CHAPITRE III
Syndicats agricoles
C’est la loi du 21 mars 1884 qui a autorisé la formation des syndicats professionnels.
Le projet ne visait que les syndicats d’industrie et de commerce. Grâce à M. Oudet, sénateur du Doubs, la mention « agricole » fut, en seconde lecture au Sénat, ajoutée à l’art. 3, qui se trouve donc ainsi conçu: « Les syndicats professionnels ont exclusivement pour objet l'étude et la défense des intérêts économiques, industriels, commerciaux et agricoles. »
Cette adjonction, si simple qu’elle fût, suffit à permettre aux cultivateurs de se grouper légalement, pour la défense de leurs intérêts professionnels. Ils ont usé largement de l’autorisation, et à tel point qu’il est possible d'affirmer que ce sont eux, à qui la loi n’était pas destinée tout d’abord, qui en ont davantage tiré parti, et dans l'esprit même que voulait lui inculquer son auteur.
Dans les Ardennes, toutefois, on n'avait pas attendu le vote de la loi pour créer un syndicat agricole. C’est un thème devenu classique, que M. Tanviray a fondé le premier syndicat agricole, en mars 1883, dans le département de Loiret-Cher. Le syndicat des Ardennes fut le second, le troisième peut-être, antérieur, lui aussi, à la loi du 21 mars 1884. M. Fiévet venait de faire ses débuts comme professeur départemental.
Il s'était immédiatement signalé par sa haute science et un dévouement sans bornes : aussi exerça-t-il, dès les premières années de son professorat, une légitime influence, qui lui permit de grouper les éléments nécessaires à la formation d’un syndicat agricole, alors que la majorité des cultivateurs en ignorait encore et le mot et la chose.
MM. Fagot et Fiévet écrivirent alors en collaboration le « Guide élémentaire pour l'emploi des engrais chimiques », qui vulgarisa l’usage de ces derniers, aidant ainsi à la prospérité du Si dicat, en y attirant les acheteurs.
a) SYNDICAT DES ARDENNES
Le Syndicat des Agriculteurs des Ardennes fut’ officiellement créé le 4 février 1884. Sa circonscription s'étend à tout le département. Il
comptait, au 1 janvier 1911, 3.800 membres.
Il a pour président M. Fagot, sénateur ; pour vice-présidents, MM. Jules Le Conte, conseiller référendaire à la Cour des comptes, propriétaire dans les Ardennes, et M. Lapointe, président du Comice de Sedan ; pour secrétaire, M. Fiévet.
Le Syndicat se livre à l’achat des matières premières, engrais, plâtre, sels, tourteaux, graines et machines. I] fait chaque année d’importantes adjudications qui contribuent quelque peu à fixer les cours dans la région.
En 1909, il a été acheté par son entremise 5.603.000 kilos de matières premières diverses, représentant un mouvement de fonds de 430.000 francs ; en outre, le chiffre des affaires sur les machines agricoles s’est élevé à 6.850 francs. En 1910, les matières premières comptaient pour 6.471 900 kilos, valant 478.500 francs, et les machines pour 3.800 francs.
Le Syndicat, dans le but de faciliter à ses.
adhérents la répartition des engrais, a construit des magasins ou dépôts dans les gares de Poix- Terron, Auvillers, Bañlons, Chémery, Buzancy, Clavy-Warby, Juniville, Chaumont-Porcien (au total, huit halles, avec raccordement avec la voie ferrée).
Son fonctionnement, régulier dès le premier jour, n’a fait que se perfectionner. Aussi les
PSN pu
agriculteurs ardennais restèrent-ils longtemps avant de songer à d’autres organisations syndicales.
b) SYNDICATS LOCAUX
Il faut arriver à l’année 1894 pour trouver un syndicat local, celui d’Amagne-Lucquy.
Encore avait-il, ainsi que nous le verrons, un but tout spécial qui ne concurrençait pas les opérations du Syndicat départemental. Il ne faisait donc pas double emploi.
Le tableau qui suit permettra de relever, au cours des années, la marche du mouvement syndicaliste dans le monde agricole ardennais.
Tableau des Syndicats Agricoles
déclarés à la Préfecture des Ardennes au 1e novembre 1911