‹ L'assistance sous la seconde républiqueChapitre 129 sur 150 · CHAPITRE SEPTIÈME l · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME l

Les philanthropes dont se plaignait Corbon amorçaient le Ibnetionnement de la loi par leurs dons. A Joinville-le-Pont, Chapsal offrait aux cinquante premiers souscripteurs une moitié en sus des sommes versées par eux pendant cinq ans. A Bercy, Chambard doubla la mise de vingt ouvriers déposants. A Rouen, (îerminy, receveur général, offrit cent livretsprimes de 25 francs \

En cinquante-deux ans, du ii mai i85i, date de l'ouverture des bureaux au public, jusqu'au 3i décembre 1902, la Caisse des retraites pour la vieillesse a porté à 484473 comptes individuels 36.712.330 versements s'élevant à i. 241. 245. 771 fr. Malheureusement les versements directs effectués spontanément par des déposants isolés sont rares. « L'ouvrier qui va isolément à la Caisse est un mytiie. » Les versements sont surtout collectifs. Ils émanent des administrations, des compagnies industrielles et des sociétés commerciales qui versent à la Caisse les cotisations de leurs agents, employés et ouvriers et les allocations qu'elles y ajoutent. C'est ce système que pratiquent les sociétés de secours mutuels pour leurs membres, et l'État pour les ouvriers de ses manufactures. La Caisse des retraites a recruté une clientèle sur laquelle elle ne comptait pas : celle des petits capitalistes qui, suivant les avantages et les majorations qui leur étaient consentis, y apportaient en plus ou moins grand nombre leurs épargnes*. Au total, en 1903, le nombre des rentiers inscrits à la Caisse était de 255.364, dont 139.936 hommes et 115.428 femmes, avec des moyennes de rentes respectives de 140 francs et de i44 francs. Sur i3 millions de travailleurs, ces chiffres représentent ime

1. Moniteur du i5 juin et Constitutionnel du a5 juin 1801. Voir aussi Georges Rondel : « l'Assistance et l'Administration », dans le Bulletin du MiniS' tère de VIntérieui% 1940, p. i36. L'auteur développe un projet ingénieux de ligues « contre la misère et la déchéance des vieux » qui auraient pour objet d'encourager les versements aux caisses de retraites et d'assurances, notamment par l'exemple.

2. Sur ces variations dans le nombre des nouveaux déposants et dans le chiffre des sommes versées, voir Imbert, ouvrage cité, p. 36.

i86 l'assistance de 1848 a i85i

proportion de a 0/0. « Près de la moitié de ces privilégiés touchent des pensions dp moins de 5o francs; la moyenne n'atteint pas le taux de o fr. 5o par jour. * »

« On n'atteindra aucun résultat, avait dit M. Thîers, si on laisse l'ouvrier libre. » Cet échec partiel de loi prédit par un de ses adversaires clairvoyants, explique les propositions nouvelles fondées sur l'idée d'obligation. La loi de i85o n'en a pas moins été l'amorce initiale d'une des réformes capitales qui intéressent la démocratie.

La loi du i5 juillet i85o sur les sociétés de secours mutuels procède aussi d'une pensée de prévoyance. « La Mutualité, disait Benoist d'Azy, est œuvre chrétienne, elle substitue l'affection à l'égoïsme, la bienfaisance à l'hostilité; elle complète l'épargne par l'association. » Dans les Caisses d'épargne, « la libre disposition des fonds se prête trop à l'entraînement ou à la dissipation. » La mutualité équilibre les chances en répartissant sur tous une contribution qui profite à ceux qui sont frappés*. Xes sociétés mutuelles avaient de lointaines origines : elles étaient les filles des associations de secours jadis formées dans les corporations de métier; celle de Sainte- Anne remontait à 1694; il y avait à Paris une confrérie placée sous l'invocation de Saint-Jean- Baptiste et autorisée par une bulle du pape Alexandre VII du 3 mars i658 qui « donnait des secours aux malades et des pensions aux vieillards et aux infirmes' ».

En 1848, on comptait à Paris 233 sociétés mutuelles avec

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