‹ L'assistance publique à Paris pendant la Révolution; documents inédits (volume 2)Chapitre 84 sur 229 · EMPLOYES · texte numérisé non relu

EMPLOYES

2 compagnons menuisiers )

1 galion bouclier / /i

1 enfant de chœur '

1 chirurgien

1 maitre des enfans de chœur . .

3 menuisiers

1 fille de service

1 sous-maitre dt; la Correction.. . )

1 garde >

1 cocher de ^I'"" la supérieure. . . )

3 gardes )

1 compagnon charron )

3 enfants de chœur )

3 gardes j

1 garde

•2 chirurgiens

1 compagnon tapissier ) 7

9 compagnons charpentiers ....

1 apprentif vitrier

A reporter.

ID

lai

s ce

VENEniE.NS.

hk

Juillet.

Aoùl.

Seplemlire

Octobre

Novembre. .

Décembre. .

KMPLOYKS.

Report

i gardes

1 maître apotbicaire

1 maître (bi bâtiment neul.

1 sous-maître de la Correction. . .

2 enfants de rbœur

1 compagnon menuisier

1 charretier .'. .

8 gardes

1 garçon de cave

1 pharmacien

1 menuisier

1 serrurier

1 sous-sacristain

1 fille de service

2 gardes

1 chirurgien

Le maître et le sous-maître des

enfants di*. bâtiment neuf. . . . .

1 menuisier

1 serrurier

9 gardes, i garçon de cave

1 compagnon vitrier

1 fille de service

9 enfants de chœur

2 menuisiers

1 vitrier

I garde, i autre menuisier

II gardes

enfant de chœur.

1 menuisie

Totaux.

io

VliNERIENS.

Je, économe de la maison de Bicêtre, certifie le présent état véritable.

Fait audit Bicetre, ce 19 février 1790.

(Signé) : Hagnon.

Minute, Archives nationales, F'-' 1861.

IMPIllMF.IUE NATIONALE.

22G L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PAhlS.

[qJ lettre D'ENVOI DE L'l'tAT CI-DESSUS.

J'ai l'honneur de piV'senter mon respect à M. de Jussieu et de lui envoyer ci joint l'état qu'il m'a demandé par sa lettre du 18 de ce mois.

Bieetre, le 21 mars 1790.

AGNON.

LETTRE DE M. IIAGNON, ECONOME DE RICETRE , AL PRESIDENT DE L'AS- SEMRLÉE NATIONALE, FAISANT PASSER LES e'tATS DES PRISONNIERS DE- TENUS DANS LA MAISON DE BICÈTRE, TANT EN VERTU DES ORDRES DU ROI, ÉMANÉS DES DIFFERENTS DÉPARTEMENTS DES MINISTRES, QUE DE CELUI DE LA POLICE.

4 mars 1790.

Bicétre, ce Ix mars 1790.

Monsieur le Président,

En conséquence du décret de rAsseml)lée nationale, du i5 janvier

le la présente année, et qui m'a été envoyé le 22 du mois dernier, j'ai

'honneur de vous faire passer les états des prisonniers détenus dans la

maison de Bicétre, tant en vertu des ordres du Roy, émanés des diffé-

rens départemens des ministres, que de celui de la Police.

Je suis avec un profond respect, Monsieur le Président, votre très humble et très obéissant serviteur.

(Signé) : Hagnon.

Original signé, Archives nationales, DV 6, n" 67.

Caliicr Â. — [Prisonniers détenus en vertu d'ordres du] département du ministre de la maison du Roi.

Il y a dans les cabanons et sales de force 21

Jouissans de la liberté des cours 10

A leporter 3

Report 3 ,

Prisonniers détenus dans ie quartier appeliez S' Prix, où sont

les foux j g

En tout tx

Cahier B. — Département du ministre de la guerre.

Quartier appelle cabanons, prisonniers pensionnaires 8

Quartier appelle la Force, sans pension a

Quartier appelle S' Martin, sans pension 2

Quartier appelle S' Prix ou les foux, pensionnaires 2

Quartier appelle S' Prix ou les foux, sans pension 3

Jouissant de la liberté des cours, pensionnaii-e 1

En tout. i3

Cahier C. — D'ordre du ministre des affaires étrangères.

Prisonniers détenus pour cause de folie, d'inibécilité et d'épi-

lepsie, pensionnaires ^

Jouissans de la liberté des cours, pensionnaires 2

En tout (J

Cahier D. — En vertu d'ordre du lieutenant général de police.

