‹ L'assistance publique à Paris pendant la Révolution; documents inédits (volume 2)Chapitre 98 sur 229 · SECOND MÉMOIRE SUR UN ÉTABLISSEMENT RELATIF À L'ENREGISTREMENT · texte numérisé non relu

SECOND MÉMOIRE SUR UN ÉTABLISSEMENT RELATIF À L'ENREGISTREMENT

Messieurs les admiQJslrateui's des Etablissemens publics ont reconnu l'indispensable nécessite' de l'établissement d'un seul bureau pour l'enregistrement des en-

fans qui sont portes à l'hôpital des Enfans-Trouvés , et ils ont bien voulu honorer de leur ajjprobation le mémoire qui leur a été présenté sur cet établissement par les sieurs Devillers et Colin.

Ceux-ci étoient en conséquence fondés à espérer que la Municipalité voudroit bien leur confier cet établissement.

Mais ils viennent d'être informés que M. ie commissaire Beauvallet a fait imprimer et distribuer un mémoire dont l'objet est de solliciter pour son compte les enregistremens dont est question.

Ils rendent bien sincèrement justice à l'honnêteté de M. Beauvallet, et il leur en coûte vj'ètre en concurrence avec lui.

Néanmoins», ils ont l'honneur de représenter à M. le Maire et à MM. composant le Corps municipal que M. Beauvallet est dédommagé de la perte de son état par la place de commissaire de police à laquelle il a été nommé.

Cette place fait le sort des quarante-sept autres commissaires de police et sembleroit devoir faire celui de M. Beauvallet, autrement les autres commissaires de police pourroienl se croire fondés à réclamer.

Il Y a lieu de croire que M. Beauvallet s'élaye sur sa qualité de fonctionnaire j)ublic, mais n'est-il pas constant que si les sieurs Devillers et Colin étoient agréés par la Munici|)alité pour l'objet qu'ils sollicitent, leur simple nomination leur conféi'eroit un caractère suffisant pour la remplir?

Il n'y a plus de charge, plus d'office, plus de privilège, et tout citoyen actif qui sera irréprochable dans ses mœurs, et qui joindra à la capacité une probité reconnue, pourroil-il être exclu des places de confiance et de détail? et qui pourroit douter que ce même citoyen, lorsqu'il aura été nommé par la Mmiicipalilé à une place quelconque, n'ait dès lors le droit et le caractère nécessaires pour l'occuper? Les enregistremens dont est question, exigent tout le tems, au moins d'une personne; M. Beauvallet et son greffier, qui, comme les autres commissaires de police et leurs greffiers , sont déjà chargés des fonctions qui leur sont attribuées , ne pourront donc pas remplir eux-mêmes cette fonction surabondante.

Celte vérité reconnue, M. Beauvallet sera donc obligé de prendre un commis pour remplir cette fonction particulière: il sera donc indispensable qu'il ait un bureau particulier pour cet objet ; car de fortes raisons exigent que ce bureau , où le secret de beaucoup de familles honnêtes et infortunées sera déposé, ne soit pas le même que celui qui est ouvert au public à toute heure de jour et de nuit, pour une immensité d'affaires de police , et où une multitude de personnes afflue sans cesse. Il résulte nécessairement de là que M. le commissaire Beauvallet ne remplira pas par lui-même une fonction qu'il réclame, comme fonctionnaire public; il n'aura donc de part à cette fonction que par sa signature; celui qui la remplira, celte fonction, pour et au nom de M. Beauvallet, ne sera donc pas fonctionnaire public; il ne sera donc attaché h la fonction publique que par ses salaires et son intérêt personnel. Ce subalterne, s'il trouve un emploi moins assujettissant et plus avantageux, pourra donc emporter du bureau de M. Beauvallet et découvrir un secret qu'il importe , tant à l'honneur qu'à rintérèt des familles, de tenir scrupuleusement caché.

Si, au contraire, ce même commis conserve son emploi, comme il naura (l'autre intérêt (jue le sien personnel, sera-t-il bien circonspect et bien attentif sur ce qui pourra intéresser le sort à venir des enfans et assurer la tranquillité des parens? Cela pourroit être, mais cela sera-t-ii?

D'ailleurs, la Municipalité est aussi équitable dans la distribution des places auxquelles elle a le droit de nommer, qu'elle est sage dans ses délibérations; et il n'est pas à présumer qu'elle ait jamais eu l'intention de réunir plusieurs avantages sur un seul, au préjudice de plusieurs. Ce principe une fois établi, M. Beauvallet, qui a déjà recouvré un état qui lui assure une existence honnête, obtiendra t il, peut-il se tlatter d'obtenir de la Municipalité un deuxième état, })référablement à deux citoyens , (dont l'un père de famille) , qui ont perdu par la Révolution les places dont dépendoit leur existence, et qui, comme M. Beauvallet, ont le plus grand intérêt et le plus pressant besoin d'en obtenir une autre qu'ils ont sollicitée avant lui ?

Depuis environ dix ans, les sieurs Devillers et Colin sont premiers clercs de commissaires, et osent se flatter d'avoir su se concilier l'estime et la conGance de leurs commettans , et de ceux de leurs concitoyens avec lesquels leurs places les ont mis en relation d'aflaires. Ils espèrent en conséquence que les informations, qu'on jugeroit à propos de prendre sur leur compte, ne leur seront point défavorables.

Signés : Devillers et Colin.

Imprimé, Archives nafionjiies, F'^ i86'i.

RAPPOnT AU COiNSEIL MUNICIPAL SUR LA PROPOSITION DE MM. COLIN ET DEVILLERS.

k février 1791.

Messieurs ,

Il a été renvoyé au Département des Etablissemens publics un mémoire par lequel les sieurs Colin et Devillers, principaux clercs, l'un de M. Duchauffour, l'autre de M. Boin, commissaires au Chàtelet, exposent que, pour assurer l'état des innocentes victimes à qui la charité publique a ouvert un azile dans l'hôpital des Enfans-ïrouvés, on a établi la précaution de n'admettre aucun enfant dans cet hôpital que préalablement il n'eût été porté chez un commissaire au Chàtelet, où son nom, celui de ses parents, lorsqu'ils sont connus, le jour et le lieu de sa nais-

sance, enfin toutes les circonstances qui peuvent servir clans la suite à le faire reconnoîlre, sont inscrites sur un registre à ce destiné.

Ils observent que le commissaire délivre à l'instant même un bulletin conforme à l'enregistrement, que ce bulletin, ainsy que l'extrait de baptême des enfans, est remis avec eux au bureau de réception de la maison des Enfans-Trouvés, qui en fait également registre.

Us ajoutent que c'est à la faveur de ces précautions et d'après un ordre si sagement établi que les parents de ces infortunés, ou les personnes qui s'intéressent à leur sort, peuvent dans la suite parvenir à les réclamer, lorsque des circonstances favorables les ont mis à portée de le faire.

Les sieurs Colin et Devillers représentent que jusqu'à ce jour les ^8 commissaires au Chàtelet, répandus dans les dilférens quartiers de cette capitale, ont été concurremment cbargés de l'enregistrement dont il s'agit, ])our lequel il étoit perçu un droit modique de douze ou de vingt-quatre sols par chaque enfant, que néanmoins cet enregistrement avoit lieu plus particulièrement chez deux ou trois commissaires, voisins de l'hôpital des Enfans-Trouvés, et notamment chez M.M. Boin et Duchauffour.

Ils ajoutent que les commissaires au Ghâtelet étant à la veille de cesser leurs fonctions, l'enregistrement des enfans trouvés se trouveroit interrompu par la retraite de ces officiers publics, si ki Municipalité n'avisoit promptement aux moyens de maintenir une précaution si utilement établie pour l'intérêt de ces malheureuses victimes.

