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PRÉPARATION

Nous avons déjà remarqué précédemment que l’excitant qui provoque l’association n’en est pas toujours l’inducteur : si un tableau trop vert me fait penser à un plat d’épinards , ce n’est pas le tableau, mais sa couleur verte seulement, qui est à proprement parler l’inducteur du terme évoqué. Le processus de concentration grâce auquel, dans le tableau, je n’ai vu que la couleur verte, qui m’a seule intéressé, précède le processus associatif.

l’association DES IDÉES

mais n’a rien à faire avec lui. — Il faut cependant, en pratique, le prendre en considération, afin d’éviter de mettre sur le compte de l’association ce qui n’est dû qu’à un phénomène de concentration préalable. Il est rare qu’un excitant (surtout les tests de laboratoire) ne subisse pas quelque « préparation » : Si l’on montre * au sujet, par exemple, la photographie d'an chien et qu’il réponde chat , le sujet n’a considéré qu’une partie de l’excitant, et a négligé le fait qu’il s’agit d’une photographie ; si le sujet est un photographe, il associera peutêtre au même test le mot objectif ou instantané, etc., il ne verra plus le chien, il ne verra que la photographie. — On comprend donc que, pour juger la forme d’une association, il faille préalablement faire la part de la préparation : pour reprendre les exemples ci-dessus, il faudrait noter, dans le premier cas, chien-chat, et dans le second photographie-instantané, bien que le test ait été le même dans les deux expériences.

INDUCTEUR

Qu’il soit ou non le résultat d’une dissociation, d’une concentration préalable, l’inducteur peut être une perception simple, comme celle du bleu, de la forme, du sucré, etc., ou complexe, comme celle d’un objet (dont on comprend la signification *). — Il va sans dire qu’il faut noter auquel de ces deux cas on a affaire, sinon il est impossible d’apprécier le mécanisme psychologique de l’association effectuée. Le couple crayon-cigarette, par exemple, aura une valeur bien différente suivant que c’est la forme cylindrique (perception simple) du crayon,

i . Sur la différence psychologique de ces deux degrés de la perception, v. plus loin, ch. VII.

ou au contraire le crayon lui-même en tant qu objet (perception compliquée) qui a produit l’évocation.

C’est surtout lorsque l’inducteur est un mot qu’il convient de noter avec précision s’il a été l’objet d’une perception simple ou complexe ; mais ici, la chose est un peu plus compliquée que pour les excitants non verbaux. — Un mot peut en effet agir comme son (ou par la forme des lettres, si le test est visuel) ; l’inducteur n’a alors rien de verbal, ce n’est qu’une vulgaire perception simple. — Le mot peut être reconnu pour un mot, mais sans que sa signification intervienne ( identification primaire de Wernicke) ; l’association est alors purement verbale. — Enfin, le mot peut agir par son sens ( identification secondaire de Wernicke) ; c’est ce cas qui correspond à la perception complexe des inducteurs non verbaux.

Au lieu d’une percèption, l’inducteur peut être une représentation (simple ou complexe).

Passons maintenant aux variétés du phénomène associatif lui-même.

Nous avons vu plus haut qu’il fallait en arriver à classer les associations d’après leur valeur; mais, certaines connexions sont dépourvues de toute valeur tant objective que subjective, associations bizarres comme on en trouve dans les rêves, dans les séries expérimentales, et même dans la vie ordinaire. Une première répartition s’impose donc : associations sans valeur , associations avec valeur.

Association sans valeur. — Cette classe comprend les couples dont l’induit n’est qu’une simple exclamation, un mouvement réflexe, un balbutiement ou

un mot prononcé un moment auparavant et qui surgit à nouveau sans que son évocation puisse être justifiée. — Il est difficile de dire s’il faut ranger dans cette classe les couples dont le second terme n’est qu’une simple répétition du premier, ainsi que les associations par assonance. De telles évocations ne sont pas sans quelque valeur ; ainsi le couple drapeau-crapaud a tout au moins cette valeur que les deux mots riment ensemble. Au point de vue biolologique, un être qui répète le mot qu’on lui dit, ou qui lui trouve une rime, est supérieur à un être qui est incapable de telles réactions. Un singe, un petit enfant, un idiot ne sauront pas même répéter ou associer par rime ; si faibles que soient de pareilles associations, elles ont donc quelque valeur, puisqu’elles sont l’indice d’un certain développement psychique. — Les cas Révocation libre , c’est-à-dire d’évocation produite sans cause apparente (excitation par la circulation sanguine, etc.), rentrent dans cette catégorie, si toutefois il est permis de les considérer comme des associations. — Les associations médiates, bien qu’elles paraissent formées d’éléments sans lien aucun, ne sauraient être placées ici ; il suffit de découvrir le terme intermédiaire pour avoir la clef de leur valeur.

Association avec valeur. — Avant de déterminer la valeur objective du couple formé, il faut prendre en considération la valeur subjective de l’association, s’enquérir de la façon dont le sujet a éprouvé cette valeur, s’il en a eu ou non conscience. Or, deux cas se présentent : tantôt le sujet n’a eu aucunement le sentiment de la relation qui s’établissait en lui, tantôt au contraire, le sentiment de cette relation était en jeu.

I. — Valeur mécanisée. Si la valeur de l’association n’est pas consciente pendant l’instant où elle s’établit, cela signifie que le sentiment de cette valeur, de cette relation, n’a contribué en rien à déterminer l’évocation ; que celle-ci est purement mécanique. Mais cela n’empêche pas le couple d’avoir une certaine valeur en soi, une valeur intrinsèque. Tout mécanisme acquis est en effet le fruit de l’expérience passée, et le mécanisme vaut, objectivement parlant, ce que valait alors cette expérience. Il en est de même des associations qui, bien que purement mécaniques, ne sont pas dépourvues d’une certaine raison. J’appelle donc « valeur mécanisée» celle des couples qui, psychologiquement , ne sont accompagnés d’aucun sentiment de cette valeur, mais qui ont cependant, biologiquement parlant, une valeur intrinsèque. — Cette valeur pourrait donc fournir des renseignements intéressants sur la façon dont les expériences passées se sont organisées dans l’esprit, et par suite, — une fois le départ fait de ce qui incombe, dans cette organisation, à l’éducation déjà stéréo typante des écoles, — sur les dispositions innées à fixer dans un certain ordre mental les expériences acquises, c’est-à-dire, en fin de compte, sur l’intérêt qu’ont pour l’individu certaines relations de préférence à d’autres.

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