A L'ASSEMBLEE NATIONALE
Plan d'un citoyen.
Le sieur Juville, chirurgien expert herniaire à Paris, a sacrifié 60 à 80,000 livres de ses épargnes pour s'instruire tant en anatomie qu'en mécanique, il a renoncé à un état équivalent à 26 ou 3o,ooo livres par an et à une retraite de 3 ou 6,000 pour se consacrer au soulagement de l'humanité souffrante, enfin, depuis àb ans, il n'a cessé d'en donner des preuves bien évidentes en administrant ses soins et des bandages gratuitement à plus de i5o pauvres par année.
Au reste ce citoyen très connu a l'honneur de représenter à l'Assemblée nationale que l'humanité charitable brise les fers des chefs de famille emprisonnés pour deffaut de payement des mois de nourrice;
Qu'on a pitié des mendiants invahdes, on leur procure des secours et une retraite;
Que les sourds et muets ont trouvé des instituteurs qui les instruisent gratuitement;
Que les aveugles nés jouissent de la même consolation;
Que les pauvres octogénaires, les femmes en couche, dénuées de ressources, sont efficacement secourues et qu'il n'a encore été rien fait en faveur des pauvres des villes et des campagnes affligés de hernies.
Cependant il seroit facile de prouver qu'il en périt 8 à 10,000 par année dans le royaume de France et qu'il y existe plus de 1 00,000 individus incommodés de hernies et condamnés à traîner une vie languissante, qu'ils ne peuvent adoucir par aucun travail.
On doit considérer que cette funeste incommodité arrive surtout à la classe d'homme la plus précieuse, à celle que ses forces phisiques ont destiné aux gros travaux.
Les malheureux qui se sont estropiés par quelque effort que leur état et leurs occupations exigent d'eux, n'étant pas à portée de consulter des chirurgiens habiles, se dissimulent ordinairement leur mal
à eux mêmes, il empire bientôt et les conduit à une mort prochaine et douloureuse.
Le moyen d'y remédier seroit d'établir dans chaque chef lieu des sections un des dépôts de bandages de toute espèce, dont l'application seroit confiée à des chirurgiens qui se contenteroient d'un très modique honoraire.
Ces bandages seroient vendus à un prix modéré aux personnes en état de les payer et distribués gratuitement aux pauvres.
Il ne faut point regarder comme indifférent le choix des bandages, il est au contraire de la première importance , et dans le grand nombre de sujets qui meurent de hernies, on en compteroit peut être autant qui sont victimes de la mauvaise qualité ou du défaut de bonne construction des bandages, que de celles qui périssent pour n'en avoir point fait usage.
Le sieur Juville , occupé depuis 45 ans à perfectionner l'art herniaire et ayant eu le plus grand succès tant dans sa patrie que chez l'étranger, croit donner une preuve de son patriotisme et de son zèle ardent pour un art aussi utile à l'humanité, en mettant sous les yeux de l'Assemblée nationale les malheurs qui accablent un si grand nombre d'individus et les moyens d'y remédier sans pour ainsi dire qu'il en coûte à l'État.
Les bandages peuvent être fournis par des artistes quelconques, pourvu qu'ils soient en état de les bien construire (ce qui est problémati(jue), et qu'ils soient distribués par proportions assorties dans les districts ou sections, ou chez les curés des campagnes aux prix modiques que le sieur Juville les fournit depuis 12. ans pour les hôpitaux militaires, la marine et pour toutes les troupes de France.
Les bandages et les autres instruments se trouvant ainsi à très bas prix, seroient vendus un peu plus cher aux personnes qui ont le moien de les payer, et le bénéfice résultant de la vente serviroit déjà tant à indemniser de la dépense des bandages délivrés gratuitement aux pauvres que de la rétribution à donner aux chirurgiens.
Une souscription volontaire de secours faite par les malheureux atta(|ués de hernies ou la plus modique contribution de quelques sols par tête sulliroit dans chaque district pour faire le surplus d'un établissement aussi intéressant.
Si, comme il v a lieu de le croire, l'Assemblée nationale veut bien
prendre en considération les offres du sieur Juville, il se fera un devoir de donner tous les éclaircissemens nécessaires sur son plan à ceux de MM. les députés que l'Assemblée nationale jugera à propos de désigner ou de nommer pour l'entendre.
(Signé) : Juville.
Minutes (2 p.), Archives nationales, F'" 986.
