‹ L'assistance publique à Poitiers jusqu'à l'an vChapitre 2 sur 33 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le régime intérieur et le budget de l'aumônerie de Notre-Dame-la-Grande jusqu'en 1619

Pendant de longs siècles, l'auraônerie reçoit^ selon l'usage, les malades, les pauvres de passage, les pèlerins et les enfants trouvés. Ces trois dernières catégories d'indigents n'y séjournent que d'une façon temporaire, car l'établissement est surtout utilisé pour l'hospitalisation de ceux qui souffrent.

L'entrée de la maison est ouverte aux malades et aux blessés habitant la ville de Poitiers ou venant d'ailleurs. A l'occasion, ils sont recueillis dans les rues et sur les places publiques, à l'aide d'hommes ou de femmes que l'on paye pour accomplir cette besogne. Ils les transportent, à l'hôpital quand ils sont trouvés gisants aux portes des églises, sur les fumiers du faubourg de Saint-Saturnin et dans les tours des remparts (1-). En 1572, le gardien et la gardienne reçoivent l'ordre d'avoir à tenir un registre des entrées (2). Inutile d'ajouter que cette prescription, comme bien d'autres, à cette époque, reste inexécutée.

Une règle générale ordonne, comme nous avons vu, de

(1) P. Rambaud, le Rôle des femmes au point de vue de l'assistance publique à Poitiers. {Mém. Soc. Ant. Ouest, t. III, 3e série.) — (2) Bibl. Poitiers, cart. 54,reg.4.

I/ASS1STA.\CE PUBLIQUE A POITI EUS JUSQU'A L'A.N V 2:i

ne recevoir les pauvres à la Dominicale que s'ils lui délaissent tous leurs biens. Le 21 juillet 1591, le Bureau vient dire que les malades « ne sont mis à l'Môtel-Dieu qu'à condition qu'ils lui abandonnent ce qu'ils ont ». Certains d'entre eux y apportent leurs lits, avec, parfois, quelques meubles et un peu de linge.

L'aumônerie de Notre-Dame-la-Grande necontientguère, au début, plus de lits que les établissements du même genre, soit unedouzaine en tout. En 1536, ils sont, comme nous avons vu, au nombre de 20, tant pour les hommes que les femmes, sans compter les trois de la cuisine. En 1550, deux d'entre eux sont réservés aux prêtres de passage. Au début de 1554, on trouve 21 malades dans l'établissement, mais en mars il n'en reste plus que quatre (1). En 1572, année de misère, François Robin, « commis pour rapporter le nom des pauvres », déclare que , du 27 novembre au 7 décembre, il a pu enregistrer 35 entrées et 5 décès (2).

A cette époque, les lits ne semblent pas être plus nombreux, car la gardienne réclame, le 21 juin, de la paille de seigle pour mettre dans 21 d'entre eux (3). Tous, selon la coutume, sont à deux places, ce qui indique une population de 40 à 42 malades au maximum. En cas de nécessité, la mairie y envoie ceux qui sont conservés à l'Hôtel-Dieu des pestiférés. Celte mesure, en somme fort critiquable, ne semble pas avoir introduit ia peste dans l'établissement.

Le 5 février 1586, le chirurgien Blanchefort déclare qu'il soigne 66 ou 67 malades, la plupart « blessez et ulcérez (4) » . Deux jours plus tard, ces chiffres sont portés de 70 à 80. En 1600, comme il devient impossible de recevoir tous ceux

(1) Reg. dél. mun., n» 7, p. 31. — Bibl. Poitiers, cart.51 bis, reg. 1. — (2) Reg. dél. mun., n° 54, p. 30. — (3) Bibl. Poitiers, cart. 53 bis, reg. 1. — (4) Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 5.

qu'on amène à Thôpilal il faut prendre 12 lits à l'Hôtel- Dieu de la peste et proniettre la maîtrise aux compagnons menuisiers qui voudront en donner aux pauvres.

Les indigents ou les pèlerins de passage admis à l'aumônerie de Notre-Dame peuvent, tout d'abord, y séjourner un temps plus ou moins long. Ce droit leur est enlevé, le 21 juillet 1597, par une décision de la Municipalité qui prescrit à l'intendant de ne plus tolérer « que aulcuns pauvres allans par la ville ne logent en lad.aulmosnerie, au plus d'une nuict (1) ». Quand ils deviennent trop nombreux^ toutes les précautions sont prises, comme nous avons vu, pour les installer dans les faubourgs delà ville. Ces passants sont parfois d'une moralité douteuse. Ainsi, le 14 septembre 1618, un nommé Michel Bouchet, tisserand, gueux valide, est accusé « d'avoir volé et dérobé » ceux qui étaient avec lui dansl'aumosnerie (2) ». Malgré ses dénégations, il reçoit l'ordre de sortir de la ville immédiatement, sous peine de fouet.

