‹ L'assistance publique à Paris pendant la Révolution; documents inédits (volume 2)Chapitre 35 sur 229 · À L'APPUI · texte numérisé non relu

À L'APPUI

19 novembre 1790.

Aucun établissement n'offre de ressource aux femmes. Il y a pour les hommes, des écoles gratuites de dessin, divers cours de langues.

OEUVRES DE CHARITÉ ET DE BIENFAISANCE. àl

de sciences, arts et métiers uniquement pour eux seuls; personne n'ignore cependant que les travaux ordinaires des femmes sont insuffisans pour l'existence d'une famille. Nous croyons donc présenter des vues utiles et convenables, en offrant pour elles un plan qui suppléeroit en partie à ce qu'on a négligé de faire jusqu'à présent.

La composition typographique nous semble être plutôt du ressort des femmes que des hommes : ceux-ci ont bien de la peine à rester renfermés plusieurs heures, uniquement occupés d'un travail minutieux; la femme, au contraire, est naturellement sédentaire, adroite, patiente; elle a plus d'élégance et de propreté dans ses travaux, sa conduite réglée et assidue promet une exécution plus prompte et en même temps moins fautive.

La Société, sans doute, se doit à tous ses membres, non pour les faire vivre sans rien faire , mais pour les aider et les protéger, car nul ne peut dire : Je ne suis pas fait pour travailler, puisque tous sont nés pour exister. Foulons donc aux pieds des préjugés qui éternisent nos maux; si nous sommes nés dans l'opulence, et que la fortune nous ait ensuite abandonnés, courons après elle par l'industrie; nos frères encourageront un établissement formé par des motifs aussi respectables, et destiné à procurer aux femmes une ressource aussi favorable aux mœurs, qu'avantageuse à l'industrie et à l'Etat.

Pour être admise à l'École de typographie, il est à propos que l'on exige les conditions suivantes :

1° Que les femmes sachent bien lire et écrire, et qu'elles soient de mœurs irréprochables, d'un caractère affable et sûr. Toutes celles qui auront leurs preuves à ces divers égards , pourront se présenter, accompagnées de leurs parents, depuis l'âge de i5 ans jusqu'à celui de 3o. à la charge par chacune d'elles, de faire deux élèves;

9° Les femmes dont l'intelligence sera plus perfectionnée par l'éducation, pourront être admises à celte école jusqu'à ào ans. Elles peuvent encore à cet âge se promettre des succès rapides et tous les égards qui seront dus à leur situation;

3° Il sera fait, d'accord avec elles, un règlement qui accordera des prix d'encouragement pour les plus assidues et prononcera des amendes pour les graves contraventions.

Qu'on ne s'effraie point pour les femmes de la difficulté d'acquérir le talent Ivpograpliiquc : si des aveugles-nés exercent cet art avec tant

un L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.

(l'habileté, que ne doivent-elles pas espérer? D'ailleurs, nous avons su alléger tout ce que cet art a de pénible pour le concilier avec la foiblessc du sexe; les presses, d'un genre particulier ^^^, seront douces et faciles à mouvoir; des casses où l'on pourra travailler assises, et les marbres disposés de manière à rendre la correction moins gênante. Quelques-unes apprendront les premiers élémens de la grammaire, et surtout l'orthographe; enfin, avec de la bonne volonté et un peu d'intelligence, quelques mois leur sufliront pour parvenir au degré de perfection propre à leur assurer l'indépendance; pourront-elles en douter, quand elles apprendront que des femmes dont l'éducation n'a été préparée par aucun genre de travail mercenaire, ont appris en très peu de temps ce qu'elles offrent aujourd'hui de leur montrer gratuitement, et que cette annonce sort de leurs presses et a été imprimée par elles.

Imprimé, Archives nationales, F'* i86i.

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