LETTRE DU SIEUR DUMONT DE VALDAJOU , CHIRURGIEN RENOUEUR DES CAMPS ET ARMÉES, DEMONSTRATEUR DE LA VILLE DE PARIS, AU PRESIDENT DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE, DEMANDANT LA CONTINUATION DE SON TRAITE- MENT ET DE CELUI DE SON ÉlÈVE POUR LUI PERMETTRE DE DONNER GRA- TUITEMENT, COMME IL V\ TOUJOURS FAIT, SES SOINS ET DES REMEDES AUX MALADES.
19 juillet 1790.
Paris, 19 juillet 1790.
Monsieur le Président,
Permettes moi de vous entretenir un instant d'un établissement très utde à la classe des citoyens infortunés de cette ville et des environs et qui mérite la bienveillance de l'auguste Assemblée si dignement présidée.
J'ai été nommé par le Roy en 1779 chirurgien renoueur de ses camps et armées et démonstrateur de la ville de Paris, et il m'a été expédié un brevet en cette qualité à la même époque, avec une pension de 2,000 livres pour mes services dans les hôpitaux et qui a été depuis réduite à i,5oo livres.
Sa Majesté ayant été instruite que je traitois par semaine deux cent malades, tant de Paris que des environs, et que je fournissois gratuitement à chacun tous les médicamens nécessaires, ainsi que mes soins, elle me fit accorder en forme d'appointement sur l'extraordinaire de la guerre une somme de deux mille livres annuellement.
Sur le compte qui fut rendu au Roy dans ce tems par le ministre de la guerre , que le traitement public que je faisois exigeoit un logement spacieux et seul. Sa Majesté me fit donner aussi chaque année
une somme de i,5oo livres qui n'a pas suffi, puisque mon loyer est (le 1,800 livres.
Mes talens, (j'ose le dire), Monsieur le Président, ayant été reconnus utiles à la société indigente, le Roy m'ordonna de faire des élèves en mon art. Pour remplir les intentions bienfaisantes de Sa Majesté, j'en ai fait plusieurs, et le plus instruit ayant été reconnu tel, il lui a été accordé un traitement de 1 ,5 00 livres également par brevet.
Cet établissement d'utilité publique a donc coûté jusqu'à ce moment 6,5 00 livres par an à la nation, mais si l'on veut considérer que, si chaque citoyen que je traite se rendoit aux hôpitaux, il occasionneroit sans doute plus de dépense et il priveroit sa famille des secours qu'un homme qui n'a qu'une incommodité, ou une blessure qui ne le retient point au lit, jieut lui rendre.
Je crois nécessaire, M. le Président, de rapporter ici quelques mots de Sa Majesté sur mon établissement, ils ne feront qu'ajouter à l'idée que l'on a de sa tendre sollicitude pour les citoyens infortunés.
Au mois d'août 1789, un médecin qui est décédé peu de tems après, avoit formé le projet d'établir une nouvelle direction d'hôpitaux et, dans le travail qui fut présenté au Roy par M. de La Tour du Pin, il étoit question de suprimer mon traitement et celui de mon élève, mais Sa Majesté désaprouva cette proposition et mit de sa main : Bon à conserver, attendu que ce sont deux sujets précieux pour l'humanité par leurs talens et les secours fjuds donnent aux pauvres.
Ces pièces sont déposées au bureau des fonds de la guerre, il seroit facile. Monsieur le Président, de vous en donner communication.
Mon traitement et celui de mon élève ont toujours été payés jusqu'au i^"" janvier 1790 par la guerre, à l'exception de l'ordonnance pour mon logement qui a été expédiée, mais qui est restée en suspend.
Vers la fin de janvier dernier, je reçus une lettre de M. Mélin , chef de bureau des fonds de la guerre, par laquelle il m'annonçoit de la part du ministre que j'eusse à me pourvoir auprès de l'auguste sénat que vous présidés, parce qu'à l'avenir mon traitement ne seroit plus payé par la guerre.
Quoique je sois privé de mon traitement, ainsy que mon élève. Monsieur le Président, et que mon loyer de 1789 n'ait pas encore été payé, cela ne m'a pas empêché de continuer à recevoir et à traiter chés moi deux fois par semaine les citoyens iid'ortunés qui s'y présentent et
de leur fournir gratuitement les secours et remèdes dont ils ont besoin, étant intimement persuadé que mon dévouement pour la chose publique sera apprécié par l'Assemblée nationale. Je la suplierois même, avant qu'elle prît aucun parti sur ma juste réclamation, qu'elle voulût bien nommer des commissaires pour assister à mes pansemens, qui sont les lundy et jeudy depuis une heure jusqu'au soir.
