‹ L'Assistance Technique Aux Petits PsychopathesChapitre 3 sur 13 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Il y a un peu plus d’un siècle, la médecine bornait ses soins aux maladies « du corps ». Les troubles de la « mens », la pathologie mentale, les « maladies de l'âme », n’appartepaient déjà plus entièrement, à vrai dire, aux superstilions médiévales qui en faisaient des « phénomènes diaboliques », mais elles relevaient encore de la littérature, de la philosophie, des interprétations mystiques ou imaginatives, et non de l'observation, de la science et de la raison.

La société ne voyant, dans ces êtres étranges (pour lesquels d’ailleurs, elle ne pouvait rien), que des éléments de dangers ou de troubles, ne songeait qu’à se protéger contre eux. À Paris, les fous d’un certain rang allaient à la Bastille et les autres à Bicêtre ou Charenton. |

Pinel, rompantavec les fantaisies etles hypothèses, applique aux aliénés la clé de la médecine, l'observation pure ; l’aliénation mentale est ainsi résolument orientée vers la science, à la lueur de laquelle on peut

établir des classifications, donc des catégories de maladies.

Les chaînes des aliénés tombent, les emprisonnements de délirants — des malades désormais — ces- . sent ; les continuateurs de Pinel, Esquirol, Bayle, et autres, s’acharnant à décrire ce qu'ils voient, à classer ce qu'ils décrivent, fondent une science clinique de la folie, qui permettra à Morel de parler, dès 1865, de prophylaxie et de thérapeutique mentales. :

Mais la société ignore tous ces grands travaux, tous ces beaux espoirs ; le fou, pour elle, c'est toujours l’être nuisible, dont il n’y a rien à attendre hormis le mal, et, comme autrefois la Bastille, elle dresse contre lui la loi de 1838, d’une logique implacable : tout aliéné sera mis hors d'état de nuire par un internement dans un asile — à titre de protection sociale ; quiconque n’est pas vraiment fou sera, par cette même loi, défendu contre toute possibilité d’internement arbitraire — protection individuelle.

La science psychiatrique a progressé depuis Morel : les règles de la prophylaxie mentale sont, en grande partie, connues ; des tentatives de thérapeutique ont donné des espérances, la psychologie appliquée, la pathologie du système cérébral commencent à sortir de l'obscurité qui nous les dérobait jusqu'ici ; rien ne manque plus pour encourager les efforts utiles — pas même l'intérêt immense que doivent présenter pour nous, les malheureux militaires condamnés,par des faits de guerre —- peut-être héroïques — à une

— 3] — fragilité mentale et à des soins spéciaux périodiques — pas même les espoirs de la psychiatrie, définitivement entrée dans le domaine de la science.

Et cependant, pour les psychopathes légers sans

fortune, la situation est sensiblement la même qu’il

y a cinquante ans ; une distinction tranchante, calquée sur la lettre de la loi de 1838, sépare les malades en deux catégories : sont ils dangereux pour euxmêmes ou leur entourage ? alors, qu’on les enferme !

sont-ils simplement des « nerveux » ? La société et

la médecime générale ne peuvent rien pour eux. Nou: voudrions montrer que l’expérience, les faits,

prononcent aujourd’hui la caducité de cette concep-

tion, que la science actuelle désigne d'autres buts aux initiatives sociales, aux applications techniques.

C’est cette fechnique réalisable que nous nous proposons d'étudier ici.

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