L'assistance sous la seconde république (1848-1851)
l. Objet de cello cHutlc. — I^n démocratie et l'assistance: 1789, iH^S, 1871. — Efforts de la France pom» mettre ses institutions sociales d*accord avec ses institutions politiques.
11. La Révolution de 1848 et la crise sociale. — Efforts de la Coustiti^ante pour créer une organisation méthodique de l'Assistance publique. — Caractère général de l'œuvre de la Législative.
III. Résumé de l'histoire de Tassistance de 1795 à 1848. — Le Directoire, le
Consulat et la renaissance de Tassistance privée. — Napoléon et la mendicité. — La Restauration et les congrégations charitables. — La Société de morale chrétienne.
IV. L'œuvre sociale du Gouvernement de Juillet. — Le progi'ès industriel
crée de nouvelles formes de paupérisme. — Emeutes et crises. — Enquête de 1840. — L'économie sociale chrétienne : Villeneuve-Bai'gemont, Gérando. — Louis-Napoléon Bonaparte et Textinclion du paupérisme. — Le parti républicain, les écoles socialistes et l'assistance. — Trélat et Barbes. — Lamartine.
V. Etat de l'Assistance publique en 1848. — Les fondations des particuliers.
— Les hôpitaux. — Les bureaux de bienfaisance. — L'administration parisienne du comte de Rambuteau. — Etat de l'assistance privée. — Les œuvres catholiques : la Société de Saint- Vincent-de-Paul. — Les ipuvres laïques : la Charité maternelle et la Société philanthropique.
— Les premiers groupements : le vicomte Armand de Melun et la sœur Rosalie. — Rapports avec Trélat et Ledru-Rollin. — Le-i trois organes de M. de Melun : les Annales de la charité, la Société d'économie charitable, la Société internationale.
VI. Le paupérisme esl une des causes latentes de la Révolution de 1848.
4 L ASSISTANCE I)K lH\H A l85l
Ces éludes font suîle à celles qui ont élé précédemment publiées sur Tassislance pendant la Révolution française \ Elles s'y rattachent par un lien lofî^ique. Elles ne prétendent pas constituer une histoire complète de Tassistance publique et privée en France pendant la période contemporaine. Etant données les exigences de la méthode historique, Tabondance des documents connus, la variété des r(»cherches qui chaque jour en font éclore de nouveaux*, celle lâche excéderait les forces humaines. Il faudrait se résigner à des tableaux supor- (iciels, nécessairement incomplets. L'important au surplus n'est pas d'amasser des faits, de rassembler des pièces au hasard des trouvailles et d'en tirer des consé([uences plus ou moins téméraires.
L'exposé des phénomènes économiques n'est (pi'une partie de l'histoii'e sociale : celle-ci n'est intér(*ssanle que si on la rapproche de riiistoire polilicpH*, c'est-à-dire de l'étude des institutions. Ce rapprochement s'impos(* surtout quand il s'agit de la France contenq>oraine; commencée en 17H9, son évolution continue, non sans secousses, mais d'un mouv(»ment constant, vers la réalisation de l'idéal entrevu à la fin du xviir siècle. L'histoin» du xrx^^ siècle se résume en hittes entre la démocratie consciente de son avenir, en marche vers la concpuMe des instilulions polilicpies adécpiales à ses
I. Voir notaniiiu'iit : Lrs secours et la charilv eu Franco à la veille de la liévolnliony dans la Revue politique et parlementaire, juilh'l i<)t»4 ; l'fi pl^ilanthrope (Vautre/ois; Im Hoehefoucault-IAaneourt, Paris, iQu'i, iiï-8 (surtout le chapilrr IV: l'n plan d'assislance sociale. Le (Comité de mendicité, p. l'W à aoo); Noie sur le (À)niilé de salubrité, dans la Hevue jthilauthropique, 10 septend>re i<)i)4; Note sur les ateliers charitables de lilature, Ihid, lo décembre iç)o4; J.'Assistanee sous la Lê^rislative et ta (Convention (1791-1795), Paris, 1905, in-S.
a. La (Commission des recberclies économitjues de la Hévcdution a indi- (jué les nu'sures d'assislance au nombre des cjnestions <pii foui l'objet de ses études. Elle doit, sur notre demande, adresser aux comités départementaux une circulaiie (pii leur trace un programme de recherclies méthodiques.
