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DE LA PATRIE

19 ventôse an m.

Séance du 19 ventôse, l'an 3° de la Répulilique française, une et indivisible.

Un membre, par motion d'ordre, parle des dénonciations qui circulent dans les journaux contre l'institut des Enfants de la Patrie. Il

demande que le Comité charge la (îommisslon de s'informer de la vérité (les faits dénoncés, afin de lui faire un rapport sur cet objet et de le mettre à portée de prendre les mesm*es qu'il croira utiles dans cette circonstance.

Sur l'observation d'un de ses membres qu'avant de prendre une décision dans cette affaire, il faut examiner si elle est de la compétence du Comité, le Comité ajourne la discussion à la prochaine séance et charge le citoyen Zangiacomi d'examiner si, d'après les lois relatives à cet établissement, il est ou n'est pas sous sa surveillance.

l'Atrait du registre des procès-verbaux dos séances du Comité dos secours , Archives iiadonales, AF*ii'ii, fol. loo r°.

LETTRE DE M. ZANGIACOMI À M. DERIVIEAU LUI DEMANDANT, AU NOM DU COMITÉ DES SECOURS PUBLICS, SI L'e'taBLISSEMENT DES ENFANTS DE LA PATRIE, DIRIGÉ PAR LÉONARD BOURDON, RENTRE DANS LES ATTRI- BUTIONS DUDIT COMITÉ, AVEC REPONSE, PORTANT QUE CETTE MAISON DOIT ÊTIŒ MISE AU RANG DES ÉTARLISSEMENTS DE BIENFAISANCE.

•:>.'2, 30 vontôso an m.

Paris, 9 3 ventôse an 3.

[i] Le Comité des secours m'a chargé, mon cher Derniau, d'examiner si sa surveillance devait s'étendre sur W'tdhiissement des Enfants de la Patrie, dirigé par Léonard Bourdon, mon collègue. J'ai recherché , fait rechercher dans tous les dépôts les lois relatives à cette institution; je ne suis pas parvenu à m'en procurer une seule.

Sans doute vous en avez connaissance, je vous prie de vouloir bien m'en indiquer les dates. Je vous prie encore de me dire si dans le fait vous avez exercé votre surveillance sur cette maison de Bourdon, et, dans le cas que d'autres commissions que la vôtre l'aient administré, de me dire si votre avis n'est pas que la compétence sur cet établissement vous appartienne.

Obh'gez-moi, je vous prie, de me faire une réponse le plus tôt que vous pourrez. Salut et fraternité.

Zangiacomi.

Au citoyen Zangiacotm , membre du Comité des secours publics.

9 3 ventôse an 3°.

[2] Je m'empresse, citoyen représentant, de répondre à l'objet de la lettre que vous m'avez écrite hier, suivant le vœu du Comité des secours publics.

Jusqu'à présent, citoyen représentant, la Commission des secours n'a point été appelée à s'occuper du régime intérieur de l'établissement appelé la Société des jeunes Français, elle est uniquement chargée par un décret du 1 " prairial de faire acquitter le trousseau d'entrée des élèves, lequel est fixé à 260 livres pour ceux au-dessous de douze ans, et à 3oo livres pour ceux au-dessus de cet âge. Elle a d'abord ordonnancé ce payement sur les états fournis par le représentant Léonard Bourdon, depuis le i5 messidor; c'est sur ceux que fait passer la Commission d'instruction publique, qui à cette époque annonçait qu'un arrêté du Comité de salut public venait de l'autoriser à prononcer sur l'admission des sujets.

Dans cotte position, je n'ai pu acquérir aucune connaissance des lois relatives à l'institution de la Société des jeunes. Français; je sais seulement qu'en exécution d'un décret du 18 brumaire, les orphelins des défenseurs de la patrie doivent y être reçus.

Mais, citoyen représentant, lorsque, suivant l'intention du Comité dont vous me faites part, j'examine les rapports sous lesquels on peut essentiellement considérer la maison dont il s'agit, je suis porté à penser qu'étant un asile particulier pour des orphelins et à la charge de la République, elle doit, quelles que soient les bases de son institution, être mise au rang des établissements de bienfaisance; en conséquence, qu'il serait essentiel qu'elle fût immédiatement sous la surveillance du Comité des secours publics, sauf à celui de l'instruction à y faire diriger l'enseignement, comme dans toutes les maisons d'éducation.

