Régime intérie^^r
nent iri'
der.ible. C'est
plus tard s
ont pour les s
( t Anne Babintl. qv.i u.
plissent la plu,';
dans le pet-'
Quand i trouvons en.r'
la paro dernière ;
42, elle deu.
issurani le i
■!!-er par : d::bUi
^'^■r.' "f^ïfP-lrî^fV
CHAPITRb: H
Le Régime intérieur et le Budget de l'hôpital des pauvres incurables.
Le gouvernement intérieur de l'hôpital est assuré par des dames de la ville, tant que son importance est peu considérable. C'est d'abord Marie-Jeanne Dupont, qui s'adjoint plus tard ses nièces Marguerite et Jeanne Greffier (1). Elles pnt pour les seconder les demoiselles Boileau,AnneLeseur et Anne Babinet, qui meurt à l'âge de 80 ans. Elles renaplissent la plus grande partie de leurs fonctions charitables dans le petit hôpital de Saint-Alexis.
Quand l'établissement est transféré à la Gorelterie, nous trouvons encore à sa tête les deux sœurs Greffier, et avec elles Jeanne Macé. Le 30 avril 1740, Françoise Abriou, de la paroisse de Saint-Hilaire-de-la-Celle, est adjointe à cette dernière avec le titre de seconde gouvernante (2). Elle sera simplement nourrie et, chaque année, à la Saint-Jean- Baptiste, on lui donnera 301. pour son entretien. Le 5 avril 1742, elle demande à rester toute sa vie dans la maison, « assurant le bureau que son zelle, sa charité et son exactitude pour le service des pauvres, loin de diminuer, ne feront qu'augmenter par l'assurance qu'elle aura d'y finir ses jours
(1) Klles habitent rue du Puygarreau en 1711. — Min. Duchasteigner aîné (1711). —(2) Arch. Hôp.
et d'y être tant saine que malade ». En présence d'aussi louables intentions, cette faveur lui est aussitôt accordée. Etant morte au début de septembre 1647, sa mère et sa sœur sollicitent sa place (1). Elles s'offrent de continuer dans les mêmes conditions. On les accepte, mais la première se retire peu de temps après. Quant à l'autre, ayant demandé la permission de s'en aller, le 15 avril 1758, le Bureau s'empresse de la lui accorder, puis s'adresse aux filles de la Sagesse, « dont les lallens sont connus pour les soins des pauvres incurables ». Elles seront logées et nourries comme les précédentes et toucheront chacune 60 1. par an.
Le P. Besnard, leur supérieur, passe le contrat suivant avec les administrateurs : T deux religieuses seront envoyées pour le service des pauvres et du bureau ; 2" elles coucheront dans la même chambre et recevront comme nourriture du pain, du vin, de la viande, ainsi que le comporte l'ordinaire de la maison. En plus des 60 1. promises, on leur donnera des habits, linges et tout ce qui sera nécessaire à leur entretien; 3° en cas de maladie, elles auront droit à la nourriture et aux médicaments. Si elles meurent, on les enterrera aux frais de l'hôpital; 4' tout en restant subordonnées à révêque,les sœurs garderont, quant au spirituel, la liberté de vivre sous la direction de leur supérieur et de ses successeurs- Ce dernier pourra les visiter, sans avoir à s'occuper du temporel de la maison. 11 leur donnera les conseils et les avis qu'il jugera convenables sur les obligations qu'elles ont envers Dieu et le prochain et sur l'obéissance due à la règle. Le confesseur qu'il choisira pour elle devra être ap- (1) Arch. Hôp.
JUSQU'A I/AÎV V 531
prouvé dans le diocèse. On ne pourm changer qu'une seule religieuse à la fois ; 5° son voyage sera payé 20 1., si c'est l'administration qui réclame le changement; 6" les sœurs auront l'entière liberté « de vivre selon l'esprit de leur institut, sans néanmoins préjudicier au service et soin des pauvres, qu'elles préféreront à tout ».
Les filles de la Sagesse arrivent au nombre de deux ; elles sont quatre, au début de la Révolution (1). Le 18 juin 1790, elles réclament le droit à une retraite comme on l'accorde aux directrices de l'Hôtel-Dieu. Ce droit est alors concédé aux impotentes et aux malades ayant séjourné cinq ans dans la maison. Elles ont les mêmes secours que ceux que l'on donne aux pauvres, sauf modifications suivant les cas, au gré du Bureau.