Nous possédons, à la date du 23 novembre 1535, les noms de tous ceux qui sont alors hospitalisés dans l'aumônerie de Notre-Dame-la-Grande.Ce sont avec le personnel :

1° Gabriel Pasquier, gardien et sa femme;

2° Bonarpiet et une petite fille;

3" Antoine de Lion, malade d'une enflure aux jambes;

40 Antoine Braud, de la paroisse de Chaniers, près Givray, âgé de 7 ans;

5° Louis Brouillet, de Chauvigny, jeune enfant qui a la teigne;

60 François, jeune enfant deChastellerault,estfilz bastard d'ung bergier de la Puys d'Antigny;

(1) Reg. dél. mun., no 06, p. 7. — Le 9 juillet 1607, les échevins trouvent que les passants étrangers infectent l'aumônerie et font chercher une maison pour les mettre. {Id. n" 62, p. 110.) — (2) Id., n" 73 p. 08.

7° Mathurin Simon, jeune enfant do MorLiiemer, a son père à Mortemer ;

8° Chariot Bergeon, jeune enfant de Saint-Georges; il a la teigne;

9» Anthoine de la Chambaudière, jeune enfant de Bouresse;

10° Raymond le Gascon, jeune enfant malade ;

11° François Tresbuchet, jeune enfant de ceste ville ;

12° Hyleret Artus, malade de la Gemillonnière, paroisse de Sèvres ;

13° Lucas Coisletier d'Angiers, jeune enfant, a la teigne ;

14" Gilles Chauvignes, de Queaux, jeune enfant ;

15" Christofle, maréchal de Bonneveau, malade de la fiebvre tierce. Malade au lict ;

16° Pierre Roy, malade au lict ;

17^ Magdeleine, sa femme, malade au lict, de chaude maladie»

18° Perrine Morelle, malade à ung genou ;

19° Eiaine Pasonnelle, qui cheut en une cave chez la mère du bastonnier de Sainct-Pierre et a la maladie chaude et est rompue des reins ;

20° Raimond Binet, d'Angle ;

21° Robinet Myance, de la paroisse de Parthenay ;

22° Benoite Massé du Dorât, gardienne, par ce que le gardien est malade ;

23° Ung Pèlerin malade aud. hospital ;

24° Le mardy 24« novembre, au soir, est venu ung pèlerin malade aud. hospital.

Ce qui frappe le plus dans cette liste, c'est de constater que les enfants, teigneux ou non, comptent pour plus de la moitié de la population de l'aumônerie (1). Ils y viennent, de tous les côtés, quand c'est à peine si Poitiers en fournit. En revanche, elle renferme peu de malades qui, pour la plupart, peuvent être considérés comme gens de passage.

Le 20 juin de l'année suivante, 4 hommes et 3 femmes séjournent dans cette maison. Perrine Morelle, dont nous avons vu le nom, n'a point encore succombé à l'accident

(1) Arch. Hôp.

qui fui cause de son entrée. Avec ces maladeS; se trouvent deux enfants allaités par une seule nourrice. Les pèlerins allant à Saint-Jacques en Galicie ou ailleurs y sont reçus et soignés. En 1535, les simples passants figurent sur les comptes journaliers depuis 9 jusqu'à 13, et même plus à l'occasion. Il est alloué à chacun d'eux une somme d'environ 6 d. au moment de leur départ (1). En 1588, les dépenses occasionnées par cette catégorie d'indigents se montent à 351 1. 5 s. 10 d,

La nourriture des pauvres reste d'abord à lacharge entière de l'aumônier, puis passe graduellement à celle de la Dominicale.C'est du reste après la fondation de cette dernière que l'aumônerie prend une plus grande extension, ce qui nécessairementen augmente les dépenses. Elles augmententmême si vite que la gêne ne tarde point à se faire sentir. En 1549, la Pélissonne, veuve de Barin, qui en est la gardienne, déclare à la municipalité « qu'il n'y a aulcun denyer pour pourveoir à la subsistance et nourriture des pauvres qui, dès longtemps, supplient messieurs de la mairie de céans d'y pourvoir (2) ». Le 8 décembre 1551, Guillaume Rogier, receveur de la Dominicale, est invité à donner 20 s. par semaine « pour aidera l'achaptdu pain et de la pitance », après avoir eu soin toutefois de chasser les pauvres valides (3). Du reste, à partir du 27 janvier 1555, le chanoine qui possède ce bénéfice ne peut arriver à nourrir les indigents qu'il renferme que 3 jours par semaine, à cause de leur grand nombre (4). Il devientmême nécessaire de lui rappeler que sa charge l'oblige « a faire cuire et administrer

