DIRECTOIRE DL DISTRICT DU BOURG DE L'EGALITE
Les administrateurs composant le directoire aux administrateurs du Département,
Ce 19 pluviôse, a° année de la R(''piil)liquo , une et indivisible.
Encore un exposé de la situation embarrassante de la maison des Hospitalières de Saint-Mandé, 5,ooo livres reçues en dernier lieu pour secours, et 6,000 livres pour les revenus des six derniers mois
1 '790 , n'ont pas suffi à payer les fournisseurs de leur ancien du. 11 reste toujours des créanciers inquiets et tourmentants, et le dénuement absolu de provisions de première nécessité.
Nous ne vous demandons point cette fois de solliciter de nouveaux secours auprès du ministre pour cet établissement; nous ferons plus, nous vous en demandons formellement la suppression totale. La Convention nationale ne balancera point sans doute à la décréter, quand vous lui aurez mis sous les yeux combien cette maison, conservée et administrée comme par le passé aux termes des lois, présente d'inconvénients et de charge pour la République.
En effet, on y voit 48 personnes aux besoins journaliers desquelles l'économe est hors d'état de pourvoir; les sommes versées pour revenus conservés ne devraient être appliquées qu'à 10 femmes infirmes, pour lesquelles seulement les fondations sont établies, une seule salle et
2 personnes seraient suffisantes pour le service de^ces infirmes.
Que voit-on au contraire? Des bâtiments immenses, un clos d'environ ho arpents, 28 ci-devant religieuses et i5 domestiques. Ce court exposé nous dispense de toutes réflexions, il nous suffit d'en garantir la vérité pour nous persuader qu'une telle monstruosité sera^sentie et supprimée sans délai.
19lt L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.
Nous vous l'avons déjà dit, ce n'est point un secours que nous désirons, mais l'évacuation totale de la maison de Saint-Mandé et sa vente au profit de la République.
Nous vous prions donc, citoyens, de solliciter sur-le-champ, s'il vous est possible, le décret sans lequel nous pensons que cette suppression ne peut avoir lieu, la quantité de lits suffisante dans une maison de Paris pour recevoir les lo femmes de Saint-Mandé, et enfin l'autorisation nécessaire pour faire estimer et vendre, comme bien national, la maison et ses dépendances; nous ne croyons pas nous tromper en évaluant ce domaine à 000,000 livres.
Nous vous prions de nous accuser la réception de cette lettre et de nous donner un avis sommaire (k ce que vous vous proposez de faire sur noire demande.
(Signé) : GiriARD, Delaitre, Gervoise.
Orifjinal si/nié, Archives nationales, F'^ 908.
LETTRE DE LA MUNICIPALITE DE SA1i\T-MA1\De' AUX ADMINISTRATEURS DU DISTRICT DE BOURG-L'f'caLITÉ , ADRESS\NT LE COMPTE DE LA MAISO> II0SPITALH':RK au 3I décembre 1793 et exposant la situation CRI- TIQUE DE CET Établissement.
•ih pluviôse an 11.
Los maire et officiers municipaux aux administrateurs du district de l'Egalité.
A Saint-Mandé, le sh pluviôse de la a" aimée républicaine.
Citoyens,
Le compte que nous vous adressâmes, le 3o septembre dernier, (v. st.) de l'administration de la maison hospitalière de Saint-Mandé, n'étant relatif qu'aux huit premiers mois et demi de 1793 , nous vous en envoyons ci-joint un second, accompagné de cinq pièces justificatives, et qui, ayant pour objet la gestion de l'économe depuis le t5 dudit mois de septembre jusqu'au 3 1 décembre suivant , complète sa comptabilité de ladite année 1793 (v. st.).
. Par le résultat n" 5 de ce dernier rompte, vous verrez, citoyens, la confirmation de ce que nous vous avons écrit le 1 7 du courant sur le déficit qui, nonobstant l'emploi du secours de 5,000^ obtenu du Ministre de l'intérieur, a été constaté audit jour 3i décembre à 1 3,684^
Cette même pièce vous démontrera également, qu'en supposant que l'hôpital national soit encore maintenu pendant trois mois, la continuation de cet établissement, qui a absorbé en un instant par des acomptes forcés aux fournisseurs les 6,020^ provenant du second semestre de ses revenus de 1793, exige le plus promptement possible un fonds extraordinaire que, en pleine connaissance de cause, nous avons déjà évalué de 1 3 à 1/1,000^, et qui évidemment est indispensable, si les autorités constituées désirent, comme nous n'en douions point, y assurer le service et prévenir un malheur bien souvent prévu et annoncé par nous, mais qui, par cette raison même, ne saurait nous être imputé.