Quoique ces deux jours indiqués soyent spécialement affectés au traitement gratuit, cela ne m'empêche pas de secourir ceux qui se présentent les autres jours et notamment ceux qu'on apporte à la suitte de quelques fractures, auxquelles il est de la plus grande importance de remédier sur le champ.
Dans l'état des choses, Monsieur le Président, je ne puis que m'en rapporter à la justice de l'Assemblée nationale et la suplier très respectueusement de vouloir bien se faire rendre compte de l'utilité de mon étabhssement, et, si elle le juge tel, de vouloir bien ordonner la continuation de mon traitement et celui de mon élève et fixer sur quelle partie de l'administration publique cette dépense sera faite.
Cette grâce me permettra de continuer mes soins et de fournir les médicamens nécessaires, que je ne pourrois, sans elle, accorder gratuitement a mes frères infortunés.
Je suis avec un profond respect. Monsieur le Président, votre très obéissant serviteur'^'.
Ddmont de Valdajod.
Rue du Petit Musc, n° /j3.
Minute, Archives nationales, DVI i5, n" 670.
W La pétition adressée par ce chirurgien Prieur. Ce fut Prieur qui demanda le renvoi
à l'Assemblée nationale fut renvoyée le au Comité de mendicité, lequel s'occupait
28 avril 1791 au Comité de mendicité, en ce moment de l'organisation des maisons
après une discussion à laquelle prirent part de secours de la capitale. (Cf. Archives par-
Regnaud Saint-Jean d'Angely, Camus et lementaires , t. XXV, p. 354.)
LETTRE DE M. AFFORTY [aU DUC DE LA ROCHEFOUCAULD] À L'EFFET DE COMBATTRE L'INOCULATION ADOPTl'e COMME PRESERVATIF DE LA PETITE VÉROLE ET PROPOSER L'ETABLISSEMENT D'UN HOSPICE POUR TRAITER, D'APRÈS SON SYSTÈME, LES PERSONNES ATTEINTES DE CETTE MALADIE.
1 f) octobre 1790.
A Paris, le 19 octobre 1790.
J'ai reçu sous envelope mon mémoire sur la petite vérole, que vous avez eu la bonté de me faire remettre, je vous en fais mes très humbles remerciemens.
En séparant de l'exposé de mon mémoire la diatribe qui a paru blesser votre délicatesse, le résultat n'en est pas moins le même pour le bien de l'humanité. Vous même, oui vous, M. le duc'^^, y êtes intéressé, comme tout le monde, et c'est ce cpie vous n'avez pas vraisemblablement aperçu.
Que vous soyez atteint, par exemple , d'une fièvre maligne'-', ou pourprée, ou miliaire, ou qu'elle n'ait aucun caractère distinct qu'un violent mal de tête et des anxiétés, vite le docteur, le chirurgien! on vous saigne au bras, la fièvre augmente, on réitère, la fièvre et le délire se soutiennent, on saigne au pied; il y a un peu de relâche, il ne dure pas, la fièvre est rebelle, le cerveau très embarrassé, on fait des consultations, le comité galénique a la tête presqu'aussi troublée que le malade. — Alors les vessicatoires, voilà le grand cheval de bataille , — l'ultimatum des connaissances médicales, triste ressource! Ils rehaussent la maladie en se portant au col de la vessie qu'ils irritent et font pisser le sang. — Alors, force petit lait, tirent-t'ils , ne tirent-t'ilspas? la consultation va toujours son train. — Vous enpirez, — vous voilà mort. — Eh bien, on consulte encore, tout est dans les règles, voilà pour Paris et les grandes villes.