(1) M. — (21 Reg. dél. mun., n» 31, pp. 53, 34. — Id. n» 29, p. 62. — (3) BibL Poitiers, cart. 53. Déjà, le 9 octobre précédent, il se plaignait en disant que les pauvres mouraient de faim. (Reg. dél. mun., n» 32, p. 34.) — (4) Bibl. Poitiers, cart. 53.

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les vivres aux pauvres » qui se plaignent que la gardienne rogne par trop sur leur pitance.

D'après quelques relevés journaliers des dépenses, il nous est facile d'établir à peu près exactement le régime alimentaire suivi habituellement dans la maison (1). Il «est conforme à ceux que nous connaissons, à cette époque. On y distribue des aliments gras aux malades les jours ordinaires et des aliments maigres quand l'Eglise les prescrit.

En fait'de viande, nous trouvons celle de bœuf ou celle de mouton. Cette dernière est prise dans la poitrine et la longe. Le porc fournit les tripes, la couenne, la graisse et le lard que l'on sale. Nous voyons figurer, dans le compte de 1592, « trois livres de gresse a faire des crespes, a 10 s. la livre, et trois douzaines d'œufs a 6 s. la douzaine (2) ». Le régime maigre a pour base des œufs d'abord, dont les prix sont très variables, et des poissons qui consistent en harangs blancs, rondelles ou « cloches » de merlus desséchés, et en morue salée. Les légumes ne varient point. On trouve presque toujours des pois secs à 27 s. le boisseau, en i592, et des fèves. Pendant le carême, on distribue des pruneaux à 2 s. la livre et, parfois, des pommes. Les aliments sont assaisonnés avec du beurre ou de l'huile d'olive utilisée surtout pour les potages, car ils font toujours partie du menu journalier.

On n'oublie ni le vin, ni le principal condiment de l'époque, le verjus, qui sera en partie remplacé, au xvni^ siècle, par le vinaigre. Le 20 septembre 1605, on achète 48 pots de verjus, et quelques jours plus tard 41, à raison de 2 s.

(1) Ai'ch. Hôp. et Bibl. Poitiers, cart. 54.— (2) A cette époque, la ville était affamée par les troupes protestantes qui lui coupaient toutes communications avec la campagne.

pièce (1). En 1609 et 1610, des achats aussi importants se font au même prix.

Voici un aperçu des dépenses occasionnées pendant quelques jours de. novembre 1535, par la nourriture des malades et des passants (2j.

a Le lundij 22*^]^ de novembre 1535, a 7 pellerins passans, dont il y avoit deux prebtres, venant de Sainct-Main, baillé. . . . 4 s. 6 d.

Plus en chair, en ung carL de mouston et de bœuf. 5 s. 1 d.

Plus en trippes pour les mallades 5 s. 4 d.

En miche — 20 d.

En pommes 4 1 2 s. 4 d.

En poyres — 10 d.

En fagotz 7 s. 5 d.

En chair le soir dud. lundy 7 s. o d.

Le grand pain bis pour les pauvres dud. Hostel-Dieu se prand cheus Cyprienne la fornière, aussy la miche.

Le mardy amprès, aux passans 6 s.

Plus payé en sel 2 s .

Plus un carteron de fagotz prins cheus le nourrigeon(3).

En ung drapt my usé de bougrame, achapté pour Peronne Morelle qui a esté mise a Taumosnerie et qui a esté prins pour bander son mal. Couste 10 s.

Le mercredy suivant. En bœuf 2 s.

En moutton — 14 d.

En œufs — 2d.

En chandelle — 2d.

