‹ L'assistance publique à Poitiers jusqu'à l'an vChapitre 26 sur 33 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L'Hôpital des pauvres incurables et son administration

Dans les anciens hôpitaux administrés soit par des laïcs soit par des religieux, il est généralement d'usage de n'y point recevoir les pauvres atteints de maladies incurables. A Poitiers, aux xvi' et xvii' siècles, la Dominicale les fait soigner à domicile sans jamais vouloir les admettre à l'Hôtel-Dieu (l). Il en est de même pour l'hospice général dont le Bureau renvoie immédiatement ceux d'entre eux qui ont pu s'y introduire.

Le 15 août 1555, un secours de 10 s. est accordé à une femme qui « veut servir saincte Barbe pour luy ayder h se faire préserver et guérir du mal des feuz dont elle estoitfort persécutée». En 1556, le chirurgien Mathurin Barbolin

(1) Le règlement de janvier 1630, accepté par le clergé et les syndics des paroisses, prescrit de séparer « les malades incurables » d'avec les autres (Min. Chauvet).

reçoit 20 s. pour avoir soigné un ulcère à la jannbe, dont était morte Hélène Picquart. En 1 560^ Secondine Delafond obtient 15 s. afin de pouvoir se faire traiter de la maladie de Saint- Main, dont elle est atteinte. En 1572, Jeanne de la Porte est gratifiée d'une somme de 30 s., prix du voyage qu'elle doit entreprendre pour que le roi guérisse les écrouelles de sa fille (1).

Au XVII* siècle, les mêmes faits se reproduisent. Le 9 avril 1641^ une pauvresse reçoit 40 s. afin d'aller à Saumur accomplir un vœu avec l'espoir d'obtenir aussi la guérison de sa fille (2). En 1660, une seconde, dont la face est rongée d'un mal « qui la mine jusqu'aux os », se voit, avec ses cinq enfants, admise à la Dominicale. Le 5 juin 1662, de pauvres femmes sont chassées de l'hôpital général comme étant incurables (3).

A l'Hôtel-Dieu, c'est exactement ainsi que les choses se passent. Le 22 mai 1650, le maire avertit le Conseil qu'on y trouve un grand nombre d'enfants (4). Parmi eux, certains « sont affligés de maux d'escrouelles» . Le 24 août 1654, les pauvres atteints de plaies inguérissables reçoivent l'ordre d'en sortir (5). Le 16 août 1655, le chirurgien de service est blâmé pour n'avoir point déclaré les affections dont souffrent ceux qui s'y font soigner, « au moyen de quoy,

(1) Bibl. Poitiers, cart. 53 et 33 bis. — Le 13 août 1577, le roi Henri III touche à Saint-Pierre plus de 2.000 malades atteints d'écrouelles. Le 19 mars 1602, Henri IV en fait autant pour 1.200 d'entre eux. Le 1er janvier 1616, étant à Yerteuil, Louis XIII agit de même sur 72, rangés dans la cour du château {id., cart. 34}. — (2) Arch. Hôp. En 1672, les personnes atteintes des écrouelles sont renvoyées. En 1673, un savetier et ses enfants, soupçonnés d'avoir des maladies dangereuses, reçoivent 3 1. de pain par semaine, tandis que le nommé Teppet, qui vit seul, n'a droit qu'à une livre et demie. — (3) Bibl. Poitiers, cart. 33 bis. Reg. 11. — (4) Bibl. Poitiers, cart. 53 bis. Reg. 10. — (3) Reg. dél. mun., n" 105, p. 36.

dit le m.iiro, il y ;i beaucoup desd. pauvres qui sont pour demeurer jusqu'à leur vie, ayant des maladies incurables, ce qui est de conséquence, et seroil besoing d'y pourvoir (1) ». Après avoir reçu Tordre de se retirer, sa place est confiée à l'un de ses confrères, que l'on suppose devoir être moins négligent.

La Dominicale et le Bureau de l'hôpital général se préoccupent à l'occasion de rechercher un local propre à recevoir ce genre de miséreux. Le 5 juin 1662, une maison est louée pour y loger ceux d'entre eux qui sont atteints de maladies dangereuses (2). Le 22 juillet, un échevin observe qu'il n'est point possible de les placer dans la maison des pauvres renfermés, car ils pourraient y infecter d'autres personnes (3). H propose, en attendant la construction d'un établissement spécial, avec l'appui financier de la Dominicale, de les envoyer à l'hôpital des champs. Rien n'est alors décidé et l'intendant Lamoignon de Bâville,qui réitère cette proposition le 6 février 1684, n'obtient pas plus de succès (4). L'année suivante, il est encore parlé de l'achat d'un immeuble pour agrandir l'Hôtel-Dieu qui pourrait alors recevoir ces sortes d'indigents dont les maux étaient, croyait-on, transmissibles.