Prisonniers détenus dans les cabanons, salles de force, atte-

liers et à la Correction

Détenus pour cause de folie, d'imbécilité ou d'épilepsie 28

Prisonniers jouissans de la liberté des cours 3

En tout 3

Cahier E. — Etat des prisonniers renfermés sur la demande du magistrat de la police de Paris.

Prisonniers aux cabanons et salles de force 260

Prisonniers détenus pour folie, imbécilité et épilepsie 8

Prisonniers jouissans de la liberté des cours n

En tout ^nk

i)28 LASSISTANCE PUBLIQLE A PARIS.

Il y a Pn t^^ut trois cent t[ua(i(' vingt deux personnes, tant foiix qu'autres, détenus à Jiicetre, ci 882

LETTRE DL SIEUH LEGENT, PIUSON.MER DE BICÉTRE, À M. DE CASTELLANE , LUI EXPOSAIST SON TRISTE SORT ET Df'pEIOAM LE TRAITEMENT BAR- BARE QUE LES GEOLIERS FONT SUBIR AUX PRISONNIERS.

5 avril 1790.

A Monsieur, Monsieur le comte de Caslellannc , dépnléà l'Assemblée nationdlle, en son hôtrl, rue d'Enjou Saint Honoré à Paris.

Aux cabanons de Bicèlre, ce 5 avril 1790.

Monsieur le comte,

Malgré que je n'ait point l'honneur de vous connoître, je ne craint pas dans ce moment de m'adresser à vous, avec toute la confiance que vos vertus et votre humanité inspirent à un cœur honnête et sincère. Je sait une partie du hien que vous avez voulu faire aux infortunés captifs, malgré les soins barbares que nos geôliers ont fait pour nous les cacher; excepté quelques hommes que l'or et la faveur ont arrachés à ces tristes lieux, nous sommes encore tous et au nombre de plus [de] quatre cents oprimés indignement par le plus cruel despotisme: au lieu d'adoucir nos maux, nos geôliers ou éconnome, hommes tout puissants ici , ont redoublé d'activité pour nous rendre plus malheureux , nous sommes toujours exposés à être assassinés à coupts de fusils ou assommés à coupts de bâtons, à être mis dans ces affreux souterrains où l'on eat attaché par le cous à une chaîne grosse et courte, les fers aux pieds et aux mains. Quand aurons nous le bonheur. Monsieur, de voir supprimer et ces caveaux infectes et ce pouvoir de vie, de mort et de liberté que nos geôliers ont sur nous. Ces hommes méchans ont même fait enlever à tous les prisonniers tous les petits effets à leurs usages qu'on leur permettoient ci devant, tel que bas, souliers, gillets et culottes que leurs amis ou parens leurs avoient procuré, disant que tels étoient les ordres de l'Assemblée nationale. On refuse de nous

donner les vivres nécessaires, et jamais aucuns prisonnier n'a pu obtenir de voir les règlemens faits par l'administration, qui fixent la quantité des allimens qu'on nous doit et leur qualité, preuves incontestables que nous sommes volés impunéments, mais je laisse les plaintes pour parier de mes malbeurs, quand je me plains, je sort de mon caractère, d'ailleur un volume suiliroit à peine pour vous en faire un tableau abrégé.

Je suis prisonnier depuis 1778, j'avoit alors 1 G ans 1/2 , je compte pour rien 12 ans de la plus odieuse captivité, il me suffit pour mon bonheur qu'on me permette de me deflendre sur tous ce qu'on pouroit m'acuser, en me faisant transférer dans la prison qu'on jugera à propos. Supposé que, malgré les décrets de l'Assemblée auguste qui a anullé les lettres de cachets, on ne veulent point m'accorder ma liberté, grâce qui a été accordé pour de l'or à plus de vingt d'entre nous, tous condamnés par arrêts, les uns pour assassinats, paricides, infanticides, poisons, vol réitérés avec effractions, etc., je vous prie, Monsieur le comte, de croire qu'aucuns fait annoncé ici n'est faux ni controuvé, tout ce que je dit, j'en offre la preuve la plus palpable. Daignés avoir pitié de ma jeunesse, daignez m'arracher des fers où je végète si tristement depuis tant d'années, et ce sera un cœur de plus qui vous sera attaché pour jamais par la plus vive reconnoissance. J'ai l'iionneur d'être avec le plus profond respect, Monsieur le comte, votre très humble et très obéissant serviteur.

Légent,

née à Gray, l''iandie-Comlé, délenu à Bicèlie par lettre de racliel, pensionnaire de 200 livres.

Minute, Archives nationales, DV 2, n" 21.

