‹ L'Assistance Technique Aux Petits PsychopathesChapitre 4 sur 13 · APERÇU HISTORIQUE · texte numérisé non relu

APERÇU HISTORIQUE

En 1907, à la suite de la publication du livre de Beers : À mind that found itself, un mouvement se dessine, aux Etats-Unis, en faveur de l'assistance pratique non pas seulement aux aliénés, mais aux fragiles mentaux menacés de le devenir.

Le D: René Cony a relaté (1) comment, en 1912, ce mouvement aboutit à la création du Comité national d'hygiène mentale et quelles initiatives, jusque-là isolées, stériles ou latentes, vinrent s’appuyer sur lui. \

Les Américains, considérant les maladies mentales comme des affections issues soit d'infections ou intoxications (paralysie générale, démence précoce, alcoolisme, toxicomanies diverses, etc.), soit d’une viciation par un fonctionnement défectueux, excessif ou pervers (manie, mélancolie), se proposent logiquement, de faire disparaître d’abord ces causes multiples avant qu’elles aient produit des effets désastreux. Ils appellent donc l’attention de tous, ouvriers, patrons, employés, industriels, éducateurs, magis-

1. René Cony, Le rôle de la prophylaxie mentale. Th, Paris, 1921.

trats, etc., sur le danger des petits signes psychopathiques, précurseurs de troubles parfois irréparables. Brochures, tracts, conférences populäires, ouvrages techniques, revues spéciales (1) sont prodigués à tous, les uns au grand public, les autres appropriés chacun aux personnalités auxquelles ils s'adressent, à tous ceux qui ont une influence, morale ou officielle, sur des cerveaux humains. Tous les intéressés sont conviés à venir prendre, dans des dispensaires de psychiâtrie, tous les renseignements utiles à leur cas, tous les conseils et éclaircissements capables soit de conjurer les dangers éventuels soit même d'améliorer leur situation. |

Au dispensaire, on étudie les réactions mentales, les aptitudes (2) tout comme à l'hôpital on étudie la perméabilité rénale, la fonction hépatique par les repas d’épreuve, les colorants et les dosages chimiques, puis, on recherche si le milieu, l’ambiance, le travail, les occupations du sujet étudié sont en rapport avec les données établies. Un corps de visiteuses spécialisées, recrutées avec soin et éduquées dans ce but, se charge des enquêtes nécessaires ; leur sagacité découvre généralement dans le modas vivendi de l'intéressé, les circonstances défavorables à son hygiène mentale, et les médecins des dispen-

1. Le Mental hygiene, revue trimestrielle, organe du Comité national d'hygiène mentale, à

2. C’est l'étude scientifique des aptitudes individuelles qui a permis, entre autres, à l’enirée en guerre des Etats-Unis, d'établir un cadre

solide d'officiers, de spécialistes dans les divers rouages de l’armée

américaine el d'éviter les gaspillages et désordres qu’aurait causés la présence de militaires inadaptables, encombrants ou nuisibles.

A y, des > ie

-Saires peuvent se prononcer en toute connaissance

de cause.

C’est ainsi que l’on fait changer de milieu (et même de métier s’il le faut : des bureaux spéciaux de placement s'occupent activement des spécialisations d’emploi)les sujets mal adaptés, vivant dansles mauvaises conditions mentales qui sont à la base des psychoses aiguës; et, en même temps, on pratique l'hygiène générale contre les causes toxiques ou

infectieuses, on aide matériellement s’il le faut, les

travailleurs ébranlés, menacés de « perdre pied ». Voilà donc préservée une première catégorie de psychopathes légers qui auraient pu, abandonnés à

eux-mêmes, fournir un contingent de fous, à charge

à la société peut-être pour le reste de leurs jours.

Mais il en est d’autres, plus atteints, auxquels il faut plus que des conseils et une aide matérielle ; des services spéciaux de psychiatrie lenr offrent une hospitalisation sans tracasserie, sans procédure ; les malades entrent comme dans un hôpital ordinaire, en sortent de même ; on les soigne, c’est tout. Nous voilà loin des formalités stigmatisantes de l’internement dont nous faisons, en France, la condition première de tout soin à un malade mental... qui, d’ailleurs, se trouvera confondu, de ce fait, avec la foule des aliénés chroniques.