Es pellerins passans 6 s. 6 d,

(1) Arch. Hôp. — Au xvne siècle, le pot ne contient pas tout à fait le demi-litre. — (2) Arch. Hôp. En loo4,une poitrine de mouton vaut 15 s. — 2 harengs blancs, la d. — Une pièce de bœuf pour toute la semaine, 7 s. — La chopine de vin, 6 d. — Une longe de mouton, 22 d. — La livre de beurre, 32 d. — Les 62 pots de vin, 20 s. — La livre de pois, 4 s. 16 d. — Le tronçon de morue, 3 d. (cart. 53). — (3) Il s'agissait du mari de la nourrice qui, à cette époque, habitait laumônfiie pour l'allaitement des enfants trouvés.

Plus, ced. pour es pellerins — 9 d.

Jeudy, payé a 12 passans 6 s.

Ce jour, encore a 12 passans 5 à 10 d,

En bœuf et moulton 3 à 6 d.

En œufs — 12 d.

Vendredi! , en liuyle de noix, une choppine — y 18 d.

Plus, en chandelle — 10 d.

A 9 passans 3 s. 6d.

Le sabmedy a 16 passans 8s.

Nous trouvons en outre dans ce même compte : « Pour une paire de bos (sabots), 6 d. — En vin, 18 d. — Pour prunes, 8 d. — En beurre, 6 d. — L'uylle rosatà une fille mallade, 10 d. — Enlaictà deux foys, 6 d. — En fouace, 3 d. — A troys pellerins mallades qui ont séjourné à l'Hostel-Dieu 12 jours, pour s'en aller, 2 s. 1 d. »

« Baillé à Bertault, barbier, qui a pansé ung mallade d'une jambe par l'espace de ung mois, 20 s.

« Baillé à la Moryn, qui a baillé lesd. drogues, pour l'austre mallade et emplastre, 22 s. (1).

« Baillé pour enterrer ung mort, 2 s. 6 d. »

En 1535, les dépenses de l'Hôtel-Dieu payées par la Dominicale, pendant deux semaines au mois de décembre, se montent à 12 1. 10 s. 2 d., grâce surtout aux nombreux mendiants et pèlerins auxquels on donne un repas et quelques deniers.

Il est difficile de se rendre un compte exact du nombre des décès survenus à l'aumônerie de Notre-Dame. Il varie selon les épidémies qui surviennent. L'année 1554 est particulièrement clémente^ car on n'en compte que 5, tandis qu'il y en a 25 pendant la suivante. Chacun des morts est

(1) Michelle Jarousseau, veuve de Jehan Morin, dit le Breton, maître apothicaire. (Arch. Vienne, G. 1286 et 1273.)

enseveli dans la moitié d'un drap ou demi-linceul, valant 5 s. (1).

En J584, à partir du 25 décembre jusqu'au 25 mars, soit pendant trois mois, il n'en est enregistré que 30 (2). Pour les 6 premiers mois de 1601, le nombre des décès s'élève à 53 et pour les trois derniers à 10.

Le gardien et la gardienne ont la charge d'ensevelir les morts. Ils ont droit, chaque fois qu'ils remplissent cet office, à une somme de 10 s. Quant aux fosses, c'est le premier qui doit pendant le xvi* siècle les creuser.

Le cimetière de la paroisse de Notre-Dame-la-Petile, à laquelle appartint longtemps j'aumônerie, servit à enterrer ceux qui décédèrent dans la maison. Gomme il n'était point très grand et que, parfois, la place y manquait, quand la mortalité devenait par trop considérable, il fallait en chercher un autre. C'est ce qui arriva en 1616. Dans la crainte de voir l'encombrement occasionner une épidémie, le maire fit demander au chapitre de Saint-Hilaire la permission d'utiliser celui de Saint-Grégoire (3). En attendant sa réponse, il ordonna d'ensevelir les morts à Saint-Savin.

Les dépenses de l'aumônerie ne sont conirôlées sérieusement qu'à partir du momentoùson administration passe entre les mains des commissaires désignés en vertu de l'arrêt de 1533. Ils sont ensuite remplacés par des intendants nommés par la Dominicale et la mairie. Le premier compte que nous possédions, celui de Jacques Rochier, va du 12 novembre 1533 nu 22 décembre de la même année.

(1) BibL Poitiers, cart. ri3. reg. 2. — (2) Ici., cart. 54. — (3) Reg. dél. mun.,no 70, p. 141. — Cette permission fut accordée en 1617.

Pendant ces 40 jours, il est déboursé 20 1. 14 s. 2 d., soit un peu plus de 10 s. par jour (1). Un second, donné par l'aumônier Jehan Bienvenu, commencé en 1553, comporte 4 années, mais n'indique qu'une partie des dépenses.