'■' Le nom du destinataire de cette lettre '-' Alforty ajoute en note : rC'est par la
n'est pas indiqué, mais il s'agit \Taisem- comparaison que j'ai faite de la fièvre ma-
blablement du duc de La Rochefoucauld, ligne avec la petite vérole que j'ai acquis
l'un des associés libres de la Société royale les moyens de bien traiter cette der-
de médecine. nière.î^
Êtes-vous à la campagne, en pareille circonstance, toute la faculté de la ville la plus proche vole en poste , même cérémonie. — Vous êtes à l'extrémité, on n'espère plus rien de vous, tout votre domestique est en pleurs, une bonne femme, la vachère du château vient 5 votre secours, vous voiant abandonné de la faculté, elle vous applique aux pieds non un vessicatoire, mais des pigeons ou des tanches, ou autre topique du règne animal bu végétal, en usage dans le pais, et sous peu d'heures, vous voilà sauvé, pourvu toutesfois, qu'on ne vous ait pas tiré trop de sang, car en ce cas ces moyens, tout efficaces qu'ils sont , n'auroient plus d'action. Alors vous récompensez médiocrement cette pauvre créature à qui vous devés la vie, parce que vous ne savés pas apprécier le service qu'elle vous a rendu; vous dites d'un ton d'ironie, voilà mon médecin, et il semble que vous rougissiez de prononcer cette vérité.
Retombés-vous une autre fois dans le même cas, vous rapelez la faculté; les préjugés de votre éducation, les considérations de famUle, la confiance que souvent vous n'avés qu'en aparence en votre docteur habitué, tout cela l'emporte sur votre expérience, et vous périssez avec tous les secours scientifiques de l'opulence. Voilà comme la simple nature est vengée de l'orgueil qui l'a méprisée , l'un vous tue à grands frais, l'autre avec rien vous sauve.
Lorsque je guéris un mal d'aventure ou un abcès causé par une picqure au doigt , qui peuvent le faire perdre , et cela sans onguent et sans bistouri, mais parla seule application continuée des feuilles de berre, que je guéris une fluxion de poitrine avec de l'huile d'olive, 8 onces, où j'ai fait cuire quatre poignées d'ortie grièche fraîche, avec un poisçon de vin, et que j'en fais apliquer le marc sur le point de côté; une apoplexie qui résiste à tous les remèdes de l'art , avec même huile où j'ai fait cuire une pomme de coloquinte coupée par tranches avec un petit verre de vin. jusqu'à ce qu'il ne crie plus, en faisant apliquer sur la région du bas ventre une flanelle trempée dans cette décoction, à un degré de chaleur suportable, ce qui ne manque jamais de faire évacuer promptement et copieusement. Nonne medicus suni? Nonne medicus est, hic qui sanat, et les plantes indigènes ne suffisent-elles pas au sol qui les produit? Vous avezpresque toujours dans votre "cuisine les ressources suffisantes pour vous sauver d'une maladie dangereuse, mais il faut les connoître et ces connoissances utiles devroient être consacrées dans le plan d'éducation des jeunes gens.
Si vous aviés été témoin, AI. le duc, de ma manière de traiter la petite vérole , vous auriés jugé par le mécanisme de l'opération curative que j'ai atteint le vrai et seul moyen de guérir avec sûreté celte maladie, sur le traitement de la([uelle on n'a encore posé aucune base certaine, (ce qui est suffisamment prouvé par l'admission de l'inoculation) et j'ai assés de confiance à votre pliilantropie et au patriotisme dont vous êtes animé pour être persuadé que vous mettriés tout en œuvre pour faire valoir auprès de l'Assemblée nationale cette heureuse découverte que je fis il y a trente ans, que j'ai perfectionnée depuis et que je crois pouvoir porter encore à un plus haut degré.
Pour vous donner cette conviction, comme nous sommes dans la saison où la petite vérole se manifeste le plus, procurés moi, soit dans votre maison domestique, soit dans vos connoissances, des maladies de ce genre, et le succès dirigera votre opinion.
Vous m'avés reproché de n'avoir parlé, dans mon mémoire, que des effets du traitement et de n'avoir rien dit des moyens que j'emploie.
En voici un aperçu succinct :
Débarrasser les premières et secondes voyes.
Faire des frictions aiL\ pieds avec une liqueur appropriée pour ouvrir les pores de la peau.
Y apliquer des topiques pour pomper et distraire de la masse des humeurs le virus variolique, ce que je réitère, suivant f exigence des cas; au moyen de cela, les malades ont pendant les Zj ou 5 premiers jours de l'éruption, les pieds comme dans un bain chaud; je détermine ainsi par cette voye la sortie de ce même virus, et la tête et la poitrine se trouvent débarrassées.
J'employe les lavemens, quelquefois des fumigations au visage, un régime humectant et relâchant.
