L'assistance publique à Poitiers jusqu'à l'an v
L'aumônerie de Notre-Dame-la-Grande, appelée souvent la Grande-Aumônerie, fut fondée à une date restée inconnue. En 1202, une délibération du chapitre dont l'original, a disparu, nous en parle pour la première fois. Cette pièce a été reproduite d'après une copie vïdïmus qui ne remontait qu'au XV® siècle. Restée longtemps égarée, on ne la voit pas figurer aux procès que les aumôniers soutiennent contre la Dominicale, au xvi" siècle, car elle ne fait son apparition
qu'en 1619 (l).Le Parlement de Paris, appelé à l'examiner, n'en tient aucun compte et la considère comme étant sans valeur. Une charte de 1249 citée par dom Fonteneau nous parle de nouveau de l'aumônerie. Il s'agit de la donation que lui fait Guillaume Duchêne [de Quercû) d'une rente de 15 s.
En 1389, à l'aumônerie de Notre-Dame-la-Grande s'adjoint celle de Saint-Thomas, qui lui est donnée par la municipalité (2). On les trouve toujours unies au point de vue administratif, mais longtemps séparées au point de vue de la direction religieuse.
Ces aumôneries, qui se touchaient, étaient situées sur la place de Notre-Dame-la-Grande, en face de l'église qui lui a donné son nom. Leur entrée se trouvait sous la voûte du « gros horloge» que fit construire Jean de Berry en 1380 (3). A gauche, était un bâtiment qui s'étendait parallèllement à la rue de la Regratlerie. Il comprenait une grande salle, dite de Saint-Thomas l'apôtre, à la suite de laquelle une seconde, moins importante, servait au logement du gardien ou de la gardienne tout en étant utilisée comme cuisine. Après elle, l'on rencontrait l'infirmerie des femmes. En dernier lieu venait, perpendiculairement à ce corps de bâtiment et au fond de la cour, une maison destinée à recevoir les hommes malades.
A droite en entrant, des constructions ayant leurs façades sur la place contenaient le logement du chapelain, le four et les étables. Quelques-unes étaient louées à des particu-
(1) Arch. Hôp. — Mém. Soc. Ant. Ouest, t. XXXVI, l'« série. — Depuis lo3o, les tribunaux réclamèrent en vain ce litre à tous les aumôniers, mais ils n'en présentèrent la copie qu'en 1619. — (2) Arch. Vienne, G. 61. — (.3) Mém. Soc. Ant. Ouest, t. VII, p. i09, et Butl.de la Soc. des Ant. Ouest, t. IV, p. 227.
liers (1 ). Ln cour intérieure, qui possédait une citerne, avait à sa droite la basse-cour avec un jardin bordant la rue de la Petite roue des Offices. En résumé^ les deux aumôheries réunies occupaient la presque totalité du terrain sur lequel se trouvent actuellement établies les Facultés des lettres et de droit.
La première visite connue de l'Hôtel-Dieu est celle que nous a laissé l'official Cherprenet, en 1538. Voici ce qu'il en dit dans son procès-verbal : « Il n'y a aucun espace pour les pauvres, par ce que l'aumônier accapare pour luy à son logis tous les jardins, cours et terres etyssues à son proffict, en raison quil n'est rien demeuré pour les pauvres que une salle en manière de grange, sans planches ni embouschure en laquelle ny a vue et si non que par lucarnes qui sont toutes ouvertes et par lesquelles la pluye tombe sur les lictz es pauvres malades, à quoy il fault nécesserement pourvoir (2). » Il est vrai que l'aumônier, pour se disculper, prétend que les cours et les jardins font partie intégrante de son logis canonial, ce qu'il ne peut prouver.
La situation reste la même pendant quelques années, mais elle ne tarde point à se modifier quand la Dominicale, avec l'appui de la municipalité, commence à s'en occuper activement (3). Le 12 mai 1543, l'échevin René Daussure déclare que le bois nécessaire à la réfection des toitures est acheté et abattu. Il ajoute que le moment est venu de le mettre en œuvre, après entente avec le clergé (4). D'autres réparations ont lieu, en 1547, mais
(1) Arch. Hôp. — Dr Delnias : Histoire, de r Hôtel-Dieu de Poitiers (Poitiers, 1894). — (2) Arch. Vienne, G. 1100. —Déjà, le 28 janvier précédent, il était dit dans un acte de procédure : a ïaulmosnerie est en ruine et les pauvres malades aulicten soufTrent ». {Id.) — (3) Reg. dél. mun., n° 38, p. 117. — (4) Reg. dél. mun., no 25, p. 226.
celles que propose Anloine Duval, en looo, ne sont pas acceptées (1). Cependant, le 24 octobre de cette même année il est dit au conseil municipal a qu'il fut achapté une main de grand papier, cheuz sire Jehan Veillée, pour faire les chassiz de lad. aulmosnerie, pour laquelle fut payé 4 s. (2) ». Le 19 novembre 1572, dans le but de mieux Téclairer, la Dominicale ordonne l'achat d'une lampe destinée à « brusler et barder toute la nuict pour la nécessité et inconvénients qui seront pour ensepvelir les pauvres déceddez (3) ». Celte lampe fut placée, aux frais de l'aumônier, dans la salle des blessés.