Celui de 1557 ne comprend que les recettes qui se montent à 1558 1. Elles sont employées à solder des réparations, des travaux divers et surtout à soutenir quelques procès. Une somme de 40 1. est seule affectée aux besoins des pauvres (2). En 1568, Jacques Guivreau nous donne, pour la première fois, des comptes exacts. La recette est de 310 1. 6 s. et la dépense de 371 I. 1 1 s., d'où un déficit de 61 1.6 s. (3). Du 11 février 1592 au 1^' mars 1593, pendant près de 13 mois, les rentrées sont de 1053 1. et les mises de 1128 l.,ce qui donne comme déficit 75 1. Nous pouvons constater que le budget de l'aumônerie tend graduellement à augmenter.

Jusqu'en 1531, les dépenses de toute nature sont à la charge de l'aumônier, qui, du reste, les restreint autant que possible selon l'habitude prise par les titulaires des établissements de ce genre. Après la fondation de la Dominicale, Jehan Bienvenu offre de lui verser sur les revenus qu'il perçoit la somme de 40 1. et, de plus, supporter « toutes les autres charges de l'aulmosnerie, payer les décimes, les réparations utiles et nécessaires ». Cette offre, qui n'a pour but que de faire lever la saisie mise sur sa prébende, reste sans réponse (4). L'année suivante, le 11 juillet 1537, il se contente seulement de réclamer les deux tiers de son revenu pour (« ses allimens, entretiens et réparations (5) ». L'autre tiers devra servir à payer la nourriture des passants.

(i)Arch. Hùp. —(2) Arcli. Hôp. —(3) Bibl. Poitiers, cart. 54. — (4)Arcli. Vienne, G. 1100. — (5) W.

En 1532, quant la saisie de ses biens est levée, il ne tient aucun compte des promesses du passé. C'est pourquoi un arrêt du 5 décembre de cette année vient le contraindre « à bailler et fournyr vivres et allymens es pauvres mallades estant à THostel-Dieu de Nostre-Dame, jusqu'à la consommation des revenus de lad. aulmosnerye (1) ». De plus, il lui est enjoint de rendre compte des recettes et dépenses de la maison depuis qu'il en est le titulaire. L'année suivante, il se plaint amèrement d'être obligé d'abandonner le quart de ses biens pour héberger les pauvres et les malades de la ville, car tous les établissements de charité sont fermés et seul celui qui possède peut encore les recevoir. Il ajoute qu'il aurait le droit de les renvoyer, ce qu'il ne fait pas. Aussi, restent-ils « a sa grande charge et foulle », avec en plus l'obligation de supporter de nombreuses tracasseries qui viennent sans cesse l'entraver dans son administration.

En loo4. ce même aumônier se vante d'avoir toujours « administré des vivres aux pauvres qui y ont afflué et encore faict administrer les sacremens de l'Eglise et faict plusieurs réparations en icelle,le tout à ses frais (2) ». Ce qu'il avance n'est vrai qu'en partie. Au reste, le 25 août 1355, il demande à la Dominicale de vouloir bien, moyennant 30 1. par an, le décharger « de l'entretenement de la salle des pauvres (3) » . Il renouvelle cette offre, le 2 septembre suivant, au Conseil municipal chargé d'établir le compte de ses revenus (4). La réponse à toutes ses offres lui est donnée le 8 du même mois, par l'avocat Jehan Contant, secrétaire de la Dominicale, qui déclare qu'elles ne parais-

(1) Bibl. Poitiers, cart. :j3,etArch. Hùp.— (2) Arch. Vienne, G. 1100. — (3) BibL Poitiers, cart. :;3. — (4) Reg. dél. mun., n» 32, p. 661.

JUSQU'A l/AN V 3^

sent pas acceptables. En qualité d'aumônier, et par conséquent d'administrateur du bien des pauvres, il doit « avoir la sollicitude de les traiter et faire traicter, alimenter et nourrir de toutes chosses nécessaires, comme font les intendants et les bourgeois qui en ont la charge (1) ». Il termine en le sommant « de faire son debvoir et recepvoir et entretenir les pauvres et ce qui deppend de l'ospitalité en aulmosnerye de Nostre-Dame-la-Grande, principalle aulmosnerye de ceste ville de Poitiers ». Bienvenu proteste et propose de donner 40 1. au lieu de 301. Le 15 septembre delà même année, cette somme est acceptée, « mais sans le rien descharger de ce qu'il est tenu de faire^ recepvoir les pauvres à l'aulmosnerye et iceulx entretenir ».