Voilà en général ce qui sert à suprimer les violentes démangeaisons et la supuration dans presque toutes les espèces de petite vérole, ensuite je purge six fois, tant avec des médecines liquides qu'avec des fondans, c'est ce qui contribue à anéantir les suites de cette maladie.
Je proscris deux systèmes qui ont fait périr beaucoup de malades, l'un froid, l'autre chaud, je suis pour le tempéré qui les sauve.
Je tiens beaucoup aux moyens de renouveler l'air et d'établir la salubrité dans la chambre des malades. — Des soins multipliés qui peuvent paraître minutieux, mais qui tirent à de grandes conséquences.
Tel est le fruit de 3o années d'expérience sur celte maladie, dans le traitement de laquelle je puis dire que les fautes que j'ai vu commettre m'ont beaucoup plus instruit que les dogmes.
J'ai tiré un grand avantage des moyens les plus simples, de la nature de ceux que j'ai cités ci-dessus, qu'on peut nommer du guérit tôt, qui n'entrent pour rien dans la pratique ordinaire des médecins, je ne dirai pas pourquoi, car vous me gronderiez encore, et je n'ai rien plus à cœur, M. le duc, que de mériter votre bienveillance.
Quelques sorties làcbées contre fa Société royale, dans le courant du mémoire que j'eus l'bonneur de vous remettre, ont pu vous paroîlre motivées par un intérêt personnel , mais en parlant avec la véracité dont j'ai toujours fait profession, j'avouerai que la Société royale, en n'effectuant sa délibération relative à mon premier mémoire lu dans une de ses séances, dans lequel il est question de l'établissement d'un hospice particulier pour la petite vérole, m'a rendu un service réel, mais je ne puis lui en avoir obligation, car, outre qu'elle n'en avoit pas l'intention, elle s'est oposée réellement au bien de l'humanité.
Je dis qu'elle m'a rendu service, en effet, en faisant un pareil établissement, il faut avoir bien du courage pour consentir à passer sa vie dans une maison oiî on n'admeltroit que la petite vérole; le nom seul de cette maladie inspire tant d'effroi qu'il faut renoncera toute société, attendu que l'on est prévenu que vous êtes sans cesse investi du méphytisme variolique et que vous ne pouvés approcher personne, sans le lui communiquer, on vous regarde, en un mot, comme une peste ambulante, je parle d'après l'expérience; cela m'est arrivé de la part de personnes qui ont la plus grande confiance en mes talens et qui ne me recevroient qu'autant qu'elles auroient besoin de mon secours, entr'autres , Madame Coster de l'Académie royale de peinture , quoiqu'elle ait avoué que je l'avois guérie de la peur qu'elle en avoit.
En outre, à 60 ans, contracter un pareil esclavage lorsque je peux m'en passer! Que pourrois je espérer, une grande fortune 1 Je n'aurois ni le temps de l'acquérir, ni celui d'en jouir; toujours en butte à la jalousie qui veille sans cesse, les désagrémens ne manqueroient pas d'abréger ma carrière. Quel motif impérieux pouroit donc me déterminer, sinon celui d'être utile à l'humanité entière! J'avoue que c'est à quoi s'élève mon ambition et je voudrois, (pour la gloire de ma nation), qu'il fût dit qu'un Français a anéanti l'inoculation qui nous a été transmise par
les Anglais, que notre amour pour la nouveauté nous a portés à accueillir avec tant d'enthousiasme.
En effet, si l'Assemblée nationale adoptoit mon plan, je tiens pour certain qu'en peu de tems, l'inoculation perdroit beaucoup de son crédit, et sans vouloir fronder l'opinion publique, considérons la d'un œil philosophique, nous reconnaîtrons aisément qu'elle ne doit son existance qu'au manque de moyens pour traiter avec sûreté la petite vérole. Ces moijms trouvés cl bien constatés, elle doit s'anéantir.
Cela est d'autant plus sûr que les avis (en médecine) ont toujours été partagés à son égard et qu'elle est déjà moins en vogue au lieu de faire des prosélites, excepté dans une classe d'hommes qui tiennent à tout ce qui a l'air du mistère ou de la nouveauté.
Réfléchissons et soyons de bonne foi.
N'est-il pas ridicule de se procurer à grands frais un mal qu'on a raison de redouter et qu'on peut quelquefois éviter?
