DÉPARTEMENTS
Paris, le fi-vrier 179.3, Tan second de la République.
La maison de Bicêtre est un arsenal, d'où parlent, depuis deux ans au moins, des lettres adressées à divers citoyens de lous les départements, contenant les fables les plus grossières, qui ont cependant abusi* quelques-uns de ceux à qui elles ont été écriles.
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Tantôt l'auteur de la lettre se dit l'ami de Foulon, de Bertier, tantôt le confident de M"" Lanibnlle; il assure avoir reçu d'eux une grande quantité d'or, de diamants ot de papiers, pour les porter en pays étranger, où il devait aller attendre Foulon, Bertier ou la dame Lamballe.
Le fourbe fait naître des incidents, annonce (ju'il a été contraint de cacher son trésor dans la terre; promet d'indiquer le lieu, de partager le dépôt, et joignant dans la première ou seconde lellj'C la demande d'un secours, il trouve des hommes assez peu en garde pour tomber dans le piège.
11 importe de prévenir le public contre cette fourberie, et en général contre tout ce qui part des prisons. Vous voudrez donc bien, administrateurs, donner la plus grande publicité à ma lettre dans toutes les municipalités, en la faisant imprimer, ainsi que la copie de l'une de celles écrites de Bicêtre, que vous trouverez à la suite de la mienne. Je l'ai choisie parmi toutes celles qui m'ont été renvoyées, comme la plus récente, et comme contenant les ruses les plus adroitement compilées. Le citoyen qui me l'a fait passer, a été abusé au point de me l'envoyer par un courrier extraordinaire. D'après les renseignements que j'ai fait prendre à Bicêtre, il est parti depuis peu une très grande quantité de ces lettres. J'ai pris des précautions pour empêcher de pareils abus à l'avenir; mais connue ils peuvent se renouveler ailleurs, et sous d'autres formes, je regarde comme infiniment instant d'en instruire le public.
Le Mitiistre de rintérieuy par intérim.
Signé : Garât.
Certifié conforme h l'original.
COPIE DE LA LETTRE ADRESSEE AU CITOYEN *** PAR LE NOMMÉ COURTOY, DÉTENU À L'HOPITAL NATIONAL DE BICÉTRE, DU 5 JANVIER i '] ^J'^ •
Monsieur,
Vous trouverez sans doute étonnant qu'un homme qui n'a pas rhonn<;ur de vous connaître vous fasse part d'un secret aussi important, mais votre réputation m'y engage, la grâce que je vous demande et de mettre toute l'attention possible à lire la présente, vue qu'elle ne contient que des choses très intéressantes tant pour vous que pour moi , voilà le fait.
Sans doute vous n'ignorez pas la mort funeste de la princesse de Lamballe, j'étais depuis dix ans un de ses plus zélés serviteurs, en revanche je possédais toute sa confiance, elle me choisissait toujours pour m'employer dans ses affaires les plus secrètes, je me croyais dans le chemin de la fortune, lorsqu'elle m'avertit de son inconstance; quelque temps avant la révolution du lo août, M"" Lamballe me tira en particulier et me parla en ces termes.
Je vois ma perte, si je ne fuis au plutôt, c'est à quoi je suis bien décidé, il ne me manque qu'un homme de confiance, je crois l'avoir trouvé en vous, quand la voix du peuple m'accuse et que la calomnie me poursuit. Dieu m'est témoin de
mon innocence, mois un peuple forcent^ peut-il être juste, non ce serait folie de Te pi'rer; fuyons, mon ami, et ne pensons à emporter avec nous ce qui peut pendant noire exil nous mettre à l'abri des premiers et indispensables besoins, voici un petit coffre fait exprès que je vous confie, vous allez prendre le meilleur de mes chevaux et vous allez vous rendre en droite ligne à Toulon où vous m'attendrez le temps qu'il m'est indispensable de i-égler mes affaires, elle ouvrit en même temps ce coffre dans lequel elle de'posa six mille louis en or, ^oo billets nationaux de 2,000*^ chaque, plusiem*s bijoux et un ëcrin dont je ne saurais aprëcier la valeur; l'ayant referme, elle me le remit, me conjurant, en me baignant de ses larmes, de partir au plutôt, ce que je fis; mais, hélas, je ne fus pas plutôt arrivé à Toulon, que je reçus une lettre qui m'apprit l'emprisonnement de la princesse à l'hôtel de la Force à Paris, elle me mandait par cette lettre de revenir; moi effrayé des suites que pouvait avoir sa confiance, si je venais à être fouillé étant muni de ce coffre, je présumai qu'il était de ma prudence de le déposer dans un lieu de sûreté, je remontai