[l] nÉl'ONSES AUX QUESTIONS DE M. DE JUSSIEU, LIEUTENANT DE MAIRE AU De'pARTEMENT des hôpitaux, jointes à sa LETTRE, EN DATE DU 12 AVRIL 1790, CONCERNANT LA MAISON DE RICETRE.

3o avril 1790.

AIITICLE l".

Première question. Quelles conditions et quelles J'ormalués sont nécessaires pour l'admission des pauvres à Bicestre ?

Réponse. Deux sortes de pauvres sont udiriis à Bicestre : les uns à demeure, les autres passagèrement.

Les conditions de l'admission, pour les premiers, sont: 1° d'élre originaire de Paris ou du ressort de son Ciiatelet, ou d'y avoir un domicile actuel, et de deux ans au moins; 2° d'être sans fortune et hors d'état de gagner sa vie; 3° d'avoir 60 ans révolus, ou ((uelque infirmité grave et incurable. Pour les seconds, il sullit d'être attaqué de quelqu'une des maladies que l'on traite dans ladite maison.

Les formalités à remplir ^oMr l'admission des premiers sont de se faire recevoir au Bureau de la Pitié, en v justifiant de son droit par extrait de batême, certificats de curés, médecins, etc., suivant les circonstances.

Quelquefois, mais très rarement, on a admis des pauvres à Bicestre. sur la demande par écrit de quelqu'un de MM. les chefs de l'administration, mais ces réceptions sont toujours confirmées ensuite au Bureau de la Pitié.

Les conditions et formalités de réception sont les mêmes pour les personnes attaquées de la galle, de la teigne ou des écrouelles, à l'exception seulement que ces malades sont dispensés des conditions de l'âge et du pays et ne sont admis que pour le tems de leur traitement.

Les vénériens seuls, des deux sexes, ont une autre marche à suivre pour entrer à Bicestre : c'est de se procurer d'abord un certificat d'un chirurgien de l'Hôtel-Dieu, attestant qu'ils sont attaqués de la maladie vénérienne et d'aller ensuite h la Police échanger ce certificat contre un

ordre, en vertu duquel ils sonl reçus à Bicestre et admis au traitemen-t à leur tour, ou à raison de la gravité de leur mal.

N. B. Les galleux, teigneux, écrouellés et vénériens sont ordinairement renvoyés de la maison aussitôt après leur guérison; cependant, on prend (juekjuefois parmi eux des jeunes gens de bonne volont(3 pour garçons de service. Quelquefois aussi, l'administration permet à ceux qui sont sans ressources de rester dans la maison, jusqu'à un tems ou une saison plus favorables.

a° QUESTION. Quel est habituellement le nombre des pauvres à Bicestre? ,

Hkponse. Le nombre hahiluel des habitans de Bicestre, tout compris, roule sur environ /i,ooo individus. Il étoit lundi dernier (ly avril lyyo) de 3,979.

Quant au nombre des pauvres en particulier, on peut le voir dans l'état imprnné ci jomt, ainsi (juc^ la manière dont ils sont divisés et classés.

3" QUESTION. Quel est le nombre de chaque espèce de pauvres?

Réponse. Voyez l'état imprimé ci joint : les différents emplois et dortoirs y répondent à cette question.

N. B. On distingue quelquefois les pauvres de Bicestre en deux classes, celle des pensionnaires, et celle de ceux qui ne payent pas pension; la première étoit. lundi dernier, de 92 personnes, savoir :

Bons-pauvres /i a

Prisonniers 18

Fous 32

Total 92

et tout le reste sans pension.

/t* QUESTION. En combien de classes peut-on diviser les pauvres de Bicestre ?

Béponse. Voyez l'état imprimé et la réponse à la (piestion précédente.

A'. B. On peut encore diviser les pauvres de Bicestre en sains et

232 L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PAKIS.

infirmes, st'Xfjgén aires et au-dessous; ies premiers répartis dans les différents emj^lois et dortoirs portés sur l'état, les seconds, classés et placés, à raison de leur âge, maladies et infirmités, dans des emplois, dortoirs et infirmeries, également indiqués par l'état imprimé.

ARTICLK u.

Première question. Comment les pauvres sont-ils dislnhués?

Réponse. Par emplois, au nombre de y

Divisés en dortoirs, au nombre de 52

Et infirmeries, au nombre de 6

Ainsi qu'on le peut voir par l'état imprimé ci-joint. D'ailleurs cette

question rentre dans les deux précédentes, en observant toutefois qu'il

n'est point ici question des prisonniers.

a" QUESTION. Réunît-on ensemble les maléficiés, les uifirmes?