Nous le répétons, il n'y a pas à balancer, il faut de deux choses l'une, ou supprimer sans délai l'hôpital national et prendre un parti relativement aux malades et aux HospilaHères, ou le soutenir par tous les moyens nécessaires, jusqu'à ce que les circonstances permettent d'en effectuer la suppression. C'est aux autorités supérieures à prononcer à cet égard, mais dans tous les cas et telle résolution qui soit prise, il faudra des fonds suffisants pour la liquidation des dettes de cet hospice, lesquelles, sous tous les rapports, doivent être considérées comme nationales.
Enfin, la situation de cette maison, qui provoque journellement notre surveillance, est telle, citoyens, que depuis plusieurs jours l'économe et deux autres de ses compagnes, craignant d'être témoins de la catastrophe que nous redoutons nous-mêmes autant qu'elles, nous ont écrit les trois lettres ci-jointes pour donner leurs démissions etsolhciter leur retraite. Nous ne nous sommes point permis de répondre sur cet objet; en vous le déférant, nous vous invitons à nous faire connaître vos intentions.
(Signé) : Moreac, maire; Dchem, officier municipal; Clappier-Delisle, agent national.
Rësuital de la situation constatée à l'époque du 3i décembre 1798 (v. st.) de riiôpital national établi à Saint-Mandé, ledit résultat justifié par les quatre pièces ci-anuexées et détaillées ci-après , savoir :
Les différentes recettes qui ont eu lieu, suivant l'état n° 1, depuis le i5 septembre 1793 jusqu'au 3i décembre de ladite année (v. st.), montent en totalité à ii,litli^ 19'
Les dépenses effectives pendant ledit temps, suivant l'état n° 2 , sont de 1 0,545** 5' G**
Partant , à ladite époque du 3 1 décembre , il ne restait réellement en caisse que 869** 1 3' 6''
A quoi ajoutant, suivant l'état n" 3 , le montant des pensions et loyers dûs audit jour, ci i,53i** 9J
Total de l'actif au 3i décembre 1798 2,^00** i5' G**
En comparant ensuite cette modique somme à la masse des dettes passives, vérifiées et constatées, cjui, suivant l'élat n" h, montent à 1 6,o85** 1 3* 3''
Il s'ensuit que, malgré le secours extraordinaire de 5, 000** reçu le 'ia dudit mois de décembre, il se trouve un déficit réel de 1 3,68/1** 17' 9'^
Telle est la véi^itable situation de la maison hospitalière de Saint-Mandé à l'époque du 3i décembre 1798 (v. st.) ou du ti nivôse de la û° année républicaine.
Elle démontre , ainsi que la municipalité l'avait prévu et annoncé au district : 1 ° que par comparaison au résultat du compte des huit premiers mois et demi de 1793 (v. st.) la masse des dettes de rhô|)ilal, pendant les trois derniers mois et demi de ladite année, s'est accrue effectivement de 3,261** 8' 3'', puisqu'il est évident c|ue, sans le secoiu-s accordé de 5, 000**, le déficit ci-dessus établi eût été ai]f|menté d'autant et porté à 18,68/1** 17' 9''; -2° qu'en supposant même que le Ministre de l'intérieur puisse et veuille fournù- à cette maison des fonds extraordinaires, ils ne seront jamais suffisants à ses besoins impérieux, ni très certainement assez prompts pour prévenir la malheureuse catastrophe dont à chaque instant elle est menacée, et qui, on ne se lasse pas de le répéter, ne peut tarder à s'effectuer.
La municipalité ayant envoyé déjà au district , par une lettre du 1 7 pluviôse courant, le détail de l'emploi, tant des 5, 000** que le Ministre de l'intérieur a accordées en secours extraordinaire, cjue des 6,020** payées en janvier pour le deuxième semestre des rentes de l'année 1798 (v. st.) et dont il sera fait recette dans le prochain compte , il doit d'autant moins s'élever des suspicions à cet égard que ledit enqiloi a été connu et vérifié par ladite municipalité.
