‹ L'assistance sous la Législative et la Convention, 1791-1795Chapitre 117 sur 132 · CHAPITRE SEPTIÈME iSq · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME iSq

que le nécessaire ne payeraient et ne recevraient rien. « Comme les besoins réels ne croissent pas en raison du superflu, si les gens aisés devaient payer un vingtième, les riches en devraient payer deux et demi, les opulents cinq, les regorgeants dix ».... Il faut éviter que la propriété, Taisance et surtout la richesse « ne soient fondées sur l'oubli, sur la criminelle oppression, sur Tindigence, la misère et la mort d'un grand nombre d'hommes * ».

Les mêmes idées se retrouvèrent dans le plan qu'il développa devant le district. Il proposa d'attribuer aux indigents une partie du quart des revenus et autres dons patrioti(|ues .

Il réclama contre le règlement pour la convocation des citoyens de Paris du j6 avril 1789 qui excluait des assemblées tout citoyen ne payant pas 6 livres de capitation, « le droit imprescriptible et inaliénable de tout homme libre étant de coopérer aux lois qu'il doit suivre ainsi qu'il coopère à la défense commune ».

« J'ai entendu faire dans vos assemblées des motions exclusives de ceux qui ne logeaient pas dans leurs meubles, qui ne payaient pas une certaine quotité d'impositions. Toutes ces motions ont été rejetées par vos sentiments fraternels. Il ne nous reste d'autres ennemis à combattre que les fléaux qui attaquent les pauvres, la faim, l'oisiveté, la misère. Nous devons ouvrir nos bras aux indigents, multiplier les travaux, les payer sans réduction, faire même des avances, contracter enfin par tous les moyens possibles une alliance indissoluble avec cette puissante et noml>reuse population qui nous aidera à maintenir le nouvel ordre de choses ...

Les districts ne doivent point se reposer sur la conduite passée pour assurer la gloire qu'ils ont acquise. Ils doivent l'accroître encore en s'afliliant les infortunés. Cette affiliation ne doit pas être une simple et vaine affirmation de leurs droits, mais elle doit renfermer le dévouement réel et direct du superflu aux secours qu'exigent leurs besoins ....

I. Cité par Lichlenberger, Le Socialisme et la Révolution françaisey Paris, 1889, iii-8, p. 89 et 40. — Le 8 juin 1790, Diifourny était nommé président de son district.

l6o L*ASS18TANCE DE I79I A 1796

Cette recherche indique la création d*un Comité fraternel dans le district pour repousser le titre humiliant de charité ou le titre orgueilleux de bienfaisance. . . .

... Le Comité doit être distinct de celui de police. Les personnes les plus instruites de la position des pauvres, curés et dames de charité, doivent y entrer, s'occuper spécialement de la classe si intéressante des femmes infortunées, des femmes enceintes, des filles prêtes à succomber, des mères, des nourrices sans ouvrage ; fournir aux jeunes filles des salaires tels qu'ils les préservent de passer de la misère au crime, du crime à la misère et de la misère à la mort, empêcher les ouvriers de quitter leur profession, de sorte que les ateliers publics ne soient plus remplis d'hommes faibles, désœuvrés, que le désespoir de perdre leur état et la fréquentation des gens sans aveu éloigpient pour toujours de leur travail, de leurs familles, de leurs devoirs, de Testime de leurs concitoyens * . »

Dans ces plans, dans ces mémoires, dans ces règlements apparaît la même préoccupation que dans* les discussions du Comité de Mendicité ou dans les débats de la Constituante : le désir de corriger par la loi les inégalités sociales. Mais les Comités parisiens ne se contentent pas de construire des systèmes ingénieux, des plans d'ensemble d'une portée universelle. Ils cherchent à les appliquer. Us se rattachent même, par instant, aux institutions charitables de l'ancien régime qu'ils veulent non détruire, mais réformer et élargir. L'esprit réformateur du xviii« siècle se concrétise dans ces réformes de détail.

Au-dessous des remueurs d'idées, des orateurs, des grands directeurs de la conscience française, se dépense et travaille la foule inconnue des disciples obscurs cherchant à appliquer les principes de la Révolution au soulagement fraternel de leurs concitoyens.

I. Observations sur les causes de la misère, son accroissement et ses remèdes, lu en FAssemblée générale du district des Mathurins du 11 novembre 1789 par M. Dufourny de Villers. (Bibi. nat., Lb** 217 ; Tourneux, Bibliographie, t. U, n** 7340).

