CHAPITRE DKUXIEMK
les ouvriers de 17 à 25 ans devaient dès le lendemain contracter des engagements dans l'armée : toutes ces maladresses aboutirent à la bataille de Juin. Les ateliers nationaux ne relèvent de notre sujet que comme mesure d'assistance. Ils ne furent pas une institution, un système : ils furent « luie fatale et courte nécessité de la circonstance, cpiand le peuple pleurait devant nous, en nous demandant non pas ces droits chimériques dont on le berce, mais en nous demandant seulement la providence de la société et de la République pour ses misères, du pain pour lui et pour sa famille... Il avait la société dans sa main et il la rapportait intacte dans la nôtre \.. Ce fut un secours d'assistance et de politique; car, sans ce subside des riches pour nourrir les pauvres, que seraient devenus à la fois la propriété et l'indigence ? L'une aurait été ravagée ou l'autre serait morte de faim : deux crimes dont un gouvernement prudent pour les riches, cordial pour les pauvres, ne pouvait être l'exécuteur*».
Le plan du Gouvernement provisoire et de la commission executive eut été d'organiser de grands travaux publics, de préparer « des lois de paupérisme larges et d'une intention évidente d'assistance aux misères réelles ». Cette tâche était dévolue à Trélat, « minisire connu et aimé de la partie souffrante du peuple ». Les violences du parti conservateur déjà mal disposé pour la Républicpie, la crainte de « ces foyers actifs de. fermentation menaçante ' », jetèrent les travailleurs sur le pavé et mirent aux prises les républicains abusés et les républicains apeurés, poussés les uns contre les autres par les fauteurs de coups d'Etat.
La crise des premiers mois de 1848 peut se comparer à celle des ateliers de charité de 1789 organisés contre le chô-
1. Lamartine, discours sur le droit au travail, Compte rendu des séances de V Assemblée nationale constituante, t. IV, 19 sqq.
2. « La faim ne s'ajourne pas », a-t-il dit ailleurs encore. Ce mot lui a clé sans doute inspiré par IHnterpellation adressée, place de THôtel-de- Ville, à François Arago : a Ah î monsieur Arago, on voit que vous n'avez jamais eu faim ».