Enfin, les malades auxquels il faut non seulement l’hospitalisation mais l’internement temporaire, ne sont soumis à ce moyen d'extrême rigueur que juste pendant le temps strictement nécessaire à leur amé-

lioration ; dès qu’on peut suspendre ce pis-aller, on remplace cette coercition brutale par une surveillance, donvant les garanties nécessaires : le convalescent est libre sur parole (parole system): le malade a le maximum de liberté compatible avec le maximum de sécurité sociale.

L’Angleterre, la Suisse, l'Aliemagne, ont, peu à peu, apprécié les résultats significatifs de l’expérience américaine, et adopté ces innovations.

En France rien n’a été fait dans ce sens, sauf peut-être de donner l’idée première de ces conceptions scientifiques. |

« Bien avant l'impulsion américaine, en effet, le Dr Toulouse avait nettement posé le problème de l’application sociale de la psychologie et de la psychiâtrie (1). Il inspira les premières recherches pour la sélection des travailleurs (2) et demanda, il y a plus de vingt ans, la création d’un laboratoire du travail qui fut ultérieurement réalisé au conservatoire des Arts et Métiers. Son collaborateur M. Lahy fities premiers essais de sélection professionnelle par les épreuves psychophysiologiques ».

Ce n'est qu’en 1918 que ces tendances se sont traduites par un mouvement en faveur de l'hygiène mentale, à la suite du rapport rédigé par le D' Toulouse pour la société médicale des asiles de la Seine.

1. Voir notamment D' Toulouse, les Causes de la folie, Comment former un esprit, Enquête médico-psychologique sur les rapports dw génie et de la névropathie, t. 1; Emile Zola, t. IL; H. Poincaré, Quinze ans d'initiative dans les asiles.

2. Toulouse et Piéron, Technique de psychologie expérimentale.

FR C'ENER

Ce rapport, et le programme de réformes qui en

était la conclusion, servit de base à l'institution du Comité d'hygiène mentale créé par le Ministère dé l'Hygiène le 12 avril 1920.

Pour appuyer les efforts du comité, pour diffuser

plus profondément dans les massesles notions néces-

saires de l’hygiène mentale, pour étendre de la façon la plus large le bénéfice général des principes floris sant aux Etats-Unis, le D: Toulouse fonde, en octobre 1920 la Ligne de prophylaxie et d'hygiène mentale qui fait appel, à titre de collaborateurs, à toutes les compétences, à titre de membres participants à toutes les bonnes volontés (1).

Bien secondé par le D" Genil-Perrin, le D' Toulouse poursuit parallèlement la propagande devant Jecorps médical (2), puis dans les milieux intéressés, industriel, philanthropique, technique ou populaire (3).

Les grandes réformes techniques réclamées tiennent en 3 chapitres :

1° Donner aux petits psychopathes — dont les

1. But : « L'étude et la réalisation des mesures propres à favoriser la prophylaxie des troubles mentaux, à améliorer les conditions de traitement des psychopathes, à développer l'hygiène mentale danë le domaine de l’action individuelle, scolaire, professionnelle et sociale. »

2. Toulouse et Genil-Perrin, Organisation technique de la prophylaxie mentale. L'organisation de la prophylaxie mentale en Suisse (Annales médico-psrchologiques, décembre 1920, p. 5ro et 528).

3. Toulouse et Genil-Perrin, Rapport à la Société internationale pour l'étude des questions d’assistance, 30 juin 1920 (in Revue philanthropique du 15 septembre 1920). Genil-Perrin: Sélection psychophysiologique des travailleurs, l’Outillage, novembre 1920; id., l'Hygiène mentale à l'atelier, in l’Opinion, novembre 1920, etc.

troubles, légers, sont compatibles avec un emploi, — les conseils, au besoin les moyens que leur offrent, en Amérique, les dispensaires psychiatriques ;

2° Créer pour les malades plus atteints qui ont besoin d’une hospitalisation, des services ouverts dans les asiles ;

3° Restreindre au minimum, en s’appuyant sur les deux créations précédentes, le nombre et la durée des internements nécessaires. |

Nous étudierons successivement chacun de ces projets. |

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