Un Grand Prieur d'Aquitaine raconte, au xvni« siècle, qu'en 1692, une maladie épidémiques'étant répandue dans la ville, tous les incurables et les contagieux furent exclus de l'hôpital général (5). Dispersés et abandonnés, ces malheureux répandirent la contagion dans la ville. Pour s'en débarrasser, on les envoya se loger sous les rochers

(1) Reg. dél. mun., n° 106, p. ot. — (2) liibl. Poitiers, cart., liS bis, Reg. 11. — (3) Reg. dél. mun., n" 120, p. 21. — (4) .\rch. Hop. — (;j) Arch. Vienne, L. 260.

et dans les cavernes des faubourgs. Là, ils furent secourus par des personnes charitables qui leur portèrent en tremblant quelques secours. Cette situation sembla frapper l'esprit de ceux qui avaient pris une telle mesure, car, le 9 avril 1697, ils ne se décidèrent à renvoyer de l'hôpital les indigents atteints d'écrouelles qu'à condition de pouvoir trouver un local pour les mettre et de l'argent pour les nourrir. On ne trouva ni l'un ni l'autre.

En résumé, il résulte de ce récit que, dès 1692, des personnes charitables secoururent les pauvres malades du faubourg Saint-Saturnin et que vraisemblablement elles durent continuer jusqu'à l'arrivée du P. Grignon de Montfort, à la fin de 1701.

L'historien Thibaudeau raconte que ce saint missionnaire, ayant rencontré près du jardin des Quatre Figures un pauvre incurable, le transporta chez une femme du voisinage où d'autres miséreux vinrent le rejoindre (1). De pieuses filles de la ville se chargèrent de les nourrir. Or, cet acte de charité, raconté 80 ans plus tard, ne devait être qu'une simple tradition conservée dans le faubourg de Montbernage. Au début du xviii* siècle, personne à Poitiers, pas plus du reste que l'auteur de la vie du P. de Montfort, écrite en 1724, n'a relaté un tel fait.

Le 19 mai 1705, le testament de Marguerite Le Tillier, veuve de Charles d'Armagnac, nous fait connaître, pour la première fois, une institution charitable s'occupant des pauvres incurables. Il y est dit : « Je lègue à demoiselle Dupont et à celles qui lui succéderont dans la charité qu'elle a de prendre soin des pauvres des faubourgs de cette ville,

(1) Pauvert (abbé), Vie du vénérable Grignon de Montfort (Oudin, Poitiers, 1876). — Thibaudeau,HisfOî>e du Poitou, t. III, p. 359.

JUSQU'A i/AN V fill

lii rente annuelle et perpétuelle de 50 I. (1). » l^ar malheur, cette institution n'ayant point d'existence légale, l'hôpital général veut, en 1706, comme c'est son droit, s'emparer du legs(2). A la suite d'un procès, les administrateurs s'entendent avec l'un des fils de la donatrice, qui désire seconder les intentions charitables de sa mère (3). Il est convenu que Jeanne Dupont aura toute sa vie la jouissance de cette rente. Après son décès, lui-même choisira celle qui devra lui succéder. S'il vient à mourir, les pauvres renfermés auront plein pouvoir de toucher cette rente, « mais ils devront, dans le cas où ils bâtiraient une infirmerie dans leur hôpital, y mettre les armes de la famille d'Armagnac »>. Cette construction ne fut jamais édifiée et le legs resta définitivement aux incurables.

D'après les lettres- patentes de Louis XV, l'établissement qui recevait les malades de ce genre fonctionnait avant 1707. il n'est pourtant cité pour la première fois, dans les registres obituaires de Sainte-Radegonde,que le 21 décembre 1712. Il s'agit d'un enfant de 12 ans, qui meurt « dans le petit hôpital près du Pont-Joubert » . L'année suivante, deux autres décès s'y produisent et il en est ainsi jusqu'en 1714. La mort de Jeanne Dupont, arrivée le 15 septembre 1710, ne modifia point la situation, car ses nièces, Marguerite et Radegonde Greffier, s'étaient mises, après elle, à la tête de la maison (4), Ces directrices, qui ne l'habitaient point,

(1) Arch. Hôp. (Min. Aubineau). — (2) Min. Duchasteigner aîné. Le chevalier d'Armagnac fut inhumé, en 1722, dans le tombeau de sa famille, aux Jacobins. — (3) Marie-Jeanne Dupont, fille de Jean Dupont, sr de la Paillerie, avocat, et de Marie-Thevin, morte le 15 mai 1710. Elle était la tante maternelle des demoiselles Greffier, qui se partagèrent ses biens avec leur frère, le 1'^ janvier 1712 (Reg. par. Notre- Dame-la-Petite. Min. Marot). — (4) Marguerite Greffier, fille de JacqueSjSi'de la Maupetitière.et de Marie Dupont, baptisée le7 octobre 1667'

ol2 L'ASSISTANCE PUBLIQUE A POITIERS

lui recueillaient des aumônes, tout en surveillant les soins que la gouvernante donnait aux malades.

Le nombre des pauvres incurables s'augmentant de plus en plus, il faut leur chercher un logement capable de les contenir tous. Dans la même rue et non loin des Communaux, le choix s'arrête sur un logis qui, de nos jours, est encore connu sous le nom d'ancien hospice (1). Le 20 juin 1714, la gouvernante Adrienne Leseur reconnaît qu'il est tenu à une rente annuelle de 4 1. en faveur du nommé Sébastien Beaujard (2). De son côté, le curé de Saint-Saturnin note sur ses registres paroissiaux que le nouvel établissement se trouvait déjà dans sa paroisse vers l'année 1716 (3). Il ajoute que les d'Armagnac en avaient été les premiers bienfaiteurs.

