CONCLUSION
L*œuvrc sociale des deux Assemblées. — Ses lacunes. — Son caractère. — La République et l'Evangile.
Le lecteur reprochera peut-ôtre à cet essai d'avoir dépassé le sujet. Le reproche est justifié; mais Fécueil était inévitable. Pendant les périodes de révolutions populaires, les problèmes ne se posent pas isolément: ils s'enchevêtrent, et les gouvernements improvisés chargés de les résoudre ne sont pas libres d'adopter des règles fixes ou vme méthode déterminée. La société démocratique brusquement issue de la secousse de Février, surprise de sa victoire, dut chercher à rimproviste par quels moyens elle pouvait s'assurer contre les risques de la vie, et comment, en cas d'imprévoyance, elle pouvait fournir de l'aide à ceux de ses membres malheureux.
Les hommes de 18/48 ont compris pour la plupart que le mouvement populaire qui les avait portés à l'Hôtel de Ville n'était pas fortuit. S'il avait sufli de pousser du doigt le trône de Juillet pour le faire tomber en poussière, c'est que la monarchie constitutionnelle, appuyée sur l'oligarchie censitaire, s'était montrée impuissante à résoudre les questions sociales. Il y eut en Février quelque chose de plus important qu'un changement d'étiquette ou même qu'im changement de régime politique : il y eut un effort d'émancipation sociale, un désir sincère d'améliorer la condition matérielle et morale
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iluplus grand nombre, de corriger les abus du développement de la grande industrie, d'augmenter la masse de bien-ôtre des travailleurs. Le *2^ février, disait Proudlion, fut inauguré le gouvernement du travail. «La Révolution, disait le Gouvernement provisoire à la Constituante le 16 mai 1848, devait s'organiser au prolit du peuple par une série continue d'institutions fraternelles .et tulélaires... qui supprimassent le nom servile de prolétariat et qui élevassent le travailleur à la hauteur de droit, de devoir et de bien-être des premiers-nés à la propriété. » La révolution politique de 1789 et la révolution économique préparée par le macliinisme et la transformation psychologique de l'ouvrier, se rejoignent « en révolution sociale sous la poussée du sufl'rage universer ».
Le suffrage universel, c'est l'accession de tous au droit politique, c'est-à-dire le nond)re dans TEtat, et le nombre», c'est le travail réclamant, lui aussi, ses droits économiques. « En 1792, disait Lamartine dans son Manifeste à l'Europe au lendemain du 124 février, le peuple n'était que l'instrinnent de la Révolution, il n'en était pas Tobjet. Aujourd'hui la Révolution s'est faite pour lui et par lui. Il est la Révolution elle-même. » Républicains et conservateurs avaient compris cette vérité. Des deux côtés des barricades de Juin, on était d'accord sur la portée du mouvement que les uns voulaient précipiter et les autres ralentir. Aucun de ceux qui réflédiissaient à l'avenir, ne pouvait se dissimuler que le peuple étant devenu souverain voulait cesser d'être misérable, et que son droit, connue son intérêt, lui conseillait de se servir de son omnipotence pour essayer d'être moins malheureux. Là est l'explication de la politique charitable adoptée par la Révolution de 1848.
La Constituante prépara les matériaux, la Législative les utilisa pour ses lois d'hygiène, de patronage, de mutuaUté et de prévoyance. La différence des inspirations ne l'empêcha
I. Cf. Charles Benoist, Le travail, le nombre et VEtat. (Revue des Deux ^ f oncles f 1901.)
coNci.tsiox an
pas de comprendre qu'en dépit d(^ la crainte de la « Sociale », son devoir primordial élait de s'occuper législativement des déshérités. «La (Constitution, disait de Melun, s'inspirant d'ime pensée chrétienne, a confié le soulagement de la misère, non seulement à l'Etat, mais à la société tout entière. » Malgi*é ce qu'il y a eu d'incomplet dans leur conception, de défectueux dans leur méthode, les conservateui»s catholiques ont, par la force des choses, travaillé pour la démocratie.
Ortes, la génération de t8^8 a commis de grandes fautes. Mise trop tôt en possession de la République, elle n'en a pas conq)ris les conditions organiques. En livrant l'élection du Président au suffrage universel, en s'affaiblissant par d'irréconc'iliahles divisions, elle a préparé le lit du pouvoir peisonnel. Si son œuvrer politicpie a été néfaste, son œuvre sociale mérite de lui survivre. Elle a caressé cette noble chimère d'un peuple républicain réconcilié avec une religion d'autorité.
<( O qui a fortement germé du vieil enseignement catholi- (pie, — écrivait, (*n i8(>3, l'honnête (x)rl)on, élève de lîuchez et fondateur de V Atelier, — c'est l'esprit de solidarité imiverselle, le sentiment de fraternité des hommes et des nations, l'espérance de la terrestre rédemption morale, intellectuelle et physique du genre humain. Le pur esprit chrétien, bravant les préjugés les plus enracinés, a comblé les abîmes entre les races humaines et brisé les frontières entre peuples. Il a ébauché l'humanité, et la Révolution complétera l'œuvre grandiose. Il est donc rationnel que le peuple qui a été le plus largenu»nt catholi([ue soit maintenant le phis dél(»rminé révolutionnaire \ » Et c'est la même idée que résumait Lamartine on iH/f})'. « Les deux grand(»s conquêtes opimes sont en politique* la souveraineté de tous par le sulfrage universel, en nu)rale, le droit do chacun à la providence de
I. Corluin, Ia' srcrrl du ppuplc do Paris, avril iS(î'5, p. 'in, a. Lumarlinc, Le (Conseiller du peuple, i5 août iS',y : « Lt* travail, rassislance, le crédit ».
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tous, le droit à Tassistance par le travail ou par le secours... La mort par la misère et par la faim est bannie désormais de nos lois économiques, eomme la mort par Téchafaud politique de nos lois i^évolutionnaires... Transportez la charité infinie du christianisme de la conscience de l'individu dans la conscience des gouvernements, vous aurez créé la République impérissable, car vous aurez mis dans votre gouvernement tout ce que le temps contient de vérité et tout ce que TEvangile contient de charité. »
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