Le 10 novembre 1790, dans un état de l'hôpital, on dit qu'il est régi par des dames de la Sagesse qui, « par leur économie, travaillent encore à former une nouvelle salle pour les épileptiques (2) ». Maigrelette flatteuse appréciation, les événements politiques, qui vont en se déroulant chaque jour avec une rapidité déconcertante, ne tardent point à changer leur situation.
En 1791, on les accuse, comme nous avons vu, de s'être montrées peu aimables vis-à-vis des Officiers municipaux de Saint-Saturnin et d'avoir refusé au curé assermenté de cette paroisse les ornements dont il avait besoin pour la célébration de la messe. Pourtant, grâce à l'appui de l'Ordre de Malte, on ne les inquiète pas trop, malgré les dénonciations portées par les Jacobins contre « ces victimes
(1) Arch. Vienne, L. 260. — (2) La première supérieure fut Marie Maynier, dite sœur Saint-Joseph, morte le 9 octobre 1789, à l'âge de 72 ans (Dom Fonteneau, Histoire de la Congrégation de la Sagesse. Poitiers, 1878).
embéguinées de l'erreur et du fanatisme [i)n. Cette période de calme ne tarde guère à disparaître.
Le H septembre 1793, le représentant du peuple en mission dans la Vienne ordonne l'arrestation de toutes les cidevant religieuses de la Congrégation de Saint-Laurent et leur déportation à Châteauroux (2). En conséquence, la Municipalité prend à son tour l'arrêté suivant : « Considérant que la maison des incurables de cette ville est régie et gouvernée par des femmes de cet ordre ; Arrête que lesd. femmes seront sur-le-champ destituées de leurs fonctions, remplacées par les citoyennes Rousselin et ses deux nièces. Qu'il sera sursis jusqu'à nouvel ordre à la nomination de la quatrième et qu'un recollement des meubles sera fait par les citoyens Guillemot et Cailler. »
Lasupérieure, Marie-Marthe Yexiau,dite sœur del'Ave, est d'abord exposée au pilori avec les autres religieuses, puis envoyée en prison. On la trouve, le il frimaire an II, dans celle de l'évêché, où le chirurgien Rivault constate qu'elle soufTre d'une maladie scorbutique susceptible de contaminer les autres prisonnières (3). Sur l'avis du Comité révolutionnaire, on l'envoie aux Pénitentes, Obligée, comme les autres, de se nourrir avec le pain noir de l'égalité, elle conlracte une violente dysenterie, qui met ses jours en danger (4). Il lui faut rester près de deux années dans cette pénible situation.
Le 27 septembre 1793, la citoyenne Ducbesne est nommée quatrième directrice. Un ancien défense-ir de la République, jadis employé à l'Hôtei-Dieu, vient compléter le
(1) Marquis de Roux, loc. cit. — (2) Reg. déL mun., |iéiiode int., n» 4, p. lOo. — (3) Reg. dél. mun., période int., n° 4, p. IC i. — (4) Saillord, les Prisons de Poitiers sous la Terreur.
JUSQU'A I/AN V :i;i3
personnel (1). Malheureusement, il est loin d'être à la hauteur de sa tâche, car les malades accusent toutes ces directrices d'être des femmes sans expérience que tout dégoûte et qui frissonnent aux cris des épileptiques. Le 11 pluviôseanIV,la Municipalité de Poitiers écrit au ministre de l'Intérieur en lui disant que l'hospice des incurables est abandonné à des mains inhabiles. « A la suite d'une pétition, on a permis aux sœurs de la Sagesse d'y retourner, bien qu'elles n'aient point prêté serment (2). » 11 est prié de vouloir approuver ce retour, comme l'a déjà fait le Département.
Les religieuses avaient effectivement repris la direction de l'hospice, le 5 pluviôse an IV, avec l'obligation de se vêtir d'habits civils (3). En l'an V, elles touchent 100 1. chacune par an. Cependant, une pétition des révolutionnaires du faubourg de Saint-Saturnin vient déclarer qu'elles reçoivent des prêtres fanatiques et troublent Tordre public.
Le 1 2 brumaire an V, la commission du Directoire municipal observe que le culte est célébré aux incurables, et cela au mépris des lois (4). Quant aux gouvernantes, on les accuse depuis longtemps d'y prêter la main. Aussi, demande-t-il de nouveau leur renvoi.