Dans ces circonstances ils demandent qu'il soit formé sous les auspices et l'inspection de la Municipalité un bureau d'enregistrement, dont la direction leur seroit confiée, et oii les mêmes formalités, qui étoient remplies chez les commissaires au Ghâtelet pour assurer l'état civil des enfans, continueroient d'être observées; ils insistent sur les avantages qui résulteroient pour le public et pour les malheureux enfans abandonnés de la réunion de tous les enregistremens dans un même bureau, réunion qui dispenseroit à l'avenir les personnes qui auroient des recherches à faire pour la réclamation d'un enfant, de parcourir, comme il arrive et souvent sans succès, toutes les études des commissaires au Chàtelet.

Ils observent qu'il seroit intéressant d'inviter ces officiers publics , aussitôt après la cessation de leurs fonctions, à faire déposer dans le

nouvel établissement les registres qui auroient servi jusqu'alors à l'enregistrement des enfans trouvés.

Ils ofTrent d'établir à leurs frais ce bureau dans un local voisin de la maison des Enfans-Trouvés et de se contenter pour chaque enregistrement, y compris la délivrance du bultin, d'un droit de t 2 sols ou de tel autre qu'il plairoit à la Municipalité de leur attribuer.

Ils offrent encore d'enregistrer gratuitement tous les enfans qui seroient apportés au bureau par leurs pères et mères, circonstance qui doit faire présumer une grande détresse de la part des parents , et de recueillir aussi gratuitement les enfans égarés qui seroient conduits à leur bureau et qu'ils garderoient pendant un délai suffisant pour permettre à leurs parents de les réclamer.

Du reste les sieurs Colin et Devillers offrent de donner sur leur personnel et sur leur conduite tous les témoignages et renseignemens que la Municipalité pourroit désirer avant de leur accorder sa confiance. •

Nous ne pouvons séparer de la demande formée par ces particuliers une autre demande tendante au même objet et qui nous a également été renvoyée. Elle a pour auteur M. Beauvallet, l'un des hS commissaires au Châtelet et commissaire de police de la section de Notre Dame. Par une lettre adressée à M. le procureur syndic et dont il nous a fait le renvoy, M. Beauvallet annonce qu'il est instruit que plusieurs personnes sollicitent de la Municipalité l'établissement d'un bureau particulier pour l'enregistrement des enfans trouvés , il demande que dans le cas où l'on se détermineroit à former cet établissement, la préférence lui soit accordée, et il fait valoir en sa faveur la possession où il est, ainsi que ses confrères, l'habitude que le public a contractée de venir chez lui pour les enregistremens dont il s'agit, la compatibilité de cette fonction avec celles qui lui ont été confiées par la section Notre Dame et l'espèce de justice qu'il y auroit à le dédommager par quelques avantages des sacrifices qu'il a faits à la Révolution.

Du conflit de cette demande avec celle des sieurs Colin et Devillers résultent naturellement deux questions sur lesquelles, MM., vous avez à statuer.

1° Doit-il être établi un bureau particulier et unique pour l'enregistrement des enfans trouvés?

2° A (lui de M. Beauvaiiet ou des s'' Colin et Devilleis doit être confiée la direction de ce bureau?

Sur la première question nous ne mettons pas en doute la nécessité de pourvoir d'une manière quelconque au maintien des sages précau- (ions qui avoient été établies pour assurer l'état civil des enfans abandonnés aux soins de la charité publique. Il faut que tous les documens relatifs à l'origine et à la condition de ces enfans soient consignés dans un dépôt public , où toute personne qui a intérêt d'en avoir connoissance puisse être à portée de les compulser.

Mais cet enregistrement peut avoir lieu de plusieurs manières. Au défaut des commissaires au Châtelet on pourroit en charger les commissaires de police des différentes sections de Paris qui ont succédé à une grande partie de leurs fonctions.

On peut aussi en faire l'objet d'un établissement spécial et unique, et vous penserez peut-être qu'il y auroit de l'avantage à réunir dans un même bureau, dans un même registre, les titres aujourd'hui épars et presqu'impossibles à rassembler d'une portion intéressante de citoyens.

D'un autre côté vous craindrez peut être de multiplier des facilités déjà trop nombreuses en faveur de l'insouciance paternelle et d'encourager par la certitude d'une réclamation toujours possible l'abandon dénaturé des enfans, qui accuse si hautement les mœurs de notre siècle.

C'est à vous, MM., de juger si les inconvéniens de ce parti peuvent en balancer les avantages, et si ces avantages doivent l'emporter sur l'espèce de convenance qu'il y auroit à laisser aux commissaires de police des sections un enregistrement dont on avoit cru devoir charger les commissaires au Châtelet qu'ils remplacent.

Quant à la seconde question, nous ne nous permettrons pas d'établir une comparaison entre les personnes qui se présentent [)Our diriger le bureau d'enregistrement que vous auriez cru devoir former. La possession où se trouve M. Beauvaiiet des fonctions qu'il réclame, le témoignage de confiance que lui a donné^la section de Notre Dame en le nommant commissaire de police, les sacrifices que lui coûte l'exercice de cette place, tels sont les titres qu'il invoque; vous jugerez s'ils doivent prévaloir sur l'intérêt dont paroissent susceptibles les sieurs CoHn et Devillers, jeunes citoyens, à l'intelligence et à l'honnêteté desquels nous devons ici rendre témoignage, et sur l'espèce de droit

qui résulte en leur faveur de la priorité de leur demande formée un mois avant celle de M. Beauvallet, qu'elle paroît avoir provoquée.

Miiuilo, Archives nationales, F'^ 1861.

«ENVOI PAR LE PROCUREUR DE LA COMMUNE AU DEPARTEMENT DES ETABLIS- SEMENTS PUBLICS DU RAPPORT ET DE TOUTES LES PIECES RELATIVES À L'AFFAIRE DES ENFANTS TROUVES.

18 mars 1791.

Paris, le 18 mars 1791.

M. le procureur de la Commune a l'honneur de renvoyer à MM. les administrateurs au Département des Etablissemens publics le rapport et toutes les pièces relatives à l'affaire des Enfans-Trouvés. Il les a lus avec attention et il est en état de donner ses conclusions sur cet objet. Il engage MM. les administrateurs à le soumettre à la décision du (ionseil municipal le plutôt qu'il leur sera possible.

Minute, Archives nationales, F'-' i'86i.

DÉCISION DU CORPS MUNICIPAL, RENVOYANT LE Me'mOIRE ET LA DEMANDE DES SIEURS COLIN ET DEVILLERS AU COMITE DE MENDICITE DE L'AS- SEMBLEE NATIONALE.

'2 II avril 1791.

Extrmt du registre des délibérations du Corps municipal, du vingt quatre avril mil sept cent quatre vingt onze.

Sur le rapport fait par les administrateurs au Département des Elablissemcns pid)lics d'un mémoire présenté par les sieurs Collin et De-

viliers, contenant un projet d'établissement d'un bureau, où seroit inscrit, jour par jour, et moyennant une modique rétribution, tous les enfans qui seroient à l'avenir déposés aux Enfans-Trouvés ;

Oui ie premier substitut adjoint du procureur de la Commune : Le Corps municipal a arrêté que le mémoire et la demande des sieurs Coliin et Devillers seroient renvoyés au Comité de mendicité de l'Assemblée nationale , après avoir préalablement obtenu l'approbation du Directoire du Département.

Signé : Bailly, maire; Dejoly, sécréta ire-grejjîer.

Pour extrait conforme à Torif^inal :

(Signé) : Dejoly, secrélaire-grejîcr.

Extrait signé, Arcliives nationales, F'^ 1861.

LETTRE DU PROCUREUR GENERAL SYNDIC DU DEPARTEMENT AUX OFFICIERS MU?iIClPAUX, AISNONÇANT QUE LE DIRECTOIRE CROIT NE PAS DEVOIR AC- CUEILLIR LA DEMANDE DES SIEURS COLIN ET DEVILLERS, ET QUE, JUSQU'À NOUVEL ORDRE, L'ENREGISTREMENT DES ENFANTS TROUVES CONTINUERA À ÊTRE CONFIÉ AUX COMMISSAIRES DE POLICE DES SECTIONS.

9 1 mai 1791.

Paris, le ai may 1791.

