‹ L'assistance publique à Paris pendant la Révolution; documents inédits (volume 2)Chapitre 32 sur 229 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

8 janvier 1790.

Le Roi, Monsieur, étant dans l'intention de faire construire des hôpitaux à Paris, en fit remettre un projet à l'Académie des sciences et chargea cette compagnie de lui en rendre compte. Elle nomma des commissaires; le sieur Tenon, l'un d'eux, fit un travail, l'Académie demanda qu'il fut imprimé, et il le fut par le sieur Pierres.

Le sieur Tenon a payé de ses deniers dessinateurs, graveurs, imprimeurs en taille douce, afin que ces artistes ne souffrissent pas du retard des payemens; il n'a retenu de l'édition de son ouvrage que ce qu'il falloit pour en donner, tant en France que chez l'étranger, un exemplaire aux savants qui avoient bien voulu faciliter ses recherches, il a fait remettre le reste au nombre de 1,200 volumes in-/i° à l'Hôtel de Ville, pour que le produit en fût appliqué au profil dos hôpitaux.

Le sieur Tenon désireroit d'obtenir le payement de ses déboursés et celui du sieur Pierres, imprimeur, le tout s'élève à i4,o6o livres 1 3 sois, le moyen de lui procurer est dans les mains de la Municipalité, le sieur de Villeneuve, son trésorier, étant dépositaire des contributions destinées à l'établissement projette de quatre hôpitaux dans la capitale.

J'ai cru devoir, Monsieur, vous soumettre et vous prier de prendre en considération la demande de cet académicien estimable, vous êtes plus que qui que ce soit en état d'apprécier son ouvrage, ayant eu la plus grande part au projet de cet établissement. Vous serès surtout touché de l'honnêteté et du désintéressement du sieur Tenon, qui, sous ces deux rapports et indépendamment de l'utilité de son mémoire sur les hôpitaux, mérite la plus prompte satisfaction et les plus grands éloges.

Copie, Archives nationales, O'ooi, fol. 6.

PÉTITION DU SIEUR LAMBERT, INSPECTEUR DES APPRENTIS DES MAISONS UE L'HÔPITAL GÉNÉRAL, À L'ASSEMBLEE NATIONALE, AU SUJET DE LA FORMATION D'UN COMITÉ, DEMANDÉE PAR LA VILLE DE PARIS POUR S'OCCUPER DE LA CLASSE PAUVRE.

1 1 janvier 1790.

Monsieur le Président,

Mardi 2 9 décembre dernier, à la séance du soir, M. Guillotin pour et au nom de la Commune de Paris, qui n'avoit pu être admise h celle du matin, a présenté à l'Assemblée nationale le vœu de la formation d'un comité dans son sein, dont l'objet seroit d'appliquer à la classe non propriétaire les grands principes de justice tracés par les législateurs de la France dans la déclaration des droits de l'homme et dans la Constitution. Sur le champ, la motion de ce comité fut faite par M. de Virieu, apuiée par plusieurs membres et enfin sur l'observation de l'un d'eux ajournée au premier mardy de l'année '".

Cependant non seulement cette affaire n'a pas été reprise mardy dernier, mais voilà la semaine achevée sans qu'il en ait été question, et il ne seroit que trop à craindre que l'émission de ce vœu déjà trop différée et à l'accélération de laquelle la Commune de Paris s'est en conséquence portée avec cette énergie touchante que la patrie et l'humanité réclamoit de sa part pour une aussi belle cause , n'obtint point l'effet qu'un patriotisme aussi pur a dû s'en promettre.