De voir des médecins s'occuper à insérer dans le sang le plus pur une maladie contagieuse, pour préserver de ses dangers, au lieu de rechercher les vrais moyens de la guérir? Suton ^^\ (inoculateur anglais), oser promettre de ne procurer en inoculant que 3o, ào boutons, enfin la quantité qu'on désirera, (propos qu'il a tenu en ma présence), et qu'au moyen de cela les traits seront préservés , qu'on l'en croie sur sa parole, que ce traitement préservatif produise des effets contraires et que des personnes ainsi traitées éprouvent des crises très violentes et sortent de la petite vérole, sillonnées, couturées, je ne l'ai pas vu, mais je l'ai entendu dire.
Les inoculateurs ne continuent-t-ils pas d'assurer que l'inoculation préserve du retour de la petite vérole et n'ajoute t'on pas encore foi à cette imposture! C'étoit bon à dire dans les premiers tems de son arrivée en France. Tronchin qui en fit icy l'inauguration, pouvoit tenir ce langage, il n'y avoit personne pour le contredire.
Mais à présent, n'a-t-on pas assés de preuves du contraire, sont-elles équivoques? Feu le célèbre Lieutaud^-', premier médecin du Roi,
(') Daniel Sutton, célèbre médecin an- à Paris le lo décembre 1780, est l'anglais dont la méthode d'inoculation fut leur d'Essais analomiques et d'un Précis pratiquée à Paris dès 1770, par le s' Wor- de la médecine pi-aliqite. Vicq d'Azyr et iock, son beau-père. Condorcet firent son éloge : le premier à la
'-) Joseph Lieulaud , médecin anatomiste Société de médecine , le second à l'Académie
renommé, né le ai juin 1708 à Aix.mort des sciences.
lUlT.liaiIDL XAIIONALC.
navoua-t-ilpos que l'expérience l'avoit détrompe de celle erreur où sa crédulilé l'avoit entraîné, d'après l'assertion des inoculaleurs , et quil a vu mourir delà petite vérole des gens qui en avaient été repris, après avoir subi l'inoculation!
Telle est l'expression littérale de ce grand homme, dans son Précis de médecine pratique, 3" édition de lyGc), tome II, pages liij et àiS, article de la petite vérole. — Quel autre motif que le bien de l'humanité a pu lui arracher cet aveu de sa foiblesse, en sacrifiant l'amour-propre? Ce trait d'héroïsme ne doit-il pas honorer sa mémoire? Il prouve, (et on ne peut le révoquer en doute), qu'il n'y a pas de différence entre la petite vérole inoculée par insertion ou par contact qui est celle qui se communique par l'air, en mettant des enfans dans la chambre d'un malade; celle-ci au moins ne contrarie pas la nature, et l'autre lui fait violence, et ni l'une ni l'autre ne préservent du retour. Combien de preuves de cette vérité ne se sont-elles pas accumulées depuis M. Lieutaud!
Mais à quoi servent les exemples! Il est du bon ton d'être inoculé, la Cour, les Grands le sont, tout est dit, peut-on [prendre] meilleurs modèles!
Après cela, avisés vous de citer les dangers propres à l'inoculation^^', de plus l'insertion du virus variolique, mixtionné des virus vérolique, dartreux, écrouelleux, comme on vous écouterai
Pour le bonheur des inoculateurs, (qu'en saine logique, on peut qualifier de bourreaux), les hommes se plaisent dans leur aveuglement; un pas vers la lumière leur coûte, ce sont, pour la pluspart, de grands enfants maniérés, qui, malgré les efforts redoublés de nos héros régénérateurs pour leur apprendre quels sont leurs droits, s'obstinent à les méconnoître, ils n'auront de l'horarae que la figure, tant qu'ils ne se donneront pas la peine de voir par leurs propres yeux et qu'ils ne chercheront point à s'éclairer sur les moyens essentiels à leur conservation.
Mais il est tems de m'arréter, eh quoi! craindrais-je donc de vous ennuyer, M. le duc! Dans la carrière que vous coures pour le bien de l'humanité, je vous offre une victoire à ajouter à vos lauriers. C'est à
f') Nouvelles d'Allemagne, n°L«Tiii, du 28 février 1779, inoculé à Kew, mort de
vendredy 16 may 1788, arl. de Londres, celte opération; les deux princesses, ses
Inoculation : sœurs , ont couru le plus grand danger, mais
«Le prince Octave, fils du Roi, né le ont échappé. n
un lîomme cjuo je parle, h ce titre qui n'a point d'égal, vous m'inspirez les sentiments d'estime et du profond respect, avec lesquels je suis votre trrs humble et très obéissant serviteur,
Afforty^'^ Maison de M. Fayetlo, serrurier du Roi, rue du Chanlro.
