CHAPITRE PREMIER lO
rent les campagnes et metteut à contributioii la charité privée, ([ui n'est pas inépuisable et qui, bientôt, sera forcée de réduire ses aumônes journalières. » Le préfet du Rhône est tragique : « Tout le passé nous répète, de sa voix puissante, que la misère de ces classes, auxiliaire ou point de mire perpétuel des agitateurs, fut, dans tous les pays, sous tous les régimes et dans tous les temps, dès avant les Gracques jusqu'à nos jours, une source ou un prétexte de troul>les civils, un drapeau dans les guerres intestines el, trop souvent, la cause secondaire ou primordiale des révolutions ^ . » Personne n*a eu une vue plus exacte que Lamartine des conséquences sociales de Findustrialisme. Dans son discours de décembre 1844 «ui* 1^ droit au travail, il montre, à la suite du développement de la production, « les armées d'ouvriers dont le travail, immense comme les capitaux qui remploient, chanceux comme la spéculation qui le commande, mobile comme la mode qui le consomme, n'a pas les conditions de régularité et de fixité des industries domestiques. Les grandes usines de la Loire, du Rhône, de l'Alsace, des Vosges, du Nord, appellent ou enrégimentent au nombre de 6 ou 700.000 les familles d'ouvriers, instruments des grandes industries de la soie, des cartons, des draps, des fers ; peuple sorti du peuple, nation dans la nation, race dépaysée qui a pour unique capital ses bras, poui' terre un métier, pour foyer un toit emprunté, pour patrie un atelier, pour vie un salaire. C'est une caste flottante dont les cadres sont brisés, qui ne sait faire qu'une seule chose, et qui, lorsque son métier tout spécial et ses vivres viennent à manquer, se répfind, s'extravase sur la nation sous forme de coalitions, d'émeutes, de vagabondage, de vices, de lèpre, de misère, (rest là ce qu'on appelle proprement les prolétaires, race destinée à peupler le sol, espèce d'esclaves de l'industrie, qui servent sous le plus rude des maîtres, la faim* ».