La ville de Paris portant à l'Assemblée nationale un vœu aussi humain, aussi juste en faveur de tout ce qu'il y a d'infortunés dans ce vaste empire ! Quel plus beau spectacle pour les représentants d'une

W M. Guillotiii donna effectivement lecture d'un arrêté des représentants de la Commune, qui soumettait à la sagesse de l'Assemblée des plans rédigés par MM. Boncerf et Lambert sur les ateliers de charité et la subsistance des pauvres, et demandait le renvoi de cet objet à un comité spécial. M. de Virieu opina pour la création d'un comité de sept membres, qui serait

chargé d'examiner ces mémoires et d'en rendre compte à l'Assemblée, mais Pétion fit observer que la formation de ce comité serait dangereuse, l'Assemblée étant dépourvue de moyens actifs pour secourir utilement les pauvres. Ces observations furent accueillies et les mémoires fm-ent renvoyés au Comité d'agriculture. {Archives parlnnentaires , t. X, p. 719.)

14 L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PAfUS.

nation humaine, généreuse et sensible? En est-il dont le succès puisse être moins équivoque et plus certain?

Le soin des pauvres fera partie de l'attribution graduellement départie par l'Assemblée nationale à tous les corps administratifs. Chacun de ces corps n'aura-t-il à cet égard que les règles qu'il am^a jugé à propos de se faire? En d'autres termes, est-ce l'arbitraire qui réglera les pauvres d'un bout du royaume à l'autre? ou bien une salutaire uniformité de vues et de principes fixera-t-elle à cet égard les incertitudes et préviendra-t-elle etficacement, autant qu'elles pourront l'être, les incertitudes, puis des méprises d'autant plus cruelles qu'elles seroient plus multipliées, moins aperçues et par conséquent impossibles à réparer? Dans les moments malheureux et décisifs où nous sommes, je suplie qu'on daigne peser ce peu de mots, et certe alors on ne soupçonnera pas que le comité en question puisse être sans objet.

Substituer l'obéissance à l'insubordination, le bon ordre à l'insurrection et à l'anarchie par un régime à la fois bienfaisant et sévère dont la justice et la miséricorde soient la base, qui puisse rallier à l'ordre tous les bons citoyens qui ne sont que séduits, (jui ôte tout prétexte plausible de mécontcntemenis et de murmures aux ennemis du bien public, qui tire une ligne de démarcation tellement visible entre eux et les bons citoyens qu'il ne soit plus possible de s'y méprendre et que, forcés de faire de nécessité vertu, ou bien devenus inexcusables, ils puissent du moins être les seules victimes de leur coupable obstination, tel seroil l'objet du comité en question. Pour peu qu'on daigne réfléchir combien ceux qui n'ont rien sont plus nombreux que les riches, encore une fois, on ne dira certainement pas que ce comité ne puisse être dans le sein de l'Assemblée qu'un bors-d'œuvre, dont on ne puisse rien se promettre, ou même dont on puisse impunément différer la formation.

Mais comme , dans une matière aussi neuve surtout , des connaissances purement spéculatives ne sulFiroient pas, dans une matière où il faudroit, s'il étoit possible, que le travail, les décrets, leur exécution ne fût qu'une seule et même chose en un seul et même jour sur chacun des points de la surface du royaume, que c'est là (autant toutefois que la chose peut le comporter) le but où il faut tendre, je vous prie, Monsieur le Président, de soumettre à l'Assemblée nationale la demande que j'ai faite tant dans cette adi"esse imprimée que dans l'adresse ma-

nuscritc, d'après laquelle la Commune de Paris lui a porte mon vœu, d'admettre à ce comité les citoyens vertueux que j'y nomme, dont vous trouverez ici les noms'^', et qui peuvent y porter avec fruit le tribut de leurs connoissances pratiques, en faveur desquels la chose réclame par conséquent du moins les mêmes facilités, les mêmes avantages qui de prime abord ont été accordés aux députés du commerce.

La formation de ce comité, c'est l'affaire de quelques moments qui ne rallentira en rien les grands travaux de l'Assemblée et lui en préparera de bien touchants et non moins dignes d'elle.

La régénération de l'État est dans le parti (|ue je propose, de l'autre, sa ruine, l'une ou l'autre sont inévitables et il n'y a pas un moment à perdre.

