‹ L'assistance sous la seconde républiqueChapitre 5 sur 150 · CHAPITRE PREMIER II · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER II

côihilës se forment pour le placemeni des orphelins, pour les secours aux vieillards, pour le relèvement des mendiants. Des femmes généreuses, mesdames de Lafayette, Say, Belloe, se consacrent « à l'amélioration évangélique de l'espèce humaine ». La Société de morale chrétienne étudie, suivant le mot de Louis Guisard, un de ses fondateurs, la philanthropie, « c'esl-à-dire la méthode philosophique d'aimer et de servir l'humanité ». « II y a, dit Hippolyte Carnot en i832, quelque chose de faux et d'anti-social dans le principe sur lequel reposent nos institutions de bienfaisance et qui sert de mobile à la charité privée; c'est la supposition qu'à tout jamais il doit exister une classe pauvre vivant des libéralités du riche. La réciprocité des services est la base et la vie de toute société... Il faut que la prévoyance sociale, qui ne place nul homme dans la dépendance d'un autre homme, mais chacun sous la protection de tous, s'attache à ne laisser aucun citoyen inutile dans l'Etat, aucun sans les moyens de se créer à soi-même un avenir \ »

Les journées de Juillet marquèrent la victoire politique de la Société de morale chrétienne. Malheureusement, ime fois au pouvoir, une partie de ses fondateurs oublièrent leurs préoccupations sociales.

Le bilan d'assistance du gouvernement du Juillet n'est guère plus important que celui de l'Empire ou de la Restauration. 11 serait injuste de lui appliquer à la lettre le mot que le ministre d'Etal, Rouher, lui décochait au Corps législatif en 1864 : « Rien, Dix-huit années de goiwernenient parlernenlaire ». On connaît la réponse que publia sous ce titre M. de Montalivet. A l'actif du règne de Louis-Philippe, on peut citer : la réforme pénale de i83î2, la loi sur le travail

I. Discours du 17 avril i8'J7. (Papiers de famille). Sur la Société de morale chrétienne, cf. La Hochefoiwnnld'Liancoart, p. 492, sqq.

l'j i/assihtaxce I)K 18^8 A iS;")!

dos enfanls dans les manufactures, les iiislitutions on Tavour dos jeunes détenus, et suiloul le développenienl des caisses (réparçne passant de treize à trois cent cinquante-neuf avee 3(>3 millions de fonds. Son plus beau titre de gloire fut la loi Guizot sur Tinstruclion primaire, complétée par les cours d'adultes, par les salles d'asile, par les crecli(»s, par Tordonnance de i836 sur les écoles de tilles: en 18^8, ï5,ooo écoles populaires étaient fréquentées par plus do 2 millions de jeunes garc^-ons; ï,86i salles d'asile recevaient 124,000 enfants. Ce no fut qnà la veille do la Révolution do 1848 que le ministore (niizot présenta aux (Chambres un plan de réformes sociales, comprenant les monts-de-piélé, les caisses de retraite et la mise on valeur des biens communaux \

« N'ost-on pas tenté de regretter, dit M. Thureau-Dangin, que le gouvernement d'alors n'ait pas fait un peu plus montre do l'intérêt qu'il témoignait aux travailleurs? Ceux-ci, on le voyant presque toujours absorbé, au moins on apparence, par des questions qui \w les loucbaieni aucunement, étaient plus disposés d'écouter le sophiste cpii ailectait au contraire d'être occupé exclusivement do leur cause. D'ailleurs, il faut bien l'avouer, une partie de la bourgeoisie oubliait troi)sos devoirs

envers l'ouvrier Kilo no savait pas assez regarder on haut

et aimer en bas Do là le cri do révolte et d'envie qui semblait parfois répondre d'en bas au cidle du veau d'or (jui régnait on haut *. »

Ortos de grands progros économi(|uos furent réalisés pendant ces dix-huit années : le dévolopponuMit dos voies d(» communication, la création des chemins de for, l'îibondance

1. Monlalivel, liicn, dix-huil années dr ^aiwcrnemcnt parletncntairCy p. ii5, 321, sq<|.

2. P. Tlmreau-Dangin, Hwloire de la Monarchie de Juiiiel, t. VJ, p. 149. « La }>ourgeoisic, dit le doclrur Vcron, ne se préoccupait des classes laborieuses que pour répandre sur elles les secours d'une inépuisable bienfaisance: elle ne songea à aucune institution i)olitique, hygiénique ou linancière pour leur bien-être et leur avenir; elle encouragea seulement rétablissement d'un grand nombre de caisses d'épargne. » (Mémoires dUin iwnr^eois de Paris, t. IH, p. 38^.)

CHAPITHK PUEMIKU l3

et le bon marelié des objels de eonsommalion. Mais la rançon du progrès industriel, c'est une forme nouvelle de pau[)érisnie avee son eorlèfi^e de misères « rendues plus insupportables par le voisina^^c» et 1(î eonlrasU» de la richesse que ce^ misérables conlribuaienl à créer' ». Plus une société est prospère» et civilisée, plus elle ccmlracle le devoir dVxercer la bienfaisance grâce aux ressources (pi'elle lire de la richesse générale ; sinon elle encouri « le r(»proche (rindillérencc^ et de* cruaulé »'. En lace du prolélarial, fils naturel de l'organisation industrielle, la société bourgeoise de Juillet négligea le perfectionnement moral des masses et leui' amélioration nuitérielle : (»lle s\mt<erma dans son impassibilité. « Pour avoir raison du socialisme, il ne sullisait pas de prouver qu'il avait tort, il fallait supprimer ou soillag(*r les soidfrancc^s (pii étaient après tout sa principale raison (rèlre \ »

Les enquêtes ollicielles révèlent des résultats ailligeants.

En 1840, Allleneuve-Bargemonl, préfet philanthrope et socialiste chrétien, relève un chilire de i,()oo,ocm) indigents dont T98,(M)o mendiants, soit un indigent par vingt habitants. Lille* compte 212,000 pauvres sur 7o,o<m) habitants; /[,ooo malheureux végètent dans des caves souterraines, étroites et basses, privées d'air oi d(» lumière. « Le jour y arrive une heure plus tard que poin* les autres hommes et la nuit une heure plus tôt. » Rue Saint-Sauveur, rue des Etaques, cours du Sauvage, place aux Oignons « vit une imputation de parias ». Les vieux couchent sm la terre nue, sur des débris de paille de colza, sur des fanes de |)onnnes de terre desséchées. Faut(» de combustible, les fennnes brûlent de vieilles chaussures de cuir. Sur î21,o(M) enfants, il en est mort 2o,j(M> avant TAge de cin(| ans. Mêmes souHrances à Rouen ; ménies caves homicides ipiartier Martinville, rue de la Bassesse, impasse du (Uoacpic*; les entants atteints de» scrofule,

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