L'année suivante, le 9 mars 1573,le Bureau des pauvres, au cours de l'une de ses séances, nous dépeint l'état misérable de la maison. « A l'aumosnerie Nostre-Dame-la- Grande, dit-il, sont en affluence les pauvres qui sont au lictz malades, blessez, ulcérez de maladies et lesquelz endurent encore au moyen des pluys, vents, neiges, grelles qui tombent sur les pauvres, par ce qu'il convient que la toiture soit raccommodée et avoir matériaux pour ce faire (4). » Des réparations sont entreprises, mais, dix ans plus tard, le 19 octobre 1585, il faut les recommencer et pour cela loger les malades dans l'aumônerie de Saint-Pierre (5). D'autres ont encore lieu, pendant l'année 1 593. Ce sont les dernières exécutées au cours du xvi'' siècle.
L'établissement, faute d'un entretien toujours nécessaire, est à l'état de ruine, si -bien que le maire réclame son déplacement, le 23 janvier 1616, « parce qu'il n'est pas assez spatieulx', commode, ny aéré, tellement qu'il est dangereux
(1) Reg. dél. mun., n° 33, p. 117. — (2) Reg. dél. mun., no 33, p. HT.
— (3) Arch. Hôp., Bibl. Poitiers, cari. 53. —(4) Bull. Poitiers, cart. 53.
— 'J)} Reg. dél. mun., no 44 bis, p. 51 vo.
comme il est tenu et adverty par ceux qui gouvernent les pauvres, mesment par les apothicaires et chirurgiens qui traictent les pauvres, qu'il ne s'y mette du mal contagieux l'été prochain, attendu les grandes maladies et mortalité qu'il y a en cet yver et que le lieu où sont de présent les pauvres pourroit servir à mettre les canons de la ville (1) » . 11 est immédiatement décidé qu'on installera les malades dans un autre endroit plus vaste et plus commode.
La question du déplacement de l'aumônerie est de nouveau posée au Conseil par Pierre Pidoux,écuyer, seigneur de Malaguet, le 29 août suivant. Il dit avoir en sa possession une somme de 1000 1., don fait par Louis XIII lors de son passage à Poitiers, l'année précédente. « Il seroit peut-être utile, à son avis, de l'employer à l'achat d'un bâtiment et couvert en lieu propre et commode pour un Hostel-Dieu et loger les pauvres de l'aumosneriedeNostre-Dame-la-Grande de cette ville, pour ce que y sont fort mal et incommodément, attendu mesme que les pauvres n'y sont a couvert d'aulcun plancher, ains seulement de la latte ettuyle(2). »
Les échevins.ne prenant point en considération cette proposition, décident que les 1000 l. seront placées en intérêt.
L'hiver étant arrivé, le maire revient pour la troisième fois sur cette question. Il va jusqu'à proposer l'achat d'un jardin spacieux situé à Montierneuf, près de la rivière du Clain (3). 11 est alors décidé que l'on fera rentrer les fonds nécessaires pour effectuer cet achat tout en remettant àplus tard la solution de l'affaire. Enfin, Jean Pidoux obtient,
(1) Reg. dél. mun., no 70, p. H2. — (2) Reg. dél. mun., ii» 11, p. 55. — Le contrôleur des finances, Nicolas Gruget, ayant donné 300 1. pour aidera construire une chapelle, la Dominicale emploie cette somme, le 17 février 1010, à l'achat du linge qui manque. (Arch. Hôp.) — (3) Reg. dél. mun., n" 71, p. 95.
le 14 septembre 1620, l'autorisation d'acquérir la maison et le jardin de Pierre Rougier, situés près de la porte de Rochereuil (1). Nous ignorons pour quelle cause il ne put accomplir sa mission. En tout cas, rien ne fut modifié dans la situation de l'établissement, qui resta la même jusqu'au milieu du xviii^ siècle.
L'emplacement de l'aumônerie de Notre-Dame offre de nombreux inconvénients, à cause de sa position au centre de la ville. Bien des fois, la remarque. en est faite. L'un de ses aumôniers, Jehan Bienvenu, vient dire, en 1536 : « qu'elle est grandement spacieuse, ains, dangereuse en ceur de la ville et pour la multitude des pauvres qui y sont et est lad. aulmosnerye toute infectée et assassonnée. Touttefois infecte lad. église Nostre-Dame par lesd, puanteurs de lad. aulmosnerie qui vont en lad. église (2). »> Pour les nettoyages, il faut que la Dominicale les prescrive, ce qui arrive bien rarement. En 1383, ayant été envahie par la peste et « cadenée » . on ordonne, le 7 octobre de cette même année, qu'elle soit <> nectiée et blanchie de chaux vive pour par après, y recepvoir et loger et héberger les pauvres mendians ainsi qu'on a accoustumé faire (3) » . Même chose arrive, le 27 août 1607. Il est nécessaire de nettoyer l'aumônerie « en laquelle y a heu du mal contagieux puis peu de temps en ça (4) ». Les trois femmes guéries de la peste qui l'habitent encore sont chargées d'en prendre soin. Ce travail, sans doute trop long ou trop pénible, est abandonné par elles, puis confié à un homme, qui, à raison de 8 s. par jour, le termine au bout d'un mois.
Il existe au xvf siècle deux visites de l'aumônerie de Notre-
(l)Reg.clél. mun., n° 75, p. 34. — (2)Arcli. Vienne, G. JlOO. — (3)Reg. dél. mun., n" 45, fjp. 171 et 175. — (4) BihL Poitiers, cart. 54.