Je vous supplie donc. Monsieur le Président, au nom de la religion, de la patrie et de l'humanité ^ de vouloir bien remettre cette importante affaire incessamment à l'ordre du jour en la manière que vous estimerez la plus propre à en accélérer le succès.

Et comme sans une protection visible de la Providence, je n'aurois pu parvenir, faible et obscur comme je le suis, à voir porter par un corps aussi respectable que la Commune de Paris mes vœux jusque dans le sanctuaire de la patrie , il ne me reste qu'à m'abandonner avec tous les pauvres à ce qu'il lui plaira d'ordonner de notre commun sort et de celui de l'Empire français, dont le vertueux chef a daigné nous donner l'exemple d'un dévouement si peu commun, si touchant qu'il iîélrira à jamais ceux qui ne l'imiterout pas. v

Je suis, avec le plus profond respect, Monsieur le Président, votre très hum])le et très obéissant serviteur.

Lambert,

Inspecteur des aprenlis des différentes maisons de rilôpital Général, rue Copeau, la porte coclière vis à vis la ruo de la Clef.

Minute, Archives nationales, DIV 5i, n" 1^172.

(') M. de la Millière, chef du départe- niinislrateur de l'Hôpital Général, M. Honmenl, M. Thourct, inspecteur général des cerf, dont l'Assemblée nationale vient do hôpitaux civils, M. do Monilinot, iusppc- faire réimprimer une brochure où il proteur du dépôt de Soissons, M. Béchol, pose d'employer les gros ouvriers au desdirecteur des Quinze-Vingts, M. Tillel , ad- seichemonf des marais.

DÉCRET DE L'ASSEMBLE'e NATIONALE, NOMMANT QUATRE COMMISSAIRES CHARGES DE RECEVOIR LES DONS EN FAVEUR DES PAUVRES DE LA CAPI- TALE ET DE LES REMETTRE À LA MUNICIPALITE.

91 janvier 1790.

L'Assemblée nationale décrète qu'il n'y a pas lieu à délibérer sur la lettre écrite à son président par le maire de Paris, et cependant voulant que les dons, que tous ses membres sont disposés à faire en faveur des pauvres de cette capitale, soient employés à leur soulagement de la manière la plus avantageuse, a décrété qu'il sera nommé quatre commissaires pour les recevoir et remettre les sommes qui en proviendront à la Municipalité chargée d'en régler l'emploi et la distribution, et les mêmes commissaires seront chargés de présenter à l'Assemblée des vues sur les moyens de détruire la mendicité.

Minute de la main de Barnavc, Arcliivcs nationales, C 36, n" 3o3.

PETITION DU SIEUR DE LA SALLE A L'ASSEMBLEE NATIONALE, DEMANDANT, À L'OCCASION DE LA DONATION D'UNE RENTE À LA COMPAGNIE DE CHARITÉ DE LA PAROISSE DE SAINT JEAN EN GREVE, QUE LES COMPA- GNIES DE CHARITÉ NE SOIENT PAS CONSIDÉRÉES COMME ÉTABLISSE- MENTS DE MAINMORTE.

19 février 1790.

A. Monsieur le Président et Messieurs des Etats généraux.

Messieurs,

Jean Louis De La Salle a par acle devant m*" Poulletier, notaire à Paris , le 2/1 février 1788, fait donation en contracts sur le Roy payable à la Ville de 1,780 hvres de rente, à quoi ont été réduites 3,335 livres aussi de rente en deux parties au principal de 71, '200 livres, au profit de la compagnie de charité de la parroisse S*^ Jean en Grève de Paris,

pour être tous les six mois employées à la délivrance des pauvres prisonniers détenus pour mois de nourrice, suivant qu'il est réglé par icelle: cette donnation authorisée par lettres patentes du Roy du mois de septembre 1787, enregistrées au Parlement.