à cheval et h la tombée de la nuit je me trouvai vers Saint-Maximin, je choisis un endroit qui ne fut connu que de moi, je remarquai de n'être vu de pei'sonne, je fis un trou en terre avec mon couteau de chasse et le rebouchai après y avoir déposé mou coffre, je fis sur le lieu toutes les remarques nécessaires pour m'en faciliter sans peine le recouvrement. J'entrai dans une auberge et m'informai d'une personne de probité (en qui je puisse m'ouvrir en cas de besoin); votre nom, Monsieur, m'ayant paru le mieux désigné et jouir du crédit le plus mérité, je m'y fixai; hélas, il semblait que je prévoyais le besoin que j'en ai aujourd'hui, je remontai à cheval, pour me rendre à Paris, ou étant arrivé j'eus une correspondance secrète avec la princesse de Lamballe, mais malheureusement noire correspondance n'eut pas lieu longtemps, les jours d'horreur arrivaient et Paris fut dans le premier de septembre uu séjour de sang; malheureusement celle à qui je devais tout mon bonheur fut une des premières victimes qui a assouvit la rage de ces bourreaux , car vous savez que le peuple s'est porté aux prisons de Paris pour y massacrer sans pitié les détenus, l'assassin qui porta le coup de la mort à la princesse de Lamballe , fier de sa cruauté , prit SCS poches, les lrenq)a dans son sang et les porta comme un gage précieux à la Gonunune, on y trouva des lettres qui prouvaient bien clairement la correspondance que j'avais eu avec ma bienfaitrice, on vint m'arrêter dans mon logis et je fus jeté dans un des plus noir cachot de la Conciergerie du Palais à Paris, où je ne pouvais parler ni écrire à qui que ce soit; ces cruels revers me firent tomber dangereusement malade, ce qui fit que l'on me mena à l'hôpital national de Bicêtre près Paris , où je suis pour le rétablissement de ma santé et jusqu'à ce qu'on s'occupe de mon sort, je ne peux dans cette circonstance m'empêcher de faire le recouvi'ement des effets précieux restés vers voire pays; je crois donc. Monsieur, ne pouvoir mieux faire que de vous ouvrir mon cœur, je n'attends que votre promjite réponse pour vous faire tenir par le premier courrier les renseignemenfs en question avec lesquels on ne peut se tromper, l'endroit étant bien désigné et à l'abri de tout danger; je crois inutile de vous recommander le plus inviolable secrol, s'agissant, comme vous le sentez, de mon sort, de ma fortune, et j'ose dire
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de la vôtre, Monsieur, car bien que je vous croye l'àme assez délicale pour ne [)as agir par l'appas du gain, je ne mettrai h cette récompense que les bornes qu'il vous plaira de prescrire vous même, vous croyant trop honnête homme poiu" eu abuser, c'est dans la persuasion de trouver en vous cette probité qui fait votre réputation, que je vous prie de croire qu'il n'y a rien au-dessus de la pureté des sentiments sincères avec lesquels je suis très parfaitement, Monsieur, votre très humble serviteur,
GOURTOY,
Détenu à l'iiôpital national de Bicêtre, près Paris, à l'infirmerie de Bellevue, ce 5 janvier 1798, l'an premier de la République française.
P. S. Je vous ])rie de m'écrire comme parent et de n'entrer dans aucun détail; vous m'écrirez comme parent ou ami, vous aurez la complaisance d'affranchir le port de votre lettre , vu que le commissionnaire qui va chercher les lettres à Paris ne les reçoit pas sans cela, et elle ne pourrait me parvenir.
LETTRE DE L'ECONOME DE BICETRE AU CITOYEN GRANDPRE, SECRETAIRE DU MIMSTllE DE L'INTÉRIEUR, ADRESSANT L'ETAT DES EMPLOYES DE LA MAI- SON EN VUE D'UNE AUGMENTATION DE TRAITEMENT.
7 juiiiet 1793.
Bicétre, le 7 juillet, l'an 2° de la République française, une et indivisible.
Je vous envoie, citoyen, ci-joint, l'état détaillé des employés de cette maison, avec le traitement de chacun d'eux.
Je ne doute pas que, me l'ayant demandé vous-même, vous ne mettiez tout l'empressement dont vous êtes capable à nous faire augmenter. Dans ce temps de liberté et d'égalité, il faut mettre l'honnête homme au-dessus du besoin.
Je suis avec fraternité, citoyen, votre concitoyen.
Julien Leroy.
Minute, Archives nationales, F"' ioi\
ÉTAT DES CITOYENS EMPLOYES AU SERVICE DE LA MAISON DES BONS- PAUVRES À L'HÔPITAL DE BICETRE , AVEC LE MONTANT ANNUEL DE LEURS APPOINTEMENTS À L'EPOQUE DU 1" JUILLET 1793, L'AN 2° DE LA REPU- BLIQUE FRANÇAISE.