Dame. La première est faite à la suite d'un arrêt du Parlement en date du 1 février 1536 (1). Cet arrêt prescrit une enquête qui est confiée aux soins de René Dausseure, lieutenant général, de l'official et du théologal du diocèse. La seconde est faite par l'aumônier Jehan Bienvenu, en 1554, lors du départ du gardien François Pillet et de sa femme (2). Nous allons, à l'aide de ces deux documents, qui se complètent mutuellement, donner un aperçu de l'état de la maison au milieu du xvi" siècle.
La première visite, celle de 1536, est ordonnée pour voir <; si les pauvres estans en lad. aulmosnerie sont bien nourriz et entretenuz selon la fondation et augmentation d'icelle». Les commissaires enquêteurs sont, avec René Dausseure. Hugues Acton, seigneur d'Availles,et trois bourgeois. Elle commence .ses opérations le 22 juin, sous la conduite de l'aumônier.
En entrant dans la cour, se trouve, immédiatement à main gauche, la salle des hommes qui fait suite « au gros horloge ». Elle contient 12 lits, soit six d'un côté et six de l'autre. Chacun d'eux est garni, en outre de sa paillasse remplie de paille de seigle, d'une couette, d'un traversin et d'une couverture blanche ou rayée noir et blanc. A l'exception du couvreur Barré et de Regnault de Picardie, tous les autres malades n'ont qu'un seul drap. L'usage était pour eux de les apporter en entrant, mais nombre de ces malheureux n'en possédant point, la Dominicale devait leur en fournir.
Sur ces douze lits, cinq seulement sont occupés. Dans trois d'entre eux sont couchés GuillaumeVillain de Picardie,
(1) Arch. Vienne, G. 1100, — Arch. Vienne, G. 1100. — (2) Arcli. Vienne, G. 1091.
François Sauvaudeau de Mortemer et Jehan Giraud de Gençais. Aucun de ces malades n'est de Poitiers.
Ces lits, tout enétant à deux places, ne contiennent qu'une seule personne. A ce mobilier^ il faut ajouter quatre coffres. L'un d'eux sert à mettre le linge ramassé parles dames de la ville.
La chambre des femmes renferme huit lits, dont quatre à droite et quatre à gauche, tous garnis comme les précédents, avec en plus un couvre-pieds. Ils sont occupés par Jehanne Belliarde,Perr.ine Morelle,de Saint-Martin, et Guillemette Allain deFontaine-le-Comte. On y trouve, avec deux grands coffres, un chaudron et une chaise percée.
Le local habité par la gardienne contient un lit, composé de deux couettes, d'un traversin, de deux draps, d'un ciel de linge avec franges et d'un tour, le tout acheté par Jehanne de Tongrelou qui fit aussi don à l'hôpital d'une batterie de cuisine à l'époque où son mari Jehan Pélisson fut chargé de l'administrer.
Vient ensuite une petite garde-robe que meublent un vieux buffet, un escabeau et deux seaux.
La chapelle de Saint-Thomas, « en laquelle y a auslel sacré, corpus Domïni qui y repose jour et nuict », possède à sa voûte une cloche pour sonner les messes qui s'y célèbrent chaque matin (\). L'autel est garni de toile noire, d'un pupitre, dune cloche et de deux petits chandeliers de fer. « Lad. chapelle, dit l'inventaire, est bien pauvre de grands ornements. » Le service divin, comme c'était jadis l'usage, se célébrait en présence de tous les malades, qui pouvaient de leur lit voir le prêtre officier.
La cuisine contient un petit lit muni de deux draps, le
(1) Arch. Vienne, G. 1100.
toul délaissé à ki mort de la nommée Morelle. Un second appartient à une femme malade qui l'occupe. Enfin un troisième sert à Marie Roulette, chargée, en qualité de nourrice, d'allaiter deux enfants trouvés.
L'inventaire du 5 mai 1554 nous montre que la chambre du gardien et de la gardienne est restée dans le même état. Celle qui se trouve auprès renferme « ung pannyer faict de clice, pour amasser pour les pauvres ». De plus, une barrique pleine de cidre.
Le local destiné aux femmes ne contient alors que 7 lits, avec cinq draps, 8 souilles ordinaires et deux pour traversins. De plus, « une cheze a porter les malades ».
A côté, se rencontre la chambre réservée aux prêtres, avec « deux chaslitz garnys de trois coëstes, de coyssins, de lodiers (courtes-pointes) et de deux couvertes ». Les draps ne figurent point à l'inventaire.
La salle commune, la plus spacieuse de toutes, ne renferme plus que 11 lits, mais on y trouve 20 draps, 8 coffres, 2 chaises volantes, 46 souilles à demi usées, sans compter de nombreuses couvertures.
La cuisine possède encore ses trois lits garnis, avec, en plus, une ponne pour les lessives, un pic destiné à creuser les fosses et une pelle de bois.
Enfin, la chambre des gardes contient en réserve, dans (( un charriot »,12 oreillers,6 couvertes, dont trois de laine, et deux de bure, plus une grande, de couleur blanche «ayant armoyries de M. de Poictiers », presque toute neuve.
A, l'intérieur de la cour, existe une citerne, mais l'eau qu'elle reçoit est non seulement de qualité médiocre, mais de plus insuffisante au point de vue de la quantité. Pour
parer à ce dernier inconvénient, il faut aller en chercher ailleurs et avoir recours à l'un des porteurs d'eau ou « esviers ». Celui qui remplit cette fonction est d'abord payé d'après la quantité qu'il en fournit. Le 29 mai 1554, on lui donne 12 deniers pour une charge (1). Elle est conservée dans une ponne ou saloir en terre qui coûte, la même année, la somme de 7 s.