Le donnateur pour don patriotique, suivant le décret sanctionné par la déclaration du Roy du 9 octobre dernier, désire de donner 5,000 livres, mais sous condition que, lorsqu'il y aura lieu au remboursement, le principal et les arrérages en seront payés à laditte compagnie de charité qui fera employ dudit capital en cas de remboursement, pour être lesdits arrérages employés à ladite délivrance des détenus pour mois de nourrice, conformément à ladite donnation. Il s'est présenté au département de son quartier, qui est au Temple, mais on luy a fait une difficulté de recevoir sa déclaration sous ladite condition que les 5, 000 livres apartiendroient à ladite compagnie de charité, sous prétexte que le décret sanctionné par ladite déclaration, article 17, porte entre autres (ou à telle personne qu'il aura désignée), disant que ladite compagnie de charité est une mainmorte qui subsiste toujours, au lieu qu'il paroist que l'Assemblée nationale par son décret a eu intention qu'il soit indiqué une personne pour que l'État ait l'espérance de demeurer affi-anchi du remboursement. C'est un événement incertain , suivant les dispositions des articles 1 6 et 1 7 de ladite déclaration, le contribuant ou le désigné pouvant survivre au remboursement, au lieu qu'on peut dire que ladite contribution par l'effet de ladite désignation de charité appartient avec certitude dès à présent à l'État, parce que l'on sait qu'une pareille charité est à la décharge de l'État, puisque, s'il n'y a pas de charité particulière, il faut que l'État paye, les malheureux ne pouvant être toujours détenus dans ses fers surtout pour une pareille cause, qui est pour avoh* procuré des âmes à Dieu et des hommes à l'État, aussi il y a un bureau d'Etat à la police pour les payements desdits mois de nourrice. On dit que plusieurs personnes se sont présentées pour faire des dons de pareille nature et qu'elles ont été refusées, ce qui est une perte réelle pour l'État.

C'est pourquoy l'Assemblée des États généraux est très humblement supHée d'ordonner ou décretter que les contribuants pourront dans leurs déclarations désigner lesdites compagnies de charité pour jouir après eux de tous leurs droits, à la charge, à l'égard des compagnies de

charité, que quand il pourra y avoir lieu au remboursement du principal, d'en faire remployé en rente sur l'Etat ^'l

Minute, Archives nationales, D VI /17, n" gaS.

PLAN D'ETABLISSEMENT D'UNE MAISON DE SECOURS POUR LES GENS DE MAISON PAR LE SIEUR VISSE.

[1] LETTRE DE M. QLATREMÈRE FILS, SECRETAIRE DE L'ASSEMBLEE DES REPRÉSENTANTS DE LA COMMUNE, À L'ASSEMBLEE NATIONALE, LUI REN- VOYANT LE PLAN D'ÉTABLISSEMENT D'UNE MAISON DE SECOURS POUR LES GENS DE MAISON, SOUMIS PAR LE SIEUR VISSE.

6 mai 1790.

Monsieur le Président et Messieurs,

J'ai l'honneur de vous adresser au nom de l'Assemblée générale des représentants de la Commune un plan d'établissement d'une maison de secours pour les gens de maison. Ce projet, qui avoit été renvoyé au Comité des rapports de notre Assemblée, lui a été présenté par le rapporteur comme intéressant dans ses motifs et précieux dans ses effets. Saisie de cette prévention lieureuse, que l'approbation de MM. les administrateurs des Etablissements publics ne pouvoit qu'augmenter, mais assez pénétrée de l'importance de l'objet pour ne rien donner à une première vue, également persuadée qu'elle ne doit pas excéder ses droits, l'Assemblée des représentants de la Commune abandonne à votre autorité et à votre sagesse un plan que son état provisoire et la nécessité de fixer une contribution, qu'elle n'a pas le pouvoir de déterminer, lui défendent absolument d'arrêter.

'*' Une note en tête de la pièce indique réclamée en faveur d'une compagnie de la décision sur celle requête : «Résolu que charité, qu'il étoit seulement permis do le décret du G octobre s'oppose à la \acation nommer un homme vivant et mourant. n

J'ai l'honneur d'être avec un profond respect, Monsieur le Président et Messieurs, votre très humble et obéissant serviteur,

QUATREMKRE fils ,

secrétaire de l'Asseinblée.

