‹ L'assistance publique à Paris pendant la Révolution; documents inéditsChapitre 183 sur 241 · HOSPICE DE SAINT-SULPIGE · texte numérisé non relu

HOSPICE DE SAINT-SULPIGE

ordonné aux deux infirmiers de ladite maison de s'y rendre ledit jour, 6 de ce mois, à 9 heures du soir, ainsi que le jardinier; mais la supérieure a défendu auxdits infirmiers de quitter leur devoir, et qu'ils iraient oii ils voudraient, le lendemain, à telle heure du jour qu'ils jugeraient à propos.

L'exposant n'a pu rendre compte de ces faits et d'autres portés ciaprès, que parce qu'il a été obligé de se rendre audit hospice, étant malade, le 2/1 décembre dernier, et le lendemain de son entrée en ledit hospice il s'est aperçu au point dont y règne l'aristocratie.

Les sœurs v commettent non seulement des indécences, mais encore des infamies; elles emploient et font tous leurs efforts pour surprendre la religion des pauvres malades patriotes, elles les forcent d'entendre la messe des prêtres non assermentés. Ceux qui demandent un confesseur constitutionnel, ils leur sont refusés, et c'est dans ce moment où elles emploient toutes leurs malignités contre les pauvres malades, en leur faisant un tableau cruel des prêtres assermentés, en les peignant comme des bêtes féroces, comme des hommes abandonnés et maudits de la Providence, et les obligeant enfin d'entendre la messe et de se confesser à des prêtres réfractaires.

Jusqu'à ce moment, elles se sont opposées à ce qu'il y entrât des prêtres assermentés, mais l'exposant ayant assuré aux malades, qu'il a reconnus pour patriotes, qu'on ne pouvait leur refuser des prêtres assermentés pour les confesser, ce n'est que depuis ce temps qu'il y en entre. Il y avait même un capucin, qui avait prêté son serment et qui y était depuis quelque temps, qui a été obligé d'en sortir par les souffrances dont ce religieux a essuyées de la part desdites sœurs. Elles outragent d'autant plus les patriotes qu'elles se permettent d'aificher des libelles, affiches que l'exposant n'a pu se dispenser d'arracher, d'après en avoir pris lecture, mais à peine l'a-t-il eu renfermé dans sa poche qu'il a essuyé les mortifications les plus abominables, et les sœurs ont pris toutes les précautions possibles, afin que l'exposant leur remît l'affiche , ii quoi il s'est refusé , son intention étant de la remettre au comité de surveillance, ignorant que c'était à vous, Monsieur, à qui il aurait dû la remettre. Elles ont fait plus : l'une des sœurs de cette maison étant du pays de l'exposant, a été chargée par cette maison de parler à l'exposant, et celle-ci l'a engagé de se promener ensemble dans le jardin de l'hospice, il y a consenti, et y étant, elle a commencé

/la.

la conversation du pays, d'après sur les affaires du temps, méprisant et entreprenant de le persuader que le peuple ne voyait pas clair et que l'Assemblée nationale et toutes les personnes en place étaient des vrais tyrans, enfin elle l'a sollicité de lui remettre l'affiche, et, que s'il voulait oublier son patriotisme, qu'il serait récompensé non seulement de sa part, mais encore de la maison; à quoi il lui a répondu qu'il ne quitterait jamais son patriotisme et qu'il ne rendrait point le libelle et ([u'il était déchiré , ce qui n'était pas.

Cette sœur n'ayant pu parvenir a ce qu'elle désirait, ainsi que la maison, tous ont employé pour lui soustraire ce libelle.

Les sœurs, ou autrement dire toute la maison, ont cherché d'autres moyens; elles lui ont fait un breuvage que la sœur chargée de passer la nuit suivante lui a donné et qu'il a pris, ne prévoyant pas ce fait de leur part, et au moyen duquel il a dormi toute la nuit sans s'éveiller, ce qui est contre son ordinaire, puisque, les nuits précédentes, il n'avait pu fermer l'œil, et vu les contradictions qu'il avait essuyées pendant le jour précédent, il ne pouvait pas espérer de reposer cette nuit, dont on a eu la précaution de prendre l'instant de l'effet du breuvage pour s'emparer dudit libelle.

L'exposant avait eu la précaution de cacher sa culotte entre les deux matelas de son lit, mais la sœur chargée de passer la nuit s'est permis de prendre sa culotte et de fouiller dans les poches et d'y prendre ledit libelle, dans lequel étaient 5 assignats de 5^ chaque, qu'il avait mis dans l'affiche, crainte de les perdre.

Cette sœur, nommée Anne, n'a fouillé dans sa culotte que d'après s'être assuré que les malades dormaient; il était alors 2 heures et demie du matin, tel il a été rapporté à l'exposant par le malade qui était à côté de son lit et lui a dit qu'il s'était aperçu, lorsque cette sœur Anne avait fouillé dans sa culotte; il est sorti sur-le-champ de l'hospice, et il s'est rendu au comité de surveillance avec l'exposant, il se présentera lorsqu'il vous plaira de le faire appeler et vous rendra compte de ce dont est à sa connaissance.

La femme du suisse a passé la nuit avec ladite sœur Anne, mais dans le moment oii cette sœur était auprès du lit de l'exposant, ladite femme du suisse était occupée à donner à boire au malade vis-à-vis le lit où était l'exposant, et ce malade, nommé Jacques Aubry, qui est toujours à l'hospice, s'est aperçu seulement que ladite sœur tournait

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