Le porteur d'eau est également employé à monter le linge de la lessive ou « buhée », que des femmes de journée lavent à la rivière. Elles sont nourries et reçoivent du vin. Le 27 juillet 1554, une lessive coûte, pour être assise et chauffée, la somme de 4 s. 6 d., sans compter les 4 s. destinés à l'achat de deux boisseaux de cendres et les 3 s. prix de six pots de vin (2;. Le porteur reçoit, pour sa part, un salaire de 2 s.
Cette manière d'opérer, trouvée sans doute trop onéreuse, estcausequela gardienne Françoise Gascougnolle demande l'achat d'un âne, en 1573, sous prétexte que la provision d'eau revient à 12 d. par jour (3). C'est ce qui a lieu, et une somme annuelle de 10 fr. est affectée à la nourriture de l'animal.
Au début du xvf siècle, il n'existait point de latrines dans les aumôneries, pas plus que dans les collèges de Poitiers. Une ordonnance municipale, du 25 août 15^6, prescrit^ pour la première fois, d'en installer dans tous ces établissements (4). Le nettoyage des fosses étant fort difficile, on doit, tout d'abord et même plus tard, comme dans les maisons particulières, se contenter de les faire combler pendant qu'une nouvelle est creusée à côté. C'est ce que
(1) Arch. Hôp. — (2) Arch. Hôp. — (3) Bibl. Poitiers, cart. o3, reg. 3. — (4) Reg. dél. raun., no 15, p. 230.
JITSUU'A L'AN V 11
l'on dit dans un compte du 5 avril 1554 : « Led. jour fut comblée la fosse èsd. privez et mys force terres au moyen quelle estoit basse, esqueulx, fourny de vivres, pain fit vin pour le tout III s. (I). » Quand il faut absolument les vider, il devient nécessaire de prendre certaines précautions qui vont, comme en 1583, jusqu'à mettre les malades ailleurs, pendant que l'opération s'effectue (2). En 1607, les sièges trouvés en mauvais état sont l'objet d'une réparation (3). En résumé, cette question des vidanges, si compliquée et si importante pour les hôpitaux, ne fut résolue, jadis, que d'une façon fort incomplète.
L'administration de l'aumônerie de Notre-Dame-la- Grande appartient à un aumônier faisant partie, en qualité de chanoine, du chapitre de cette église. La délibération capitulaire de 1202, dont l'authenticité peut paraître douteuse, comme nous avons dit, fait savoir que l'abbé Gervasius et son chapitre accordent au titulaire de cette maison, de charité pour nourrir les indigents, une prébende entière sur tout ce que peut prétendre un chanoine. Les dons qu'il recevait lui seront continués soit, quatre deniers par semaine, une pinte de vin {justa vinï) tous les jours et les sarments du clos delà vigne, nécessaires pour le chauffage des pauvres (4). C'est à Pierre Bariller qu'échoit le soin d'administrer l'établissement.
(1) Arch. Hôp. En i:;.')."), il est donné 10 1. à Jehan Berthon, Colas Roll.ind et Dugonneau pour avoir « neltié les privez de lad. aulmosnerie ». De plus, 2 pots de vins par Jour, 4 livres de chandelles, deux grands pains d'un, boisseau, valant le tout 30 s. {Id.). — (2) Reg. dél, mun., no 42, p. lÔn. — (3j Rihl. Poitiers, cart. 54. — (4) Ce document est une copie faite en 1610 d'une autre copie vidimus écrite de la main de l'Official de Poitiers, à la date du 13 avril 1397. En 1531, cette
12 L'ASSISTANCE PIRLIQUE A POITIERS
Cette question de prébendejoue un rôle considérable dans l'histoire des aunnôneries appartenant aux chapitres, pendant tout le cours des xvf et xvii* siècles. C'est ainsi qu'il est parlé d'une bulle de Clément VII, donnée en 1387, par laquelle il charge l'abbé de la Celle et, avec lui, plusieurs autres personnes de s'occuper de la réforme de ces institutions religieuses (1). Les statuts qu'arrête la commission, confirmés, en 1409, accordent 4 prébendes à l'aumônier sur les 16 que comporte l'église de Notre-Dame.
Un factum du 8 mars 1556 nous donne exactement la façon dont le titulaire de l'aumônerie est nommé et les fonctions qu'il est appelé à remplir (2). « L'église de Notre- Dame-la-Grande, dit-il, est de fondation royale et ancienne et tenue à franche aumône dud. Seigneur(3). Ayant droictz de jurisdiction en divers lieux et plusieurs terres et domaines tant en ceste ville de Poictiers que ailleurs, desquels estoient et sont les lieux en question. Anciennement, l'église estoit fondée de Sainct-Nicollas, estant religieux de l'ordre de Sainct-Augustin et despuis, lad. esglise a esté fondée de Nostre-Dame et faict chanoynes, ayant abbé et chantres. Sont dignitaires en lad. église, soubz-chantres,aumosnyers qui sont personnatz en lad. esglise et lad. aulmosnerie bénéfice titulaire spiritualisé, payant deniers, ayant administration des sacremens , cimetières , comme une paroisse. »
pièce n'existait point dans le trésor du Chapitre. En 153.j et 1543, l'aumônier ne peut la présenter en justice. Elle n'apparaît qu'en 1619, au moment où l'aumônerie va être enlevée aux chanoines de IS'otre-Dame. Du reste, comme nous l'avons dit, le Parlement n'en tint aucun compte et n'en parla même pas dans les attendus de son arrêt. (Arch. Vienne, G. 1100.). —(1) Arch. Vienne, G. 1100. — (2) Arch. Vienne, G. 1100. — (3). II s'agit d'une contestation à propos de droits de francs-fiefs réclamés sur les terres de l'aumônerie.