Minute, Archives nationales, F'"* i8Ci.

[9] AVIS DONNÉ PAR M. RABAUT DE SAINT-ETIENNE, AL NOM DU COMITÉ DE CONSTITUTION, SUR LE PROJET PRÉSENTÉ PAR M. VISSE.

27 mai 1790.

Le Comité de constitution ayant pris connoissance du projet ci dessus, applaudit aux vues de prévoyance, de sagesse et d'humanité qui l'ont dicté, mais les auteurs du projet ayant demandé que le Comité le présentât à l'Assemblée nationale pour lui faire donner une forme constitutionnelle, le Comité n'a pas cru que cet objet fût de son ressort, il estime que c'est ii la municipalité de Paris qu'il faut s'adresser, parce que c'est un établissement local et, qu'étant de plus volontaire et libre de sa nature, il n'y a que l'autorité d'un corps municipal qui puisse lui donner des formes assorties à la Constitution et à l'avantage des individus '^'.

A Paris, le 97 may 1790.

(Signé): Rabadt de SAiNT-EirENNE.

IVlinulc, Archives nationales, F'^ i8fii.

[3] RAPPORT AU CONSEIL MUNICIPAL SUR L'ETABLISSEMENT PROJETÉ D'UNE MAISON DE SECOURS POUR LES GENS DE MAISON (^).

Messieurs, Par un mémoire dont le renvoy a été fait au département des Éta-

('' Cet avis est annexé au mémoire ma- compte incessammeiit.Au sujet du s' Visse,

nuscrit du s'' Visse développant son projet cf. le tome I de notre Répertoire, n° 6a/i.

d'établissement d'une maison de secours *-' Une note on tèle fournil Tindicalion

pour les gens de maison, mémoire (jui fut snivanle : rLe A février 1791, envoyé co-

impriint' el envoyé au Comité des rapports, pie do ce rapport à M. Cahier de Gerville et

le 19 avril 1790, avec invitation d'en rondre toutes les pièces y relatives.»

blisscmonts publics, le sieur Visse expose que les domestiques et gens de maison forment dans le royaume une classe nombreuse, dont il semble que la loi ne se soit occupée que pour agfjraver sur eux la peine des délits qu'ils commettent.

Il observe que la pluspart des vices et des désordres qu'on leur reproche, ont leur source dans l'imprévoyance de cette classe d'hommes, imprévoyance qui, ne leur permettant pas la plus légère épargne, les livre dans leurs moments de détresse à toutes les tentations du crime et dans l'âge des besoins à toutes les horreurs de l'indigence.

Pour remédier à ce défaut de la part des domestiques et leur préparer un sort plus doux dans les circonstances difficiles de la vie, le sieur Visse propose en leur faveur un établissement de secours, dont il développe dans une suite d'articles les conditions et les avantages.

Cet établissement embrasse toutes les classes de la domesticité et les cas les plus ordinaires aux individus de ces différentes classes : domestiques hors de place, domestiques âgés ou infirmes, veufs et veuves chargés d'enfants. Tout domestique hors de place, muni d'un certificat du dernier maître qu'il auroit servi, seroit reçu et nouri pendant quarante jours dans l'établissement dont il s'agit, sans payer autre chose qu'une somme de lo livres en entrant. Tout domestique, ayant atteint l'âge de 60 ans, pourroit se retirer dans la maison de secours et y seroit traité tant en santé qu'en maladie, moyennant une pension annuelle de 200 livres; toute veuve d'un domestique, chargée de trois enfants, pourroit se décharger de l'un deux sur l'établissement, qui s'occuperoit de faire apprendre à l'enfant un art ou un métier analogue à son goût et à sa constitution. Indépendamment de ces avantages, il seroit distribué chaque année à cinquante hommes veufs et à pareil nombre de femmes veuves une somme de 100 livres chacun. Il est nécessaire d'observer que, pour mettre de justes bornes à l'étendue des secours, il ne seroit reçu à la fois dans l'établissement que 1 00 domestiques hors de place, qu'il n'y seroit également donné azile qu'à 5o domestiques âgés de soixante ans, que l'établissement ne se chargeroit pas de plus de 5 0 enfants à la fois et qu'il ne les prendroit à sa charge qu'à l'âge de 12 ans.

