‹ L'assistance publique à Paris pendant la Révolution; documents inédits (volume 3)Chapitre 72 sur 206 · COMMUNE DE PARIS · texte numérisé non relu

COMMUNE DE PARIS

Ce mardi à septembre 1792, l'an h" de la Liberté et le i" de l'Egalité, nous nous sommes transportés en la maison des Quinze-Vingts pour recevoir tous les mémoires portant plainte contre l'AdininisIration , tant ancienne que nouvelle, et entendre les aveugles aspirants qui ré-

clament de la justice du Conseil général de la Commune d'être admis dans ladite maison, soit parce que les fonds sont suffisants, ou par les économies qu'on pourrait faire.

Par les plaintes portées sur le mémoire , nous avons observé que les uns réclamaient contre la sévérité des lois ou des règlements, que d'autres présentaient des moyens d'adoucir le sort des peines prononcées. Enfin nous résumons notre procès-verbal en disant que l'administration des Quinze-Vingts demanderait d'être très étudiée, faire des règlements nouveaux, cbercher les moyens d'admettre ceux qui sont aspirants, mais nous croyons que ce travail ne peut être confié qu'à des hommes qui se pénétreront du bien public et étudieront les causes des malheureux qui sont dans cette maison , ou qui aspirent à y être.

Fait en présence du chapitre convoqué ad hoc et de MM. Maynier, Laugier et Bresse, qui ont signé, les mois, jour et an que dessus.

Ainsi signé iMaymer, Laugier, Bresse et Emy, commissaire du Conseil général.

Pour copie conforme à l'original :

(Signé) :Emy.

Citoyens, le malheur de la cécité est grand, les barbares ont trop connu cette grande, mais trisle vérité. L'aveugle ne peut suffire à son existence sans une compagnie qui lui soit attachée par le mariage, et les voyants qui servent rhumanité souffrante pendant un grand temps de leurs vies ont lieu d'espérer à la mort de l'aveugle une récompense qui les arrache à la misère qu'ils pourraient éprouver. Les statuts ont pourvu à cet égard , mais d'une manière à écarter l'égalité du traitement, plusieurs recevant, six ou sept ans après leur réception pour l'homme et la femme, lo sols par jour de plus que le grand nombre des autres aveugles qui attendent ai k aS ans pour arriver à ce secours, que les 4o sols disent qu'ils leur sont dues par leurs i-angs de frères ou sœurs.

Justes citoyens, vous apercevrez, s'il vous plaît, que la recompense dans ce cas ne doit avoir lieu qu'après le service rendu; la cécité rend tous les honnnes qui l'éprouvent égaux , leurs besoins sont les mêmes , et tous , également , laissent après leur mort la moitié de ce qu'ils avaient pour secourir leiu' successeur dans le même malheur, les enfants des aveugles retirant l'autre moitié, la demande de l'égalité de traitement est donc juste.

Ici, citoyens, une difficulté se présente :

La loi qui déshériterait les enfants serait barbare , mais la sagesse de l'admi-

nistralion des Quinze -Vingts s'atlribuant la moitié de ce que laissent les dél'uats, ue donne pas seulement la totalité desdits biens aux enfants, mais leur en procure davantage; il estsensé, citoyens, ipi'iui lioinme riche ne doit point apparleniraux Quinze-Vingts, et sitôt qu'il est entré dans celte maison (riiuinaulté, sa femme étant dans le cas de donner au monde un citoyen ou citoyenne, reçoit 2 4** pour sa couche, auquel sont ajoutés le nécessaire dans cette circonstance, soit le chirurgien et autres secom's. L'enfant reçoit dès le jour de sa naissance 3' par jour jusqu'à l'âge de seize ans; il leur est enseigné à lire et écrire , et pom- leur première communion il leur est accordé ai** pour les habiller, 120** pour leur apprentissage, étant hbre à leur pèi-e et mère, s'ils ont des revenus quelconques, de leur donner, lorsqu'ils s'étabhssent, ainsi que tel meuble qu'ils jugent à propos. Citoyens , vous apercevez que les pères et mères substautés dans la maison l'espace de vingt ans, procurent à leurs enfants plus qu'ils ne leur en laisseraient, se trouvant obligés quelquefois de vendre tout et laisser leurs enfants à la merci des hôpitaux ou à garder des animaux.

Une seconde difficulté :

Les abus ont placé dans les Quinze -Vingts plusieurs hommes ou femmes voyant plus ou moins clair, les aspirants qui sont à Paris font des réclamations, la chose est embarrassante. Plusieurs de ces plus ou moins voyants clair sont depuis longtemps dans ia maison , et , par là , ont perdu l'usage du travail qu'ils auraient pu faire.

Voti'e sagesse en décidera , s'il vous plaît.

Voulant bien considérer qu'il y a plus de 3, 000 aveugles en Finance et cpie les tristes débris des ressources des Quinze -Vingts ne pourraient en secourir un si grand nombre, malgré tous les travaux que nos sages administrateurs emploient pour arracher, s'il leur est possible, d'un épouvantable chaos ce qui pourrait aider à quelqu'un de nos frères.

Charitables citoyens, la maison des Quinze -Vingts s'écroule, ils attendent de vous la loi qui doit les réunir, l'Administration s'offrant à la plus stricte surveillance.

Citoyens , prononcez et veuillez bien , s'il vous plaît , avoir des égards pour les voyants ou voyantes âgés et prendi-e en considération les désirs des Quinze -Vingts.

APERÇO PODR LA REFORME DES AB0S.