D'autres personnes suivirent leur exemple. Le 24 juillet 1717, Micheau, curé de Gizay, lègue à cet hôpital, qui porte le nom de Saint-Félix, une rente annuelle de 56 l. 10 s. 5 d., que louchera Marguerite Greffier en son nom personnel (4). Deux ans plus tard, en 1719, Anne-Marie d'Aloigny lui en donne une seconde de 20 1. Enfin, le 27 janvier 1723, la dame de Ferrières le gratifie d'une troisième, de 100 livres.

Les pauvres ne sont point nombreux dans cet établissement, si nous en jugeons par les décès qui s'y produisent à partir de 1725. Les registres de Saint-Saturnin n'en men-

— Radegonde,née le 8 avril 1670, morte le 21 janvier 1752 et enterrée dans l'église de Saint-Hilaire-de-la-Celle (Reg. par.Saint-Hilaire-de-la- Celle).

(1) Cette maison porte actuellement le no 55 de la rue Cornet. — (2) L'acte donnant l'origine de l'hôpital était déposé chez le notaire Louis Darbez. lia disparu de la liasse qui devait le contenir. — (3) Reg. par. Saint-Saturnin, année 1736. — (4) Arch. Hôp. Etienne Micheau était le neveu d'Adrienne Leseur.

tiennent en moyenne que deux par année. La plupart de ceux qui meurent dans le « petit hôpital » sont originaires de localités voisines de Poitiers, comme Fontaine-le-Comte, Jazeneuil, Brion, Vivonne, Cissé, etc.

L'hôpital des incurables étant devenu trop étroit et se trouvant dans l'impossibilité de pouvoir s'agrandir, il devient indispensable de le transporter ailleurs. C'est alors que nous rencontrons pour la première fois le nom de son véritable fondateur, Philippe-Joseph Lemery d'Echoisy, Grand Prieur d'Aquitaine (1). Le 28 janvier 1738, il échange, au nom de ses trois gouvernantes, la maison des Incurables avec celle de Claude Auprestre, dit Cadet, située près de l'hôtel du Cheval-Blanc (2). Le logis abandonné ne valant que 500 1., il est obligé de donner en plus au vendeur une somme de 2.400 livres.

Le lendemain 29, une contre-lettre indique que le tout est la propriété du Grand Prieur auquel les gouvernantes ont servi de prête-noms. L'année suivante, une chapelle est installée dans le petit hôpital, et l'abbé d'Armagnac chargé de la desservir. La cérémonie a lieu en grande pompe en présence de Lemery d'Echoisy qui, raconte le curé de Saint-Saturnin, «avoit achepté la maison et fait bastir la chapelle (3) ». Cette dernière fut mise sous linvocation

(1) Philippe-Joseph Lemery d'Echoisy était probablement lils de Jean de Lemery, éc, s"" de Luxé, le Breuil-du-Vigier et autres places, demeurant au lieu noble d'Echoisy, paroisse de Gelettes en Angoumois, et de Marie-Catherine Sauvestre de Clisson (Reg. par. de Galettes et min. Marrot, 1683). Nous le trouvons, en 1705, commandeur du Blison, puis du Fretay, en 1720 (Arch. Vienne, H» 188 et o07). II est nommé Grand Prieur d'Aquitaine en 1733 et meurt le 3 mars 1754. On l'enterra dans l'église Saint-Savin (Reg. par. Saint-Savin). — (2) Arch. Hôp. En 1673, la Goretterie, avec une iDorderie à côté, appartenait à Henry de Fourny, éc, s'' du Jon (Min. Gailler). — (3) Reg. par. Saint-Saturnin.

de Notre-dame de Pitié. Quant au revenu de la maison, ajouie-t-il, « il est sous la Providence ».

Cette dernière réflexion, absolument exacte, indique une situation impossible à modifier tant que l'hôpital ne sera point en possession de lettres-patentes du roi. Le Grand Prieur s'en rend parfaitement compte, ainsi qu'il le raconte plus tard, en 1739, quand toutes ses démarches ont modifié cette situation : « Quelques personnes charitables auroient donné, dit-il, depuis plusieurs années, une retraite dans une maison située au faux-bourg de Saint- Saturnin de ceste ville, à plusieurs et différents malades de maux incurables, auxquels on refusoit l'entrée dans les hôpitaux de ceste ville. Laquelle maison subsistoit difficilement et dont on ne pouvoitespérer l'accroissement ny l'augmentation de fonds et revenus, par le défîault de lettrespatentes qui authorisat cet établissement à recevoir et à accepter du legs.» Pour obtenir ces précieuses lettres, il unit ses efforts à ceux de l'évêque Jérôme-Louis de Poudras. Enfin, Louis XV finit par autoriser, en février 1738, la fondation définitive de l'hôpital des pauvres incurables.