Autographe et minute (2 p.), Archives nationales, F'^ ^46^.

DÉCRETS DE LA CONVENTIOîV NATIONALE , ORDONNANT DE DESIGNER UN NOU- VEAU DIRECTEUR DE L'ECOLE DES e'lÈVES DE LA PATRIE ET APPELANT. À TITRE PROVISOIRE, LE CITOYEN CROUZET, ELEVE DE L'ECOLE NOR- MALE, À LA DIRECTION DE CETTE ECOLE.

i3 germinal an ni.

La Convention nationale décrète que, séance tenante, le Comité d'instruction publique lui présentera un citoyen, recommandable par son amour de la liberté et la pureté de ses mœurs, pour remplacer Léonard Bom-don dans la direction de l'école des Elèves de la Patrie, et ordonne au surplus aux Comités d'instruction publique et de finances réunis de lui faire rapport sur la nécessité de conserver ou de supprimer cette école.

Minute signée de Lesage, d'Eure-et-Loir, Archives nationales, C SSy, n" i583. Ed. Procès-verbal de la Convention nationale, t. LVIII, p. 147.

La Convention nationale, ouï le rapport de son Comité d'instruction publique, nomme provisoirement le citoyen Crouzet, élève de l'École normale, pour remplacer Léonard Bourdon dans la direction de l'école des Elèves de la Patrie.

Minute signée de Lakanal, Archives nationales, G 887, n° 1.588. Ed. Procès-verbal de la Convention nationale, t. LVIII, p. i55.

De'cRET de la CONVENTION NATIONALE, ACCORDANT À L'e'cOLE DES e'lÈVES DE LA PATRIE UN SECOURS PROVISOIRE DE 15,000 LIVRES.

98 floréal an m.

La Convention nationale, après avoir entendu le rapport de son

Comité d'instruction publique sur l'état de pénurie où se trouve l'école des Elèves de la Patrie, établie dans le local du ci-devant prieuré Martin ;

Décrète qu'elle accorde à cet établissement un secours provisoire de 1 5,000 livres pour le faire subsister jusqu'au moment où elle aura pris une détermination définitive à son sujet; cotte somme sera mise, par la Trésorerie nationale, sur le vu du présent, à la disposition du citoyen Crouzet, à la charge par lui de rendre compte de son emploi '^'.

Minute signée de Piaichard, Archives nationales, G 889, n° 1618. Ed. Procès-verbal de la Convention nationale, t. LX[, p. 89.

''* Un autre décret du 9 prairial an m Crouzet fut nouuué directeur complaljle do

accorda un nouveau secours de i5,ooo li- l'école des Elèves de la l^atiie et des Or-

vres à l'école des Elèves de la Patrie; en phelins de l'armée réunis au château de

vertu d'un décret du 3o prairial , le citoyen Liaucourt.

MÉMOIRE ADRESSÉ AL DÉPARTEMENT DES ETABLISSEMENTS PUBLICS PAR LE SIEUR COLIBERT, PROFESSEUR DE DESSI> , PUIS DE MORALE, DANS LA MAISON DU SAINT-ESPRIT, VICTIME DE MALVAIS TRAITEMENTS DE LA PART DE SES COLLÈGUES.

6 germinal au ii.

Mémoire présenté au \ adminislrateurs des Etablissements publics p;ir le citoyen Colibert, sur les mauvais traitements qu'il éprouve depuis six mois qu'il est nommé instituteur de dessin et depuis instituteur de morale dans la maison dite du Saint-Esprit, et notamment des citoyens Gaillard et Pley, instituteurs dans ladite maison.

Ce sextidi, G germinal. Tau 2° do la République, une, indivisible et impérissable.

Citoyens administrateurs.

C'est une tache bien pénible que de vous entretenir des injures, des vexations dont j'ai à me plaindre.

Cependant, comme cela paraît tenir au fatal projet d'empêcher les progrès de la raison et d'avilir les autorités constituées, je me vois obligé de fixer votre attention sur quelques-uns des faits suivants.