Il est donc constant (et c'est une vérité sur laquelle le corps nninicipal n'a cessé d'appeler l'attention la plus sérieuse du district) que la maison hospitalière de Saint-
Mande ne devrait déjà plus exister et que plus on différera sa suppression et plus la Nation sera lésée par l'accroissement successif de ses dettes. Mais aussi la justice et riiumanité commandent rigoureusement que (dans le cas où des considérations particulières ne permettraient pas d'exécuter ladite suppression) il soit fourni sans le moindre délai, si cela n'a déjà été fait, à l'économe de l'hôpital national un fonds extraordinaire suflisant pour licpùder les créances des fournisseurs et pourvoir en même temps aux approvisionnements et achats indispensahles.
Enfin, les maire et olTiciers municipaux ne dissimulent point au district que, s'il n'est pas fait droit à leurs fortes représentations, ils ne peuvent et n:; doivent, sous aucuns raj)ports, être respousahles des événements qui pourront en résulter.
Fait à Saint-Mandé, en la maison commune, ce 2/j pluviôse de la seconde année républicaine.
Les maire et officiers municipaux.
(Signé) : Moread, maire; Duhem, officier municipal; Clappier-Delisle, agent national.
Original signé et minute (a p), x^rcliives nationales, F'^ 358.
LETTRE DU MAIRE DE SAINT-MANDE À L'AGENT NATIONAL PRES LE DISTRICT DE ROURG-L'ÉGALITÉ, ACCOMPAGNANT L'ENVOI DL COMPTE DE LA MAISON HOSPITALIÈRE DE SAINT-MANDE, AVEC UN PROJET DE REGLEMENT POUR LE CAS OÙ ELLE SERAIT CONSERVEE.
26 pluviôse an 11.
Le maire de Saint- Mandé à l'agent national près le district de H Egalité. A Saint-Mandé, ce %h pluviôse de la -î" année républicaine.
Je t'adresse particulièrement, citoyen, un paquet destiné pour le directoire du district et qui contient le compte et pièces de la maison hospitalière de notre commune jusqu'au 3i décembre 1793 (v. st.), avec des observations sur lesquelles il me paraît impossible d'être indifférent.
Cette maison qui, seule, m'occupe presque autant que les affaires de la municipalité et m'entraîne sans cesse à des écritures longues et multipliées, est dans une crise qui empire tous les jours et qui, comme je n'ai cessé de le consigner dans nos lettres municipales, ne peut avoir
(le remède que par la suppression de l'hospice, ou par la remise la plus prompte d'un secours extraordinaire qui, tout de suite, mette son administration au courant; car, sans ce moyen et en n'employant que des palliatifs, la crise se perpétuerait dans une intermittence, dont le dernier terme opérerait le malheur qui nous affligerait tous cruellement.
Je t'invite à prendre connaissance de mon travail et à te pénétrer des réflexions qui l'accompagnent; je réponds personnellement de la vérité des calculs et des détails, puisqu'ils sont le résultat de mes vérilications sur registre et pièces.
Il est un autre objet dont , au cas de la conservation de l'hospice , je me suis également occupé, conformément à la réponse que tu nous fis le 1 6 nivôse, c'est un projet du règlement que, dans cette hypothèse, il faudrait établir et faire observer; je te l'envoie ci-joint et te le soumets avec quelques observations de ma part.
1° J'ai cru préférable et plus conforme aux principes d'ordre et d'administration que le règlement émanât du directoire du district et non delà municipalité. L'autorité supérieure, quand elle se manifeste et prononce, est toujours plus imposante et entraîne la déférence de la part des administrés, au lieu que, si la municipalité paraissait avoir rédigé ledit règlement, fût-il même revêtu de l'approbation du district, il deviendrait ici, et surtout au sein de la maison hospitalière, la cause de haines et de dissentions interminables.
2° Fais-toi représenter notre lettre du (j nivôse et tu trouveras, dans le tableau rapide que j'y traçai de tous les inconvénients introduits dans l'hospice, la source des abus réels cjue je me suis borné à ne présenter qu'hypothétiquement dans le projet, mais qui doivent être sévèrement proscrits.
3" Enfin, ayant senti (jue, par l'effet même de cette proscription, l'économe dudit hôpital, si elle n'était soutenue, serait exposée à des rivalités et tracasseries continuelles, peut-être même à des dénonciations perfides de la part de celles des Hospitalières intéressées au maintien des abus et de l'anarchie, ces réflexions m'ont suggéré le moyen résultant de l'article k" du règlement.
Salut et fraternité.
(Signé) : Moreau.