Après avoir retracé les pénibles débuts de cette maison charitable et la générosité du Grand Prieur, le roi ajoute : « Nous louons, approuvons et confirmons l'établissement d'un hôpital dans ladite maison, sise dans le fauxbourg Saint-Saturnin-lès- Poitiers, sous le titre d'hôpital pour les Incurables de la province de Poitou, dans lequel hôpital, ne pourront être reçus pour quelque cause que ce soit, quelque prétexte que ce puisse être, que les pauvres affligés de cancers, écrouelles, ulcères invétérés et autres maux incurables. Sera led. hôpital, à perpétuité, sous la protection des Grands Prieurés d'Aquitaine et des Commandeurs et

Chevaliers de l'ordre de Malle de lad. province et sous la jurisdiction du sieur évoque de Poitiers (1). » Ce dernier présidera son bureau et, en cas d'absence, le Grand Prieur le remplacera.

L'hôpital pourra accepter toutes donations, legs et aumônes, acquérir des fonds et des rentes, mais sans pouvoir dépasser la somme de 10.000 1. en fait de revenus. Comme d'habitude, il sera dispensé des droits de main-morte, sauf à payer des taxes de remplacement, si le roi l'exige. Enfin, une prière devra être dite à perpétuité pour ce dernier et ses successeurs.

L'arrêt préparatoire du 21 avril 1738, donné par le Parlement de Paris, pour l'homologation des lettres-patentes, nous permet d'avoir quelques détails sur l'état de la maison à cette époque (2). Le 6 mai suivant, François- Charles Dutiers, éc, sr de la Touche-Vénien etduChillou, assesseur criminel et premier conseiller au Présidial, dresse le procès-verbal d'une enquête qu'il est chargé de faire auprès de diverses personnes . Mathieu Degennes, procureur du roi, ayant été le premier interrogé, approuve l'organisation de l'établissement qui ne peut incommoder aucun de ses voisins. Il est du reste nécessaire, «car ces sortes de pauvres seroient tous les jours dans les églises^ ce quy ne pourroit faire qu'un mauvois effet et être à la charge de tous les habitans ». De plus, l'ordre de Malte étant fort riche et fort charitable, la ville en aura beaucoup moins à nourrir.

(1) Réglemens pour le gouvernement de l'hôpital des incurables de Poitiers, dressés par Mgr de la Marthonie de la Caussade, évêque de Poitiers. — Chez Félix Faulcon. Poitiers, 1750, in-4, 20 p. Les lettres-patentes sont imprimées au début de l'opuscule (Arch. Hôp. — Arch. Ant. Ouest. — Bibl. Poitiers). — (2) Arch. Hôp.

Quatre jours plus tard, le Grand Prieur, les Commandeurs et les Chevaliers de Malte, étant réunis en assemblée provinciale, déclarent accepter la protection du nouvel hôpital. « Rien, disent-ils. n'est plus nécessaire que la maison destinée pour les pauvres. » Elle est fort convenable et bien située. Son utilité paraît incontestable pour la ville qui n'est point riche. Enfin, ils remercient le roi de les avoir désignés pour en être les protecteurs. Ils ajoutent: u Ce que nous pratiquerons avec plaisir, étant fonction de notre état. »

Le 16 du môme mois, neuf personnages importants, choisis parmi les membres des principales corporations de Poitiers, viennent à leur tour donner un avis favorable. Le lendemain, la Municipalité, après avoir entendu son procureur, décide : i" que les chevaliers de Malle auront à justifier d'une somme suffisante pour l'installation de l'hôpital; 2° que la ville, les faubourgs et les paroisses qui en dépendent ne seront tenus à aucune contribution ou imposition pour son entretien ou la nourriture de son personnel ; 3° que les pauvres de la ville, des faubourgs et des environs y entreront de préférence aux étrangers, sur un certificat signé par le maire ou leséchevins.

Le 19, les principaux habitants de Saint-Saturnin prennent connaissance des lettres établissant l'hôpital « où demeurent actuellement plusieurs pauvres qui, depuis plusieurs années, ont été nourris et entretenus par la charité des fidèles dans le faubourg «.Ils souhaitent qu'elles reçoivent leur entière exécution, car cette institution ne manquera point d'être « un grand soulagement pour les incurables et pour les pauvres de la paroisse ».

L'Evêque et le Grand Prieur dressent un état des revenus

JUSQU'A I/AN V ^'l"?

dont jouit l'établissement et ajoutent: « Il y a actuellement dans cet hôpital 22 pauvres incurables, joignant à leur nombre les personnes nécessaires pour les panser et, soigner et pour l'administration de la maison, fait près de 30 personnes. Depuis que le Grand Prieur d'Aquitaine leur a donné une grande maison, tous subsistent commodément au moyen des revenus expliqués au présent état, par la charité de nombre de personnes qui désirent avec ardeur l'enregistrement des lettres-patentes. »

Le Parlement y pourvoit le 18 juin 1738 et le Présidial, le 4 juillet suivant. Tous les deux spécifient toutefois que le Lieutenant général et le Procureur du roi à Poitiers en seront administrateurs-nés, avec le droit de présider son Bureau en absence du Grand Prieur et de l'Evêque.De plus, les pauvres de la ville y seront admis de préférence. De nouvelles lettres confirmativessont données par Louis XVI en 1779. Elles accordent à la maison le privilège de garde gardienne dans toute l'étendue de la sénéchaussée de

Poitou.