Le 14 ventôse suivant, les malades répondent à ces accusations en disant qu'ils ont toujours reçu les meilleurs soins des religieuses. La citoyenne Vexiau, appelée sœur Ave, administre très bien la maison. Elle et la sœur Placidie ont l'intention de terminer leurs jours au milieu d'eux et d'être
(1) Reg. dél. mun., période int., no 4, p. ill. — (2) Arch. Vienne, L 200. — (3) Arch. Vienne, L. 253. — (4) Dom Fonteneaii, Histuire de la Congrégation des Sœurs de la Sagesse, Poitiers, Oudin,
534 LASSISTANCE PUBLIQUE A POITIERS
enterrées dans le cimetière de l'hôpital, ce qui du reste eut lieu plus tard. Les deux autres religieuses, les sœurs Sainte- Candide et Sainte-Anatolie, ne suivirent pas cet exemple, car elles se retirent à Saint-Laurent.
Les gouvernantes, en nombre variable, sont nommées par le Bureau. Une seule, celle qui commande aux autres, reste en relation avec lui. Elles font les portions et les distribuent. Elles doivent se montrer économes, tout en donnant le nécessaire aux malades, s'occuper du blanchissage, de l'entretien des meubles, du logement et de la nourriture des pauvres. On leur confie le soin de la chapelle et de ses ornements. Enfin, on les invite à installer une petite pharmacie afin d'y mettre « les onguens et drogues nécessaires pour les plaies et pour les malades ».
Elles soigneront les incurables avec beaucoup de charité et de douceur sans manquer de fermeté, quand ils seront trouvés en faute. Elles consoleront les moribonds et les disposeront à la mort, avant de prévenir l'aumônier.
Les hospitalisés ayant des maux de nature à ne point leur permettre de se produire en public ne sortiront qu'avec la permission des gouvernantes. Elles veilleront à ce qu'ils n'emportent rien. La porte s'ouvrira à 5 heures en été et à 7 heures en hiver et, le soir, fermera aux mêmes heures. La première d'entre elles en gardera les clefs. Elle aura la charge des dépenses journalières, dont il lui faudra rendre compte tous les mois au receveur.
Gomme les autres hôpitaux de Poitiers, celui des incurables possède des domestiques et des servantes. En 1763, ils sont au nombre de neuf, gagnant chacun 20 1. par an. Quelques-uns parmi eux y passent leur vie, moyennant l'assurance d'avoir pour toujours le droit à la nourriture et au
JUSQU'A L'AN V r,35
logement. Au début de la Révolution, il s'en trouve deux appartenant à cette dernière catégorie.
Aussitôt la construction de l'hôpital, le Grand Prieur demande, le 4 septembre 1743, l'établissement d'un nouveau règlement. Les administrateurs Allaire et Irland sont chargés de s'en occuper, l'un au point de vue spirituel et l'autre au point de vue temporel. Tout d'abord, ils se désintéressent de cette mission. Ce n'est que le 3 septembre 1749 qu'ils donnent connaissance à l'évéque de leur travail, qui est envoyé chez l'imprimeur.
Aucun pauvre ne peut entrer à l'hôpital s'il n'est atteint de cancers, d'écrouelles ou de plaies invétérées, conformémentaux lettres patentes du roi. Plus tard, la liste de ces maladies s'augmente graduellement. En l'an IV, elle comporte, pour les hommes, les ulcères scrofuleux, les luxations, les fractures, les ankyloses des pieds et des articulations, les humeurs froides, les affections nerveuses de tout genre, la cécité et la teigne (1). Pour les femmes, l'épilepsie, la surdi-mutité, le mal caduc, les hernies, les rhumatismes goutteux, les catharres et l'idiotie. En résumé, les personnes admises à l'hôpital à cette époque sont dans les mêmes conditions que celles qu'on y trouve de nos jours.
Les indigents qui demandent à entrer doivent être visités par un chirurgien et présenter à la gouvernante un billet d'admission signé par le Grand Prieur ou, en cas d'absence, par l'un des administrateurs. A partir de 1790, on exige la signature, soit de l'évêque, soit du Grand Prieur, ou, à leur défaut, celles de trois membres du Bureau.
(1) Arch. Vienne, L. 260.
Les pauvres incurables sont 6 à 7 en moyenne dans l'ancien hôpital Saint-Alexis. Lors de l'ouverture du nouvel établissement, on en trouve 20 et même 28, en 1748. Après les constructions du dernier corps de bâtiment, ils atteignent le chiffre de 35, puis de 36 en 1780, pour arriver à 40 en 1785. Leur nombre augmente considérablement au cours de la Révolution. 11 passe de 60 en 1792 à 78 en 1793, pour tomber à 77 en prairial an V. Il remonte ensuite à 79, en fructidor, et atteint 100, le 1" complémentaire de la même année (1). Actuellement, grâce à de nouvelles constructions, l'établissement en contient plus de 300.
