuée au département des établissements publics et qu'il se concerterait incessamment avec les administrateurs sur les moyens de pourvoir aux besoins de ce Bureau ^-^. A la date du ih novembre, nouvelles doléances de M'°^ Nau, qui n'avait pas une livre de filasse à donner aux pauvres et point d'argent pour satisfaij'c aux avances des paroisses^^^ et cela à l'entrée de l'biver, au moment oij dans les quartiers pauvres et populeux , les besoins devenaient très pressants; pour ne citer que le faubourg Saint- Antoine, une dame O'Kennedy, directrice de la maison des orplielines militaires, rue de Beuilly, était assaillie de demandes de secours que lui adressaient des familles sans ressources, et pria M. de Jussieu de faire envoyer d'urgence quelque peu de filasse aux sœurs de la paroisse de Sainte-Marguerite; le Bureau de filature ne put en délivrer que 100 livres, c'est-à-dire de quoi occuper 5o fileuses durant une semaine, ce qui était dérisoire dans un quartier aussi misérable^*).

Cette filature dans les paroisses, où les sœurs de cliarité étaient cliargées de distribuer la filasse et de recevoir les fils, péchait par plus d'un point. On ne suivait aucune règle précise dans la fixation des prix du travail; aussi les fileuses en profitaient pour gaspiller la filasse et produire des fils d'une grosseur invraisemblable, plutôt de la ficelle que des fils. L'Administration voulut réformer ces abus en proposant l'emploi d'un dévidoir appelé asple, dont on se servait dans les manufactures bien ordonnées pour estimer la qualité des fils et surtout leur finesse et, en se basant sur ce système, fixer des prix inférieurs

''' Cf. le tome II de notre recueil, ^'' Cf. le tome II de notre recueil,

w /èî£/.,n°337. '*' /6ù/.,n°338.

INTRODUCTION. clxxxix

à ceux qu'on payait en Picardie, aux environs de Saint-Quentin, mais ce fut peine perdue, on se heurta à l'esprit routinier des sœurs, qui réclamèrent le maintien des prix arbitraires, afin de pouvoir, à leur convenance, favoriser certaines fileuses, invoquant les sentiments de commisération qui les déterminaient à forcer les prix sous forme d'aumône. On leur objecta qu'il ne s'agissait pas d'aumônes, mais de travail destiné à occuper les femmes pauvres et qu'il fallait le payer rigoureusement ce qu'il valait. Les sœurs résistèrent et se firent appuyer par les curés qui, de l'aveu général, cr n'avaient pas des connaissances ni des vues bien saines à ce sujet i^^^^.

Le seul remède à une situation aussi compliquée était la réorganisation complète du Bureau de filature, elle s'imposait de la façon la plus urgente.

A la date du i6 décembre 1790, le département des établissements publics décida , sur le rapport d'un de ses premiers commis, M. Caucliy^-^ qu'il y avait lieu de former un Magasin général des produits de la filature dans le local de la rue de Bourbon-Villeneuve et de réunir à la direction de ce magasin celle du Bureau de filature, et il plaça à la tête de ce double service M. Nicolas Le Camus, ancien négociant, commissaire de la section des Postes, dont l'honnêteté reconnue, l'intelligence et les lumières en fait de commerce méritaient toute confiance. Le département demanda en même temps l'allocation d'une pension de retraite de 600 livres k la directrice M""" Nau, en conservant à chacune de ses filles les 600 livres dont elles jouissaient déjà.

Un autre arrêté ^^^ rendu le 29 décembre, sur le rapport de M. Cousin, fixa le traitement du nouveau directeur à 3,/ioo livres, non compris les frais de bureau, et la pension de M'"*= Nau et de ses filles à i,/ioo livres. Pour faire face à ce sur-

('> Mémoire présenté au Comité de ^'' Cf. le tome II de notre recueil ,

mendicité. Cf. le tome II de notre re- n° 3/i3. cueil,n"32/i. ^'' Ibid.,n^ 3/. 3.

cxc L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.

ci'oît de dépenses, on pensait réaliser une économie de i,5oo livres par la suppression des magasins particuliers établis dans les ateliers des Récollets et des Jacobins. La caisse du Bureau de filature se trouvait encore grevée depuis 1785 d'une pension de 1,200 livres servie à M"*^ Grandville, pour la cession d'un procédé d'affinage du cbanvre de son invention, pension rpii avait été réduite à Ooo livres, le i"" janvier 1 790^*). A partir de l'année 1791, les opérations des Bureau et Magasin général de la filature furent, comme celles des ateliers de filature, mises à la cbarge du Trésor public.

''^ Cr. le toino II (le noire recueil, n" 3i'i, 3^6.

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