Le 28 février 1739, le Bureau provisoire se réunit à l'évêché pour nommer les administrateurs que l'on doit prendre en dehors de ceux qui le sont de droit. Ces derniers comprennent, comme nous avons vu, l'évêque, les membres de l'ordre de Malte, le Lieutenant général et le Procureur du roi. Le Grand Prieur donne lecture des lettres-patentes, retrace l'origine et le but de la nouvelle institution avec ses ressources en argent, puis termine en indiquant les noms des personnes choisies pour en assurer l'administration.

Les bâtiments occupés par le nouvel hôpital ne tardent

point à être insuffisants pour contenir les malades. Le 6 octobre 1746, le Grand Prieur fait savoir que les pauvres sont mal logés et si gênés qu'on ne peut leur donner commodément les secours nécessaires et encore moins en augmenter le nombre, faute d'emplacement.

Depuis longtemps, ajoute-t-il, son désir est défaire bâtir une autre maison pour y transporter l'hôpital. Il a pour cela fait l'acquisition du jardin de la Goretterie, appartenant à Poisnin. C'est là qu'on le construira sous la direction de Servant, m^ architecte, « qui a offert par charité ses peines et ses soins » . La nouvelle construction comprendra deux salles basses, une chapelle, une cuisine avec décharge, un escalier, deux salles hautes, une chambre pour la gouvernante, le tout de 138 pieds de long sur 24 de large, les murs compris. Pour cette entreprise, il a réuni les fonds que l'architecte juge devoir être nécessaires, mais s'il venait à mourir avant l'exécution des travaux, il demande au Bureau de vouloir bien promettre 3.000 l. en cas de déficit. Cette proposition est acceptée et la construction immédiatement commencée.

Elle estachevée deux ans plus tard et les pauvres incurables en prennent possession au début du mois d'août 1748(1). La chapelle, également terminée, est bénite par le doyen de Saint-Pierre en même temps que le reste de la maison. Cette chapelle, depuis longtemps disparue, était située derrière et vers le milieu du bâtiment, du côté du jardin. Le cimetière se trouvait à sa droite.

En 1755, des réparations ont lieu dans l'habitation de l'aumônier, placée à droite de l'hôpital. Ce logis existe

(1) En 1748, l'ancien hôpital est vendu 2.000 L, ainsi qu'un autre logis en dépendant (Arch. Hôp.).

encore de nos jours. Enfin, toujours en 1755, le cure llurel adminislrateur, fait creuser une fonlame au milieu ,|„ jardin pour y laver plus commodément les lessives -

l-n m-i k la suite d'une importante rentrée de fonds, il est décidé qu'on dépensera 4.0001. pourla construction d'un nouveau bâtiment, qui sera élevé, partie .ur le cimetière et partie sur le jardin. Les travaux commencent et, 1 année suivante, la dame Dutiers de la Touche donne 2.")01. aux incurables pour leur permellre de les continuer hn 1785, l'administration, ayant constaté que les deux salles réservées aux hommes et aux femmes ne pouvaient contenir chacune que 20 lits, se décide à en faire bâtir deux autres. C'est ainsi que s'éleva l'aile droite de I hôpital.

Le H messidor an V, l'.arehitecte Vét.™lt présente un plan et un devis pour la construction d'une salle destinée aux épileptiques (1). Les administrateurs, Monchau-Beauchamp et Darbez, sont chargés de la surveillance des travaux, qui devront se faire à la journée. Pendant de longues années, l'hôpital reste à peu près dans le même état que nous le trouvons au milieu de la (dévolution.

Nous avons vu quelles étaient les personnes qui devaient faire partie de droit du Bureau. L'évèque et le Grand Prieur désignèrent les autres. Le 28 février 1739, furent nommés : 1" l'abbé d'Armagnac (2); 2« René-Nicolas Milon (3), s' du Breuil-Mingot, conseiller au Presidial; -

n\ irrh HÔD - (2) D'Ai-magnac (Joseph-André-Ignace), éc. S' de sitirtm^rnce J .607 laude ^^^^^^^^^"iJ^'ilZ devint plus tard uesoiiei . , ^-^g i, Françoise Richeteau,

2e série, p. 280).

3° Brigide, curé de Saint-Savin ; 4" Normand (Claude), s^ du Fié, procureur à l'élection de Poitou.

Le Bureau ainsi composé comprend jusqu'à la fin : i^ un chanoine de Poitiers; 2° le curé de Saint-Savin; 3" le Procureur du roi à l'élection (1); 4" un conseiller au Présidial. Toutes les nominations ont lieu sans le moindre conflit entre l'Evêque et le Grand Prieur.

Les assemblées se tiennent chez le président, mais le plus souvent à l'évêché, une oudeux fois par an,selonles besoins et cela, en vertu du règlement qui les rend obligatoires tous les six mois. Elles commencent et finissent par une prière. Deux des assistants sont désignés pour visiter l'hôpital pendant les vacances. Aucun d'eux ne doit lui fournir de marchandises à prix d'argent.

Pour se conformer à la loi du o novembre 1790, la municipalité de Sainl-Saturnin-lès-Poitiers se met en devoir de nommer les administrateurs de l'hôpital. Le 20 mai 1791 , le bailli des Ecotais, Grand Prieur de l'ordre de Malte, proteste avec énergie en invoquant les services rendus par ses prédécesseurs à cette maison. Il fait remarquer que, lors de sa création, la Municipalité s'est entièrement désintéressée de son administration (2).

