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INTRODUCTION

L'association communale agricole, tel est le sujet de cette étude.

Elle est divisée en deux parties: dans le livre premier j'expose un moyen de faire participer tous nos paysans aux bienfaits de l’association sans leur imposer ni conditions, ni obligations ; dans le second livre, je donne un rapide aperçu des différentes institutions que l'association communale peut organiser dans l'intérêt de l’agriculture comme « pour le relèvement des faibles ».

Dissertations et discours sur les questions agricoles viennent chaque jour s'ajouter aux nombreuses propositions de loi et aux débats parlementaires dont elles sont souvent l’objet. J'ai cru cependant que cette idée de commune économique, qui n’est pas nouvelle,

Nihil sub sole novum,

méritait une attention toute spéciale, un examen plus approfondi, en un temps où, presque partout, on parle d’une crise industrielle venant se greffer sur la crise agricole. C'est aussi le défaut de méthode, maintes fois cons-

Joseph Bouraup. 1

So te

taté, dans les différentes mesures adoptées en vue du perfectionnement de notre première industrie, qui m'a incité à chercher avant tout un instrument pour diriger l'initiative privée dans nos campagnes.

Mais pour juger une institution, il importe de connaître l’organisation dans laquelle elle doit entrer. C’est là l’objet de cette introduction, un peu longue il est vrai, mais qui permettra de mieux comprendre tous les services que l'association communale, telle que je l’entends, doit rendre à l’agriculture.

« Deux choses déterminent le degré de puissance et de richesse des nations : l’une, c’est leur force numérique; l’autre, l’étendue des moyens de consommation dont elles jouissent ; or, ces deux choses dépendent entièrement de l’état plus ou moins prospère de l’agriculture (1). » Cette opinion réunit la grande majorité des économistes français; et, si l’on envisage l'avenir, il paraît bien difficile de ne pas y adhérer. Chez nous surtout, l’agriculture doit rester la première industrie : tandis que le travail de fabrication tend à une limitation prochaine, notre sol peut, d’après M. Gasparin, nourrir 260 millions d'hommes. Sans nous arrêter, d’ailleurs, à ce chiffre fantastique qui aurait rempli de joie nos physiocrates du xvi' siècle, il faut, comme M. Baudrillart, « en regardant l’agriculture et l'industrie comme deux alliées et non comme des rivales dont les intérêts seraient opposés, reconnaitre la supériorité de l’agriculture dans notre pays dont la vocation agricole s’est manifestée en tout temps parce qu’elle tient à la

(4) H. Passy, Nouveau Dictionnaire d'Économie politique, de MM. Léon Say et J. Chailley. Mot : Agriculture.

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nature des choses, et qu’elle est déterminée par la situation géographique de la France et son climat, comme par la constitution d’un sol qui, presque partout fertile, se prête aux productions les plus variées (1). »

Il ne faut donc pas négliger notre agriculture, d'autant moins qu'elle traverse une crise profonde qui, sans être

périlleuse, a causé un certain trouble dans nos rapports

économiques. Il serait injuste, à ce propos, de ne pas rappeler les nombreux efforts faits par le gouvernement, les savants, les économistes et des particuliers qui sont parvenus à éviter le découragement. Et, si l'on songe que cette crise a commencé presque au lendemain de notre désastreuse guerre de 1870-71, il faut rendre justice à notre troisième République d’avoir su, malgré des hostilités sans cesse renaissantes, grouper toutes ces forces pour écarter tout danger et même relever la France au rang qu’elle occupait jadis (2). Est-ce à dire que tout soit fait pour conjurer cette crise ? Hélas ! non, les mesures prises par le gouvernement ont eu, en général, un caractère plutôt provisoire ; la plupart des lois protectrices qui ont été votées depuis 1870 en faveur de l’agriculture, méritent bien le nom de lois « impressionnistes », que leur a décerné M. Leroy-Beaulieu. Je crois qu’il est urgent de

(1) H. BauprizLarT : {a Population agricole de la France, p. 6. Paris, Hachette, 1885.

(2) « Malgré l’accroissement de ses dépenses pour la libération du territoire, pour la défense de ses frontières réduites, pour la sécurité de ses possessions maritimes, pour l'amélioration de ses moyens de transport, de ses services postaux et télégraphiques, comme aussi pour l'élévation du niveau intellectuel de la nation, la France ne s’est pas appauvrie. » (Discours de M. le procureur général Renaud, aujourd'hui premier président à la Cour des Comptes. Audience solennelle de rentrée du 16 octobre 1890.)

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