Que la maison soit nommée Maison d'humanité, dite des Quinze -Vingts;

Les Quinze -Vingts désirent que leur propriété soit statuée définitivement;

Que leur oratoire soit entièrement organisé ;

Qu'ils puissent enterrer leurs morts , en accusant au ciu-é de la paroisse le jom" et le nom des défunts , le tout certifié par le chirurgien de la maison ;

Que tout citoyen éprouvant la cécité et enregistré sur le livre de la maison, de tel culte cpi'il soit, sera reçu à son tour ou par son âge, pourvu qu'il procure à l'Administration un certificat en forme de sou propriétaire et de quatre de ses voisins les plus près, ainsi que de son district ou section;

Qu'il sera défendu, sous peine de destitution, au chirurgien de la maison d'ac-

corder, sous tel prétexte que ce puisse être, un certificat d'aveugle à un homme ou femme qui ne le serait pas [)arfaitpment;

Que le cliapiire. ou bureau d'administration, soit toujours composé d'administrateurs notables;

Qu'il assiste au chapitre ou bureau d'administration huit aveugles et huit voyanis , sans la dénoniiintion de capitulants ni do jurés, lesquels seront changés par moitié tous les six mois , étant obligés de faire le service de la police iulérieure de la maison, quatre par quatre, et chacun à leur tour et par chaque semaine, étant accompagnés de i'albardier de la maison , et ne recevant , chacun, pour tout traitement et pour éviter les cabales, que la somme de 3o^ par six mois, et seront nommés par les concitoyens des Quinze-Vingts;

Le coffre de la maison sera conservé selon l'usage, et les quatre clefs remises, l'une au premier administrateur, ainsi qu'il l'a toujours été;

Les citoyens assistant à l'assemblée administrative se comporteront avec respect, et ayant voix consultative et délibérative , ne s'occupant que des inlérêls généraux de la maison, nonobstant la surveillance ordinaire déjà décrétée par les Représentants de la Nation;

Que puissent les assistants contenter les membres de la maison sur ce qu'ils leur demanderaient à l'occasion des délibérations prises dans l'assemblée, hormis les affaires contentieuses ;

Qu'il soit expressément défondu aux préposés pour la police de la maison de provoquer aucun citoyen des Quinze -Vingts, mais que soient punis ceux qui manqueraient auxdils préposés, après toutefois avoir été entendus et fourni les témoins nécessaires h leur justification;

Que le libertinage bien prouvé de l'un ou l'autre sexe soit puni, sans pour cela que ceux aveugles, telle que grave que soit leur faute, ne puissent être chassés de la maison, car c'est leur donner la mort, mais qu'ils soient punis selon leurs démérites ;

Que soient respectés strictement les meubles et immeubles des citoyens de la maison, et particulièrement ceux des morts, sous peine de forte punition; que les comptes de l'Administration soient rendus, tous les trois mois, dans l'assemblée , en présence des seize assistants et du plus ancien de toute la maison, et tous les ans, en présence de tous les admis à la maison, annonçant le reçu total de l'année, la dépense et, s'il y a lieu, ce qu'il y aura d'épargnes;

Que puissent aussi ceux qui le désireraient se retirer à la campagne, avec le li'aitemeut convenable, et, s'il est possible, avec celui que recevraient les membres de l'intérieur.

Enfin, pour parvenir à cette égalité de traitement tant désirée, seul moyen de mettre l'union et la paix, les Quinze-Vingts espèrent que la récompense promise et si bien ducaux voyant et voyante, n'aura lieu qu'après le décès de Thomme ou de la femme, et le ciel, citoyens, si justement ciiéri, bénira vos bienfaits.

Co|jic t;l inliiulc (a p.), Arcliivtjs iiutioimlos, F'^ aùi.

VJDLllNE.MKNT V\l\ Lli COMITI-: DES SIICOLHS l'LBLlCS 1)1:; l/.\l TAIIIK RELATIVE À L'HÔPITAL DES QULNZE-VlXiTS.

10 sepleinl)re 179a.

Séance oriliiiaiiv du lundi 10 s(>j)lonil)re 1792.

La séance s'est ouverte par un rapport de M. Gaslellicr sur l'hôpital des Quinze-Vingts. Le Comité, après en avoir entendu la communication, a arrêté que les pièces concernant cette affaire seraient déposées aux cartons des hôpitaux, et ([u'elle serait ajournée pour le temps où l'on statuera sur l'organisation générale des hôpitaux et des secours publics.

Exlrail des procès-verbaux des séances du Comité des secours publics, Archives nalionalcs, AF*ii39, fol. 88.

nouvelle demande des aveugles aspirant aux quinze- vingts , rappelant leur pétition du 8 avril precedent, qui n'a pas encore ete rapportl'e.

16 septembre 1792.

A Messieurs les Représentants du peuple français.

Li'gislateurs,

Les aveugles aspirants des Quinze -Vingts, qui ont eu l'honneur, le 8 avril dernier, de vous présenter une pétition à l'efifet de réclamer votre équité sur leur sort, laquelle pétition fut renvoyée au Comité de secours pour en faire le rapport trois jours après, ont l'honneur de vous exposer, Messieurs, que ces infortunés se sont présentés plusieurs fois à M. Gatellier, rapporteur de leur affaire, mais fpi'il leur a toujours répondu que jusqu'à ce moment il n'avait pu obtenir la parole pour en faire son rapport. Dans cette extrémité , les exposants , pénétrés des sentiments de justice et d'humanité qui vous animent, gémissant depuis longtemps sous le fardeau de l'indigence et des injustices qu'ils éprouvent depuis bien des années, ré-

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