Chaque malade en entrant doit donner ses noms^ surnoms et âge. Indiquer également à quelle paroisse et à quel diocèse il appartient, en même temps que sa profession. Le tout est inscrit sur un livre spécial, auquel est épingle son acte de baptême.
Aussitôt son entrée, il sera immédiatement instruit des choses de la religion, apprendra les prières de la maison et se disposera à faire une confession générale. Par la suite, elle restera simplement mensuelle. Les hommes devront, autant que possible^ être séparés des femmes.
Tous les mauvais discours, médisances, paroles ou chansons déshonnêtes, jurements, blasphèmes seront bannis de l'hôpital; les contrevenants pourront être punis ou même renvoyés, en cas de récidive. On chassera sans miséricorde tous les voleurs.
(1) Arch. Vienne, L. 280. Reg. 14, p. 379 et C. 61. — Bobe-Moreau, Bull. Soc. agriculture, belles-lettres, sciences et arts de Poitiers, année 1830, p. 165. — En 1810, on y trouve 108 malades incurables et seulement 82 en 1830.
L'oisiveté étant condamnable, chaque pauvre travaillera selon ses forces. Le travail se fera au profit de la maison, et l'Administrateur chargé du service récompensera, les plus laborieux.
Les pauvres auront du linge blanc toutes les semaines. Us tiendront leurs vêtements propres et nets, autant qu'ils le pourront. Ils assisteront à tous les exercices et ne s'en dispenseront qu'avec l'autorisation de la première gouvernante. Tous iront aux enterrements de ceux qui viendront à décéder.
La journée du malade commence par le lever à 5 h. en été et à 6 h. en hiver. Après une demi-heure consacrée aux soins de la toilette et au nettoyage de la salle, viennent les prières du matin suivies de la messe et de nouvelles prières à l'intention toute spéciale des bienfaiteurs, avec une oraison. Ensuite, c'est le balayage de la maison, puis le déjeuner, et enfin le travail.
A neuf heures, lecture en commun et chapelet,dont peuvent être dispensés ceux que l'on occupe pour l'entretien de l'hôpital. A onze heures et demie, déjeuner avec lecture de la vie des saints, le Benedicite et les grâces, suivis de V Angélus. A une heure et demie, second chapelet, puis une lecture et, à cinq heures, un dernier chapelet. Le souper, qui se trouve à six heures et demie, est suivi du coucher, qui a lieu avant neuf heures. Le dimanche, se font tous les exercices de piété habituels, avec les vêpres et le catéchisme.
Au point de vue de la nourriture, nous savons que les pauvres recevaient du pain ordinaire, de la viande et aussi du vin. Le 10 ventôse an V, la citoyenne Vexiau se plaint de la mauvaise qualité du pain, qui n'est pas mangeable,
très noir et pesant. Elle l'attribue à la manière dont le blé a été moulu (i). Le meunier, mis en cause, finit par avouer que sa mouture est mauvaise et^ comme indemnité, donne une charge de froment. A cette époque, le boulanger qui est spécialement attaché à la maison touche 60 1. par an .
Pendant la Révolution, les pauvres peuvent sortir avec une permission de la première directrice à 7 h. le matin en été et à 8 h. en hiver. La rentrée doit avoir lieu à 6 h. en été et à 7 en hiver. Au début de l'hôpital, il est permis à tout le monde d'y venir visiter les malades chaque jour de la semaine (2). A partir du 13 mai 1755, les dimanches et fêtes sont seuls réservés pour des visites.
Les décès survenus dans les deux maisons des pauvres incurables augmentent nécessairement avec le nombre de ceux qu'elles renferment. Nous n'en trouvons qu'un seul par an, jusqu'en 1737. En 1738, ce chiffre monte à 6 et même à 8 l'année suivante, pour une population de 22 malades. Il est vrai que cette dernière année «fut des plus malheureuses, dit le curé de Saint-Saturnin, par la cherté des vivres et par les maladies de flux de sang et de rhume affreux ». De 1759 à 1792, le minimum varie de 1 à 3 et le maximum, de 10 à 15. Pendant cette période de 33 ans, la moyenne atteint presque 7 par an, pour une population de 35 à 40 hospitalisés.
Les ressources de Ihôpital des incurables proviennent
(1) Arch. Hôp. Une barrique de vin est donnée le 28 ventôse an V, par la Municipalité. Le 28 fructidor, on achète 150 1. de beurre à 14 s. la livre. — (2) Arch. Hôp.
d'jiumônes ou de legs, faits les uns sans conditions spéciales et les autres moyennant des prières et des fondations de lits. On doit y joindre les écononaies, en général peu considérables, provenant d'une sage administration.