Le représentant de Malte à Paris porte plainte de son côté, si bien que le ministre Lessart invite le Conseil général à prendre en considération les observations du Grand Prieur. Le Directoire du département est, à son tour, du même avis.

La commune de Saint-Saturnin , réunie à celle de Poitiers en novembre 1792, ne semble point avoir nommé

(1) Aich . Hôp. — (2) Le marquis de Roux, la Révolution à Poitiers et dans la Vienne {Mérrt. Soc. Ant. Ouest, t. IV, 3e série). Arch. Vienne, L. 260.

de nouveaux administrateurs à l'hôpital. Le l^janvier 1 793, Thibeaudeau, procureur-syndic du département, invite le maire de Poitiers, en vertu de l'arrêté du Conseil général, du 22 décembre précédent, à former une commission administrative, qui se composera de 6 membres. Sont désignés au scrutin, les citoyens Lomdé et Servant, officiers municipaux, Morichau-Beauchamp aîné, Barret, iMignon, greffier, ef Tafîet, notable. Ils jurent, séance tenante, « d'être fidèles à la nation et de maintenir de tout leur pouvoir In liberté et l'égalité, la sûreté des personnes et des propriétés et de mourir en la défendant (1) ». En l'an II, à la suite de plusieurs démissions, les citoyens Darbez et Morichau- Beauchamp jeune en font partie à leur tour.

Le 3 frimaire an IV, les administrateurs demandant à être remplacés, la Municipalité leur répond: « Considérant que les pétitionnaires se sont acquittés des fonctions honorables qui leur ont été confiées avec zèle et intelligence (2). Que les circonstances du moment ne permettent pas de s'occuper de l'objet de lad. réclamation, arrête qu'il sera écrit aux pétitionnaires pour les inviter à rester en fonction jusqu'à nouvel ordre. >>

La loi du 15 vendémiaire an V, mal interprétée, comme nous avons vu, par la mairie, amène l'élection d'un autre bureau composé de 5 membres. Le 5 frimaire suivant, sont nommés Darbez, notaire, Morichau-Beauchamp jeune, marchand, Ancelin fils, marchand, Thevenard fils, Paul Grimaud, chamoiseur (3). Le 27 du même mois, Morichau- Beauchamp est élu président, Thevenard secrétaire et Ance-

(1) Reg. dél. mun., période int., n» 3, p. 27. — Id., n» 3, p. 84. — (2) kl., n° 7, p. 12. — (3) Id., no 7, p. 104.

lin receveur. Ce dernier est remplacé, trois jours plus tard, par Guillemot (1). Ces administrateurs se réunissent pour la dernière fois le 4 thermidor an V. Leur président, Morichau-Beauchamp jeune, est ensuite appelé à faire partie de l'unique commission chargée de gouverner les hôpitaux de Poitiers.

Le 28 février 1739, Claude Normand, s"" du Fié, procureur du roi à l'élection de Poitiers, est désigné, en qualité de membre du Bureau, pour remplir les fonctions de receveur. Le règlement de 1750 modifie cette manière d'agir en déclarant que son successeur sera désormais nommé par les administrateurs à la pluralité des voix et qu'il aura, comme eux, voix délibérative.Il devra payer tous les mois les fournisseurs, en tirer quittance et inscrire les dépenses sur un registre spécial. Il ne pourra effectuer aucun paiement extraordinaire ou élevé, sans l'ordre du Conseil. Il tiendra un registre des recettes sur lequel sera indiqué en détail tout ce que l'on percevra, sauf toutefois le revenu ordinaire et le casuel. La caisse du receveur, déposée d'abord au Grand Prieuré d'Aquitaine, est ensuite placée dans l'une des salles des Incurables, mais les clefs restent entre les mains de ce dernier et celles del'évêque.Les comptes sont vérifiés tous les ans par deux administrateurs que désigne le Bureau.

Le fils de Normand du Fié lui succède le 10 février 1756. On le charge de toucher les revenus de tout genre et d'en donner quittance (2). A sa mort, en août 1779, le Grand Prieur, avec fapprobation de l'évêque, le remplace par féchevin Berl.

Le citoyen Rivet, membre du Bureau, est chargé de la

(Ij Arch. Hôp. — (2j Arch. Hôp.

recelte, le 0 vendémiaire an II (1). Il reste peu de temps en fonction, car, le 20 ventôse suivant, Morichau-Beauchamp le jeune prend sa place. Ce dernier rend ses comptes le 10 ventôse an III, puis abandonne son poste au citoyen Ancelin,qui le garde jusqu'au 28 frimaire an V. Le citoyen Guillement est alors nommé trésorier, mais sa place est supprimée le l thermidor suivant.

Les officiers, au nombre de cinq, comprennent, par rang d'ordre, l'avocat, le secrétaire, le procureur, le médecin et le chirurgien. Tous ont droit au titre d'administrateur. L'aumônier reste seul à part.

L'avocat choisi en 1739 est Guignard, que remplace ensuite Alexis Garnier. Le 14 juin 1782, ayant déclaré qu'il ne pouvait à cause de son âge et de ses occupations remplir convenablement sa charge, on lui donne Anguitur Duval comme successeur.

