NÉCESSITÉ DE LEUR FOURNIR DU TRAVAIL
Parmi les fous, plusieurs ne le sont pas assez pour être incapables de tout travail. On a grand tort de les livrer aux vagues rêveries et à l'ennui de l'oisiveté. Un travail sagement approprié aux forces, à l'intelligence, à l'état de chacun, serait lui-même un moyen de guérison, et les vues économiques s'accorderaient ici, comme il arrive presque toujours, avec les vues bienfaisantes et médicales.
Il faudra donc tâcher d'introduire dans la section des folles les genres d'industrie, ou les travaux qui paraîtront convenables. Aucune d'elles ne sera livrée à son déplorable sort, et regardée comme tout à fait incurable, qu'après l'essai méthodique des moyens que l'expérience consacre, ou que les combinaisons de l'art peuvent suggérer. Il sera tenu un journal où le tableau de chaque maladie, les effets des re-
mèdes, les ouvertures des cadavres se trouveront consignées avec une scrupuleuse exactitude. Tous les individus de la section y seront nominativement inscrits, au moyen de quoi l'Administration pourra se faire rendre compte de leur état, semaine par semaine, ou même, jour par jour, si elle le juge nécessaire. Il est aisé de sentir combien cette facilité lui doit épargner de sollicitudes à l'égard de ces êtres infortunés , que son devoir est de retenir dans leur asile, tant qu'ils peuvent nuire aux autres, ou se nuire à eux-mêmes, mais contre lesquels cet acte d'autorité se transforme en une criante injustice, quand il cesse d'être indispensable. L'Administration pensera sans doute que le résultat de ce journal et ces détails les plus précieux appartiennent à ce même public qui en aura fourni les déplorables matériaux. Sans doute elle en ordonnera l'impression, et pour peu que le rédacteur y porte de philosophie et de connaissances médicinales, ce recueil offrant, d'année en année, de nouveaux faits, de nouvelles observations, des expériences nouvelles et variées, deviendra pour la science physique et morale de l'homme une véritable source de richesses,