‹ L'assistance sous la seconde républiqueChapitre 33 sur 150 · Le mot est de M. de Falloux · texte numérisé non relu

Le mot est de M. de Falloux

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mage par le Comilé de mendicité et par la municipalité de Paris. Les deux expériences échouèrent pour les mêmes causes : concentration des ouvriers qu'il eût fallu disséminer, facilité des admissions, inertie et défaut d'aptitude des travailleurs embrigadés, mélange et confusion des professions sur les chantiers, fermentation politique développée par l'oisiveté \ En 1789 comme en 1848, ce qu'on voulait c'était débarrasser la capitale, assurer la sécurité de la rue, offrir un travail provisoire aux pauvres valides ; ce fut de plus pour les hommes de Février un moyen de contrebalancer la commission du Luxembourg. Quand vint la liquidation, la Constituante de 48 échoua là où celle de 89 avait réussi. En I79i,ime série de décrets prudents assurèrent « la rupture des ateliers de travail » presque sans troubles. L'expérience et l'humanité du duc de Liancourt ne furent pas étrangères à ce résultat. La question des ateliers de travail ne ralentit pas la marche de la Révolution : au contraire, en 1848, les haines sourdes des uns et les manœuvres des autres entraînèrent une dissolution brutale et faillirent faire sombrer la République.

La proclamation du droit au travail fut une des causes des journéesdc Juin.<(Ce n'était guère le respecter, a dit Proudhon, que de faire remuer de la boue par 100.000 hommes et d'en enrégimenter aS.ooo autres sous prétexte que l'Etat n'étant, ne pouvant, ni ne voulant être ni agriculteur, ni voiturier, ni industriel, ni commerçant, n'avait pas de travail à donner aux ouvriers. »

On peut suivre, jour par jour, dans les débats de la Constituante, la trace des déviations qui, des enthousiasmes

i. Voir noire livre sur La Roche/oHcaiiUl-Liancourt, p. 164 sqq.

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de Février, firent reculer les Assemblées jusqu'à la réaction de i85o\

Le Comité de Constitution avait été formé le i8 mai : il était composé de i8 membres. Le président était Cormenin, jadis pamphlétaire, démocrate et catholique. Avec lui siégeaient Dupin, gallican et sceptique, des libéraux orléanistes, de Beaumont, Vivien, Alexis de Tocque ville ; des résidus de l'opposition dynastique comme Odilon Barrot, Dufaure; un homme du National, Marrast ; un ouvrier, Corbon ; des républicains de la veille, Thouret et Vaulabelle ; Victor Considérant y représentait le fouriérisme ; Lamennais donna sa démission dès le début.

Le droit au travail et le droit à l'assistance ftirent d'abord discutés en mai, au moment du débat sur le préambule. « Je n'aime pas, avait dit Marrast dès les premières séances, qu'on pose en tête de la Constitution dçs maximes théâtrales, ni qu'on ait la préoccupation de faire à toujours; il n'y a, point d'idéal à faire dans une Constitution ; il faut n'indiquer que ce qu'on peut réaliser prochainement. » — « Depuis longtemps, ajoutait Odilon Barrot, nous travaillons en idéologues plus qu'en hommes d'affaires. » Malgré ces sages paroles, on se mit, à la façon du xviii« siècle, à déiinir les devoirs de l'homme vivant en société. Ces devoirs, disait le premier projet, sont l'obéissance aux lois, la défense de la patrie, la pratique de la fraternité : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fit à toi-même. » D'autres membres demandaient qu'on ajoutât : « Faites constamment aux autres le bien que vous voudriez qu'on vous fit. »

Le droit au travail vint pour la première fois devant la commission le 23 mai. Victor Considérant parla en politique :

Le droit au travail est à proprement parler la conquête de la

I. Outre le Compte rendu des débats de l'Assemblée, nous avons consulté, aux Archives de la Chambre des Députés, les deux registres de procèsverbaux du Comité de Constitution (n° SiS-Sgi, (\i et 4i). Ces documents, c\éjà signalés par le regretté Henry Michel, sont précieux pour l'histoire des partis sous la seconde République.

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Révolution de Février. Si ce droit n'est pas nettement reconnu, les ouvriers penseront que la Révolution est encore escamotée.

Le droit au travail est le corrélatif du droit de propriété.

I^ base du droit de propriété est ceci : F homme crée des valeurs ; il est en quelque sorte, sous ce rapport, le continuateur de Dieu. Il est naturel que ces valeurs créées deviennent sa propriété ; mais la société ne s'est pas arrêtée là, elle a conféré aussi la propriété de la terre, quoique la terre ne soit pas Toeuvre de Fhomme.

Gomme chacun a droit à la terre et' que cependant la société ne donne pas de terre à tous, ceux qui n'ont pas la terre doivent jouir, à titre d'équivalent, d'un droit au travail.

Le droit consiste-t-il à venir demander à la société du travail pour chacun de ses membres et selon leur choix ? non. Le droit au travail est de même nature que le droit à l'instruction. Il ne faut pas que le travail soit assez attrayant pour arrêter l'elTet des industries particulières ; il faut renvoyer dans leurs départements, pour les employer à des travaux généraux, ceux qui réellement ne trouvent pas d'ouvrage. Le droit au travail ne peut être appliqué que progressivement, mais il est essentiel de le reconnaître.

Beaumont de la Saflhe, l'ami de Tocquc ville, ne lit pas d'objection.

Je me rallierais à la pensée de M. Considérant, si l'on pouvait placer, à côté du principe qu'il veut poser dans la Constitution, le commentaire si raisonnable qu'il a donné de ce principe. Mais si on expose dans la Constitution le principe absolu, je crois qu'on s'expose à ruiner la société ou à tromper le peuple.

Ce qu'on appelle le droit au travail me parait une question mal posée ; le vrai droit qu'il faut reconnaître à l'homme, c'est le droit de vivre.

Le premier moyen de vivre, c'est la propriété; la Constitution doit garantir les moyens d'acquérir la propriété, la liberté du travail.

Dans l'état actuel de la société et de la législation, les ouvriers ne jouissent pas de la liberté du travail, ils sont sous la pression du maître.

La loi autorise toutes sortes de moyens qui entravent leur liberté, ainsi les livrets, les règles contenues dans le code civil, l'interdiction de l'association entre les travailleurs, l'absence d'instruction professionnelle, tout est arrangé pour enchaîner leur liberté et leur refuser les moyens d'acquérir la propriété. Voilà ce à quoi il faut pourvoir.

Mais si on proclame le droit au travail, c'est une chose dangereuse, car, une fois que le droit sera proclamé, l'ouvrier ne recherchera plus les moyens de travailler; ou bien si, pour réaliser le

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