.irSQM'A l/AN V 13
L'aumônier, élu en conformité de la bulle du pîipe, est considéré comme « ayant estât en cueur, portant surplis, chappe, haumusses, et ofllciant avecq les autres chanoynes de lad. esglise. Laquelle aulmosnerie susd, ne fust jamais administrée par gens laiz, ains par gens d'esglise qui l'ont tousjours administrée comme est de présent (1). » Le chapitre l'a collationnée depuis un temps immémorial. Il l'a fait bâtir pour « retirer les malades, pellerins et allans et venans à Sainct-Jacques et les serviteurs des chanoynes et chappitre de lad. esglise que aultres ».•
Plusieurs actes capitulaires nous font encore connaître les droits et devoirs des aumôniers. Celui du 3 février 1482 nous dit que Pierre de Savoie, l'un d'eux^ et ses successeurs, « auront pour l'avenir prééminence en iad. église et seront préférez tant en chœur, chappitre, procession et autres cérémonies (2). o Un second, de 1535, déclare expressément « qu'ils sont tenus recepvoir les pauvres qui affluent de jour en jour en lad. aumosnerie et ceulx qui sont malades, les nourrir et administrer vivres, bailler et administrer les sacrements de la Saincte Eglise, Aussi leur bailler service à ceulx qui y décèdent et iceulx faire inhumer et
(1) Parmi les noms des aumôniers, nous trouvons les suivants : Pierre Bariller (1202). — Pierre Vignault (1340). — Guillaume David (1343). — Pierre Parsonnier (1360). — Jehan Acton (137!;). — Pierre Aubeneau (1397). — Gillet Bourgeois (1404). — Laurent Pbndevosu (1410). — Guillaume Baussant (1413). — Pierre Aubenest (1417).— .Jehan Gressin (1417-1421). — Jacques Camallyren (1421). — Michel Claveurier (14^")) — Pierre de Savoie dit Lapostolle (1473-1489). — Claude OITray (1521). ^ Laurent de la Haye (1;)21). — Jehan Boulin (1522). — Guillaume de la Croi.K (1343). — Guillaume Bienvenu (i;i43). — Jehean Bienvenu (1553). — Jacques Thoyreau (1568). — Pierre Roger (1572). — Jacijues Pâlot (1578). — Grégoire Fenyen (1579). — Yves Guyureau (1593). — Grégoire Desvaux (1593). — Jarry (1602). — Guyureau (1618). — Jacques Denesde (1619). — (2) Arch. Vienne, G. 1100.
entretenir (1). Et, est led. aumosnier tenu recepvoir a son logis canonial de lad. aulmosnerie, Monsieur l'Evesque de Poictiers quand il faict son entrée en lad. ville et le loger pendant une nuit {et nocte illa hospitarï teneiur)'>y. C'est la reproduction de Tacle capitulaire de 1463 concernant l'en trée des évêques. Les chanoines sont obligés de le recevoir tant dans leur église que dans leur habitation {in ecdesiâ et in domibus), pendant le jour de son arrivée^ puis préparer son coucher et celui de sa suite pour la nuit.
La veille de l'entrée de Jean VlU d'Amoncourt, le 20 mars 1555, le maire vient dire que, le lendemain, le Conseil municipal ira le chercher à la fontaine de Pont- Joubert pour le conduire à l'Hôtel-Dieu de Nolfe-Damela-Grande, où il devra coucher et, de là, l'accompagner, le lendemain à Saint-Pierre (2). Les cérémonies de ce genre furent suivies pendant longtemps à l'arrivée de ces prélats.
Pour l'aider, ou plutôt le suppléer dans ses fonctions religieuses, l'aumônier désigne à cette époque un chapelain attaché spécialement à la chapelle de Saint-Thomas. Cette dernière constitue un bénéfice fondé dont il a « pleine disposition et collation » quand le poste reste vacant (3). Le
(1) Arch. Vienne, (i. 1100. •< Quod dicitur eleemosinarius tenetur recipere pauperes in dicta domo hospitali, quotidiè af'fluentes et in eâdem infirmos alere et eis cibaria ministrare, etc. » — (2) Pieg. déL mun., n» 3, p. 38. — En 1513, raumonier reçoit l'évêque dans son logis canonial, mais plus tard une chambre spéciale lui est réservée dans l'aumùn^rie. C'est la chambre de l'évêque, dont la destination se conserve jusqu'au xvni^ siècle. Le 24 mars 1544, Claude de Longwy, cardinal de Givry, fait son entrée par Saint Saturnin et va coucher à l'Hôtel- Dieu. Le lendemain, il est conduit à l'évêché dans une chaise à porteur par les quatre, sergents de la Mairie qui lui doivent cet hommage à cause de certains fiefs dont il est le suzerain (Bibl. Poitiers, cart. 42, Reg. 12).— Le 5 juillet 1551, il est piocédé de la même façon à la réception de Claude, cajdinal de Guise, {/d., reg. 11.) — (3) Arch. Vienne, G. 1100.