J'ai mis, Messieurs, sous les yeux du Directoire, avec votre lettre du dix de ce mois, les différentes pièces qui y étoient jointes , relativement au projet d'un établissement pour l'enregistrement des enfans trouvés, qui seroient à l'avenir déposés à l'hôpital de ce nom, ainsi que ia réclamation*du s"" Beauvallet, tendante à être chargé, de préférence à tout autre, de cet enregistrement.

Le Directoire, Messieurs, à qui il a été rendu compte que cet enregistrement étoit fait aujourd'hui en grande partie par les commissaires de police des différentes sections, a décidé que la demande des sieurs Gollin et Devillers ne paroît pas, quant à présent, susceptible d'être

accueillie, et que, quelque soient les inconvéniens qu'ils croyent pouvoir résulter de ce nouvel ordre de choses, comme il n'a encore excité aucune plainte, il seroit provisoirement maintenu jusqu'à l'organisation définitive des hôpitaux.

J'ai l'honneur. Messieurs, de vous faire l'envoi des pièces de cette affaire.

Le procureur général sijndic du département de Paris :

Signé : Pastoret.

Certifiée conforme à la minute déposée au secrétariat de la Municipalité,

par moi secrétaire greffier,

(Signé) : Dejoly.

Copie conforme, Archives nalionales, F'^ 18G1.

334 L'ASSISTANCE P[ BLIQUK A P\HIS.

HOSPICE DE VAUGIRMU).

NOTICE SUR L'HOSPICE DE VAUGIRARD ( AFFECTE AIX ENFANTS NOLVEAL-NÉS ATTEINTS DE MALADIE VÉnÉRIEWe).

(Mai 1790.)

L'établissement de cet hospice a eu pour motif la conservation des enfants qui naissoient infectés du mal vénérien. Ces innocentes victimes, dévouées à une mort certaine, quand des symptômes allarmans trahissoient le danger de leur état, propageoient à leur tour dans la société une contagion funeste . quand des nourrices trompées avoient osé leur donner le sein. 11 parut intéressant au Gouvernement de s'occuper de leur sort, et diverses expériences, qui furent alors tentées, ayant démontré la possibilité de guérir un enfant au moyen des remèdes administrés à sa mère ou à sa nourrice , on établit sur cette possibilité la base d'un traitement régulier et méthodique. Ce traitement fut ouvert au public dans la maison seigneuriale de Vaugirard , vers le commencement de l'année 1781. Près de 2,000 enfans attaqués du mal vénérien y ont été reçus depuis cette époque.

Le principal objet du nouvel établissement devant être les pauvres enfants, qui rejettes du sein maternel sont abandonnés aux soins de la charité publique, on jugea convenable d'unir l'hospice de Vaugirard à l'hôpital des Enfans-Trouvés. Des lettres patentes du mois de may 1781 ordonnèrent cette union, et pour subvenir à la dépense qui en résulleroit, accordèrent à l'hôpital tles Enfants-Trouvés les biens et revenus de l'hôpital S' Jacques, en séquestre et sans objet depuis longtems.

On travailloit dès lors à la construction d'un autre hospice destiné au traitement général de la maladie vénérienne , et à soulager l'hôpital de Bicêtre du nombre de malades de ce genre, qui v sont traités an-

HOSPICE DE VALGIRARD. 335

nuellement. L'emplacement des Capucins du fauvbourg S' Jacques avoit été choisi pour cette construction, et le projet du Gouvernement étoit d'unir ensemble les deux hospices et d'en faire supporter la dépense, du moins pour la majeure partie, à l'Hôpital Général, et à celui des Enfans-Trouvés. Des lettres patentes du mois d'août 1786 ont aussi ordonné cette union, qui n'a pu encore être efTectuée.

Celle de l'hospice de Vaugirard à l'hôpital des Enfans-Trouvés eut lieu au mois d'octobre 1781. C'est de cette époque que part la comptabilité de l'hospice et ses relations avec l'hôpital des Enfans-Trouvés, Les dépenses antérieures ont été acquittées tant des bienfaits de M. l'archevêque de Paris que de sommes qui étoient à la disposition de la Police.

Les observations relatives au traitement des enfans remontent à l'établissement même de l'hospice, c'est à dire au mois d'août 1780, nous en présenterons la suitte, après avoir fait connoitre le régime intérieur de l'établissement.

On reçoit dans l'hospice de Vaugirard trois sortes de personnes : r les femmes grosses, attaquées du mal vénérien et qui ont passé le septième mois de leur grossesse; 9° les nourrices attaquées du même mal, avec leurs nourrissons; 3" les enfans trouvés et autres, reconnus vénériens ou nés de mères infectées. On impose aux femmes grosses et aux nourrices la condition d'allaiter avec leur enfant un second nourrisson, si elles en sont jugées capables, et c'est ainsi que l'on trouve moyen de pourvoir de nourrices les enfans trouvés et autres qui sont reçus dans l'hospice et de les faire participer à l'avantage du traitement.

L'hospice de Vaugirard ne peut contenir au delà de soixante neuf femmes, que nous diviserons en cjuatre classes, savoir : i3 femmes grosses, 99 femmes dans le traitement, a A convalescentes, et 3 femmes malades, qui sont pour l'ordinaire hors d'état de devenir nourrices.

Le nombre commun des femmes à l'hospice de Vaugirard est de 5o, le plus petit nombre de /io. On redoute presqu'également les deux extrêmes, parce que la surcharge occasionne des maladies et que les enfans manquent de nourrices dans la disette. C'est en hiver que le nombre des femmes est le plus considérable.

Le plus grand nombre d'enfans qu'on ait vus à l'hospice, et qu'il

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puisse contenir, est de 90. On peut (également les diviser en quatre classes, savoir: 8 cnfans qui ne peuvent prendre le sein, /12 enfans dans le traitement, 87 convalescens et trois enfans qui ont été amenés déjà sevrés à l'hospice.

Le nombre commun est de Ct^, le plus petit nombre de /i8. Quand il v a plus que le nombre commun, les arrivans manquent de nourrices et le millet s'établit parmi eux; quant il y en a moins, les nourrices chomment d'enfans.

L'objet du traitement est de transmettre aux enfans l'effet du remède administré à leurs mères ou nourrices, et sa base, la possibilité de cette transmission par l'allaitement. On varie, suivant les circonstances, la nature du traitement, par rapport aux mères et nourrices, mais en général il consiste à préparer durant les derniers mois de leur grossesse, à leur administrer, 10 ou i5 jours après leurs couches, le remède anti-vénérien avec les gradations convenables, à suivre dans la cure une méthode mixte, qui admet l'usage des frictions, des bains, des préparations mercurielles et des sudorifiques unis aux laxatifs, par lestjuels se termine ordinairement la guérison.

Il n'est pas rare de soumettre les enfans à un traitement particulier, indépendamment de celui qui est administré à leurs nourrices. Cette précaution a lieu dans trois cas : 1° lorsque la santé des nourrices ne permet pas de leur administrer promtement une suffisante quantité d'anti vénériens; 2" lorsque les symptômes de la maladie chez les enfans sont de nature à exiger l'application directe et sans intermédiaire du spécifique; .3° lorsque des enfans convalescens ou sevrés ont des récidives , ce qui arrive rarement.

La durée moyenne du traitement pour les femmes est de à mois et de 3 pour les enfans.