Les maléficiés , non; les infirmes, autant qu'on le peut, comme on peut le voir par l'étal imprimé ci-joint.

y a t il (les salles affectées à telle infirmité, à telle maladie?

Il v a deux grandes salles pour les paralytiques, un emploi pour les fous, un autre pour les épileptiques, imbécilles et incontinents ou gâteux, hommes et enfants; le même sert au\ enfants teigneux et scrophuleux; un dortoir, dit de S' Joseph, dans l'emploi de même nom, pour les hommes attaqués de ces deux dernières infirmités; deux infirmeries libres pour la galle, une autre id. pour les prisonniers, deux pour les vénériens libres, dont une dite de S' Eustache pour les hommes et une dite de la Miséricorde pour les femmes, plus une id. pour les prisonniers vénériens, etc. et une pour les prisonniers scorbutiques, etc., unepour les galleux et une pour les enfants de la Correction et pour les fous détenus d'ordres supérieurs.

Il y a encore dans la maison trois autres infirmeries libres, savoir : 1° celle dite des officiers, où sont admis les commis du Bureau et autres employés supérieurs de la maison, y compris les gardes et principaux maîtres et compagnons des boutiques; a" celle dite de S' Henry, où sont admis les gens de service de la maison et, lorsqu'il y a de la place, les Bons-pauvres pensionnaires de la maison et ceux lombes su-

bitement et trop grièvement malades pour pouvoir être transportés à l'Hôtcl-Dieu; 3° enfin celle dile des filles, pour les gouvernantes et filles de la maison.

N. B. Ces différentes infirmeries contiennent difTérents lits, comme on le verra dans la réponse à la 5"' question de l'article 7'

, me

Les pauvres de tout âge, atiaqués d'un même mal, sont ils réunis?

Non, excepté les enfants teigneux et scrophuleux, qui sont séparés des hommes attaqués du même mal, comme on vient de le voir de l'autre part.

3* QUESTION. Quelles sont les infirmités les plus communes à Bicestre et quel est le nombre de chaque espèce ?

Fous, imbécilles, épileptiques, paralytiques, herniaires, incontinents, asmatiques, etc.

Les fous (parmi lesquels sont quelques imbécilles et é[)ilej)tifpies)

étoient lunch dernier au nombre de 9 1 4

Imbécilles, bâtiment neuf, dortoir S' François 82

Epileptiques, bâtiment neuf, dortoir S' Jean 7 3

Teigneux et, écrouellés, bâtiment neuf, dortoir S' Fiacre.. . 38

Calleux libres : S^ Louis /t8 )

S' Léger 5i ( '^'^

Vénériens libres : Hommes i^o)

Femmes ^hS ) ^^^

Paralytiques (1-7

Incontinents, environ 5o

Herniaires, environ moitié des Bons-pauvres i,3oo

Vénériens, scorbutiques, etc., des à infirmeries de la Force,

dites de S' Roch, S' Lazare, S' Denis et Bellevue 1/11

Asmatiques, répandus indistinctement dans différents dortoirs, environ 200

Playes et maladies chroniques :

Infirmerie de S' Henry ài

Infirmerie des officiers 3 } /|8

Inlirnierie des filles /t

234 L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PAIUS.

Teigneux, écroueUés, aveugles et autres Bons-pauvres infirmes, d'âge viril, emploi et dortoir S^ Joseph i85

i'" QUESTION. Chaque infirmité est- elle soumise à un traitement régulier et niéiliodique , et quel est VejJ'et de ce traitement?

Réponse. Fous, imhecdles et é/jHeptiques , point de traitement, yMra/^tiques, idem, incontinents, idem, asmatiques, idem.

Point d'infirmerie, point de régime, peu ou point de soins médccinaux, quelques soins chirurgicaux, au moyen desquels tous les teigneux sont guéris, mais lentement, ainsi ([u'un tiers des scropliuleux , moitié par l'effet desdits soins, moitié par la nature.

Galleux, purgés deux fois, saignés, tisanne amcre, pommade de souffre et d'huille. Tous guéris, à moins ([u'il ne survienne (juehpie maladie grave compH(|uée.

Vénériens, leur traitement : saignés une fois, rarement deux, purgés deux fois au commencement et deux fois à la fin, () bains, ih frictions, quelquefois des sudorifiques, rarement du sublimé.

Le nombre des vénériens traités pendant le cours des dix dernières années présente le résultat suivant :

Hommes traités o,/ioo ) ,, ,

„ . , ., ' o,aoo

femmes traitées 0,000 )

Morts avant et dans le traitement :

Hommes hk^i \ „„

remmes 'lao \

Sortis guéris ou réputés tels :

Hommes 2,958 i rro

Femmes 2.56o ^

Nombre égal 6,4 00

N. B. On guérit communément plus d'hommes (|ue de femmes, parce que ces dernières attendent ordinairement à se faire traiter que

la maladie ait fait les plus grands progrès et quelles apportent plus de négligence que les hommes dans l'usage des remèdes.