Comme nous l'avons déjà dit, Marguerite Le Tillier lui lègue, en 1705, une rente de 50 livres; le curé Micheau lui en laisse une autre de 50 I. 10 s. 6 d. et Marie d'Aloigny une troisième, de 20 1. en 1719. Enfin, une dernière, de 100 1., provient, en 1723, d'une dame de Ferrières (1). Tel est, à peu de chose près, le revenu de l'hôpital quand il est transporté dans la maison de la Goretterie (2). [1 se trouve surtout « sous la Providence », comme disait le curé de Saint-Saturnin, en 1736 (3).
En 1738, lors de l'enquête ordonnée par le Parlement pour l'enregistrement des lettres-patentes, les anciennes rentes atteignent 240 l. 10 s. 6 d., auxquelles il faut ajouter 350 1. provenant de la location d'une maison nouvellement achetée et, enfin, l'intérêt de la somme de 3.000 1., que le Grand Prieur d'Aquitaine consent à lui donner.
Le 28 février 1739, ce dernier déclare que le revenu actuel de la maison « ne consistoit qu'en 285 1. 10 s. 6 d. et qu'il avoit mis en dépôt la somme de 4.500 1. pour être employée en fonds ou rentes au proffît de l'hôpital dont il y a 1500 l. qui proviennent de M. le commandeur de Resnon, chevalier de son ordre (4) ». C'est avec ces maigres ressources que le nouvel établissement va se mettre à fonctionner.
Fort heureusement, les dons commencent à lui venir de tous les côtés. Lemery d'Echoisylui fait cadeau de 9.000 l.
(1) Reg. par. Saint-Saturnin. — ^2) Arcli. Hôp. — (3) Reg. par. Saint- Saturnin. — (4) Arcli. Hôp.
y40 L'ASSISTANCE PUBLIQUE A POITIERS
le 24 juillet 1739. Le même jour, Manevy,curé deGizay, lui donne \ .000 1. ; Suzanne Poussineau, en i 741 , une rente de 60 1. (1). En 1744, Jeanne-Françoise Rougier de la Jette lui en laisse une autre de 40 1., puis, en 1759, le prêtre François Lourdault la somme de 1.500 1. A tous ces dons, il faut ajouter celui de 600 1 . provenant de Madeleine Barbarin, en 1761; un second, fait, en 1765 et 1766, par les sœurs Boinet de la Touche, de Jussé et de La Lande, se montante 1.4001. En 1766, Louise Tranchant, veuve de Bernard-Vincent Rampillon, lui abandonne 400 l.,Radegonde Chevreillière 6001- en 1769 et enfin Jean-Baptiste Thévenet, chanoine, 8.000 l. en 1785 (2). Toutes ces donations se font moyennant des prières que doivent dire les pauvres à l'intention de leurs bienfaiteurs.
Nous ne trouvons qu'un seul prêt offert en viager à l'hôpital,par une personne restée inconnue(3). La maison n'était point assez riche pour attirer à elle beaucoup de placements de ce genre.
Les fondations de lits sont plus nombreuses chez les pauvres incurables que dans les autres hôpitaux de Poitiers. On en compte jusqu'à 15, quand arrive la Révolution (4). Les rentes versées pour leur entretien sont, en général, de 100 1. par an. Une condition imposée parles donateurs,
(1) Arch. Hôp. — (2) Min. Baudoin (1741). — (3) En 1767, un chanoine ayant légué 800 I., on Jes refuse, car la somme est irrécouvrable ; de plus elle ne pourrait suffire à réparer les bâtiments de son bénéfice. — En 1742, la femme de l'Intendant met quelques meubles en loterie à 24 s. le billet, en faveur de l'hôpital. Les administrateurs en prennent 23. — (4) Trois sont fondés par le roi et le Grand Prieur, en 1754, un par Louise Tranchant, veuve de Vincent Rampillon, en 1704, un par le chanoine Charles Brunet, en 1768, deux par une dame inconnue, en 1781, un par Louise Letourneur, en 1784, deux par l'abbé Decressac, chanoine, en 1781 et 1785, cinq par Anne Taveau, veuve de Jean Gaspard de Blora,en 1785 et 1787 (Arch. Hôp.).
mais toujours acceptée avec répugnance par les administrateurs, consiste dans l'obligation d'accepter le droit qu'ils se réservent de choisir les malades qui occuperont ces lits. Les hospitalisés semblent ainsi rester bien plus sous la dépendance de leurs bienfaiteurs que sous celle du Bureau. De là, peuvent résulter des conflits qu'il est nécessaire d'éviter autant que possible.