On n'a l'air d'appuyer ses réclamations que sur l'inutilité de mon cours de morale républicaine, parce que, dit-on, les instituteurs Gaillard et Pley sont en état d'instruire la jeunesse, et ce motif a trouvé des partisans à la Société sectionnaire des sans-culottes et jusques dans le comité révolutionnaire.

Il m'importe d'exposer sous vos yeux les véritables motifs des [)ersécutions que j'éprouve : c'est qu'à l'époque où j'ai été nommé par l'Administration à la fonction d'instituteur de dessin, le projet a été

formé de m'expulser, afin que le citoyen Herbelot, mon concurrent, fût mis en ma place. Tous les moyens parurent bons, pourvu qu'on réussît, et le principal agent fut l'instituteur Gaillard.

11 commença par employer tout l'ascendant qu'il a sur ses enfants pour les soulever contre moi, et par un raffinement de perfidie qui devait l'amener à son but, il se plaignit à moi, presque les larmes aux yeux, que ses enfants étaient dans un état de rébellion, et voulut m'engager à parler à l'Administration, pour cjue son ancien pouvoir lui fût rendu. Je ne voulus m'engager à rien, sinon à me présenter avec lui à l'Administration, pour lui témoigner le désir que j'aurais de voir ces enfants plus dociles, et c'est ce que je fis.

Il profita de la démarche que je venais de faire pour indisposer les enfants de plus en plus contre moi.

Il avait commencé un mémoire détaillé des défauts de ces enfants et voulut m'engager à en faire la rédaction, sous prétexte qu'il n'en était point en état. Je me refusai à sa demande, et je ne tardai pas à m'apercevoir à quelle espèce d'homme j'avais à faire.

En effet, cet homme si timide, si modeste en apparence, était l'auteur de ces députations au Conseil général de la commune, de ces assemblées qu'il faisait tenir par ses jeunes gens, dont il s'était fait nommer président et pouvoir exécutif, et le mérite qu'il s'en fit à la Société populaire de la section, l'air emphatique de qualifier ces enfants des litres de citoyen ou de monsieur, enfin la cruauté avec laquelle il faisait punir les plus légères fautes par les camarades de celui qui les avait commises, jusqu'à faire mettre au tabouret avec écriteau, au milieu de la cour, un des plus grands, parce qu'il s'était moqué de ces ridicules assemblées. Le portier l'ayant détaché, ce jeune homme fut rattaché de nouveau au pied de l'escalier qui conduit au bureau, afin que les cris de ce malheureux, poussés par les mauvais traitements qu'il recevait, ne fussent point entendus des maisons voisines. Il resta en cet état jusqu'à ce que le citoyen Bertelier, rentrant à son bureau , l'en fit détacher.

J'oubliais de dire que cet infortuné avait été dégradé par les ordres du tyran Gaillard, présent à cette exécution.

Comment concilier cette conduite inquisitoriale avec les plaintes qu'il vint faire devant vous et demander que vous veuilhez bien lui rendre l'autorité nécessaire qu'il avait autrefois, et les discours insi-

dieux qu'il me tenait chaque jour sur la nécessité de rétablir les châtiments qu'on avait supprimés dans toutes les écoles, de l'impossibilité qu'il y avait d'inspirer à la jeunesse, dans le nouvel ordre de choses, aucune espèce de moralité?

Ces discours, mille fois répétés et mille fois combattus, de lui à moi , me donnèrent le désir de communiquer à ces victimes de la superstition et de la cruauté, à ces orphelins de la patrie, de leur communiquer, dis -je, cet amour des vertus sociales, cette douceur, cette bonne foi, qui animent les vrais républicains, et je proposai de faire un cours de morale républicaine.

Vous savez, citoyens administrateurs, quels cris ils poussèrent, ces ci-devant maîtres d'école, excités par des ci-devant religieuses qui gouvernaient encore cette maison, au premier bruit d'un cours de morale républicaine.

Ces cris augmentèrent en proportion de l'intérêt que quelques personnes accréditées dans leur section parurent prendre aux craintes qu'ils affectent d'avoir que je ne me sois présenté sous le prétexte d'un cours de morale , que pour les supplanter par un faux zèle de patriotisme et m'emparer de leurs places, qu'ils étaient sur le point de voir par une injustice criante qu'un autre se glorifierait d'une instruction qui n'est due (ju'à leurs soins.