JUSQU'A l/AN V IS
titulaire n'a pour tout revenu qu'un petit \o^\s situé près de l'aumônerie touchant d'une part à la porte d'entrée et d'autre part «joignant à la tour du gros horloge ». C'est la maison appelée plus tard le Petit-Château.
Chaque dimanche il y a « commandements prières, offertes, pain benist et on a accoustumé faire des prosnes ». En 1535, il n'existe que deux fondations de messes. Une de ces messes est dite tous les dimanches. A Pâques, l'aumônier et le chapelain administrent 'les sacrements aux malades. Lors de la fête de saint Thomas, les chanoines de Notre-Dame vont dans sa chapelle dire « grand'messe à diacre et soubz-diacre (1) ». C'est la seule cérémonie à laquelle ils prennent pavt, dans l'enceinte de la maison.
Le service religieux laisse parfois à désirer au point de vue de sa régularité, si nous en croyons certaines délibérations de la Dominicale etde sa municipalité. Le ISjanvier 1573, la première déclare que le curé de Notre-Dame-la- Grande, qui remplace l'aumônier^ est tenu avec le chapelain « d'assister aux sépultures des pauvres qui décèdent en lad. aulmosnerie et les administrer et les admonester de leur salut et conduire les corps au cimetière». Comme ils ne le font point, le Procureur du roi est requis d'avoir à les convoquer le mercredi suivant au Présidial (2). Le l""" juin 1586, le chapelain Jehan Bienvenu est prié « de se rendre assidu à consoler les malades (3) ». Le 9 mars 1591 ,1e maire se plaint de ce que « les pauvres de l'aulmosnerie de Nostre-Dame-la-Grande meurent sans sacremens de confession et administrez, ce que doibt faire le curé de Nostre-Dame-la-Grande (4) ». A celle époque, les malades
(I) Arch. Vienne, G. 1100. — (2) Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 3. — (3) Bibl. Poitiers, cart. ^3, reg. •!. — (4) Bibl. Poitiers, cart. 53 bis,
reg. 8.
appartenant à la religion protestante sont presque aussi nombreux à Poitiers que les catholiques. C'est pourquoi le service religieux devient plus particulièrement difficile.
L'aumônier et le chapelain habitent à l'Hôtel-Dieu. Le logement du premier se trouve en bordure de la rue de la Petite roue des Offices. Il n'y réside point toujours et le loue volontiers à quelques-uns de ses confrères du chapitre (1). Quant à celui du chapelain, il est placé, comme nous avons dit, près de la porte d'entrée avec sa façade sur la place de Notre-Dame.
Le H décembre 1506, l'aumônier est invité à comparaître devant les juges de la Sénéchaussée qui l'accusent de ne pas remplir ses devoirs à l'égard des pauvres (2). Cette accusation ne semble pas avoir été maintenue. Seuls les arrêts des Grands Jours de Poitiers (1531) et de Tours (1533) interviennent nettement au point de vue de l'administration de l'aumônerie (3). Elle est alors confiée à trois bourgeois de l'Hôtel-de-ville qui s'en occupent régulièrement jusqu'en 1552 (4). A cette date, l'aumônier Jehan Bienvenu obtient, avec main-levée de la saisie de ses biens, le droit ancien d'administrer la maison. Il perd de nouveau cet droit en vertu de l'édit du 12 mai 1563. Après l'avoir recouvré pendant quelques années, il se voit dans l'obligation de l'abandonner définitivement à la suite de l'arrêt des Grands Jours de 1579.
Cet arrêt déclare que « les hospitaulx et aulmosneries, meubles et revenus d'iceux, seront régis et gouvernez par trois notables personnes depputez par l'Evesque de Poic-
(1) Arch. Vienne, G. 1100. — (2) Bibl. Poitiers, cart. 9. —(3) T. 1er, pièce just., no 6. — (4) Ce sont : François Dupont, Jacques Arnoul et Jehan Pélisson. — En 15;J3, Philippe Arembert et Jacques Lebrethon. — En 15ii6. Guillaume Rogier.
tiers ou son vicaire général, leSeneschal de Poicliers ou son lieutenant, le Maire et un eschevin dud. Poictiers et l'ung des substituts dud. procureur de lad. ville «.C'est la continuation de ce qui existe depuis de longues années. Lors de la création de la Dominicale, un bourgeois de la ville est constamment désigné par elle pour rechercher les ressources nécessaires à son fonctionnement et pour l'administrer en cas de besoin. A partir de la décision de 1579, c'est encore cette même Dominicale qui nomme tous les ans ou tous les deux ans les intendants ou aumôniers généraux chargés de remplir ce double emploi. Avant d'entrer en fonction, elle leur fait prêter le serment « de bien et fidèlement accomplir leur charge ». Il en est ainsi jusque dans la seconde moitié du XVII® siècle.
Le personnel qui reste à demeure dans l'aumônerie ne comprend, en général, qu'un gardien et une gardienne auxquels viennent s'adjoindre, en cas de besoin, quelques domestiques. Ces derniers n'y résident d'une façon permanente que le jour où l'établissement prend une plus grande importance.
Le gardien et la gardienne ont soin des malades et s'occupent de leur nourriture. L'argent qu'ils reçoivent, soit de l'aumônier, soit de l'administrateur désigné parla Dominicale, est employé à tous les besoins de la maison : blanchissage, chauffage, éclairage, frais d'enterrements, etc. Une délibération du Bureau des pauvres en date du 26 décembre 1570 nous dit qu'à l'hôpital « ilz font le service tant de jour que de nuict, tant pauvres que malades, soldalz blessez nourriz et gouvernez et les mortz ensepveliz ensepulturez ; blanchir le linge et tenir les linceulx de hid. aulmos-
nerie neelz et propres (1) ». Ils doivent, en outre, rendre compte des sommes dépensées.
