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concentrer les efforts non seulement de l’élite mais encore de toute la masse des travailleurs agricoles. Il y a douze ans, M. Lecouteux écrivait : (Jamais l’histoire n’accumula de faits plus imposants, plus saisissants pour rappeler à l’agriculture que rien ne saurait l’affranchir de l’action des lois économiques qui, dans un monde maintenant sillonné de routes rapidement parcourues par la vapeur, sur mer comme sur terre, cCommandent impérieusement à chaque nation d’équilibrer ses industries, ses productions : non pas seulement au point de vue exclusif de tel ou tel marché national mais au point de vue positivement calculateur du marché universel... Le marché, tel que peut le desservir la vapeur, est un fait colossal qui domine la situation économique de tous les peuples (1). » Aujourd’hui, statistiques, presse économique et politique, débats parlementaires, ouvrages scientifiques confirment cette évolution mais nous laissent la pénible impression d’une certaine infériorité de notre art agricole et des conséquences fâcheuses qu'eile pourrait avoir si nous n'y prenions garde.
« Cependant Xénophon conseille à l’homme comme travail d'ordre le plus élevé l’agriculture. il le fait dans un but moral, esthétique et dans l'intérêt de la cité, il dit que le travail agricole excite le courage (2). » A Rome, les écrivains présentent l'agriculture comme un remède à tous les maux, et, comme à Athènes, elle n’est point comprise dans les professions exclusivement réservées
(1) Ed. Lecoureux : Cours d'économie rurale, t. I, p. 447.
(2) M. Ch. Brouiruer, professeur à l’Université de Lyon, à sou cours (Doctrines économiques) 1900-1901. Voir aussi : Économiques de Aénophon, Ch. V. Esrinas.
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aux esclaves. Chez les Francs, l’agriculture est mise en honneur et protégée contre toutes les atteintes comme on peut le voir par la loi salique (1).
J.-J. Rousseau exprime plus simplement cette opinion. « L'agriculture, dit-il, est le premier métier de l’hemme, c’est le plus honnête. le plus utile, par conséquent le plus noble qu’il puisse exercer. » Est-ce bien là l’idée que sen font nos paysans ? Avons-nous même réussi à détruire chez eux ce maudit préjugé de leur infériorité par rapport aux autres classes de la société ? Pas davantage, malgré la distance plus que séculaire qui nous sépare de la grande charte égalitaire. On en voit unepreuve bien évidente dans ces fils de paysans enrichis qui quittent une exploitation productive pour aller chercher dans la ville un emploi subalterne et moins lucratif mais qui
permettra aux parents de dire : « Nous n'avons pas fait de notre fils un paysan. » Sans doute nos paysans savent
qu'il n’y a qu’une seule classe dans la société, la classe des citoyens ; le suffrage universel et l’organisation commu nale, avec la loi du 5 avril 1884, ont contribué mais insuffisamment à leur donner cette notion d'égalité. Le législateur n’a rempli que la moitié de sa tâche car ïl devra tôt ou tard doter l’agriculture d'une institution
purement économique ou professionnelle qui donnera à nos paysans l’idée de leur force, de leur valeur, qui les rendra jaloux de cette indépendance complète que seuls ils peuvent avoir, et qui relèvera à leurs yeux la profession d’agriculteur.
(1) THONNissEn : la Loi salique, ch. VI, p. 330 et suiv. Dommages causés aux champs.