CIIAPITHE SEPTIÈME l6t

Le 22 juin 1790, les 60 districts sont remplacés par les 48 sections.

Le 22 septembre 1798, les Commissions paroissiales et les Comités de district cèdent la place aux Comités de bienfaisance des sections.

Certains Comités de district n'ont pas attendu cette date pour se fondre dans les Comités de section. Dès le 18 janvier 1791, le Comité du district des Jacobins se transforme en Comité de la section de la Fontaine de Grenelle. Béthune- Charost en est toujours le président. Le règlement adopté par la section, le 8 janvier 1791, répète, à peu de chose près, celui du 16 novembre 1789 ; on y retrouve le même souci de discrétion dans la charité.

« IX. — Si, dans le cours de leur visite, les commissaires rencontrent des citoyens qui, bien loin de pouvoir contribuer au soulagement des indigents, réclament eux-mêmes des secours, ils s'informent de la cause de leur détresse, de leurs moyens de subsistance, du nombre de leurs enfants et de la nature de leur travail. Ils tiendront des notes exactes de ceux d'entre eux qui leur paraîtront avoir besoin de secours ; ils distingueront particulièrement les ouvriers de bonne volonté et sans ouvrage, les indigents attaqués de quelqu'infirmité, les vieillards hors d'état de se procurer aucune subsistance ; et les gens qui peuvent encore pourvoir en partie à leurs besoins, ils les encourageront au travail, et sans leur assurer des secours, ils leur en feront espérer, si, dans les informations qui seront prises, on acquiert des notes favorables sur leur vie et mœurs, sur la peine qu'ils se donnent pour vivre eux et leur famille et sur leur attention à élever leurs enfants dans l'amour de la Patrie et dans des sentiments de religion, et de probité.

Les commissaires ne négligeront rien pour acquérir des renseignements certains sur le compte de ces différents indigents, tant auprès des propriétaires que des principaux locataires et autres personnes dignes de foi qu'ils croiront pouvoir les instruire.

— Parmi ceux qui annoncent l'indigence, les commissaires apporteront une attention particulière à découvrir ceux dont l'état misérable doit d'autant plus intéresser la sensibilité que ceux

(161) Bibliothèque d'histoire moderne, — 11. ii.

i6ii l'assistance de 1791 A 1790

qui répiK)uvent n*osent pas même s'en plaindre et sont réduits au silence. C'est à ces infortunés, honteux de leur misère, qu'il convient, quand elle est connue, d'offrir des secours et de les ensevelir dans le secret.

XL — Chacun des membres du Comité engagera sa parole d'honneur de ne révéler de quelque manière que ce puisse être, soit pendant, soit après son administration, le nom des indigents honteux, ni les secours qui leur seront donnés '. »

Au début, les Comités de section s'occupent surtout d'appels à la générosité publique. Il semble que la distribution méthodique soit laissée aux Comités de district. Ecoutez cet appel de la section de l'Arsenal :

« A tous les Citoyens,

Nous n'avions rien Tannée dernière, nous n'avons rien cette année : même terme et même besoin. La Providence est venue à votre secours, elle y viendra encore. Tout est promis à la foi. Les sources sont taries, elle en fera couler d'autres.

Eussiez- vous, Messieurs, peu de fortune ? Vous avez un cœur sensible et chrétien. Nous ne voulons point que les moins indigents ne viennent au secours des plus misérables.

Le denier de la veuve est d*un grand prix.

11 y a de mauvais pauvres, dit-on ! N'y a-t-il point de mauvais nches ? Mais enfin, qu'il en soit de miséricordieux et charitables !

L'aumône n'est point de conseil, mais de précepte ; elle n'a jamais appauvri personne.

L'on ne se transportera point dans les maisons pour lever un tribut qui n'est que volontaire. Ce serait employer une sorte de violence, en voulant rendre hommage à l'humanité souffrante. Mais M. deNogard recevra, au Comité de Saint-Louis, l'aident ou les souscriptions pour les six mois de novembre, décembre, janvier, février, mars et avril. Nous recevrons tout avec la plus vive reconnaissance. Un vannier peut donner un berceau et c'est peutêtre celui qui aura donné davantage. Quoi qu'il en soit, nous n'avons à le bien prendre que ce que nous donnons, et quelle jouissance ! tandis que l'avare est pauvre de tout ce qu'il possède ' ».

1 . Règlement de la Section de la Fontaine de Grenelle. (Brit. Mus., FR. 618, 19 ; Tourneiix, Bibliographie ^ t. II, n* 8096).

2. Comité de bienfaisance établi par l'Assemblée générale de la section

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