En 1784, le Bureau décide que nul ne sera reçu sans être vraiment incurable, ce queconstatera le chirurgien, et sans présenter un certificat de bonnes vie et mœurs. En cas de mauvaise conduite, son renvoi sera de droit. Le 6 août 1785, le chanoine Decressac voit' son offre de fondation refusée, car il veut l'affecter spécialement aux gens de Marnay désignés par lui et sa famille (1). Ce n'est que le 18 juin 1789, que sa sœur le fait accepter, mais en se soumettant aux conditions dont nous venons de parler. Pour conserver le souvenir des fondateurs, leur nom, avec un numéro spécial, est inscrit à la tête de chacun de ces lits.
En 1780, l'Intendant fait savoir que l'hôpital des incurables possède 4.000 1. de rente (2). Il est gouverné par trois sœurs grises recevant chacune 60 1. par an. Il contient 36 lits, dont quatre sont fondés. Le 10 novembre 17130, le Procureur du District de Poitiers déclare que l'établissement est sous la protection spéciale de l'Ordre de iMalte. « Il a reçu, dit-il, depuis quelques années beaucoup d'aumônes par le zèle et la charité de plusieurs âmes bienfaisantes (3). Son principal revenu, qui consiste en rentes
(1) Les localités spécialement désignées pour jouir de ces lits sont : Lussac-les-Chàteaux,Lathus,Concize,Sau3é et Mazerolles a la nomination du curé de Saint-Martial de Montmonllon ; Marnay, a celle de rabbé Decressac, de même que la paroisse Sainte-Tnaize. - (~) Arch. Vienne, C. 61. - (3) Arch. Vienne, L. 'J59.
dues, tant par le clergé que par des corps et communautés et quelques particuliers, s'élève à la somme de (3.938 1. 11 s. 4 d. sur quoi, déduisant 2. 103 1. 15 s. tant pour gages des domestiques, honoraires d'un aumônier et l'achat du linge qu'on a continué de faire tous les ans, reste net 4.834 1. 16 s. 4 d., qui servent à faire vivre 65 personnes. Cethôpital est régi par les dames de la Sagesse qui, par leur économie, travaillent encore à former une nouvelle salle pour les épileptiques. » En résumé, les 10.000 l.de revenu, fixées par les lettres patentes de 1738, sont encore loin d'être atteintes.
Malheureusement, comme toutes les fondations des xvii* etxvni« siècles, la maison des Incurables n'effectue ses placements que sur différentes corporations religieuses. Le Clergé général lui doit seul une rente de 17 70 1. (1). Viennent ensuite troisdes Chapitres de Poitiers, avec 335 1.16 s. 60 d. ; les Abbayes de Pontigny, du Pin et de Bonneveau,qui représentent à elles seules606 l.;lescarmes de Poitiers et de Nantes 380 l. ; l'Hôtel de ville de Paris et celui de Parthenay, -ensemble 9901.10 s. ;les chirurgiens de Poitiers 96 1. ; les perruquiers 120 1. ; le Présidial 400 1.; les trésoriers de France 300 l.,et divers particuliers 977 1.13 s. 11 d.
La loi du H août 1789 porte un coup mortel aux finances des pauvres incurables. Les rentes dues par le clergé et par diverses corporations ne sontplus payées. Quant aux particuliers, plusieurs d'entre eux vont rejoindre les émigrés et leurs biens sont saisis. A la fin de 1791, les arrérages se montent à 31.600 l. et les dettes à 32.000 1. (2). Cette même année, il se dépense, du premier février au 27 septembre, 20.919 1.2 s. Les recettes se trouvant ainsi à
(1) Pièce justif. no 13. —(2) Arch. Vienne, L. 200.
peine supérieures aux dépenses, il est difficile de faire face aux trois mois qui restent à courir avant la fin de l'année.
Le Procureur syndic du District écrit, le 21 décembre 1792 : « L'hospice des incurables, appartenant jadis à l'Ordre de Malte, n'était à la charge que de ses fondateurs. Il possédait de 7.000 à 8.000 1. de rente, mais actuellement cet hôpital est devenu créancier de l'Etat et ne peut se procurer les arrérages de ses rentes. Depuis 18 mois, il n'est souten-u que par le crédit qu'ont trouvé les sœurs chargées de l'administration et par le versement de 4.000 1. accordées à deux reprises par le Département. La détresse de cet hôpital est actuellement à sa dernière période. Le crédit est perdu pour n'avoir pas rempli ses engagements. Il faut tout payer au comptant et, je l'atteste, parce que j'en ai la certitude, il n'y a pas pour huit jours de subsistance. Cependant, cet hôpital, qui renferme plus de 60 pauvres, n'en compte pas un qui puisse être remis dans la société (1). Tous sont attaqués d'épilepsie, de cancers, d'ulcères invétérés et tous sont ou dangereux ou hideux. »
11 termine en réclamant d'urgence un secours de 4.0001., dont pas un denier ne sera employé à payer les dettes de la maison. Depuis le premier janvier de la même année, l'hôpital, créancier de 10.000 l. sur l'Etat, n'a reçu que 4.000 1. Il lui est dû une année d'arrérages de rentes.
