CHAPITRE YII
§ 1. — Conscience et perception.
Il ne semble pas que nous ayons à examiner si l’association explique ou n’explique pas la conscience elle-même, ce phénomène primitif et simple qui échappe à toute analyse comme à toute définition. Certains associationistes, cependant, ont tenté d’en rendre compte ; pour Bain (24i),le changement, la succession, en sont la condition nécessaire : « C’est donc l’enchaînement, l’association même de nos états internes qui la constitue \ » — Il est difficile de critiquer cette opinion, car elle n’a absolument aucun sens; et l’on peut s’étonner qu’elle ait été acceptée comme un dogme par plusieurs auteurs contemporains. Que le changement soit une condition de l’intégrité de notre sensibilité, il n’y a pas de doute : sans changement, la fatigue intervient, et la sensibilité s’émousse ou disparaît. Mais que la succession constitue notre sensibilité, c’est ce qui est difficile à concevoir ! Succession de quoi ? Comment, si les états
i. Ribot, rt, chap. sur Rain, p. 273.
l’association des idées
qui se succèdent ne sont pas déjà conscients, peuventils être l’objet d’une succession ? Lorsque je regarde le ciel, j’éprouve une sensation de bleu, et il n’y a là ni succession, ni conscience d’une succession. Il ne vaut pas la peine de s’arrêter plus longtemps sur ce point.
La question de savoir si V « activité associative » est, comme l’ont prétendu certains physiologistes, Loeb, notamment, un critérium de la conscience pour les animaux qui la manifestent, ne nous retiendra pas davantage. Ainsi que je l’ai montré ailleurs \ un critérium objectif de la conscience est impossible à trouver, et, fût-ce possible, les processus de la fonction associative ne nous offrent rien, au point de vue physiologique, de si fondamentalement différent des autres processus physico-chimiques de la vie, qui justifierait leur séparation en fonction consciente. D’ailleurs, il semble que ceux-là même qui avaient avancé la chose soient en train de revenir de leur erreur 1 2.
Perception. — La perception est le fait de conscience provoqué par l’action d’un objet extérieur sur nos sens. Voici une orange : elle m’apparaît comme un tout, situé à une certaine distance de moi, et ce n’est que par l’analyse que je peux la décomposer en sensations de couleur, de forme, olfactives, etc. L’école associationiste, cependant, a prétendu avec Berkeley que ces diverses sensations élémentaires
1. Claparède. Les animaux sont-ils conscients ? Revue philos. LI, 1901.