‹ L'assistance publique à Paris pendant la Révolution; documents inédits (volume 2)Chapitre 24 sur 229 · BUREAU DE FILATURE DES PAUVRES · texte numérisé non relu

BUREAU DE FILATURE DES PAUVRES

La Filature des pauvres existait à Paris depuis un temps assez ancien, mais ce fut M. Lenoir, lieutenant général de police, qui

'"' Cf. le lome II de notre recueil, ''' Lettre du 11 février 1791, Cf. le

n° 365. tome II de notre recueil, n° 35 1.

INTRODUCTION. clïîxv

créa le Bureau de filature des pauvres, spécialement en vue d'ouvrir des débouchés aux produits de la filature. Ce Bureau , établi au mois d'avril 1779 rue de Bonrbon-Yilleneuve, près de la porte Saint-Denis, était à la fois un dépôt de matières et un magasin de fils. Il avait pour objet de fournir aux pauvres, surtout aux femmes indigentes, des moyens de subsistance par la filature du chanvre, que distribuaient dans 92 paroisses de la capitale les curés et autres personnes charitables servant également d'intermédiaires pour le règlement du prix du travad. Un contrôle permanent sur ces opérations était exercé par un bureau d'administration composé des curés de Saint-Eustache et Saint-Hippolyte et de quatre notables négociants ^^^.

On pourrait croire qu'un établissement payant aux pauvres le prix d'un travail effectif, à raison de 10, 11 et 12 sols la livre de fil, ne pouvait devenir onéreux, mais par suite de circonstances variées, notamment le déchet qu'éprouvait le chanvre par sa conversion en fil et la difïi culte de trouver un débit avantageux pour des fils souvent mal façonnés, toujours mal assortis, il se produisait une perte de 10 pour 100 sur la vente des chanvres filés, et, certaines années, la dépense imposée de ce fait au Gouvernement s'éleva jusqu'à /io,ooo livres; on calculait qu'en moyenne le travail de chaque pauvre coûtait à l'Etat 7 livres 1 1 sols par année.

Sous l'ancien régime , cet établissement ne subsistait que grâce à une subvention annuelle de 12,000 livres accordée par la Police sur les fonds d'une caisse secrète qu'alimentait le produit des jeux, subvention souvent insuffisante, puisque M. Lenoir dut y ajouter plusieurs fois jusqu'à 3o,ooo ou 60,000 livres par année.

Au mois d'octobre 1789, le Bureau de filature des pauvres passa des mains du Gouvernement entre celles de la Municipa-

''^ Voir un mémoire insti-uclif sur le Bureau de filature, t. II de noire recuoil,

cLxxxvi L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.

lité, et le A novembre, M. de Jussieu, en sa qualité de clief du département des hôpitaux, adressa un rapport très complet à M. Bailiy sur sa situation et sur son fonctionnement^'^; à cette date, son actif, tant en filasse qu'en fils, en créances et effets sur divers marchands et en espèces, se montait à 97,076 livres i3 sols 6 deniers. Les conclusions de ce rapport furent adoptées par le département des hôpitaux, qui, aux termes d'un arrêté pris le i/i janvier 1790, vota la conservation e^ Textension d'un établissemeut éminemment utile, puisque dans des années rigoureuses il avait secouru jusqu'à 7,000 pauvres. 11 décida, en conséquence, qu'il y avait lieu de solliciter, par l'intermédiaire de M. Bnilly, la continuation de l'allocation de 12,000 livres, sans préjudice d'un secours extraordinaire, et de faire par la voie des journaux un appel au public en faveur de cette œuvre si digne de ses encouragements. M. do Jussieu écrivit, le 19 décembre 1789 et le 1 3 janvier 1790, à MM. Le Couteulx de la Noraye et Bailiy ^-), à l'eflet d'obtenir le versement immédiat des 6,000 livres restant à payer sur la subvention de 1789 et un secours de 12,000 livres, qui permettraieut d'alimenter pendant le cours de l'hiver les travaux constituant l'unique ressource des femmes indigentes, rr malheureusement plus limitées que les hommes dans leurs moyens d'existence n; il s'adressait en môme temps au curé de Saint- Eustache, M. Poupart, aumônier de Louis XM.pour avoir par son entremise quelque part dans les bienfaits que répandait le souverain ^^K

Necker avait demandé à M. de Jussieu des détails sur l'objet et l'administration du Bureau de filature; en envoyant ces renseignements, le 29 janvier 1790^^^ le lieutenant de maire au département des hôpitaux faisait ressortir toute l'importance des

^'' Un secoii:! rapport (Je M. de Jus- ^'' Cf. le tome II de notre recueil,

sieu est spécialement consacre à l'exa- n° 3o2. men de la situation financière. Cf. le ''' Ibi(l.,n'' 3 ci.

Page 1