Herniaires. Le sieur Geoffroy, célèbre chirurgien bandagiste, (qui a pour survivancier le sieur Dransy), est abonné avec l'administration de l'Hôpital Général pour fournir tous les bandages nécessaires aux pauvres de cet hôpital. Il vient exactement une fois, chaque semaine, pour visiter et soulager tous ceux qui ont besoin de son ministère, et il est rare que l'opération du bubonocelle se présente à faire plus d'une ou deux fois par an dans la maison de Bicestre.

Scorbutiques. Les Bons-pauvres, attaqués de cette maladie, sont envoyés à l'hôpital S' Louis, et l'on ne traite dans les infirmeries de la Force de Bicestre que les prisonniers scorbutiques de ladite maison, et ceux des prisons de Paris qui y sont envoyés à cet effet. Leur traitement s'opère avec le vin et apozème antiscorbutique, limonade, extrait de genièvre; pour topiques, le vin antisrorbutique, l'eau de vie camphrée et le stirax,

N. B. Le nombre des scorbutiques traités à Bicestre, les années précédentes, étoit de loo à i5o, il n'a été cette année que de lo à 20, et cela n'est j)as surprenant, si l'on fait attention i° à la diminution du nombre des prisonniers et conséquemment au plus grand rolume d'air convenable, dont ils ont été à portée de jouir; 2° à la température de l'hyver dernier; 3° à la liberté que les prisonniers des salles ont eue de se livrer à un certain exercice, au moyen de ce qu'ils étoient moins entassés; trois causes, dont les contraires sont, comme l'on sait, très favorables à la génération du scorbut.

Les pansements à faire, dans les différentes infirmeries et salles d'infirmes de la maison, se font tous par le chirurgien gagnant maîtrise et ses deux compagnons, ou par les huit élèves en chirurgie, sous l'inspection de leurs chefs. Toutes les grandes opérations du même genre sont faites par le gagnant maîtrise, en présence et sur la décision du médecin et du chirurgien mnjor de l'Hôpital Général, qui viennent, deux fois la semaine, faire leur visite dans les infirmeries de Bicestre. C'est aussi sur l'avis et les ordonnances de ces deux derniers que les maladies chroniques etc. sont traitées dans les infirmeries de ladite maison.

236 LASSISTAIV'CE PUBLIQUE A PAHIS.

2" QUESTION. Guérit-on beaucoup de fralleux , de teigneux et d'écrouellh?

Réponse. La réponse à la question pnkédenle pouroil siillire ù la présente, surtout pour ce qui regarde les teigneux et écrouellés; quant aux galleux, il n'est j)as hors de propos d'observer ici que plus le traitement s'en est étendu, plus le nombre s'en est multiplié; observation fondée sur l'expérience. En 1780, le nombre des galleux Hons-puvres et autres venus de Paris n'étoit que d'environ 5o dans les mois les plus forts, le nombre de ceux qui se présentoient ayant augmenté successivement jusqu'à 80, par l'effet de la misère, etc., et le local oîi ils étoient traités, se trouvant de beaucoup trop insuHisant, l'administration vient d'établir une nouvelle salle de traitement, pouvant contenir de 5o à 60 personnes, cependant, malgré ce supplément, il y a peu de bureaux où elle ne soit obligée de refuser au moins 20 ou 3o galleux, faute de place.

On traite aussi à Bicestre quelques femmes attaquées de la galle, avec ou sans la maladie vénérienne, dans une petite infirmerie parliculière de l'emploi de la Miséricorde.

Quant aux prisonniers galleux, soit de la maison, soit des prisons de Paris, ils sont en plus grand nombre que jamais, surtout depuis que le Châtelet, la Conciergerie et l'hôtel de la Force en fournissent des quantités effrayantes. Il y en a au moins 100 de ces derniers, en cet instant , dans les infirmeries de Bicestre.

3* QUESTION. 1° Quelle est habituellement la quantité de fous?

Re'ponse. De 2 à 3oo. Elle étoit de 919, le 19 avril 1790, non compris ceux qui sont à l'infirmerie et à l'hôpital S' Louis, au nombre d'environ 60.

2° En vertu de quels ordres sont-ils reçus?