CHAPITHK PHEMIEH O
l)esoiiis, et les forées du passé eoalisées pour lui suseiler (les obslaeles et lui barrer la route. La Franee n'a jamais séparé son idéal politique d'un idéal soeial, e'est-à-dire d'une amélioration réelle des eonditions de la vie du plus ^rand nombre. C'est en eela que l'histoire de l'assistanee — si modeste qu'en apparaisse l'objet — s'impose à qui veut eonnaître les eauses des révolutions et en apprécier les consé- (pienees. O sont les soulFranees des masses qui expliquent les mouvements populaires; les révolutions ne se justifient (jue par la reelierelie des remèdes destinés à apaiser le eri des misères humaines. La nation française, éprise de générosité, ne s'est pas soulevée quatre ibis en eent ans pour changer une formule de gouvernement; chacun ûc ces soulèvements a (*u pour objet plus ou moins précis Tamélioration de la condition physique, intellectuelle et morale de la masse des petits et des humbles; de là, la déception du peuple de Paris, lorsqu'en i83o, par exemi)le, il a vu ses sacrifices aboutir à un simple changement d'étiquette, et qu'il a assisté à l'avorlement de la tentative de Juillet.
Ces vues générales expliquent pourquoi ces études s'appliquent à deux périodes plus particulièrement caractéristiques de l'histoire de Fassistance. Ce sont celles où la France, essayant de formuler une constitution démocratique, cherche à accorder ses institutions politiques et ses institutions sociales.
Après les éludes consacrées à la politique charitable des assemblées révolutionnaires, vient logiquement Tétude des mesures d'assislance (^ui embrassent la période allant du ti4 février 1848 au î2 décembre i85i.
Vn travail ultérieur aiu'a pour objet l'exposé de l'assistance sociale et de l'assistance privée sous la troisième République.
(^omme la Révolution iW 1789, la Révolution de 1848 fut, suivant l'expression de Lamartine, le produit d'une idée morale, d'une raison, d'une logique, d'un sentiment, vers un
6 t/assîstaxck de 1848 a t85i
meilleur ordre de gouvernemenl et de soeiélé \ Il y a donc plus d'un point de contact entre les mesures prises aux deux époques pour soulager les désliérités. A soixante ans de distance, le mouvement politique et le mouvement social subissent le même contre-coup.
A ses débuts, la Révolution de 1848 a U» même idéal que la Constituante : elle rêve, elle aussi, de libérer la société de la servitude de la misère. Elle revient à Tidée révolutionnaire du Comité de mendicité et de la Rochefoucauld-Liancourt, c'est-à-dire à l'assistance de l'Etat étendue au cycle complet de la vie humaine, du berceau à la tombe, à la notion d'une société protectrice penchée maternellement sur l'homme à toutes les étapes de sa marche d'épreuve, pour le soutenir ou le relever, jusqu'à l'heure du repos définitif.
Pour le Gouvernement provisoire, le droit au travail apparaît comme une panacée: il s'explique par la poussée des systèmes socialistes, par la générosité d'une génération éprise de justice, par le désir aussi d'acquitter la traite signée au peuple de Paris pour le payer de ses « trois mois de misère ». On sait que l'illusion fut courte : les journées d(* Juin suivirent la dissolution brutale des ateliers nationaux. Ce fut le début du malentendu qui aboutit à la chute de la deuxième* République. La bourgeoisie, menacée et apeurée, recula. L'Assemblée, encore tout émue de la crise où elle avait failli périr, reprit le débat sur le droit au travail et sur le droit à l'assistance, pour formuler obscurément sa pensée dans le paragraphe 8 et dans l'article i3 de la Constitution du 4 î^ovembre 1848.
Comme son aïeule de 1789, elle ne laissa à la Législative, sauf la loi sur l'Assistance publique à Paris, que des matériaux inachevés : les procès-verbaux de la commission d'assistance, l'enquête commencée par sa commission du travail, le projet Dufaure et le rapport d'Athanase Coquerel.
La Législative marqua l'apogée du catliolicisme social dont
I. Lainarline, Ifistoire de in Hn^olution de iH^H^ l. 1", p. 5.