P.-S. Pour l'établissement d'un hospice que j'ai proposé pour traiter la petite vérole, situé hors Paris, pour la salubrité delà capitale et à la décharge de l'Hôtel-Dieu, il faudroit que les fonds fussent fournis par la nation, au moyen d'une contribution patriotique ou d'une souscription philantropique qui seroit d'un petit objet pour chaque contribuant. Que les fonds fussent administrés par des personnes en place, qui eussent de la fortune, des connaissances et surtout une probité reconnue, renonçant formellement pour moi à tout maniement de deniers. Lorsque par des preuves constantes de la bonté de mon traitement et au moyen des listes imprimées, afhchées et mises dans les journaux, indicatives des noms, de l'entrée et de la sortie des malades, la confiance publique seroit bien établie, les gens aisés n'hésiteroient pas à faire traiter, en payant, leurs enfans dans un local dépendant de cet hospice, alors le bénéfice excédant les frais du traitement serviroient à l'entretien de l'hospice de charité.
Minute, Arcliives nationales, F'^ 986.
<'' Il s'agit, selon toute apparence, de Pierre-François Afforty, fds de Pierre Afforty, docteur régent de la Faculté de médecine, et d'Antoinette Aubertin,etpetit-fds
de François AfTorty, qui fut doyen de la Faculté en 1708 et 1709 et décéda le 28 mars 1731. Pierre-François AlToiiy fut reçu docteurà Paris le 28 novembre 1702.
LETTRE DU COMITE DE MENDICITE AUX ADMINISTRATEURS DE LA MUNICIPALITE PARISIENNE, APPELANT LEUR ATTENTION SUR LA SITUATION CRITIQUE DES PAUVRES À L'APPROCHE DE L'HIVER ET PROPOSANT LA FORMATION D'UN COMITÉ DE PREVOYANCE QUI AURAIT MISSION DE RECHERCHER LES MOYENS DE SOULAGER CET EXCES DE MISERES.
90 octobre 1790.
k MM. les administrateurs de la municipalité de Paris.
Paris, le 29 octobre 1790.
Le Comité de mendicité de l'Asseratlée nationale apprenant que la nouvelle municipalité de Paris est formée, s'empresse de lui témoigner le désir de conférer avec MM. les administrateurs des Travaux et des Etablissements publics. La municipalité de Paris sentira avec MM. les commissaires de la Mendicité qu'il est important, indispensable et urgent de donner toute l'activité possible aux branches de l'administration qui tiennent aux soulagemens et aux travaux publics. Des circonstances, sans doute impossibles à surmonter, ont empêché l'exécution entière des décrets de l'Assemblée nationale du 3i may et du 3o août dernier relativement à la mendicité de Paris, aux atteliers de charité, etc., et cependant les décrets étoient sollicités et presque dictés par la municipalité elle même; quoiqu'il en soit, ce que les circonstances précédentes ont empêché d'exécuter, les circonstances actuelles sans doute le permettront. La municipalité de Paris en sentira la nécessité, comme le Comité, et les uns et les autres s'entendront pour le bon ordre des choses et pour le bien de Paris qu'ils désirent avec la même ardeur.
Mais il est encore une autre considération dont le Comité a entretenu M. ie maire, il y a environ six semaines, et qu'il est intéressant de communiquer à la nouvelle municipalité de Paris. Les secours de toute espèce donnés aux pauvres de la capitale sont considérables, leur bonne administration peut encore en augmenter l'ulilité, mais les circonstances sont dures, le travail a diminué, les aumônes sont moins abondantes, plusieurs causes réunies concourent à l'extension de la pauvreté.
et rapproche de l'hiver, la possibilité de ses rigueurs rend ce danger plus grand. Il est important de prévoir ces fâcheuses possibilités et d'y chercher le remède, le Comité avoit, dans cette intention, pensé que la municipalité de Paris pourroit former un comité, dont les deux, comités d'Etablissemens et de Travaux publics feroient partie, qui, sous le nom de comité de prévoyance, ou sous tout autre, s'occuperoit dès h présent de chercher tous les moyens de prévenir, de soulager cet excédent d'indigence que la rigueur de l'hiver pourroit occasionner. Ce comité pourroit, s'il le jugeoit à propos, s'entendre avec le Comité de mendicité, qui sera toujours disposé à donner tout son tems, tous ses soins à ce qui intéressera le soulagement des malheureux, ce qui remplira ainsi le devoir que lui a imposé l'Assemblée nationale. Cette idée que le Comité soumet à la municipalité de Paris pourra être prise par elle en considération et le Comité attend à cet égard sa réponse.