Le 19 octobre 1792, le ministre de l'Intérieur envoie 80.000 1. aux hospices de Poitiers, dont 12 000 sont réservées aux pauvres incurables. On les emploie au paiement des emprunts successivement faits au District, entre le 3 juin 1792 et le 20 mai 1793 (2) . Ces avances atteignent un total de 18.025 l., dont une partie reste impayée.
(1) Arch. Vienne. — ^2) Arch. Vienne, L.69. Reg. l,p. 91.
Malgré les réquisitions ordonnées par les représentants du peuple, les administrateurs Paul Grimaud, Mignon, Maurichau-Beauchamp aîné, Maurichau-Beauchamp jeune, trésorier, et Darly, secrétaire, sont obligés d'écrire, le 26 février 1793, à la commune de Poitiers pour lui montrer l'état misérable dans lequel se trouve l'établissement.
« Il y a, disent-ils, à l'hospice des incurables, 78 malheureux ulcérés et attaqués de maladies graves et ses revenus ont toujours été insuffisants pour fournir à leur nourriture et entretien. Cet hospice de l'humanité souffrante ne s'est soutenu que par les secours de la charité que les circonstances du temps ont refroidies et rendues presque nulles, la plus grande partie provenant des corps et établissements ecclésiastiques supprimés qui étoient en grand nombre en cette ville. »
Après avoir constaté que les 6.938 1.11 s. 4 d. de rentes établies par le clergé et les laïques restent impayées, ils ajoutent : h Cet hôpital est dans un état de dénuement absolu. Il est en ce moment dépourvu de provisions, linges, habillemens, denrées, bois, grains et comestibles de toutes espèces. » Sans les secours délivrés par le Département, les pauvres n'auraient pu y être gardés. Cependant, la loi du 10 avril 1791 ordonne le paiement des rentes que doit le Clergé et autorise le trésorier général à en verser la moitié. Celle du 1 1 août 1792 n'accorde des secours que sur le vu des anciens titres. Comme on ne les possède plus, il est impossible de réclamer quoi que ce soit.
Le 18 mai 1793, un membre du Conseil général expose à l'assemblée l'état de détresse de l'hospice des incurables. Il est sans aucuns fonds et va se voir dans l'obligation
,ll]SO[I'A L'AN V !)4!i
(h» renvoyer les malades (\). On lui vole une ffiible avance de 3.000 livres.
A la fin de septembre 1793, il reste en caisse 169 1. 12 s. Comme les directrices n'ont pas été payées depuis deux ans, il leur est dû 800 l. Pour obtenir de l'argent du ministère, l'administration établit son budget tel qu'il était avant la Révolution. Elle indique 7,056 l. 9 s. 10 d. de recettes, moins les impôts, qui sont de 1.764 1.2 s. 5 d.,d'où il s'ensuit un reliquat de 5.292 L 7 s. 3 d., les dépenses d'une année atteignant 12.0501. 16 s., il en résulte un déficit normal de 6.758 1. 8 s. 3 deniers.
Le 7 pluviôse an II, l'administrateur Mignon écrit à la Commune pour lui faire part a de l'état de pénurie de la maison de toutes espèces de denrées et du manque de fonds pour pouvoir s'en procurer et qu'elle se trouvera forcée d'en expulser incessamment les infirmes qui y sont » (2). On ne peut rien obtenir du Département ni du District. Des secours provisoires sont absolument nécessaires. En attendant les décisions de la Municipalité, le représentant du peuple, Brival, avance à l'hôpital une somme de 6.0001. à rembourser sur ce qu'on lui doit. L'emploi de cette somme sera surveillé par des délégués de la Mairie. A son tour, le 12 ventôse suivant, le Directoire du Département accorde 12 quintaux de froment aux incurables (3).
