‹ L'assistance sous la seconde républiqueChapitre 25 sur 150 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

l*a dit Lamartine, le liasard de leur présence qui, en Fabsence de loi constitutive, dans le vide de toute autorité, faisi^t tout leur titre. Désignés partie par la foule qui avait envahi la Chambre, partie dans les bureaux de la Réforme, choisis au petit bonheur, ils étaient groupés, malgré leurs dissidences, autour d'une idée commune : ils voulaient rendre moins âpres les relations du capital et du ti^avail, supprin[ier ou diminuer l'hérédité de la misère. Dans leurs journaux, dans leurs clubs, dans leurs livres, ils avaient agité les questions sociales avec sincérité et sans vouloir s'embarrasser d'objections. Leur accord cessait quand il s'agissait de l'application et du moment.

Les liommes du National (Dupont de l'Eure, Arago, Marie, Garnier^Pagès, Marrast) se confiaient sans réserve au suffrage universel : il élait pour eux l'instrument suffisant et nécessaire, l'outil de la réforme sociale; aussi le proclamèrent-ils dès le 25, en même temps que la République.

Les hommes de la Réforme (Ledru-Rollin et Flocon) flottaient entre le désir de modifier le salariat par une meilleure organisation du travail et la crainte de laisser glisser la République à l'anarchie. Louis Blanc, secondé par Albert, « une enseigne >;, voulait augmenter par la loi la part due aux salariés dans les profits du travail, aux dépens du capital. Tous étaient d'accord pour accroître les attributions de l'Etat, pour en faire le tuteur des faibles, le prolecteur des malheureux. Ils proclamaient le principe « de la charité entre les différentes classes de citoyens, principe appliqué par toutes les institutions d'assistance, de secours, de bienfaisance, compatibles avec la liberté du capital et avec la sécurité des propriétés; première charité des gouvernements qui veulent conserver la société et protéger la famille' ». « L'Etat, disait Lamartine, providence des forts et des faibles, doit fournir, dans certains cas extrêmes, du travail d'assistance aux travailleurs sans aucune possibilité

I. Lamartine : Histoire de la Révolution de iS^S^ l. I", p. 4i3.

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de se procurer le pain de leurs familles. Le dernier mot d'une société civilisée à Touvrier manquant d'aliments et d'abri ne saurait être l'abandon et la mort : » ce dernier mot doit être : « du travail et du pain^ ». Du travail et du pain ! c'est ce que, le 25 février, le peuple de Paris demandait à ses délégués. Le même problème se pose au lendemain de chaque révolution. D'en bas monte le même cri de misère; d'en haut retombe la même réponse embarrassée, l'indication des mêmes palliatifs : ateliers d'Etat, travail d'assistance, distribution d'alimenls. Il faut apaiser les souffrances des vain(jueurs, empêcher la disette, et, fùt-on révolutionnaire, assurer Tordre matériel.

Ce fut la tâche de Lamartine. Sept fois, dans la nuit du î24' il quitta son cabinet de l'Hôtel de Ville pour haranguer la foule et demander aux assiégeants « l'obéissance ou la mort ».

« A bas rciulormeur ! la tête île Lamartine ! crient les uns ! »

— « Ma tète, répond-il, plût à Dieu que vous l'ayez tous en ce moment sur vos épaules ! Vous seriez plus calmes et plus sages. »

— « Nous savons que tu es brave et honnête, lui crie nu autre, mais tu n'es pas fait pom* te mesurer avec le peuple : tu endormirais sa victoire ; tu n es qu'une lyre, va chanter ! ^. »

Il ne suflisait pas de chanter, il fallait poiu'voir à l'approvisionnement, rétablir la circulation suspendue par les barricades, débarrasser la place pul)lique de la foule des sans- Iravail. Dès le 26 février, le Gouvernement provisoire annonçait aux acclamations du peuple « que des ateliers de travail nationaux seraient ouverts aux ouvriers sans salaires » ; Le même jour, décret pour rendre aux déposants du montde-piété, « ceux de leurs objets, dont la valeur ne dépassait pas 10 francs ». Le même jour, enfin, décret sur le droit au travail, signé seulemenl de (iarnier-Pagès, maire de Paris, et de Louis Blanc :

l^ GouverncHwnt provisoin» de la Kéj)uhlique française s'en- .

1. Lamartine : Histnirr de la Hêvolation de iH^H, t. ï", p. ^3.

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