Les fonds destinés à l'établissement et au soutien de la maison de secours seroient le produit d'une taxe de trois deniers par jour, imposée sur chaque domestique mâle en service dans la capitale. Il paroit

que l'intention de l'auteur est de rendre cette taxe nécessaire et forcée, puis(ni'il propose d'autoriser les maîtres à en faire la retenue lorsque leurs gens ne rapporteront pas la quittance de payement.

Le sieur Visse, en supposant dans Paris 2 5,ooo contribuables, porte à 11/1,062 livres 10 sols par an le produit de la taxe dont il s'agit, il faut y ajouter 19,000 livres tant pour le droit de séjour payé par les ioo domestiques hors de place que pour la pension exigée des domestiques sexagénaires, ce qui donne une recette totale de 188,062 livres 1 0 sols. La dépense , d'après le tableau qu'il en fournit et dans lequel se trouve comprise une somme de 12,000 livres pour frais d'administration, ne s'élèveroit qu'à 129,000 livres et seroit conséquemment couverte et au-delà par la recette.

L'auteur insiste sur les avantages qui résulteroient tant pour les maîtres que pour les domestiques de l'exécution de son projet, il demande qu'on lui accorde pour former son établissement l'ancienne caserne des cy devant gardes françaises, rue de la Pépinière, dont il s'engage à payer la location au prix qui sera jugé convenable.

Enfin pour inspirer toute confiance dans le gouvernement d'une entreprise aussi importante, il annonce que l'administration supérieure de la maison de secours seroit composée de M. le maire, de deux commissaires nommés par la Municipalité, de trois chefs des familles Montmorenci, d'Ormesson et Montmorin, de deux magistrats de la cour supérieure, de deux banquiers et de deux négocians.

Il paroit que ce projet présenté à l'Assemblée générale des représentants provisoires de la Commune au mois d'avril de l'année dernière , fut alors adressé par elle au Comité de constitution de l'Assemblée nationale. Ce Comité, après en avoir pris connoissance, le renvoyé aujourd'hui à la Municipalité définitive, et c'est sur ce renvoi, Messieurs, que vous avez à prononcer.

Sans doute on ne peut qu'applaudir, avec le Comité de constitution de l'Assemblée nationale, aux vues de prévoyance, de sagesse et d'humanité qui ont dicté le plan du sieur Visse, il est à désirer pour l'avantage des gens de maison que ce plan s'exécute, et nous devons de tout notre pouvoir en encourager le succès, mais quels moyens d'encouragement nous sont permis à cet égard et jusqu'où doivent-ils s'étendre? C'est ce qu'il s'agit de déterminer.

Le sieur Visse fonde le succès de son projet sur l'établissement d'une

taxe personnelle de 3 deniers par jour à laquelle scroienl assujettis tous les domestiques mâles en service dans la capitale. Quelfju'avantapeux que dût être pour les contribuables l'emploi de cette contribution, il est impossible de la regarder autrement que comme un impôt, et sous ce point de vue vous jugerez sans doute qu'il ne vous appartiendroit pas de l'établir.

Mais quand l'établissement d'une pareille contribution n'excéderoit pas les bornes de nos pouvoirs, on peut douter encore qu'il convînt à votre sagesse de prescrii'e à la classe entière des gens de maison des sacrifices dont un petit nombre seulement recueilleroit le fruit. On ne peut se dissimuler en effet que le nombre de cent domestiques hors de place, admis à séjourner pendant quarante jours dans l'établissement, et celui de cent domestiques sexagénaires admis à la pension, ne soient au-dessous de la proportion qu'exige une classe d'individus qu'on suppose être de 26,000, et c'est pourtant sur ces 20,000 individus, que l'on propose d'asseoir une taxe dont la pluspart ne retireroit aucun

avantage.