Nous avons vu que le nombre commun des femmes actuellement soumises au traitement étoit à celui des enfans également traités dans la proportion de 29 à 62. Il en résulte que la moitié au moins des nourrices n'est chargée que d'un seul nourrisson, ce qui donne la facilité de les répartir entr'elles à raison de leurs forces et de n'exiger un double service que de celles qui sont en état de le supporter. On conçoit néanmoins qu'une infinité de circonstances viennent souvent altérer la proportion dont il s'agit, et détruire tout équilibre entre le nombre des enfans et celui des nourrices , alors pour subvenir à ceux

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qui en manquent , on accélère le sevrage de quelques enfans en santé., on engage des nourrices déjà avancées dans le traitement et qui ont perdu un de leurs nourrissons, à le remplacer par un autre. QuelquRrfois on a cru devoir accueillir le zèle de certaines femmes qui demandoient à entreprendre de secondes nourritures; enfin il n'est pas rare de voir, dans des moments de presse, une femme donner le sein à trois enfans, du moins pendant quelque tems. ..*

Malgré ces mesures, il n'est pas toujours possible d'empêcher que plusieurs enfans ne manquent de nourrices. On a recours dans c«tte extrémité à l'allaitement artificiel du biberon, auquel on joint les crèmes de riz, de pain, ou la bouillie très légère, mais s'il arrive cjue les enfans soient plus de huit jours sans nourrice et réduits à l'usage de ce supplément imparfait, ils tombent en foiblesse, ou sont saisis du millet, ce qui rend également leur conservation impossible en les mettant hors d'état de prendre le sein.

On jugera sans doute, d'après cet exposé, qu'un des points les plus essentiels du gouvernement de l'hospice est d'en régler Je mouvement sur ses besoins journaliers. Ce soin et celui de diriger le traitement appartiennent à des officiers de santé, qui sont au nombre de trois, attachés à l'établissement, savoir : un médecin externe, un chirurgien major, également externe, et un chirurgien demeurant à l'hospice. Ils visitent les enfans et les femmes avant leur admission, fixent le régime, soit préparatoire, soit curatif, des uns et des autres, distribuent les enfants entre les nourrices d'une manière convenable, et suivant les besoins de ceux-ci ou de celles-là, pressent ou rallentissent l'effet du traitement, avancent ou reculent l'époque du sevrage.

Nous avons dit que le terme commun de la guérison étoit à trois mois pour les enfans. Le sevrage a lieu communément entre l'onzième et le treizième mois. Il anticipe ce terme, ou le dépasse, suivant que le développement et la dentition de l'enfant sont plus ou moins précoces. En général il est ordonné par les officiers de santé, quand les enfans leur paroissent en état de le supporter sans inconvénient.

On imagine sans peine qu'une nourrice malade et chargée de deux , quelquefois trois enfans, ne pourroit suffire à leur nourriture sans quelque supplément. Ce supplément pour les enfans du premier âge sont le lait et l'eau de riz. On y substitue ensuite la crème de pain au lait très légère, et vers le troisième mois on ajoute à cet aliment la

tv:Tivrn:iî fATioxALE.

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même crème de pain ;iu gras. A mesure que les enfaus avancent en âge, on augmente la consistance de ces panades. Presque tous les enfans font aussi un usage fréquent d'eau rougie, qu'on nomme tisanm vineuse, et d'eau gommée qu'on apelle looch.

Il est également nécessaire de prévenir l'épuisement des nourrices par l'usage d'un bon régime alimentaire. Celui des femmes dans le traitement, et des convalescentes, consiste, suivant le règlement, en une livre et demie de pain blanc, une chopine de lait, ou de bouillon, le matin, une chopine de vin pour la journée, une livre de viande, ou l'équivalent en légumes. On ajoute à ces alimens pour les convalescentes, quatre onces de viande rôtie ou fricassée le soir. La nourriture des femmes grosses est fixée par le même règlement à une livre el demie de pain, un demi septier de vin et une livre de viande.

J'observerai en passant que la consommation effective de pain et de viande ne répond pas aux quantités déterminées par le règlement, et qu'il y a chaque jour sur ces objets une différence en moins assez considérable, résultante de la diète ou demi diète prescrite aux femmes malades par les officiers de santé. On peut voir ci après un état au vrai de la consommation journalière de l'hospice, en pain, vin et viande.

Il seroit peut être inutile, si l'on se bornoit à faire nourrir les enfans par leurs mères, d'attacher ces dernières par des récompenses à l'exercice des fonctions de la maternité, mais en exigeant d'elles, en faveur d'enfans étrangers, le sacrifice d'une partie de leur substance, il a fallu mettre un prix à ce sacrifice. On a établi en conséquence une gratification deys livres, payable li chaque nourrice pour la nourriture d'un enfant, et l'on y ajoute ko sols par mois pour le second, quand elle en a élevé deux. Outre cette gratification, le règlement accorde encore 62 sols par mois aux femmes qui ont deux nourrissons, et i8 sols à celles qui n'en ont c[u'un, pour les menues dépenses relatives à la propreté des enfans.

Il est impossible, malgré ces récompenses, d'entretenir au même degré chez toutes les nourrices, ce zèle et cette activité vigilante qui pourtant influent d'une manière si marquée sur la conservation des enfans. Les difficuHés que l'on éprouve à cet égard, et dont une partie a sa cause et son excuse dans les différents états de santé des nourrices, ne sont pas un des moindres obstacles à l'entier succès de l'établisse-

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ment. Il en est d'autres qui rt^sultent de l'état particulier où se trouvent les enfans en arrivant à l'hospice. On a observé qu'une partie de ceux qu'on V apporte du dehors périssoient de foiblessc, ou du millet, avant d'avoir pu prendre le sein , soit qu'il faille attribuer cette disposition au principe contagieux dont les mères étoient infectées, soit qu'elle ait pour cause la fatigue du voyage et ce que les enfans ont souffert dans un séjour plus ou moins long aux Enfans-Trouvés ou dans d'autres aziles.

Il a été reçu dans l'hospice de Vaugirard depuis son établissement, c'est-à-dire depuis le i" août l'ySo jusqu'au i" février 1790. 1959 enfans. Sur ce nombre, à la même époque, il en étoit sorti de guéris et sevrés 871. Il en restoit dans l'hospice 69, dont une moitié à peu près de guéris. Le nombre des morts dans cet intervalle a donc été de 1619, ou des quatre cintjuièmes à peu près. Cette mortalité, qui doit paroître effrayante, lorsqu'on la considère absolument et sans relation à ses circonstances et ses causes, ne se répartit pas également sur toutes les années. Elle a été plus considérable dans les premiers tems de l'établissement, où il périssoit à peu près neuf dixièmes des enfans. Nous voyons que du premier août 1780 jus(ju'au i*"" février 1782, il n'a été guéri que 90 enfans sur 918 reçus à l'hospice. Du 1" février 1 782 jusqu'à pareille époque 1783, il en a été guéri le même nombre sur 170, ce qui réduit la mortalité à sept huitièmes, quelque chose de plus. De 178/1, on est parvenu à guérir Uh enfans sur 210, et 57 sur 206 de 178^ à 1786, c'est-à-dire un peu plus du quart, ainsy la mortalité n'a plus été que des trois quarts ou six huitièmes. Depuis, cette proportion s'est encore améliorée, et l'on regarde comme établi, d'après un calcul assez exact, la conservation probable des deux septièmes des enfans qui sont reçus dans l'hospice. Voyez ci après le tableau du mouvement annuel de l'hospice depuis le i" août 1780 jusqu'au 1" février 1790.

On se tromperoit en attribuant à l'effet du traitement la majeure partie de cette perte. Elle tombe au contraire sur des sujets qui n'y ont point été soumis, nous avons observé que parmi les enfans apportés à rhos[)iC(i de Vaugirard il en périssoit quelques uns, faute de noiu'rices, et qu'un bien plus grand nombre se trouvoit hors d'état de participer au bienfait de l'allaitement, à cause de la foiblesse et des maladies résultantes, soit de l'infection des mères, soit de la fatigue, et du

li'iO L'ASSISTANCE PUBLIQUI- A HAHIS.

retard quVproiivenl los enfans. On peut «haluer à deux sur sept la perte qui a lieu annuellement par cette cause, et nous voyons que du i" février 1789 à pareil jour 1790, sur 129 enfans que l'hospice a perdus, il y en a eu 76 qui sont morts sans avoir pu [)rendre le sein.

Des cinq septièmes qui subissent le traitement, il en périt ordinairement deux pendant sa durée, et sur trois convalescens, il en est encore un qui succombe aiix maladies de l'enfance. Nous trouvons en 1789, 55 enfans morts en convalescence, ou dans le traitement, sur 1 3 1 qui y ont été soumis.