RÉPOiNSE. Les fous sont reçus à Bicestre en vertu d'ordres du Roy, de M. le Procin^ur général du Parlement, de Police, de la Prévôté de l' Hôtel. et venant de l'Hôtel -Dieu, après y avoir suby un traitement insuffisant.

3° Quel est leur gouvernement , leur régime?

Re'ponse. L'emploi de S' Prix, où les fous de Bicestre sont ren-

fermés, est régi par un gouverneur, ayant à ses ordres i3 personnes de service, tant pour la propreté que pour la distribution des vivres et la sûreté.

Il y a dans ledit emploi iy3 loges au rez-de-chaussée et un pavillon à deux étages, où les fous sont couchés seul à seul, (exepté trois lits doubles).

Toutes les fois qu'un fou n'est pas furieux ou dangereux , il a la liberté de se promener, tout le jour, dans les cours de l'emploi. Ils sont traités tous avec la plus grande douceur, mênre dans leurs accès de fureur.

h° ï a-t-il une înéthode curative adoptée pour In folie?

RÉPOiNSE. Non. Tous les foux envoyés à Biceslre y restent in stalu (juo, jusqu'à ce qu'il plaise à la nature de les favoriser.

5° Arrtve-t-tl que des malades de cette espèce recouvrent la raison, soit par le secours des remèdes, soit par un bienfait de la nature?

Répoxse. On a remarqué, depuis longtems, à Bicestre i" ([ii un cinquième environ des fous qui y sont détenus, recouvrent annuellement le bon sens et sont rendus à leurs familles, 2° que les trois quarts au moins de ceux qui sont guéris, sont du nombre de ceux qui ont été traités à l'Hôtel-Dieu.

1" QUESTION. 1° Que deviennent, en cas de maladie, les pauvres de Bicestre, sont-ils tous et sans distinction envoyés à l' Hôtel Dieu?

Réponse. On a vu dans la réponse à la 3° question de l'article 2'"' ci-dessus, (juelles personnes sont admises dans les infirmeries de Bicestre. Tous les autres Bons-pauvres, indistinctement, sont envoyés ou transportés à l'Hôtel Dieu, en cas de maladie, et lorsqu'ils sont transportables, (car on ne doit pas perdre de vue ce cjue nous avons dit en parlant de l'infirmerie de S^ Henry, art. 2^ réponse à la 2" ([uestion).

N. B. Les fous venus de l'Hôtel-Dieu y sont aussi renvoyés, lors- ([n'ils tombent malades; les autres sont placés dans une des infirmeries de la maison, dite (l<' S^ Denis, enclos de la Force.

9" Cet hôpital il' Hôtel-Dieu) reçoit-il quelque chose pour leur tmitemenl?

Réponse. Non (aussi se plaignent-ils, pour ia plupart, d'y éprouver une distinction qui n'est rien moins qu'avantageuse), mais, d'après une convention faite entre les administrateurs de ces deux hôpitaux, ceux de l'Hôtel-Dieu envoyent, en revanche, à Bicestre, sur leurs hillets particuliers, tous les fous et imbécilles qui ne se trouvent point guéris à la fin de leur traitement.

2^ QUESTION. Quel est habituellement à Bicestre le nombre des malades?

Réponse. De 6I1C) à 1,120, terme moyen 883

comme on peut le voir par le détail suivant :

Vénériens.

Hommes, de 126 à 172, terme moyen '^9 / /

Femmes, de 200 à 33o. terme moyen '-^67 ! ^

Galleux.

Libres, de 80 à 120, terme moyen ioo| .

Prisonniers, de 100 à 200, terme moven 1 5o j

Prisonniers, scorbutiques , vénériens, etc.

S^ Roch. de lio à 90. terme moyen 65 j

S* Denis, de liO à tac, terme moyen 80 > 167

Bellevue, de 10 à 3o, terme moyen 22 )

Infirmes hbres.

Olliciers, de /i à 10, terme moyen. 71

S^ Henry, de 35 à A 5, terme moyen Ao > laj

Filles, de 1 à 3 , terme moyen 2 )

Nombre égal au terme moyen. . . . 883

N. B. Dans ce nombre, comme l'on voit, ne sont compris ni les teigneux, ni les épileptiques, scrophuleux. paralvtiques, etc.

Une autre observation qui n'est point à négliger, c'est que pendant

riiyver, il \ a ordinairement plus de maladies que pendant l'été, dans les maisons de l'Hôpital Général et notamment à Biceslre, effet naturel de l'entassement des individus, (dont le nombre augmente à raison de la m'ishc et du défaut de travail), et de l'obstination de ces mêmes individus à ne pas vouloir que l'on renouvelle, comme il conviendroit, l'air de leurs dortoirs.

