CHAPITRE PREMIER
le représentant le plus utile fut le vicomte de Melun. Les débats de sa commission d'assistance furent marqués par la lutte entre lui et Adolphe Thiers, qui incarna les id^es de résistance de la majorité conservatrice.
Cette lutte n'empêcha pas le vote de lois utiles, inspirées à la fois par une expérience pratique des besoins des pauvres et par ime inspiration délibérément confessionnelle. La Législative s'occupa de la jeunesse ouvrière, de la jeunesse détenue, des enfants assistés; ses lois sur les logements insalubres et les bains gratuits améliorèrent l'hygiène de l'habitation et l'hygiène de l'habitant; les prétoires et les mairies furent plus accessibles aux pauvres, dont le mariage fut facilité et la défense en justice assurée. L'assistance hospitalière fut décentralisée et coordonnée ; les sociétés de secours mutuels reçurent leur première charte de liberté, et la fondation de la Caisse nationale des retraites sur la vieillesse ftit l'origine du mouvement qui pousse les salariés à assurer leur lendemain.
D'autres réformes allaient être discutées quand le coup d'Etat du 2 décembre envoya pêle-mêle les partisans et les adversaires du droit au travail sur les plages de l'exil ou dans les casemates du mont Valérien.
Il serait injuste de dire que, depuis la fin de la Convention jusqu'à la Révolution de 1848, l'assistance n'aît pas eu d'histoire. C'est l'honneur de notre pays que, sous tous les régimes, même les plus absolus, il se soit trouvé des penseurs pour étudier les problèmes sociaux et des hommes d'action pour chercher des remèdes aux souflfrances individuelles. La Révolution, obéissant à son instinct de logique outrée, avait supprimé l'assistance privée. Celle-ci n'avait point de place dans le système d'assistance publique obligatoire et méthodique édifié par les constructeurs de la Constituante et de la
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Convention. Nous avons essayé, dans un précédent ouvrage, de démêler les causes de l'échec de cette tentative et de montrer comment TÉtat, demeuré face à face avec l'individu, devenu Tunique trésorier et Tunique distributeur des secours publics, ne put suffire à sa tâche. Dès que la Révolution s'arrêta, Tassistance privée, dont elle avait cru pouvoir se passer, se réveilla de sa torpeur. Avec le Directoire, les sociétés de bienfaisance commencèrent à relever leurs ruines; l'administration favorisait leur restauration et s'occupait de les ramener sous une direction centrale '. L<"s grandes sociétés charitables, composées de laïcs, qui s'étaient formées avant la Révolution, sous l'inspiration des philosophes, la (Uiarité maternelle, la Soc*iété philanthropique, secouèrent leur léthargie et se remirent à pratiquer les formes de secours les plus ingénieuses. L'Assistance pul>lique, au contraire, désorganisée, vit ses ressources diminuées et son action ralentie. Le Directoire eut Tintuition de ses devoirs envei^s les deshérités. En 1799, François de Neufchàteau, l'ancien directeur, redevenu ministre de l'Intérieur, conçut le projet dt* faire recueillir, traduire et publier en France les documents les plus instructifs « sur les établissements d'humanité que possédaient les nations laborieuses ». Duquesnoy, l'ancien <x)nstituant, membre du Conseil général des hospices, commença cette publication qui fut achevée en Tan XI'. Assislance, hygiène, économie politique, pédagogie, prisons, les trente-neuf mémoires publiés en quatre années forment une encyclopédie charitable. Au Directoire, il faut également faire honneur de la réorganisation des bureaux de bienfaisance et de celle des conunissions administratives des hôpitaux.