Il y a plus, quand tous les domestiques, assujettis à la contribution dont il s'agit, devroient profiter du bienfait qu'elle leur prépare, vous pourriez douter encore qu'il vous convînt d'adopter cette mesure. Vous pourriez penser que, tout bienfait devant être libre dans son acceptation, il répugne à la nature des choses d'obliger un citoyen à disposer même à son profit d'une partie de sa fortune, et à se procurer à ce prix des avantages qu'il ne sollicite pas. On peut ajouter, d'après l'auteur du projet, que les domestiques économes et attentifs n'ont pas besoin de cette ressource, et nous doutons qu'elle profitât beaucoup à ceux d'un autre caractère.

Nous ne parlerons point des ditîicuhés qu'entraîneroit nécessairement la perception d'une semblable taxe, faite d'après les moyens que le sieur Visse indic[ue dans son mémoire. \ous estimons dans ces circonstances que, s'il y a lieu d'accueillir le projet du s' Visse, ce ne peut être qu'à la charge par lui de l'exécuter à ses risques et périls et au moyen d'une souscription purement volontaire de la part de ceux qui voudront y concourir. Cette opinion est celle du Comité de constitution de l'Assemblée nationale, qui dans son avis à la suite du mémoire s'exprime ainsi: a C'est à la municipalité de Paris qu'il faut s'adresser, parce que c'est un établissement local et (\uélant de plus volonUiife et

libre de sa nature, il n'y a que l'autorité d'un corps municipal qui puisse lui donner des formes assorties à la Constitution et à l'avantage des individus, n

LETTRE ET MEMOIRE ADRESSES A L'ASSEMBLEE NATIONALE PAR LE SIEUR JL'VILLE, CHIRURGIEN HERNIAIRE, À L'EFFET DE FAIRE ADOPTER SON SYSTÈME POUR LA GUERISOxN DES HERNIES.

7 juillet 1790.

Monsieur le Président,

Permettes moi de vous observer que j'ai adressé, le 27 mars dernier, sous la présidence de M. Rabaud de S -Etienne, un plan qui m'a été dicté, il y a 20 ans, par l'amour de l'humanité dont je fais preuve depuis /i5 ans. Ce plan indique les moyens de sauver la vie à 8 ou 10,000 sujets, qui périssent annuellement en France de hernies ou descentes, et à garantir plus de 90,000 individus, qui courent le même danger, en leur administrant des bandages qui les mettent à l'abri de ce funeste sort, sans qu'il en coûte à 1 Etat.

J'ai cru que ce plan, dont l'exécution rendroit plus de 20,000 bras à l'agriculture, pourroit mériter l'attention de l'Assemblée nationale et qu'elle voudroitbien s'en occuper un instant. J'ai joint à ce plan, comme hommage à l'Assemblée nationale, 62 exemplaires de mon ouvrage sur les bandages herniaires'^', formant un objet de 3o louis, et l'impression est épuisée, ouvrage qui a été accueilli favorablement des académies de la capitalle, j'ai ajouté cet ouvrage au plan comme don patriotique et pour donner une idée de mon travail sur cette branche de l'art, cependant il paroit, selon le procès- verbal, qu'on a pris l'accessoire pour la chose et que le plan n'a pas été lu, puisqu'il n'en est pas fait mention.

Je suplie M. le Président de vouloir bien faire connoître et com-

(') Juville est en elTel l'auleur d'un Traité des bamlages Jwniaires publié en 1786; son |)Ian présenté à l'Assembléo nationale parut dans le piomier volume du Journal encyclopédique.

2/i L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.

rauniquer mes intentions à l'Assemblée nationale, en l'assurant que je n'ay aucune vue d'intérêt pécuniaire, mais le désir seul de me rendre utile à ma patrie.

Je suis, etc.

(Signé) : Jl ville.

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