François Brunet, nommé secrétaire, demande, le 10 mai 1 760, à résilier son emploi en faveur de son fils qui, conduit par son amour pour les pauvres, se fera un plaisir de le remplacer (2). Sa candidature est acceptée et il reste en fonction jusqu'en 1784. Le 1" décembre de cette même année, le secrétariat est confié au procureur « pour empêcher la multiplicité des exemptions accordées à ces places » , comme l'évêque le fait observer. François Ledier se charge du tout gratuitement. En 1793, le notaire Darbez lui succède, puis est remplacé par le citoyen Thevenard, en l'an V.

Le secrétaire assiste à toutes les assemblées et tient le registre des délibérations que signe le président. Il n'en peut délivrer des extraits que par ordre du Bureau. Il fait

(1) Arch. Vienne, L. 260. ~ (2) Arch. Hôp.

l'inventaire du mobilier de la maison ainsi que de la chapelle et des hardes laissées par les pauvres.

En i739, le procureur est Choquin, que l'on remplace longtemps après sa mort, le 10 mai 1760, par Gonneau des Fontaines « dont la probité et le désintéressement sont connus ». Il accepte cette fonction « gratuitement et sans salaire pour TafTection qu'il a pour les pauvres (1) ». Son successeur est Beaudoin, qui meurt en 1784,

Le médecin des incurables désigné en 1739 est Philippe Mauduit de la Grève, mort doyen de la Faculté de médecine le 1" février 1745 (2). Plus tard, sous la Révolution, Za~ charie Méreau occupe cette place jusqu'au lO thermidor anV.

Félix Dumont est nommé chirurgien en titre de l'hôpital en 1739. Le 7 décembre de la même année, il déclare que, depuis longtemps, il a soigné les pauvres incurables du faubourg Saint-Saturnin^ et qu'il serait désireux d'être mis au rôle des privilégiés (3). L'Intendant fait droit à sa requête pour l'année 1740 d'abord, puis pour les suivantes tant qu'il restera en fonction.

Le V novembre 1742, Dumont informe le Bureau qu'habitant la place Royale il ne saurait rendre tous les services qu'il voudrait à l'hôpital (4). Pendant la nuit, quand sa présence y devient nécessaire, il ne peut sortir de la ville dont les portes sont fermées. Pour éviter un semblable inconvénient, il propose de mettre à sa place son confrère

(1) Arch. Hôp. — (2) Philippe Mauduyt, s"" de la Grève, fils du médecin André, reçu docteur régent de la Faculté de Poitiers le 13 juillet 1694. Il eut un fils, Joseph-Biaise, né en 1704, qui fut aussi médecin. — (3) Félix-Raymond Dumont, fils d'Antoine, me chirurgien, et de Marie Poudret, habitait paroisse Saint-Porchaire. — (4) Arch. Hôp.

JUSQU'A i;an V •■•2''

Jean Louvet. Son offre est iiccepté, et le nouveau chirurgien promet aussitôt de servir avec zèle, assiduité et gratuitement les pauvres.

11 a comme successeur Sartre de Liste qui, devenu vieux, demande le 5 avril! 781 à conserver son emploi par attachement pour les malades, tout en se faisantaider par un suppléant (1 ). Il désigne pour cette place Pierre-Joseph Girotteau, demeurant au faubourg de Saint-Saturnin (2). Il le sait capable de rendre service « soit par la saignée, pansement et autres opérations de l'art, notamment faire la barbe et ce, sans aucun salaire n'y rétribution, mais de vouloir bien lui attribuer la survivance de l'hôpital en quahtté de

chirurgien ». .

Celte demande est accordée, et Cirotteau, nommé titulaire le 5 mars 1787, reçoit 24 1. par an d'honoraires. A part une absence delSjours en I793,il occupe cette charge jusqu'au 10 thermidor an V. La nouvelle commission des hospices, le trouvant inutile ainsi que le médecin, les remercie tous les deux et confie à la directrice le soin de faire les pansements.

L'aumônier est désigné par le Bureau avec l'approbation de l'évêque (3) . Son rôle est de faire observer le règlement aux pauvres, de les instruire sur la religion, de leur apprendre à prier Dieu et de les préparera une communion mensuelle.

(1) Claude Sartre de Lisle, fils de Michel et de Cathenne Vergnault, ^ • rfinP Tecesve sœur du futur évêque constitutionnel. - ;?rPierre Joseph Crottru, marié à Radegonde Amproux, eut plu- (2) 1^^^^'^„"'''^^P'^.\,„ •„ 2» Jacques, 3o René, Jacques, 4» Adélaïde sxeurs ex^fant^^ y Ma^^^^^^^ j, P^opital des

(Ree. bap. Saint-baiuruiu). ^ ' . . . ^ . rn..rirp ,1p Ma te et

Incurables sont la Saint-Jean-Baptiste, patron de lOi die d^^ la Compassion de la Sainte Vierge, qui tombe le dimanche avant Rameaux.

li s'assures'ils assistent chaque jour à la messe, aux prières du matin et du soir, aux vêpres, au catéchisme et aux instructions rehgieuses.