Si l'on pense que la mortalité comprise dans ce calcul se borne à la première année de la vie des enfans, que ceux dont on a conduit l'existance jusqu'à ce terme ne sont pas à beaucoup près échappés à tous les dangers de leur âge. et que sur les deux septièmes conservés, il en est peu sans doute qui parviennent à l'adolescence, moins encore à l'fige viril, on sera effrayé de la perte énorme que présente un semblable apperçu. Mais, si l'on considère d'autre part qu'aux chances de mortalité communes à tous les enfans, ceux qui sont l'objet du traitement en réunissent de particulières, que sur le nombre même des enfans trouvés, il en périt deux cinquièmes dès le premier mois, et qu'avant l'établissement de l'hospice de Vaugirard. aucun de ceux qu'il reçoit aujourd'hui, et qui alors étoient envoyés à la Salpêtrière, n'échappoit à une mort certaine, on reconnoîtra peut être qu'à travers tant d'obstacles il étoit diflicile d'obtenir un résultat plus satisfaisant, et que c'est quelque chose d'avoir arraché à tant de dangers même un petit nombre de victimes.

Nous ne parlons point ici de la mortalité des femmes. Il en est mort à l'hospice depuis son établissement h'j sur 708 ; c'est à dire un peu moins d'un quatorzième, mais la plupart n'ayant point été soumises au traitement, et étant mortes en couche, ou de maladies étrangères au mal vénérien, telles que la fièvre puerpérale, la fièvre putride, la phtisie, l'hydropisie, etc., on ne peut tirer de leur mortalité aucune conséquence applicable à l'effet du traitement.

Après avoir donné une idée de l'objet de l'hospice et de ses succès, il nous reste à faire connoître sa dépense. C'est l'hôpital des Enfans- Trouvés qui est chargé d'y pourvoir sur les revenus de l'hôpital S' Jacques, dont le Roi lui a fait don à cet effet. Il ne paroît pas que jusqu'à présent cette concession ait été avantageuse pour l'hôpital des Enfans-

HOSPICE DE VALGIRARD. 3.^il

Trouvés. Les biens de l'hôpital S' Jacques n'ont produit en huit ans, depuis et compris 17S1, que 1 65,536^ 2' 6^ déduction faite des charges, et les dépenses de l'hospice se sont élevées dans le même intervalle à près de 5 00, 000 livres. On peut diviser en trois classes les différents objets de ces dépenses : 1" les comestibles et autres objets de consommation journahère, tels que drogues et préparations pharmaceutiques, chandelle, foin, avoine, son, etc., dont l'hospice, ainsi que les autres maisons de l'Hôpital Général, s'approvisionne au magazin commun, et qui sont pavés par la caisse des Enfans-Trouvés; 2° les entreprises et fournitures relatives à l'hospice, dont les mémoires sont également acquittés par la caisse des Enfans-Trouvés; 3° entin la dépense intérieure et de détail qui se fait immédiatement par l'économe de l'hospice, sur des fonds qui lui sont remis tous les trois mois. Cette dernière comprend les appointemens des officiers de santé, gages des serviteurs, gratifications des nourrices et autres Iraitemens et salaires quelconques.

Les seconde et troisième classes de dépenses ont formé pour les huit années, depuis et compris 1781, un objet de 3/46,2 icj^ 12' 5'', il est difficile d'évaluer le montant de la première, les comestibles et autres objets qui la composent, n'ayant point été séparés, dans le compte des Enfans-Trouvés, des objets de même nature fournis à ce dernier hôpital pour sa consommation particulière. Un état que j'ai sous les yeux porte par apperçu à 398,1 09^ (f 7*^ la dépense générale (le l'hospice pendant les mêmes huit années ; ce qui donneroit pour les dépenses dont il s'agit 02,889^ 17' a**, mais on observe à la suitte de cet état qu'il ne comprend pas certains objets de dépense qui n'ont pu être appréciés et qui ne laissent pas d'être considérables.

On ne peut donc évaluer avec précision ni l'année commune de la dépense, ni le prix commun de la journée de chaque individu. L'apperçu dont nous parlons donneroit pour l'année commune h(),'j63^ 1 3' 8*^, et il fixe à 1^ 3*^ le prix commun de la journée de chaque consommateur, mais cette fixation est doublement inexacte ; 1° parce que la dépense qui en fournit les elémens se trouve alfoiblie par l'obmission de plusieurs objets considérables ; 2° parce qu'elle établit le prix commun de la journée sur le nombre total des personnes nourries, à l'hospice, ce qui comprend les officiers et serviteurs dont la dépense ne peut entrer en compte particulier, mais doit être imputée sur celles des

Vi^2 L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.

nourrices cl enfans, et grossir d'autant le pri\ fie la journée de ces derniers.

Peut-être après tout, dans la recherche qui nous occupe, les détails n'ont-iis pas une grande importance, et l'établissement dont il s'agit doit-il moins être jugé par eux que par son ensemble, peut-être est-ce au nombre des enfans guéris par le traitement et non à celui des enfans qui l'ont subi, qu'il faut comparer la dépense pour en apprécier l'utilité. Près de 5oo.ooo livres dépensées en huit ans n'ont sauvé que 3y 1 enfans, et de ce nombre la moitié, les deux tiers peut-être n'atteindront jamais l'âge où la société pourrroit espérer d'eux quelque service. C'est donc sur un tiers, c'est sur ce foible résidu que se trouve concentrée toute la dépense. Que dis-je ? pour le conserver, il aura fallu doubler encore cette dépense, et alors quels hommes la société aura-t-elle acquis à si grands frais? On en peut juger par la race immorale et abâtardie qui sort des hôpitaux.

Je n'ai point parlé des officiers de l'hospice, autres que ceux de santé. Je dois pourtant un témoignage au zèle et à l'intelligence de l'économe. Ses soins ont établi dans le gouvernement et dans la comptabilité de l'hospice un ordre qui laisse peu à désirer. Il n'a sous lui qu'un commis, et la même économie de personnes règne dans le service de la maison. Six hommes et sept fdles composent tout le domestique. Les appointements des officiers et les gages des serviteurs m'ont paru en général réglés d'après cette exacte justice qui doit toujours présider à la répartition du bien des pauvres.

Minute, Archives nationales, F" 1861.

RÉPONSES AUX QUESTIONS POSEES PAR LE DEPAUTEMENT DES HÔPITAUX SUR LE RÉGIME DE L^HOSPICE DE VAUG1IV\RD.

(Mai) i7()0.

t" Question. A qui doit-on l'élablissement de cet hospice?

(l'est à M. Lenoir, cy devant lieutenant général de police, qu'est

HOSPICE DE VAUGIUARD. ^'i?y

due riiistltulion Je l'hospice de Vaugirard. Ce magistrat, iiislniil des désastres que produisoit le mal vénérien dans les enfants nouveau-nés, soit à l'Hôpital Général, soit aux Knfants-Trouvés, soit même parmi le peuple, et ayant pris les renseignements les plus exacts sur les essais infructueux qui avoient déjà été faits pour remédier à ces maux, ordonna, d'après l'avis de plusieurs gens éclairés, qu'on essayât de guérir les enfants nouveau-nés par une méthode aussi simple que naturelle en traitant ces enfanis par le moyen de leur mère ou de leur nourrice. Les premières tentatives ayant été faites avec un succès marqué sur un petit nombre de femmes et d'enfants, depuis le mois d'août 1780 jus(|u'à la lin de la même année, sous ia direction de M. Coloujbier, médecin, et de M. Faguer, chirurgien, dans la maison seigneurialle de Vaugirard qui avoit été louée à cet effet, le Gouvernement établit dans cette même maison un traitement public pour les enfants attaqués du mal vénérien, et dès le commencement de 1 781. l'hospice de Vaugirard fut monté comme un hôpital réglé.

Quel est l'objet précis de son mstdulion ?