Les memhi'es du Comité de mendicité, Signé : Liancourt et Bonnefoy.
Copie, Archives nationales, AF*' i5, fol. 5o v".
LETTRE DU COMITE DE MENDICITE À M. DE BETHUNE-CHAROST, PRÉSIDE:\T DE LA SOCIÉTÉ PHILANTROPIQUE , EXPRIMANT LE REGRET DE NE POU- VOIR FAIRE ALLOUER LE SECOURS ANNUEL DE 30,000 LIVRES QU'IL AVAIT DEMANDÉ POUR CETTE ASSOCIATION, LETTRE TRANSMISE PAR M. DE LA nOCIIEFOUCAULD-LIANCOURT.
i" novembre 1790.
A M. Béthunc-Chnrost , président de la Société philantropique.
Paris, le 1" novembre 1790.
Je joins ici, Monsieur, la réponse du Comité, vous la trouverez peu satisfaisante, elle est malheureusement la seule qu'il puisse faire. Cependant, comme il y a beaucoup de choses qui peuvent se traiter verbalement avec plus d'avantage que par ('crit et que nous désirons vrai-
ment trouver tous les moyens possibles d'aider la Société pliilantropique , il seroit peut-être bon que vous et un ou deux de vos collègues vinssiez à une de nos séances, en nous prévenant s'il leur étoit plus commode de venir le malin, nous nous rassemblerions à cet effet deux ou trois. J'ai l'bonneur, Monsieur, de vous renouveller l'assurance de mon sincère attacbement.
Signé : Liancolrt.
M. de Liancourt qui a fait part à MM. du Comité de mendicité de la lettre de M. de Cbarost et du petit mémoire qui y étoit joint, a l'bonneur de lui en faire passer la réponse.
Sans doute les Sociétés pbilantropiques doivent être encouragées et soutenues, elles répandent la cbarité particulière avec un soin, une intelligence, une vertu bien rare, et aucune ne remplit ce devoir aussi corapletlement que celle de Paris. Il y a plus, ces sociétés économisent infiniment les secours publics, elles animent la bienfaisance particulière sans laquelle la bienfaisance publicjue ne peut être qu'incompletle, le nombre des pauvres de Paris doit augmenter par plusieurs causes différentes, mais le Comité, malgré cela, voit peu de moiens de procurer des secours à la Société pbilantropique de Paris. Ce genre d'association doit exister par lui même , ou il n'est plus établissement cbaritable et volontaire. Si l'Assemblée nationale décrète un don pour la Société pbilantropique de Paris, les autres sociétés pbilantropitjues lui feront la même demande, et la Société sait combien Paris absorbe de secours. Ceux donnés à la Charité maternelle ne sont que continués sur les mêmes fonds publics sur lesquels ils étoient affectés, il faudroit créer un secours public pour la Société pbilantropique, qui n'en a jamais reçu, puisque le Roy ne faisoit ses dons qu'en son propre et privé nom, que comme ami de l'humanité.
Le Comité de mendicité voit donc avec une peine sensible le peu de moiens qu'il a de proposer à l'Assemblée de venir au secours d'une association aussi honorablement utile, aussi bienfaisante.
Les membres du Comité de mendicité.
Signé : Liancourt et Bonîsefoy.
Copie, Arcliives nationales, AF*' i5, fol. 53 \°.
LETTRE DU COMITE DE MENDICITE À M. BAlLLY, LL'I EXPRIMANT LE DESIR DE CONFERER AVEC LES ADMINISTRATEURS DES TRAVAUX PUBLICS ET LE CO- MITE DE PRÉVOYANCE SUR LES PLANS ET PROJET DU SIEUR DUNOUY TOU- CHANT LE CANAL DE SAINT -MAUR, AFIN D'OCCUPER UTILEMENT LES