3^ QUESTION. 1° Quelles sont les maladies régnantes à Biceslre?

Réponse. On a vu dans les réponses aux questions précédentes ([uelles sont en général les maladies les plus communes que l'on traite à Bicestre, qui sont la maladie vénérienne, le scorbut, etc., etc., à quoi l'on peut ajouter qu'il y a dans toutes les infirmeries de Bicestre, comme dans tous les autres hôpitaux, des maladies de toutes espèces, fièvres putrides , fièvres malignes, assez communes, /mx/o/^s de poitrine, rares, maladies humorales sans putridité, fréquentes, rhumes, dévoyements, affections chroniques du poulmon, , ulcères de toutes espèces, maladies d'épuisement , marasme, quelques hydroptsies.

9° En est-il quelqu'une (but le fréquent retour puisse être attribué à des causes particulières , tenantes à la situation, ou au régime de cet hôpital?

Réponse. En général l'entassement des individus dans les dortoirs des Bons-pauvres et dans les salles des prisonniers , ainsi que dans les infirmeries, le froid, l'humidité, le deffaut de renouvellement d'air et d'exercice occasionnent en hyver beaucoup plus qu'en été les fièvres putrides, le scorbut, etc. Peut-être le régime et la qualité des vivres donnent-ils aussi lieu au dévelopement de quelques maladies, à raison du tempérament de quelques individus; si cela est, c'est surtout lépuisement, le marasme, etc., qu'il faut leur attribuer.

Une autre cause des maladies les plus dangereuses des infirmeries de Bicestre, c'est l'engorgement qui y est occasionné par le trop grand nombre de malades, soit de la maison, soit de Paris, soit des prisons du Châtelet, etc.; la plupart de ces derniers surtout arrivant à moitié pourris de scorbut, de galle et de véroUe, dont les miasmes putrides, concentrés dans des locaux trop resserrés, occasionnent, plusieurs fois l'année et surtout au renouvellement des saisons, des fièvres mahgnes et putrides très dangereuses et font tomber la plupart des ulcères en gangrène.

260 L'ASSISTANCE PUBLIQUE A IMRIS.

\RTICLE V.

Question. Quelle est, année commune, la mortalité de Biccstre?

Réponse. De hoS individus, tout compris (année commune, prise sur les dix dernières années).

1 " QUESTION. Quel est, relativement au nombre total des pauvres, celui des individus capables d'un travail quelconque ?

Re'ponse. La moitié au moins.

a*" QUESTION, i" Exige-t-on un travad quelconque de ceux qui sont en état de s'y livrer ?

Réponse, Non.

2° Quels moyens employe-t-on pour l'obtenir?

Réponse. L'invitation d'une part et la bonne volonté de l'autre.

3" A quels ouvrages les valides sont-ils appliqués ?

Réponse, Comme il n'est ici question que du travail des Rons-pauvres, qui peut avoir quelque relation avec le bénélice de la maison, voici ce que l'on peut répondre à cette question : i° Quarante à cinquante Rons-pauvres travaillent dans les caves de la maison à faire de la toile pour les différentes maisons de l'Hôpital Général, 2° soixante à 70 autres sont occupés à carder et filer de la laine pour le couverturier de la maison.

Il" Où va le produit de leur travail, appartient-il en totalité à l hôpital, ou s'il leur en laisse une partie?

Réponse. Les tisserands sont logés et couchés seuls, dans un dortoir particulier, nouris à portion double et payés de leur ouvrage, à tant de l'aune sans aucune retenue.

Les ouvriers à la laine sont payés de leur ouvrage, à tant de la livre, par celui au profit de qui est leur travail, et le sou de bénéfice qui revient à la maison sur chaque livre de laine ouvrée, (comme on le

verra plus loin), est ajouté par l'entrepreneur au prix de la main d'œuvre, pour indemniser la maison du dommage occasionné par ce travail aux bardes de ceux qui s'y livrent.

3" QUESTION. N'y a-t-il pas un certain nombre de pauvres employés aux ouvrages de la maison; quel est ce nomhre, quels sont ces ouvrages et com^ ment ces pauvres sont-ils traités ?

Réponse. Il y a à Bicestre 1 6 Bons-pauvres à la tête des différents travaux et boutiques de la maison , et qui en sont réputés maîtres ou premiers compagnons, cy 1 6

Lesquels ont sous leurs ordres, savoir :

Sous-maîtres, contre-maîtres ou aides h

Compagnons Bons-pauvres 1 1

Apprentifs des boutiques i c)

Garçons jardiniers i ()

Id. buandiers 27

Maçons et charpentiers tk

-Matelassiers ■ 8

Vuidangeurs 4

Ouvriers du Grand Puits, (pour mémoire seulement, 7/1).

