‹ L'assistance sous la seconde républiqueChapitre 114 sur 150 · CHAPITRE SIXIEME l6l · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME l6l

qu*on ajoutât « avec l'approbation préalable du gouvernement »; il cita le code ecclésiastique, l'ordonnance du 24 juillet 1816, qui donnait au ministre de la guerre la nomination des aumôniers d'après le choix de l'évoque. « Le texte proposé tue l'administration civile dans les hôpitaux; qui a le droit d'agrément doit avoir le droit de révocation. L'évêque n'a que les pouvoirs spirituels. » « Qu'est-ce qui reste alors? dit M. de Cuverville. » « II reste la fonction, répondit Schœlcher, et, avec la fonction, le traitement. Je ne suis pas du tout révolutionnaire. (Rires à droite. Ah! dans cette occasion!.,,) Je m'empresse d'ajouter : dans cette occasion. Je me borne à introduire dans la loi ce que la Restauration, aux premiers jours de son établissement en France, a elle-même reconnu nécessaire. Ce n'est pas, je pense, être trop exigeant sous la République. (Sensation prolongée,) »

Le président Dupin se trémoussait sur son fauteuil. Il n'avait pu s'empêcher d'interrompre : il brûlait du désir de décocher quelque malice à la majorité. Conservateur et gallican, il la trouvait trop ultramontaine.

Il céda le fauteuil au vice-président Daru et monta à la tribune.

« Les évoques, dit-il, sont nommés par l'autorité civile et institués par l'autorité canonique. L'aumônier est un olTicier ecclésiastique, détaché en service extraordinaire, qui peut être attaché à un hospice, à une chapelle, qui pouvait être attaché à un régiment quand il y en avait. »

Pour la nomination, il faut le concours de l'autorité ecclésiastique et de l'autorité civile : « Comme membre, depuis vingt et un ans, du Conseil général des hospices, j'ai vu des conflits sérieux. Il y a eu des aumôniers qui se croyaient en droit de convertir des mineurs au lit des malades (Coquerel : C'est vrai!) sans le conscnlement de leurs parents qui sont d'une autre religion. Les évèques n'ont jamais voulu sévir contre les aumôniers. Il ne faut pas que l'autorité civile reste désarmée.... »

(161) Bibliothèque dhietoire moderne, — UI. n

i6a l'assistance de 1848 a i85i

L'administration civile est un progrès. Va-t-on la remettre en question? Va-t-on livrer aussi Tadministration de toutes les prisons à des congrégations particulières? « Je résiste, comme homme civil, comme homme politique, à une tendance que, depuis longtemps, je vois poindre de divers côtés,... qui se glissera, qui s'insinuera... Car cette tendance s'insinue de ce côté (la droite), comme il y a un socialisme qui s'insinue d'un autre côté (la gauche). » — Audren de Kerdrel interrompit : « Vous n'êtes jamais monté à la tribune contre le socialisme... » — Dupin continua : « Il faut, au besoin, savoir prendre le parti de l'autorité civile, défendre sa compétence, rester ferme sur son territoire, et ici, je suis aussi bon citoyen que bon catholique... Il vaut bien mieux agir avec sollicitude, avec équité, avec justice, avec un bon esprit de législation, que de s'exposer plus tard à des réactions qui n'auraient pas le même caractère...» Il parla des aumôniers de régiment qui engageaient les soldats dans les congrégations : « Aimezvous mieux, interrompit encore de Kerdrel, qu'on les mène au club? »

L'article renvoyé à la commission revint le 7 août devant l'Assemblée. Le paragraphe était réservé, le gouvernement ayant fait observer que la question concernait, non seulement les hospices et hôpitaux mais aussi les collèges et les prisons, et qu'elle touchait au Concordat lui-même. Schœlcher retira son amendement en priant le gouvernement d'agir vite: « Bien, bien, dit Dupin; il n'est pas le plus pressé; le statu quo est pour lui. » — « C'est vrai, répondit M. Schœlcher, c'est lui aujourd'hui qui peut nommer et révoquer \ »

La majorité reculait : l'intervention du vieux Dupin avait arrêté un moment les hommes de la rue de Poitiers.

Tout ce qui, dans la loi du 7 août i85i, concernait l'admission aux secours, l'administration, la comptabilité, a subsisté.

Page 1