Le 12 prairial an III, le ministre adresse 35.000 I. à l'hospice, mais cet envoi ne tarde point à être insuffisant (4). Les administrateurs lui réclament en plus 200.000 1. Ils ne reçoivent,le l^"" complémentaire suivant, que 111,000 1.,
(1) Reg. dél. mun., période int., n" 5, pp. 42, vo et 67. — (2) Arch. Vienne, L. 276, Reg. 10. — (3) Arch. Nat. F'^ 2486. — (4) Arch. Vienne, L. 260.
3 ri
somme jugée nécessiiiie (jour umorlir toutes les dettes.
Le 13 nivôse an IV, le Bureau déclare ne pouvoir payer, que faute d'argent, ce que doit la maison. 11 ne reste en outre que 14 quintaux de blé pour nourrir 64 malades, les directrices et les infirmières. On en réclame 60 autres, et, en plus, une somme de 400.000 1. Le lendemain, le Directoire du Département leur accorde 100.000 l. à titre de prêt. A cette date la distribution de pain comprend pour chaque personne de Thôpital 2 livres par jour (1). Le 10 pluviôse suivant, le ministre lui vient en aide par un envoi de 400.000 1., qui ne parvient point à rétablir sa situation, par trop obérée.
Pendant toute la période qui va du 4 ventôse an IV au 2 pluviôse an V, le manque de grains se fait surtout sentir. Le Département envoie, à cinq reprises différentes, aux pauvres incurables, 208 boisseaux de froment, 106 de seigle et autant de baillarge (2). D'un autre côté, le ministre de l'Intérieur leur fait remettre, le 9 brumaire an V, une somme totale de 6.660 l. en numéraire (3). Malgré tout, la misère reste aussi grande que par le passé.
Le 100 derniers quintaux de blé obtenus par Darbez et Morichau-Beauchampjeune,le2 pluviôse an V: sont bientôt épuisés. Le 28 messidor suivant, la citoyenne Vexiau, dite sœur Ave^ déclare aux administrateurs qu'il n'y a plus que pour 15 jours de blé dans les greniers. C'est la dernière plainte qu'il nous ait été donné de recueillir au moment où les trois hôpitaux passent sous une seule et même administration.
Le citoyen Denormandie,directeurprovisoire delaliquidation de l'hospice des incurables, en vertu de la loi du 16ven-
(1) Arch. Hôp. — (2) Arch. Vienne, L. 75. — (3) Aich. Xat. F* 2486.
•lUSUirA L'AN V Ul
dômiairo an V, écrit au Bureau en le priant d'envoyer ;"i la mairie les litres des rentes dues parles chirur^çiens et les perruquiers de Poitiers. En menno temps lo notaire Darbez est charjjjc de rechercher ce qu'il possédait avant la Révolution et les pertes qu'il a subies depuis cette époque. 11 les estime à 170.740 francs. Les biens de remplacement qu'on veut lui attribuer ne se montant qu'à 73.931 fr. 67 c, il en résulte une perle de 96.808 fr. 33.
Le- 1" thermidor an V, le maire invite, en vertu de la loi du 16 vendémiaire, les administrateurs à se rendre, le 4 du même mois, à l'hospice national pour assister à l'installation de la nouvelle Commission administrative. Le 3, se tient le dernier conseil du Bureau des pauvres incurables. Le receveur Guillemot déclare que, toutes dépenses payées, l'encaisse de la maison se monte à 3.511 1. en argent et 500 1. en assignats.
L'histoire de l'hôpital des incurables le classe parmi les établissements qui offrent un caractère nettement religieux. Les Grands Prieurs d'Aquitaine et les évoques de Poitiers le dirigent de plein droit. Fort apprécié des personnes charitables, qui lui font de nombreux dons et y fondent plusieurs lits, son importance s'accroît sans discontinuer jusqu'à la Révolution. Réuni, en l'an V, aux autres maisons hospitalières, il perd alors le caractère particulier qui lui attirait tant d'aumônes. Au xix" siècle^ le nombre des malades qu'il abrite ne fait encore qu'augmenter, ce qui prouve nettement que cette institution était destinée à prendre dans l'avenir une importance déplus en plus considérable.
PIÈCES JUSTIFICATIVKS
PIECE JUSTIFICATIVE N» i
Inventaire des titres de l'Aumônerie de Notre-Damela-Grande dressé le 6 juillet 1556.
(Arch. Vienne G. 1100 et Arch. liôp.)
1. De la V Mathurin Turquelin enrocheiir de vin, pour sa maison ou appentif joignant la porte de l'Hostel-Dieu, soubz la vouste, qu'il tient dud. Aumosnier 12 l.
2. Michau Blanchard, pour ung appentif joignant la tour du gros horloge 20 s .