CHAPITRE QUATRIEME Io
livres de viande à 80 malades '. En Tan IX, on compte Soo.ooo mendiants. Dans les quatre départements de Bretagne, un tiers de la population vit aux dépens des deux autres, soit en les volant, soit par des aumônes forcées.
Ces faits pourraient être multipliés à Tinfini.
Il n'est pas juste de faire retomber sur la Révolution la responsabilité de la crise hospitalière. La vérité, c'est que cette crise était antérieure à 1789, qu'elle avait pour origine les abus constatés dans les hôpitaux, l'insufiBsance de l'organisation, le mauvais aménagement des ressources. Si elle devint plus aiguë de 1789 à 1796, ce fut à raison des secousses politiques et sociales qui se succédèrent, de la guerre civile et de la guerre étrangère. Tout se tient dans l'histoire, et l'on ne peut isoler l'état de l'indigence dans un pays de sa situation politique, économique et sociale. Préparées par la Constituante et la Législative, réalisées par la Convention, les lois révolutionnaires furent à peine appliquées. Quand elles le furent, elles cessèrent d'être des lois d'assista"nce pour se transformer en instruments de guerre sociale. On ne peut donc les juger que doctrinalement. La Convention elle-même, après avoir exagéré l'assistance d'État, a reculé devant son œuvre ; elle l'a en quelque sorte désavouée ; elle a reconnu qu'elle ne pouvait pas se passer de l'assistance privée, que les hôpitaux avaient droit à leurs revenus et que c'était folie de faire de l'État l'unique aumônier de France. La loi du 2 brumaire est un premier pas dans la réaction contre le centralisme d'État en matière de secours publics.
I . Rapport aux Consuls du 6 floréal an IX par François (de Nantes), dans F. Rocquain, op. cit, p. 34.