L'aumônier continue chaque année à verser 40 1.., puis 50 l.à partir de 1572, jusqu'en 1619. Grâce à cette légère subvention, il peut jouir des revenus de sa prébende. Le 14 décembre 1572, les membres de la Dominicale n'hésitent point de nouveau à lui rappeller « qu'il ne subvient pas aux pauvres qui viennent à l'aulmosnerie et ne tient pas compte des charges qu'il doit supporter selon sa fondation (2) ». Cependant, le 6 juillet 1583, il lui envoie 30 1. afin qu'elle puisse pourvoir aux besoins de quelques malades. En réalité, son rôle d'administrateur ayant cessé/il ne se croit plus tenu qu'au versement d'une somme annuelle fort minime.

Cette façon d'agir n'échappe point à Pierre Cothereau, élu pour le roi et solliciteur des pauvres. Le 5 février 1614, il vient dire à la Dominicale que ce don de 50 1. par an, auquel s'ajoute celui de 141. pour le blanchissage du linge, est trop minime de la part de l'aumônier. Les ressources de la

(I) Bibl. Poitiers, cart. IV.i . — (2) Bibl. Poitiers, cart. 53.

maison sont insuffisantes « et sy les pauvres n'estoientsoullagés d'aullres biens que du revenu de lad. aulmosnerie, il n'y suffiroit pour une sepmaine (i)». Comme conclusion, il ajoute : « Les administrateurs du bien public n'ont pas jugé estre expédient que il demeureroit en la liberté de chascun aulmosnier de distribuer par chascun jour le bien des aulmosneries, mais ontjugé que les pauvres seroient mieulx soullagéz en faisantun revenu certain desdits destiné à leur soulagement et nourriture, par taxes certaines sur celles qui-sont aulmosneries en titre de bénéfice, Lesquelles taxes sont mises aux mains d'un recepveur constitué à cet effet et distribuées par jour et par sepmaine à ceux auxquels on commect le gouvernement des personnes desd. pauvres en lad. aulmosnerie ». îl conclut en disant que la somme de 50 1. versée chaque année n'est pas assez importante.

C'est en partant de ce principe qu'il va se mettre à réclamer en faveur des indigents l'entière disposition des revenus de l'aumônerie de Notre-Dame-la-Grande,

Ainsi finira ce régime bâtard qui entraîna à maintes reprises la saisie de ses biens dont l'administration était confiée à des commissaires (2 j. L'assignation du 5 février 1614, lancée par Cothereau, provoque une ordonnance du Présidial prescrivant de suivre l'affaire (3). Le 21 du même mois, des conclusions sont déposées au nom de la Dominicale.

(1) Arch. Hùp. — (2) Les biens sont saisis en vertu des arrêts de 15.31 etl533,maisrestitués comme appartenant à un bénéfice, le 11 mars 1543. Le Grand aumônier de France ayant fait appel, le titulaire n'obtient mainlevée que le 5 décembre 1551, à condition seulement que tous les revenus soient employés aux besoins des pauvres et à l'entretien de la maison. Le 12 mai 1502, on les met sous séquestre en vertu d'un arrêt du Parlement prisa la suite de l'édit de 1561. Ils n'y restent que peu d'années. Après quelques ennuis, en 1579 et 1601, l'aumônier peut jouir tranquillement de ses revenus jusqu'en 1619. (Arch. Vienne, H. UOO.j— 3) W., id.

jrsQU'A i;an v 3~

L'aumônier devra rendre ses comptes, rembourser le reliquat de l'argent qu'il peut avoir en main et enfin « sortir du logis etcorpsd'hostelde lad. aulmosnerie comme estant aulmosnerie générale et principalle de la ville de Poictiers (1) ». Les revenus en seront administrés par des personnes reconnues capables, et au besoin par Pierre Cothereau lui-même.

Le 8 avril 1614, son titulaire, auquel se joint le chapitre de Notre-Dame pour l'aider à soutenir l'instance, déclare que cet établissement est un bénéfice personnel donné à l'élection. La maison qui s'y trouve est réputée canoniale et, par conséquent, reste la propriété des chanoines. Pour cette raison, il est chaque année payé des décimes au clergé et une taxe à la Dominicale, « assemblée de gens notables et ecclésiastiques ». En somme, son possesseur ne doit aucun compte à qui que ce soit des revenus de sa prébende.