L'objet précis de l'institution de l'hospice de Vaugiiard est de recevoir les enfants nouveau-nés, attaqués ou suspects de la maladie vénérienne, et de les guérir en traitant leur mère ou leur nourrice affectées du même mal.

Quelles sortes de personnes y sont reçues ?

On reçoit à l'hospice de Vaugirard : i" des femmes grosses attaquées du mal vénérien, assés avancées dans leur grossesse pour accoucher avant deux mois ; 2° des femmes nourrices également infectées et allaitant leurs enfants ; 3° tous les enfants trouvés attaqués du même mal ; h" les pauvres enfants du bas peuple qui se trouvent dans le même cas, ou qui sont nés de mères infectées.

9' Question. Quelles formalités exige-t-on pour l'admission des enfanis et des femmes dans cet hospice?

Les enfants trouvés sont envoyés du liureau des P^nfanls -Trouvés avec un certificat des officiers de santé de cette maison , qui contient la description succincte des simptômes qui manifestent leur maladie et une note qui contient le n" de leur enregistrement.

36'i L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PAUIS.

Les enfants du bas peuple, affeclés des mêmes simptùmes, v sont également admis lorsqu'ils sont présentés avec un certificat qui atteste la pauvreté des père et mère et leur extrait baptistaire.

Les enfants nés de mères infectées, soit à l'Hôtel Dieu, soit à Bicêtro, soit dans la ville, sont reçus sans qu'ils avent des simptômes apparents, mais pourvu qu'ils soient munis d'un certificat des médecin ou chirurgien des hôpitaux, d'où ils sont amenés, ou s'ils viennent de la ville, du certificat d'un médecin ou d'un chirurgien de Paris, qui atteste la maladie dont leur mère étoit affectée.

Toutes les pauvres femmes grosses, attaquées du mal vénérien, sont admises à l'hospice à l'époque de 7 mois de grossesse, ou après cette époque passée, pour y faire leurs couches et être traitées gratuitement, sous la condition qu'elles allaiteront leur enfant et de plus un enfant trouvé, si on les en juge capables.

Les nourrices, attaquées de la même maladie et allaitant leur enfant, y sont reçues sous la condition de nourrir un second enfant, si leurs forces le leur permettent, au jugement des médecin et chirurgien.

Les enfants et les femmes sont visités avant leur admission par les odiciers de santé (|ui drossent procès verbal de l'état dans lequel ils les trouvent.

Combien l hospice peul-d recevoir de personnes, et quel est Itabituelleinent le nombre de celles qui y sont traitées ?

L'hospice de Vaugirard ne peut pas contenir plus de 6() femmes, qui peuvent être divisées en U classes, savoir : i3 femmes grosses, 29 femmes dans le traitement, 9 4 femmes convalescentes et 3 femmes malades, qui sont pour l'ordinaire hors d'état de devenir nourrices.

Le nombre commun est de 5o. le plus petit nombre est de /40. Nous redoutons également les deux extrêmes, parce que, lorsqu'il y a trop de femmes, les maladies sont à craindre, et que lorsqu'il n'y en a pas assés , les enfants manquent de nourrices. C'est dans l'hyver que le nombre des femmes est le plus considérable.

Le plus grand nombre d'enfanîs qu'il y ait eu et que l'on puisse avoir est de go, que l'on peut diviser en quatre classes, savoir : 8 enfants qui ne peuvent pas téter, A 9 enfants dans le traitement, 87 enfants convalescents et 3 enfants qui ont été amenés sevrés. Le nombre commun est de 6/1. le plus petit nombre est de /18. Quand h» nombre des

HOSPICE DE VALGIRAUD. Uo

enfants est au plus haut, les arrivants manquent de nourrice, et le millet règne ordinairement; quand il est au plus bas, il y a des nourrices qui chomment d'enfants.

3* Question. En quoi consiste le traitcmenl, et quelle est sa durée motjenne ?

La base du traitement est de guérir les enfants en traitant les mères ou les nourrices. La méthode générale de traiter ces femmes consiste : t°à les préparer pendant les derniers mois de leur grossesse; 2° à leur administrer le traitement anti-vénérien 10 ou i5 jours après leur couche, avec les gradations convenables; 3° à varier ce traitemerît, suivant les différentes circonstances, mais en général à faire un traitement mixte, qui consiste dans l'usage des frictions mercurielles, des bains, des préparations mercurielles salines et des sudorifiques unis aux laxatifs qui terminent la guérison.

La durée moyenne du traitement est de quatre mois.

Il n'est pas rare que les enfants quoiqu'allaités par des nourrices qui passent les remèdes, avent besoin de subir un traitement particulier, cela a lieu dans trois cas : 1° lorsque la santé des nourrices ne permet pas qu'on leur administre promptement une sufifisante quantité d'anti-vénériens ; 2° lorsque les simptômes des enfants sont si pressants qu'il est urgent de leur appliquer directement et sans intermédiaire le remède spécifique: 3" lorsque des enfants convalescents ou sevrés ont des récidives, ce qui n'a pas souvent lieu.

La durée moyenne du traitement pour les enfants est de trois mois.

Quels en sont les résultats, soit par rapport aux enfants, soit par rapport aux mères ?

Le résultat de la mortahté des femmes de l'hospice, calculé sur 9 ans et demi, est d'un sur ik 1/2 '1'.

Mais comme cette mortalité tombe sur les femmes qui meurent en couche ou qui succombent à des maladies étrangères au mal vénérien,

'•' Depuis l'clablissemeni do l'hospice, i! est endr :

De femmes grosses et nourrices 70.')

Il en est sorti ''9'' j

Il en est mort If] ,' 70.'!

M en exisloit ;i l'hospice audit jour 1" février 1700 fi'i '

3/,6 L'ASSISTANCK PUBLIQUE A PAIUS.

telles que la fièvre puerpérale, la fièvre putride, lu phtisie, l'hydropisie, la cachexie scorbutique, la mortalité ne peut pas être re^jardée comme un résultat du traitement antivénérien, puisque presque toutes celles qui sont mortes dans cette maison n'ont point été soumises à ce traitement.

Perd-on beaucoup d'enfants dans le traitement ?

Le résultat du traitement par rapport aux enfants, considéré à la fin de chaque année, est que sur 7 enfants apportés ou nés dans cet hôpital, on en guérit trois, sur lesquels on en perd encore un en convalescence avant le moment du sevrage.

Quelles sont les causes probables ou connues de cette perte ?

Les causes connues de cette perte sont : 1° que sur ces -j enfants il en meurt deux, soit du millet, soit de fuiblesse, sans pouvoir prendre le téton, maladies que ces enfants doivent, soit à l'infection de leur mère, soit ù ce qu'ils ont souffert pendant le temps plus ou moins considérable qu'ils ont séjourné aux Enfants-Trouvés, ou dans d'autres aziles; 2° que sur les 5 enfants qui subissent le traitement, il en meurt deux dans le cours du traitement; 3" que sur les 3 convalescents il en est un qui succombe aux maladies de l'enfance. Dans les mémoires qui ont été publiés sur l'hospice de Vaugirard, on a mis au nombre des causes connues de mortalité, l'impossibilité où l'on est de pouvoir faire travailler avec le même zèle des femmes, cliez lesquelles il est si difficile d'entretenir au même degré l'activité et la vigilance, qualités (pii ont une si grande influence dans leurs succès.

k^ Question. // est dijictle que le nombre des nourrices soit toujours en proportion avec celui des enfants ?

Si le nombre des nourrices étoit toujours dans une égale proportion avec celui des enfants et que ces nourrices fussent toutes aussi bien portantes et aussi attentives les unes que les autres, on perdroit la moitié moins d'enfants. Aussi, c'est un point fort essentiel dans le gouvernement de cet hôpital de régler son mouvement suivant ses besoins journaliers. Dans Je cas de disette de nourrice, on accélère le sevrage de quelques enfants bien portants, on engage des femmes déjà avancées dans le traitement et qui ont perdu un de leurs enfants, à se charger

HOSPICE DE VAUGIIURD. Ul

d'im nouveau-né ; enfin dans quelques circonstances on a accueilli le zèle de quelques nourrices qui demandoient à faire de secondes nourritures, et il n'est pas rare dans des moments de presse de voir des femmes donner le téton à trois enfants nu moins pendant quelque temps.