Ces modestes serviteurs ne sont point grassement payés. Le 25 février 1550, Pierre Bugeaud vient dire à la mairie que lui, sa femme et ses enfants ne touchent que 8 s. par semaine, somme si modique pour eux tous « quilz meurent presque de faim et est contrainct de besoigner de son mestier, en lad- ville, pour vivre^ ce que l'on ne veult lui permettre (2)». Le Conseil pousse la générosité jusqu'à lui accorder un supplément de 56 d. par semaine, qui seront pris dans la caisse des pauvres.
Le 17 septembre 1555, le gardien, sa femme et les serviteurs ont 20 s. par semaine, et, de plus, 8 l. de pain bis par jour (3). Les malades ont en tout 5 1. de pain blanc et de la miche pour leur pitance. En 1572, François Gascougnolle gagne 8 1. par an et reçoit 40 s. pour avoir fourni du sel, des chandelles de suif et de résine ainsi que des herbes. Trois ans plus tard, en 1575, on ne lui donne plus que 100 s., mais il ne tarde pas à être augmenté de 60 s., ce qui rétablit le chiffre habituel de ses gages (4). En 1611, le gardien touche 12 1. chaque année (5). Ces modestes fonctionnaires changent souvent, car leur recrutument laisse parfois fort à désirer.
Le service médical de l'aumônerie est confié aux chirur-
(1) B.bl. Poitiers, cart. !J3, reg. 3. — (2) Reg. dél. mun., iio 31, p. 119. Les gardiens et les gardiennes du xvie siècle dont nous connaissons les noms sont les suivants : Gabriel Pasquier et sa fernme (11135).
— Jehannede Tougrelou (1536). — Martin Dupin (1554). — Thomas et Favier (1555). — Jehanne Giroux (1556). — Morisset (1558). - Pierre Baugé et Françoise Gascougnolle sa femme (1574). — Hilaire Joubert (1581). — AnneDavid (1583). —Marie Rivière (1584). — (3) Arch. Hôp.
— (4) Arch. Hôp. — (5) Bibl. Poitiers, cart, 53, reg. 3.
giens de la ville. D'aprèsleurrèglemenl, ils désignent le dernier d'entre eux reçu à la maîtrise pour aller visiter les malades (1). Cette charge, qui devait être purement gratuite, ne le fut point en réalité, car, ses titulaires s'en désintéressant, faute de recevoir des honoraires, il fallut alors recourir à des compagnons gagnant maîtrise désireux, aprè? avoir secouru les pauvres pendant plusiears années, d'obte-nir le droit d'ouvrir boutique à Poitiers.
Sous l'administration des aumôniers, le chirurgien ne va voir les malades de Thôpital qu'après y avoir été expressément appelé. Il est alors payé selon le nombre de ses visites. Plus tard, la Dominicale lui alloue un traitement annuel. Le 19 avril 1545, Gilles Amaury entre en fonction moyennant 10 1. par an, mais les drogues seront fournies par l'apothicaire Mathurin Dutertre (2). Très heureux de sa nomination, il s'empresse de faire don de 20 s. aux pauvres et de n'accepter que 9 1. pour ses appointements. Le 25 mars 1555, il est accordé au barbier Martin Coulard 20 s. par mois (3), En 1570, Mathurin Barbotin, qui soigne les indigents et les soldats blessés logés en ville, gagne 100 s. pour son année (4). En 1571, il lui estalloué 20 l. en plus sous condition de délivrer gratuitement les remèdes nécessaires aux malades. En 1572, il réclame « une augmentation à cause de nombreux onguans et autres choses qu'il a fourni «.On lui accorde 151., mais il devra remettre tous les 15 jours au bureau de la Dominicale les noms des personnes qui auront reçu ses soins tant à l'aumônerie que dans la ville. Cette augmentation ne lui
(1) Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 3. — (2) Bibl. Poitiers, cart. 51. — (3) Bibl. Poitiers, cait. 53, reg. 3. — (4) Bibl. Poitiers. — P. Rambaud, Bull. Soc. Ant, Ouest, année 1908.
suffisant point, le 14 septembre suivant, il obtient encore un supplément de 10 1.
En 1581, les appointements d'Antoine Blanchefort, barbieret chirurgien, sont de 801. par an (1) Le21 juillet 1583, il est accusé de mal remplir son devoir, car « plusieurs malades, dit le maire, se plaignent de n'estre point pansez et médicamentez (2) ». Aussi, le prie-t-on de venir immédiatement se disculper devant le Conseil, ce qu'il néglige de faire.
En 1584, notre chirurgien « réclame des onguants et pouldres pour médicamenter les pauvres et empescher le mauvais aer qui se magnifie plus que cy est, tant à l'aulmosnerie que aultres parts et endroictz de la ville (3) >) . Seulement, il veut faire payer le tout par la Dominicale qui, toujours à court d'argent, renvoie sa demande à plus tard. Comme les malades sont fort nombreux à THôtel-Dieu, ce qui nécessite beaucoup de temps pour les examiner et que les onguents « sont d'ung grand coust », il sollicite une nouvelle augmentation. Ses gages sont alors portés de 80 l. à 100 L par an.