C'est ainsi qu'en m'accusant d'intrigue, ce sont leurs termes, ils espèrent avoir trouvé le spécieux prétexte de rendre nulle ma nomination dans les deux places que j'occupe, en me chassant de la seconde avec ignominie.

Voyons comment ces hommes modestes, craintifs, incapables d'intrigues et attentifs à donner à leurs élèves l'instruction qui les met, comme ils le disent, à la hauteur; voyons, dis-je, comment ces hommes se conduisent pour que mon cours de morale républicaine n'ait aucun bon effet.

L'instituteur Gaillard, qui, comme on l'a vu, pouvant à son gré disposer ses élèves à devenir les bourreaux de ceux de leurs camarades qui auraient eu le malheur de lui déplaire , est encore ici le principal personnage dans les scènes scandaleuses qui se renouvellent à chaque leçon de morale, comme il l'a toujours été aux leçons du dessin.

Il commence par distribuer à chacun d'eux les rôles qu'ils doivent jouer pendant la scène qu'on me prépare. Tout étant ainsi disposé,

j'arrive à 5 heures; je lis d'abord dans les yeux des enfants, dans leur rire et les signes d'intelligence qu'ils se font, que cette leçon ne sera pas plus tranquille que les précédentes, chacun prend la place qui lui a été désignée d'avance; l'instituteur Gaillard se place de mon côté, et en face de ses enfants, de manière à voir et à diriger les mouvements que chacun d'eux doit faire; il les anime, soit du geste, de l'œil ou de la voix.

Plé, son digne collègue, est placé dans un autre lieu de la salle, sa fonction est d'envoyer chercher du renfort et d'en diriger la conduite; il souffle les enfants qui ont oublié leurs rôles et leur en dicte de nouveaux dans le besoin. Je suis toujours seul contre tant d'assaillants, sans témoins que ma conscience et mes principes, et dans cet état de choses, on sent bien que les meilleures raisons, que je puisse leur opposer, sont bientôt converties par eux en des sottises. Alors les épithètes de monstre, intrigant, les gestes menaçants, les cris redoublés, souvent m'obligent à. laisser la leçon à moitié.

Je suis donc une victime qu'ils sacrifient à leur bon plaisir huit fois par décade. Si ces sacrifices pouvaient être utiles à la République, je les ferais avec le zèle et la constance qui caractérisent un vrai patriote, mais cela ne fait que les enhardir et leur persuader que les lois sont impuissantes contre eux. Il n'y a [)as longtemps que Gaillard ne se contenta pas de m'avoir dit mille injures, sans ménager les autorités de qui je tiens ma mission, pendant tout le temps de la leçon du dessin, il me suivit jusques dans le bureau du citoyen Bertelier, où il continua jusqu'à ce que j'eusse disparu.

Citoyens administrateurs, il serait trop long de vous raconter toutes les perfidies, les noirceurs que j'éprouve depuis six mois que je frécjuente cette maison. Je ne déroberai pas un temps précieux que vous devez à la chose publicjue. Ma cause est simple, je suis nommé par vous et la Municipalité à deux places auxquelles vous m'avez jugé digne, moins encore par les talents que par le zèle et le patriotisme.

L'esprit régénérateur dont je suis animé déplaît à une institution vieillie dans les préjugés. Je professe les vertus mises à l'ordre du jour par la Convention nationale. Cette sainte profession me fait des ennemis qui veulent, à tel prix que ce soit, rendre nulle votre nomination et couvrir d'ignominie celui (|ui est de votre choix; enfin, les Orphelins de la Patrie ont besoin d'une instruction capable de les

rendre un jour utiles à la République. Ceux et celles qui les ont induits en erreur veulent les y maintenir. Les lois révolutionnaires seront-elles muettes?

Citoyens administrateurs, ma cause est belle, puisqu'elle est la vôtre, celle de l'bumanité et de la République entière; du moins, ma conscience me le dit.

Saiut et fraternité.

(Signé ) : Colibert,

detneurant place do la Ra son, n" G.

Ori{]iiiul si{{iié, Archives iiatiouale.s , F'-' lo'S.

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