Quels moyens a-l-on de conserver cl de guérir ceux qui en manquent ?

On nourrit au biberon et avec les crèmes de riz, de pain ou la bouillie très légère, les enfants qui manquent de nourrice jusqu'au moment où il y en a une vacante, mais si ces enfants sont plus d'une semaine sans en avoir, ils tombent pour la pluspart dans la foiblesse, ou sont saisis du millet , ce qui les empêche également de prendre le téton.

La morlahté sur ces derniers n est-elle pas considérable ?

Ce qui rend la mortalité de ces enfants si prompte et si considérable, c'est qu'ils sont presque tous des enfants amenés du dehors et qui ont beaucoup souffert du retard et du voyage.

5" Qdestion. Combien est-il entré d'enfants malades dans f hospice, depuis son établissement, et combien eu est-il sorti de guéris et sevrés ï

Par l'état ci joint colté n° i il est entré ou né à l'hospice depuis le i^août 1780 jusqu'au 1"' février 1790 la quantité de Kjôg enfants, il en est sorti de guéris et sevrés 371. Il en restoit à l'hospice 69, dont la moitié guéris. Le total des guéris et des existants étoit de lilio, (|ui forme le 5* et quelque chose de plus.

A quelle époque le sevrage des enfants guéris a-t-il lieu ?

Le sevrage n'est point fixé à une époque déterminée, mais il est ordonné par les olficiers de santé, quand les enfants leur paroissent en état de le supporter sans aucun inconvénient. En général il a lieu entre le onze et le treizième mois, quelquefois avant et quelquefois après, suivant que le développement et la dentition des enfants sont plus ou moins précoces.

fi' Question. Quel est, durant le traitement , le régime des enfants et des mères, et quel est-il après le traitement ?

F^endant les premières semaines, les enfants boivent du lait coupé

3i8 L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PAUIS.

avec de l'eau de riz, ils marièrent ensuite de la crème de pain au lait très légère; vers le troisième mois, quelquefois plutôt, on joint à la crème de pain au lait de la crème de pain grasse, et à mesure qu'ils avancent en âge, on rend ces pannades plus consistantes. Presque tous les enfants font aussi un usage fréquent d'eau rougie , qu'on nomme tisanne vineuse, et d'eau gommée qu'on appelle loocli.

Par le règlement les femmes grosses ont pour nourriture une livre et demie de pain blanc, un demi septier de vin et une livre de viande.

Les femmes dans le traitement ont une livre et demie de pain, une chopine de lait ou de bouillon le matin, une chopine de vin pour la journée, une livre de viande ou l'équivalent en légumes.

Les femmes convalescentes sont traitées comme les précédentes, à l'exception qu'elles ont à dîner, tantôt des légumes, tantôt de la viande, et qu'on leur donne le soir à onces de viande rôtie ou fricassée.

Il est essentiel d'observer que la (juantité de la consommation journalière en viande et pain n'est pas aussi forte c|ue les quantités ci-dessus exprimées pour cliaque individu sembleroient l'annoncer, et cela à raison de la diminution qui a nécessairement lieu chaque jour sur ces aliments par la diette ou la demi diette des femmes malades. On joint ici un état au vrai , cotté n ' q , de la consommation journalière , distribuée suivant les quantités de pain, vin et viande ^^'.

Outre la nourriture et la guérison. les femmes nourrices de l'hospice de Vaugirard sont entretenues de tout, et ont d'ailleurs une récompense qui consiste: i° en -ya^pour la nourriture d'un enfant, et ensuite 60* par mois pour le a' enfant; 2" en une gratification de 18' par mois pour les nourrices qui n'ont qu'un enfant, et de 52' pour celles qui en nourrissent deux, laquelle gratification leur a été accordée pour les menues dépenses nécessaires à la propreté de leurs enfants.

Combien coûte la journée commune de chaque individu ?

L'état ci joint, cotté n° 3 , présente un apperçu de la dépense annuelle de l'hospice et du nombre des journées de chacune des années depuis son origine jusqu'à la fin de 1789, d'après lequel les journées paroissent ne revenir qu'à 1^ 3"'. mais il est essentiel d'observer, comme on

'"' Les réponses iailes jusqu'ici sonl extraites des mémoires sur l'iiospicc de Vaugirard qui onl été pultHés par M. Doublet,' rriédecin de cet hôpital, depuis le 1" jamier 1781.

HOSPICE DK VAL'GIKARD. 3/»9

l'a fait au bas de cet état, {juc la valeur des journées est au dessus de ce prix à raison de plusieurs objets de consommation et de dépense, tirés des magazins de l'Hôpital Général, dont on n'a point juscpi'à ce moment apprécié le montant, mais qu'il sera possible d'évaluer par la suite.

■y" Question. Comment ïhospice est-il gouverné tant au spirituel qu'au temporel; quel est le nombre des personnes employées au service et régime; quels sont les traitements, gages ou salaires de ces personnes ?

Il y a un chapelain qui est chargé de venir du'e la messe, fêtes et dimanches, ses honoraires sont de i5o^. Les baptêmes et les autres sacrements sont administrés par le curé de Vaugirard, à qui on donne 1 Qo^ |)ar an pour les enterrements.

11 y a à la tête de la maison un économe qui est chargé de la direction de la police et de la comptabilité de cette maison.

L'état ci joint, cotté n" k, présente le nombre, les qualités, traitement, gages et salaires de toutes les personnes qui sont employées au service de cet hospice.

8^ et dernière Question. Quelles sortes de relations existent entre l'hospice et l hôpital des Enfants-Trouvés ; comment se fait la recette et la dépense; à qui les comptes sont-ils rendus ? Quelle est, année commune, la dépense de l'hospice ?

Depuis le i"" août 1780 jusqu'au 1" octobre 1781, l'hospice de Vaugirard a été sous la direction de la Police et du Gouvernement. Mais, en vertu des lettres patentes du mois de may 1 781. qui ont uni cet hospice à l'hôpital des Enfants-Trouvés, auquel le Roy, à raison de cette nouvelle charge, accorda les biens et revenus de l'hôpital S' Jacques, l'administration des Enfants-Trouvés, qui est la même que celle de l'Hôpital Général, a été chargée, le 1" octobre 1781, de la direction de l'hospice, comme il l'est de celle des Enfants-Trouvés.

Le receveur des Enfants-Trouvés fournit, tous les trois mois, à l'économe de l'hospice de Vaugirard les sommes dont il a besoin pour la dépense intérieure.

Le même receveur paye en outre immédiatement les fournisseurs et entrepreneurs, sur leurs mémoires, arrêtés et ordonnancés par MM. les administrateurs, pour toute autre dépense que celles de détail.

350 1;ASSISTAN(:K FL'BLIQUK a fahis.

Il V a des objets de consoninialion. tels que pain, viande, bois, fbandelle, charbon, légumes secs, sel, salines, fromage, riz, pruneaux, les drogues pour la pbarmacie, etc., qui sont tirés des magazins de l'Hôpital Général et qui font des objets de comptabilité entre l'Hôpital Général et celui des Enfants-Trouvés.

L'économe rend compte tous les 3 mois à MM. les administrateurs tant des deniers qu'il a reçus que de l'employ qu'il en a fait, justifié par billets d'ordre, états, mémoires et quittances.

La dépense intérieure est, année commune, de 37,^)^18^ 10' 8'', ainsi qu'il résulte de l'état ci joint, cotté n° 5"'.

La dépense totale et effective de cet hospice fait un article du tableau de la dépense de l'hôpital des Enfants-Trouvés, cy devant fourni.

Copie, Archives nationales, F'* 1861.

'*' Tous les étais mentionnés dans ce niémnire, sous les rolps i à h, mniiquent aujouririiui.

