‹ L'assistance publique à Paris pendant la Révolution; documents inédits (volume 2)Chapitre 83 sur 229 · COPIES DE DEUX LETTRES ÉCRITES PAR DES PRISONNIERS DE BICETRE · texte numérisé non relu

COPIES DE DEUX LETTRES ÉCRITES PAR DES PRISONNIERS DE BICETRE

La 1" en datte du 3 février 1790, adressée à M. Hagnon, économe de cette maison, à sa personne même.

La seconde à M. Carpenlier, lieutenant des gardes et gouverneur des cabanons de Bicetre, en datte du 8 du même mois.

Première.

Lassé de tous les propos que journellement vous nous procurez sur notre liberté, ainsy que la Nation qui ne se met pas à la raison, voyant notre détention qui est fort longue, nous vous conjurons donc, Monsieur, de nous faire connoître au plus juste la fin de notre captivité, qui commence fort à nous ennuyer. La saison est favorable pour mettre des gens comme nous dehors, ainsy, Monsieur, vous pouvez communiquer cette lettre à la Nation, ou bien à la Ville, car telles sont nos intentions. Nous attendons de vous, ainsy que d'eux, un promt succès pour mettre la tranquillité dans nos esprits, présentement échauffés. Fait à Bicetre, salles de force et travaux.

Vos serviteurs d'ordres du Boy.

Deuxième.

Sans rien écrire qui puisse être nuisible aux confrères, mes réflexions morales m'obligent de vous prévenir de la fermentation cabalistique qui se forme entre nous, vu que le Boy ne veut pas reconnoître les ordres que la ci devant soi disant Police supposoit venir de lui pour ■nous renfermer. C'est pourquoi tous les prisonniers de Bicetre veulent savoir si c'est d'ordre de la Beine que la Nation nous retient injustement dans les fers. Car il y auroit déjà du sang répandu, si ce n'est que les plus raisonnables ont fait envisager l'hiver aux brutes sans expérience, qui attendent le premier mars pour briser la méchanique du Grand Puits et pour casser les glaces par morceaux dans les travaux, qui est le jour que tous les cabanons, les salles et les infirmeries attendent pour faire branle bas sur tout. Car effectivement on nous a promis ce que nous ne voyons venir que pour ceux à qui la Cour a fait grâce de la vie, mais comme les autres n'ont pas d'autre argent pour avoir leur liberté que de livrer la force à la force, c'est pourquoi je n'ose pas monter à l'infirmerie , crainte d'être compromis dans la scène tragique de ce jour funeste, qui tardera tout au plus jusqu'au i5 de mars. Je souhaite qu'il vienne quelque bonne nouvelle avant qui puisse adoucir les prisonniers. En attendant, j'ai l'honneur d'être, etc.

N. B. Cette seconde lettre est signée et avouée du prisonnier qui l'a

écrite, mais l'on ne met point ici son nom, dans la crainte de le compromettre vis à vis de ses camarades, vu aussi l'utilité des avis qu'il est dans le cas de donner aux supérieurs de la maison.

Je, économe des maison et château de Bicétre, certifie les deux lettres ci-dessus et de l'autre part conformes aux originaux restés entre mes mains.

Fait audit Bicétre, ce 1 1 février 1790.

Signé : Hagnon.

Minutes cl copie (3 p.), Archives nationales, DV6, n" 67.

[l] ÉTAT DL NOMBRE DES PERSONNES ENTREES EN LA MAISON DE BICETRE

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