La maison canoniale sert d'habitation à l'un des chanoines de Notre-Dame-la-Grande. Etant devenue libre, en 1593, Jehan Gillibert en prend possession « à son tour et rang ». Elle ne peut être d'aucun rapport pour les pauvres, car elle sert de demeure à un dignitaire de l'Eglise. Quant au revenu total qui lui est attribué, il se monte entre 100 et 120 l., dont les deux tiers vont à la Dominicale.

L'affaire reste en suspens les années suivantes, l'échevinage ne sachant pas, comme nous avons vu, s'il doit transporter THôlel-Dieu ailleurs. Ayant renoncé à ce projet, les poursuites recommencent. Un arrêt du Parlement, du 25 mai 1619, déboute l'aumônier et le chapitre de leurs prétentions (2). Ils font appel au Conseil d'état, qui ordonne à Cothereau et aux échevins de comparaître devant lui avec

(l)Arch. Vienne, H. 1100.— (2) Pièce justificaliv'o, no 2.

défense de procédera l'exécution des décisions déjà prises en leur faveur.

Au mois d'août suivant, le Présidial, sans tenir compte de l'arrêt du Conseil du roi et « sans avoir esgard à l'opposition du chappitre, desd. arretz et commission en leur forme et teneur, et ce faisant, seront les pauvres de ceste ville mis en l'actuelle et perpétuelle possession et jouissance des maisons, terres et revenus temporelz des aulmosneries de cette ville (1). Pour ce fayre commect à M. Pierre Brochard, plus antien juge magistrat de ce siège, pour les rapports à faire à la Court ». De plus, il ordonne l'exécution de la sentence nonobstant opposition ou appellation.

L'appui seul du Présidial pouvait être insuffisant pour obtenir gain de cause en faveur des pauvres . Fort heureureusement, une intervention nouvelle leur vient puissamment en aide. Les P. P. de la Charité de l'Ordre de Saint- Jean de Dieu demandentà la mairie l'autorisation d'habiter temporairement l'aumônerie de Notre-Dame-la-Grande (2). Cette autorisation leur est accordée et, le 4 novembre 1619, ils se joignent à la Dominicale pour soutenir sa cause devant le Conseil du roi.

Les Charitains demandent, le 20 février 1620, le maintien de l'arrêt du 25 mai 1619, en disant dans leur requête : « Les chanoines se fondent sur leur crédit et autorité et la faiblesse de pauvres, et agissent en haine de ce que les Frères sont establis en l'aumosnerie en vertu d'un arrêt donné contradicioirement. Les pièces du procès montrent que, depuis quarante ans et plus, les chanoines se sont appropriés les biens des pauvres (3) . » En conséquence.

(1) Arch. Vienne, H. 1100. — (2) Reg. déh mun., n" 74, pp. 31 et 70.— (3) Bibl. Poitiers, D. 01, liasse H imp.

ils supplient sa Majesté de vouloir bien autoriser « la réception et establissement dud. ordre faict à Poictiers, selon leur constitution et réglé et, ordonner l'exécution des édits».

Les 10 mars et 1" avril suivants, deux arrêts du G^and Conseil viennent successivement donner gain de cause à la Dominicale, à la Mairie et aux Gharitains. L'arrtit du 25 mai 1619 recevra son entière exécution et les chanoines devront payer les frais « modérez à la somme de 100 1. (1) ». Cette décision leur est signifiée, le 11 mai. Le 23 suivant, ils assignent leurs adversaires devant le Parlement et réclament pour l'aumônier un logement commode dans l'établissement, avec une pension congrue de 200 1. En outre, les administrateurs devront être nommés par eux, et leur rendront compte de toutes les recettes et dépenses (2). Quant aux Charitains, ils auront simplement à se retirer. Un nouvel arrêt du mois d'août 1621 les déboute encore de leurs prétentions et donne à René Brochard, s"" des Fontaines, conseiller au Présidial, tout pouvoir pour terminer le différend.

Il n'y parvient que temporairement car, le 18 août 1625, la municipalité apprend que Jehan Paistre, nommé aumônier par Sa Sainteté le pape^ depuis plus de trois ans, n'ayant touché aucun revenu de sa charge, les réclame, ainsi qu'un logement à l'hôpital. Il offre de verser, comme jadis, une somme fixe tous les ans^ à la Dominicale (3). L'échevin René Brochard est chargé par le Conseil de s'occuper de cette affaire. Elle semble n'avoir eu aucune suite et les

(1) Pièce just,, no 3. — (2) Reg. dél. mun., n» 74, p. 114.— Le logis canonial donnait sur la rue de la Petite-Roue. L'aumônier Denesde l'avait abandonné le 28 octobre 1619 et mis en location, (/d., p. 68.) — (3) Reg. dél. mun., n" 77, p. 50.

chanoines de Notre-Dame, tout en regrettant la perte de leur bénéfice, ne prirent jamais parti contre les administrateurs de j'aumônerie, chaque fois que ces derniers eurent à soutenir des procès contre les autres chapitres de Poitiers.