Tous lesdits maîtres, sous-maîtres et compagnons Bons-pauvres ont la seconde table et mangent en réfectoire, couchent seuls et sont gagés à différents prix, suivant leurs différents grades, états et métiers, mais de manière que les gages les plus forts desdits maîtres, y compris le blanchissage, ne montent pas plus haut de 26 livres 10 sols par mois.

Tous les autres ouvriers en général ont pour nourilure la portion double qui consiste en 2 livres de pain au plus, une demie livre de viande crue (et h^ de gages par mois). Ils couchent seuls aussi, mais dans des dortoirs communs, et classés suivant leur état.

1" QUESTION. Quel est à Bicestre le régime des Bons-pauvres, tant par rapport à leur gouvernement qu'à l'entretien et à la nourriture?

IHpniMEIllE KATIO?(ALe.

•Ih'l LASSISTANCE l'UBLIOUFi: A l'AUlS.

Réponse. Chaque Bon-pauvre, dans son dortoir, esl subordonné, pour la ])olice et l'ordre, à un gouverneur qui rend compte, tous les jours, à l'économe. Pour rhabillemcnt, la propreté et la distribution des vivres, il est subordonné à une sœur otficière. établie à la tête de chaque emploi, laquelle a, pour la seconder, des gouvernantes et filles de service, comme le gouverneui- a au dessous de lui des sous-gouvorneurs, portiers, ballayeurs, veilleurs et autres gens de service.

L'entretien d'un Bon-pauvre consiste en un habit, culotte et gillet de tirctaine ou bure grise, une paire de bas de laine et un bonnet id., renouvelles tous les ans, des sabots au besoin et une chemise blanche (outes les semaines.

La nouriture d'un Bon -pauvre consiste en 5/4 de pain bis, une chopine de bouillon gras, trois jours de la semaine, qui sont les dimanches, mardis et jeudis, et un quarteron de viande pesée crue, les trois mêmes jours; deux autres jours, des légumes; une fois du beurre et une fois du fromage, de chacun deux onces. En carême, deux harengs au lieu de viande; le reste comme ci-dessus.

N. B. Dans le carême, on donne du gras, tous les jours de la semaine, à /i9 0 Bons-pauvres alternativement, et en charnage à 3oo seulement, les lundis, mercredis, vendredis et samedis.

9* QUESTION. OhJifTc-t-oïi Ics Bons-paiwres de Bicesf.re à quelques exercices de piété, comment est remplie leur journée et quel en est la marche'!

Réponse. Les pauvres de Bicestre se lèvent à 5 heures en été et à () en hyver; aussitôt levés, ils font la prière du matin en commun dans chaque dortoir et ensuite leurs lits, après quoi ils sortent de leurs dortoirs pour aller à une messe basse.

Entre 8 et 9 heures, se fait la distribution des vivres. Les vivres distribués, les pauvres passent le reste du jour comme bon leur semble. Les uns, en fort petit nombre, travaillent pour leur compte : environ l\oo sortent, avec permission de l'économe, et se répandent dans Paris et ses environs, soit pour leurs affaires, soit pour leur plaisir, et les autres, composant le plus grand nombre, restent oisifs dans la maison.

Le soir, à 7 heures en été et à 6 en hyver, se fait l'appel dans tous les emplois et dortoirs, pour, sur la liste des présents, former l'état des vivres pour le lendemain. Après l'appel , se fait la prière du soir, et le couché ensuite.

i\. U. Suivant les règiemenls, les Bons-pauvres doivent assister à tous les oifices de l'Kglise, les dimanches et fêtes, sans sortir de ia maison ces jours là; ils doivent aussi approcher, de tems en tems, des sacrements, mais on leur laisse la liberté de conscience à cet égard.

3" QUESTION. Comment les Bons-pauvres de Bicestre sont-ils classés dans les emplois , dans les dortoirs ?

Réponse. On peut le voir par l'état imprimé ci joint et par les réponses à plusieurs des questions précédentes.

k^ QUESTION. Quel âge, ou (jiielles mjirmdés donnent le privilège de coucher seul?

Réponse, f-^'àgc ne donne imcun privdège à cet égard, cependant les enfants couchent ordinairement seuls, ainsi que les paralytiques, épileptiques, gâteux, imbécilles, etc.

5^ QUESTION. Combien les lits communs rassemblent-ils de pauvres ? Quel est le nombre de ces lits et celui des lits particuliers ?

Réponse. Le tableau suivant répond à cette question.

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