En 1587, Etienne Thevet, gendre du précédent, lui succède aux mêmes appointements. Au bout d'une annnée, n'ayant rien reçu, il refuse de continuer. Aussi, le 7 août 1588, la Dominicale se voit-elle dans l'obligation d'inviter le maire à parler aux chirurgiens « pour savoir s'ils ne voudraient pas se charger de soigner les malades chacun à leur tour (4) ». Inutile d'ajouter qu'il n'obtient qu'un refus. Aussi est-on
(1) P. Rambaud, le Rôle des femmes au point de vue de V assistance publique à Poitiers {Mém. Soc. Ant. Ouest, t. III, 3e série). — (2) Bibl. Poitiers, cart. ;J3. Le 7 décembre de la même année, le nommé François Robin est chargé d'en dresser la liste. — (3) Bibl. Poitiers, reg. S. — (4) Bibl. Poitiers, reg. 8.
obligé de reprendre Thevet en lui accordant le paiement immédiat des 100 1. qui lui sont dues, avec promesse d'une augmentation de 601. par an. Le 22 décembre 1591, il donne sa démission, et n'obtient son remplacement que le 2 août de l'année suivante (1). Pour cela, il abandonne tout l'arriéré de ses gages « affin que la Gommuna.ulté des pauvres aye occasion de prier Dieu pour luy ».
Julien- Fourré, compagnon chirurgien gagnant maîtrise, entre à l'Hôtel-Dieu sans aucun salaire, mais aussi sans être obligé de fournir les médicaments. Le 22 juillet 1394, il réclame la maîtrise (2). Sa demande ayant été accordée, le maire lui fait prêter serment dans la salle du Conseil et lui permet d'ouvrir boutique. Aussitôt sa réception, notre nouveau maître continue son service et même fournit des médicaments qui lui sont payés 10 écus d'or,le 7 mai 1595, après avoir été taxés par des apothicaires, des chirurgiens, deux échevins en compagnie « de l'hôtesse de l'aulmosnerie ».
Le 24 septembre de la même année, le chirurgien François Ferrand reçoit un écu par mois, soit 36 1. par an (3). En 1600, il touche 60 l.,et même on lui paye les onguents qu'il fournit pour un enfant atteint de la grosse vérole, soigné à l'Hôtel-Dieu. Ses gages sont augmentés plus tard, car, en 1604, lors de son départ, ils se montent à 120 1. Son successeur François Toyon est payé à raison de 30 l., somme qu'il reçoit pendant de longues années.
Le service des chirurgiens est, comme nous avons déjà vu, sérieusement surveillé par les administrateurs de la
(1) Reg.dél. mun., n° 31, p. 20.— (2) Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 3. — (3) Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 3.
Dominicale et par le maire. Le 3 mars 1591, Etienne Thevet, invité à comparaître au Conseil pour se disculper des reproches qu'on lui adresse, répond que ses occupations ne lui permettent pas de se déranger (1). Rappelé avec menaces de poursuites, il se contente de dire « qu'il n'y a aucun malade ou blessé qui ne soit bien pansé et médicamenté et qu'il les panse et médicamente selon leurs nécessités tous les jours » . Cette réponse paraît suffisante, comme le fut sans doute, quelques années plus tard, le 12 février 1595, celle de Julien Fourré (2). Lui aussi se vit assigné à comparaître à la mairie « pour dire ses excuses, qu'il ne panse et médicamente, suivant ses promesses cy-devanl faictes, les pauvres mallades estant en l'aulmosnerie de Nostre-Dame-la-Grande (3) ».
Les médicaments nécessaires aux malades soignés tant chez eux qu'à l'Hôtel-Dieu sont pris généralement chez les apothicaires du voisinage. Les notes qu'ils fournissent ne peuvent être payées qu'après avoir été taxées par deux de leurs confrères, en présence de deux échevins. Parfois, il arrive, comme en 1608, que l'un d'eux prenne cette fourniture à forfait (4). C'est ainsi que François Carré consent à s'en charger moyennant 50 1. par an. Des compagnons désireux d'acquérir la maîtrise proposent à la mairie de délivrer gratuitement des remèdes aux malades (5). Leurs offres toujours acceptées sont cause d'interminables procès entre la communauté de M*' apothicaires et la Municipalité (6). Enfin, comme nous avons vu, des chirurgiens se chargent
(1) Bibl. Poitiers, cart. ;J3,.reg. 3. — {2)Reg. dél.mun.,n° 43, pp. 233, 239. — (3) Reg. dél. mun., n° 59, pp. 15, 66. — (4) Reg. dél. mun., no 56, p. 37. — (3) Arch. Hôp. — (6) Reg. dél. mun., n° 62, p. 110. — Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 8. — P. Rambaud, la Pharmacie en Poitou, jusqu'à l'an XL (Mém. Soc. Ant. Ouest, t. XXX, 2c série.)
de préparer les drogues moyennant une somme annuelle fixée par eux d'accord avec la Dominicale.
En résumé^le régime médical et pharmaceutique resle fort instable pendant tout le xvi' siècle et les débuts du xvii'. Les chirurgiens et les apothicaires, toujours rnal payés soit parle Bureau des pauvres soit par la mairie, ne montrent qu'un zèle fort relatif, les uns à soigner les malades et les autres à "leur procurer les médicaments nécessaires. Au reste, les registres des déhbérations de la Dominicale et ceux du Conseil municipal contiennent un grand nombre de demandes d'argent et de réclamations faites par eux dans le but d'obtenir le paiement des sommes qui leur sont dues souvent depuis plusieurs années.