Il récite journellement des prièrespour le bailli d'Echoisy, pour le roi et les autres bienfaiteurs de la maison, dont un tableau placé dans la sacristie lui indique les noms. Il tient un inventaire des ornements mis à son service, dit une messe basse chaque matin et, pour chacune de celles qui sont de fondation , reçoit 10 s. La messe du dimanche est célébrée à l'intention des âmes de ceux qui ont fondé l'hôpital.

Il assiste les mourants, visite les malades et tient les registres des sépultures. Il prend les noms des pauvres lors de leur entrée et les dispose à faire au plus tôt une confession générale.

Le service religieux du petit Hôpital se confond avec celui de ta paroisse de Saint-Saturnin. Un prêtre nommé Oervais est le premier qui prenne, le 6 juin 1736, le titre d'aumônier [l).Le W mars 1765, l'administration, en récompense de ses services, probablement gratuits, l'autorise à rester toute sa vie dans la maison. Il y aura un appartement à part et recevra une pension alimentaire.

Le 18 juillet 1775, Charles Brunet le remplace et, le 10 février 1779, abandonne aux pauvres incurables une somme de 2.400 1., dont l'intérêt lui sera payé jusqu'à sa mort. Simon Huret, curé de Saint-Savin, lui succède, le 13 décembre 1786, et reste en fonction jusqu'à son décès, arrivé le 21 novembre 1787 (2). Deux jours après, Pierre- Charles Babin est nommé à sa place. Il a son logement

(i) Bibl. Poitiers, Reg. paroisse Saiat-Satuinin. — (2) Id., Reg. obit. des Incurables.

JUSQU'A l/AN V ^'^l

avec un jardin et reçoit 350 l. par an, payables de deux en deux mois. On lui donne en plus 12 s. pour chacune des messes de fondation.

Quand arrive la Révolution, l'aumonier Babin, peu partisan des idées nouvelles,refuse de prêter le serment exigé par la loi. Le 3 mai 1791, le t)irectoire du département ordonne au maire de Saint-Salurnin d'aller, en compagnie des officiers municipaux, l'inviter à remplir cette formalitéet,

en cas de refus de sa part, de procéder à son remplacement. Le lendemain, Piorry, curé constitutionnel deSainte-Radegonde, accompagné des membres de la municipalité, se rend à l'hôpital des incurables dans le but d'y faire reconnaître sa juridiction (1). On dut les recevoir très froidement, car quelques-uns d'entre eux prétendirent avoir entendu les religieuses dire aux pauvres « de mettre ces cochons à la porte ». De là surgirent de nouvelles protestations, auxquelles vint s'ajouter une demande de renvoi de l'aumônier, dans le cas où il refuserait le serment.

Le 23 mars 1791, le Directoire invite le Grand Prieur d'Aquitaine à procéder à son remplacement. Le commandeur de la Mothe-Barancé, quirempht alors cette charge, répond qu'il est impossible de considérer ce prêtre comme un simple fonctionnaire de l'état civil, car il ne reçoit aucun appointement(2). En conséquence, il msiste sur son mamtien, d'autant plus que sa présence est indispensable dans l'établissement.

Gomme la chapelle de l'hôpital est ouverte à tous, un nouveau curé de Saint-Saturnin en profite pour s'y présen-

(1) Mxh. Vienne, L. 271, Reg. 5, p. 74. - (2) W., L. 260 M^^ de Roux, la Révolution à Poitiers et dans la Vienne {Mern. Soc. Ant. Ouest, t. IV, 3e série, p. 408).

ter, le 2 juillet 1791, etréciamer les ornements dans le but d'y célébrer la messe. Les religieuses se contentent de lui indiquer l'endroit où ils se trouvent, mais, après en avoir revêtu quelques-uns, il les abandonne et sort de la maison. Sur sa plainte, des sentinelles sont placées aux portes afin d'empêcher les sœurs de la Sagesse d'aller au dehors. De là résulte une nouvelle réclamation du Grand Prieur, qui a pour résultat d'inciter le club des Jabobins à demander le renvoi des sœurs de la Sagesse.

L'aumônier Babin reçoit, ainsi queTouzalin, son confrère de l'hôpital général, une somme de 49 1. 19 s. avec l'ordre de gagner Pont-de-Beauvoisin et, de là, passer en Savoie(l). Après son départ, les pauvres incurables ne semblent point avoir été complètement dépourvus des secours de la religion. Les filles de la Sagesse, mises l'année suivante au pilori avec cette inscription : a Receleuses de prêtres fanatiques », durent certainement y pourvoir.

Tel fut le personnel administratif et religieux de l'hôpital des incurables. Cette maison, une des rares que posséda rOrdre de Malte et peut-être la seule qu'il créa au xviii" siècle, resta en réalité sous la direction etfective du Grand-Prieur d'Aquitaine et sous celle de l'Evêque de Poitiers. Leur administration semble avoir été pleine de mansuétude si nous en croyons les registres des délibérations du Bureau. Ils laissèrent une grande liberté d'action aux directrices, et particulièrement aux religieuses de la Sagesse, dont nous parlerons plus loin.

(1) Arch. Vienne, L. 278 Ileg. 12, p. 281-vo. La uiaisun de l'aumônier fut affermée 200 fr. par an. Id., L. 200.

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