HOPiTVL DU SAINT-ESPRIT.

REPONSES ALIX QUESTIONS FAITES PAR M. DE JLSSIEU, LIEUTENANT DE MAIRE AU DEPARTEMENT DES HOPITAUX, LE 12 AVRIL 1700.

1 0 mai 1790.

A quelle époque remonte la fondaUon du S' Esprit , et quel eu est l objet précis .

L'établissement de l'hôpital du S' Esprit remonte à l'année 1862.

Il est alors confié à des confrères, qui acquèrent bientôt après, pour lieu d'établissement, une grande maison, place de Grève.

Voir dans le code de l'Hôpital Général, les lettres patentes du mois de mars i362, page 3 7 8.

Contrat d'acquisition de ladite maison, du 27 juin i363, page 38 1 .

Lettres patentes du h août i/i/»5, confirmatives de la fondation de la confrairie du S' Esprit, et de sa destination ;i ne recevoir que les orphelins, procréés en légitime mariage, page 38 1.

Quelle sorte d'enfants y sont reçus ? Quelles conditions et quelles formalités exige-t-on pour leur admission ?

On y reçoit des enfants des deux sexes.

il faut, pour y être admis, être orphelin de père et de mère, bourgeois ou artistes.

Etre natif de Paris.

N'avoir pas moins de trois ans, et pas plus de huit ans.

Point d'infirmité.

Il faut fournir l'extrait baptistaire de l'enfant, l'acte de célébration de mariage des père et mère, les extraits mortuaires des père et mère.

35â L'ASSISTANCE PUBLIQUK A PAHIS.

les inventaires fnits après les décès des père et mère, et en cas «ju'il n'y en ait point, faire faire un acte de notoriété pour justifier que les père et mère sont morts sans laisser aucuns biens, et qu'il n'y a point eu d'inventaire après leur décès, et enfin déposer entre les mains de l'économe-receveur au moins une somme de deux cent quarante livres, qui sert à mettre l'enfant en apprentissage.

Quel est, tant garçons queJiUes, h nombre des enfants élevés à Vhôpitol du S' Esprit ?

Le nombre est de cent-vingt, savoir 60 garçons et 60 filles.

Quelle éducation y reçoivent-ils , et quel est leur réfrime, tant au moral qu'au physiqtie ?

L'éducation des garçons consiste à leur enseigner les principes de la religion, à lire, écrire, la grammaire, l'aritbmétique, le dessin et le plain-chant.

Outre ces exercices, ce sont eux qui servent toutes les messes qui se disent dans l'église du S' Esprit, pendant le courant de la matinée, et qui chantent l'office tous les jours.

L'éducation des filles consiste à leur enseigner les [)rincipes de la religion, à lire, écrire, l'arithmétique et la couture, tant en linge qu'en vêlements.

La nourriture des garçons et des filles consiste, savoir : du pain blanc, de la soupe tous les jours, de la viande à dîner et à souper les jours gras, et une fois par semaine du rôti. Les jours maigres, une T)ortion à diner et une portion à souper de l'une des choses ci-après, savoir : légumes secs, légumes verts, selon la saison, œufs, morue, harengs, saumon, riz ou [)runeaux.

Plus : six pintes de vin par jour, dans lesquelles on mêle environ quatre pintes d'eau; le tout distribué auxdits 120 enfants.

L'habillement des garçons consiste en une soutane de drap bleu à (j^ l'aune, veste, culotte et bas de drap blanc à 7^ 1 o\ Dans l'été, culotte de coutil, bas de toile, et point de veste. Les garçons ont la tête rasée et portent une grande calotte de laine violette. Plus, A3 2 paires de souliers, par chaque année, pour les dits 60 garçons.

L'habillement des filles consiste en un corset de toile grise, une robe de même drap que les soutanes des garçons, deux jupons de rao-

letoii blanc, bas de drap de S' Lô, un tal)lier de serge bleue, un fichu de toile, un bonnet rond de toile, garni de mousseline, une coiffe de linon, et 988 paires de souliers, par cliaqun année, pour les dites ()0 filles.

Jusqu'à quel âge y sont-ils gardés, et que deoiennent-ils en le quittant?

Ils restent dans l'intérieur de la maison jusqu'à i5 ou 16 ans, âge auquel on les met en métier.

Y a-t-d habitueUenient, sur ce nombre, une certaine quantité d'enfants infirmes ? Quelles sont les infirmités les plus ordinaires ? En est-il quelqu'une dont la fréquence puisse être attribuée à des causes particulières , tenant au régime de ïliôpital?

On ne reçoit point au S' Esprit d'enfants infirmes, et il n'y en a point habituellement.

Quelle est, année commune, la mortalité des enfants du S' Esprit ? A quel âge et par quelles maladies en succombe-t-il le plus ?

Il en meurt communément trois en deux ans, et la proportion est à peu près de deux filles sur un garçon. Ces enfants meurent le plus ordinairement de pulmonie, germe des dents, et à l'âge de puberté.

Comment est gouverné rhopital du 5' Esprit, tant au spirituel qu'au temporel ?

Cette maison étant unie à celles qui composent l'Hôpital Général, elle est gouvernée par MM. les administrateurs du dit Hôpital Général.

A qui T autorité appartient-elle dans Vintérieur de la maison ?

Elle est partagée entre le supérieur des prêtres, (appelé ministre), et la sœur supérieure, sous les ordres de l'administration.

Comment le service y est-il fait? Quel nombre de personnes sont employées à ce service ? Quels sont les traitements, gages et salaires de ces personnes ?

1°. Service de l'église.

Le service de l'église consiste tous les jours dans l'office canonial

chanté à voix haute, savoir : grande messe, vêpres et petites heures, et dans l'aquit de toutes les fondations.

Pendant toute la matinée, des prêtres étrangers célèbrent des basses messes que les fidèles viennent faire dire à dévotion.

Pour le service divin, confessions, cathéchisme, etc.. il y a cinq ecclésiastiques demeurant dans la maison, savoir :

Le ministre;

Lg i" sacristain, chargé personnellement de tous les objets de la sacristie, dont il répond; et en outre chargé de la comptabilité des messes, du produit et aquit desquelles il rend compte à l'économe fous les mois;

Le 2" sacristain, chargé en outre des fonctions de diacre d'oflice;

Deux chantres , prêtres ;

Plus un autre prêtre externe, chargé entr'autres choses des fonctions de sous-diacre d'ollice.

Un organiste, un facteur d'orgues, un joueur de serpent, et un suisse, externes.

Nota. Les sermons de toute l'année sont prêches par des prédicateurs étrangers.

9°. Service intérieur de la maison.

Pour le service intérieur de la maison, il v a douze sœurs, savoir :

La sœur supérieure.

3 sœurs pour la classe des filles, pour les enseigner et entretenir leur linge.

â pour les infirmeries, une pour les garçons et une pour les filles.

9 pour la couture du linge et des vêtements.

2 pour le savonnage, repassage et entretien du linge delà sacristie, et autre linge fin. Une de ces deux sœurs est en outre chargée de la distribution du vin.

Une pour le soin des garçons et l'entretien de leur linge.

Et une pour veiller à la cuisine, et chargée en outre de la distribution des magasins.

Un maître, 2 sous-niaîtres pour les garçons, un maître de dessin pour les garçons.

Un maître d'écriture pour les filles, externes.

Une cuisinière.

Deux filles de cuisine.

Il filles de service.

Un portier et sa femme.

Nota. Le portier est chargé en même temps des fonctions de bedeau de féglise.

Un domestique pour les prêtres.

Un médecin, un chirurgien, un horloger, une commissionnaire, externes.

Plus, le chef du bureau de la comptabiHté de fHôpital Général (aussi externe), aux fonctions duquel sont réunies celles d'économereceveur de fhôpital du S' Esprit.

Le i" commis dudit bureau, en même temps commis du bureau de la caisse générale de l'Hôpital Général, deux autres commis, et le garçon dudit bureau, et en même temps de la salle d'assemblée de M.\L les administrateurs, aussi externes.

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