Les revenus de l'aumônerie n'étaient guère supérieurs à ceux que touchaient à Poitiers les autres établissements du même genre. Ils avaient diminué bien avant le xvi^ siècle et de nouvelles donations n'étaient point venues combler les pertes subies avant la Renaissance.

Un antique usage semblable à celui qui existait pour l'aumônerie de l'échevinage voulait qu'en mourant chacun des chanoines fît l'abandon de son lit aux pauvres (!)• La raison en était que la maison avait surtout pour but de recevoir les serviteurs malades des membres du chapitre. Cet usage dut se perdre assez tôt, car il n'en est fait aucune mention dans les comptes de l'hôpital.

Parmi les rentes fort anciennes, se trouve, au dire du chapitre, celle de 25 s. léguée jadis à l'aumônerie par les comtes de Poitou. Elle figure encore, en \ 466, sur les registres de la Prévôté (2). Alphonse, frère de saint Louis, lui en fait don d'une seconde de iOO s. en vertu de son testament de 1269 (3). Elle possède des maisons rue de la Regratterie, qui sont incendiées en 1350. Reconstruites plus tard, l'une d'elles est habitée à la fin du xv* siècle par Raoul de la Vœstine, médecin du beau Dunois(4j. Pour celte cause, il verse aux pauvres la somme annuelle de 6 s.

{{) Arch. Vienne, G. 1100. — (2) Bibl. nat., ms. fr., no 24160. Arch- Vienne, G. dlOO. — (3) Ledain, Histoire d'Alphonse de Poitiers, p. 199. (Poitiers, 18ii9.) — (4) Arch. Vienne, G. 1100.

JUSQU'A I;aN V 41

Sur la place de Notre-Dame, Taumônerie possède quelques maisons louées à diverses personnes parmi lesquelles le « fournier » ou boulanger qui fait cuire le pain des malades (1). En 1579, il paye un loyer de 80 1. Enfin, un dernier immeuble situé à Rochereuil rapporte 20 1. par an (2). La plupart de ces rentes figurent dans l'inventaire dressé le G juillet 1556. Il est le plus complet de tous ceux qu'il nous a été donné de consulter. Bien souvent les aumôniers ignoraien-t volontairement ou non ce qu'ils pouvaient posséder et, quand on leur demandait des comptes, commettaient de fâcheux oublis-

Les rentes en nature proviennent de la métairie de la Rivardière, située près de Grand-Pont, et des domaines de Preuilly, paroisse de Chasseneuil (3). Les premiers atteignent environ une somme de 60 1. 18 s. 10 d. Les secondes rapportent 3 septiers et 22 boisseaux de froment, le tout rendu à Poitiers.

L'aumônerie^ à cause de la maison noble de la Rivardière, qui possède haute et basse justice, est tenue de donner au comte de Poitou 3 septiers de méture, 4 de baillarge, 2 d'orge et 11 boisseaux d'avoine, mesure de Poitiers. Il est évident qu'avec un tel revenu, même un peu majoré, ce que nous ne croyons pas, le chanoine qui en était titulaire se trouvait dans l'impossibilité de subvenir à lui seul aux besoins des malades, d'autant que, de jour en jour, ils devenaient plus nombreux. Aussi la Dominicale, après l'avoir quelque peu aidé, se vit-elle dans l'obligation de s'approprier son bénéfice avec l'espoir de donner une

(1) Arch. nat., L. 4886. En 1555, la confrérie de Sainte-Catherine établie dans l'église de Saint-Germain, lui abandonne tous les revenus qu'elle possède. (Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 2.) — (2) Arch, Vienne, G. nul. — (3) Pièce just., no 1.

plus grande extension à l'aumônerie. Tous ses efforts, pendant une longue période d'organisation et de tâtonnements, ne furent point toujours couronnés de succès. Bien souvent, la misère vint encore durement frapper à sa porte et ce n'est que grâce à la charité des habitants de Poitiers et aux legs qu'on lui iit qu'elle put traverser de longues années de misère.

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