‹ L'association des idéesChapitre 62 sur 83 · Ainsi Bethe, Pflüger’s Archiv, vol · texte numérisé non relu

Ainsi Bethe, Pflüger’s Archiv, vol

étaient tout ce que l’on pouvait trouver dans la perception, et que c’est par conséquent leur association même qui devait rendre compte de l’idée « d’objet extérieur » évoquée en nous. Cette opinion — en laissant de côté toute la métaphysique qu’on en a tirée — est-elle psychologiquement acceptable ?

Sans doute, l’association joue un très grand rôle dans la perception ; elle en est même le rouage indispensable, ainsi que nous le montrerons tout à l’heure. Mais il est absurde de penser qu’une somme de sensations de rouge, de rond, de parfumé, puisse nous donner un total absolument différent, au point de vue qualificatif, des éléments additionnés i. * * 4, à savoir l’idée de réalité objective. — D’où provient alors cette idée ? Mais, est-ce bien une idée ? N’est-ce pas plutôt une façon de nous comporter, un sentiment vécu, et par conséquent le sentiment d’une réaction de notre organisme? Cette manière d’envisager la question a cet avantage, en donnant au sentiment de la réalité un corrélatif physiologique positif, une réaction organique, de permettre à la biologie d’avoir prise sur le problème, et de chercher, si ça lui plaît, l’origine de cette réaction. Or, je crois bien qu’elle la rencontrera déjà chez le protozoaire le plus humble qui, lorsqu’il attrape sa minuscule proie, se comporte comme si, réagit comme si le monde externe existait. On voit combien cette solution, toute biologique

i. On pourrait objecter qu’il s’agit non d’une addition, mais d’une combinaison. Mais alors comment se fait-il que les com-

posantes continuent à subsister, avec toutes leurs qualités

intactes, à côté du produit ? L’eau ne nous montre plus les pro-

priétés qu’ont à l’état libre l’oxygène et l’hydrogène I

qu'elle soit, s’éloigne de celle de Spencer ; tandis que ce dernier explique la perception extérieure comme étant le résultat d’un instinct développé peu à peu au cours des générations, et à force d’expériences acquises, nous pensons au contraire que ce sentiment du non-moi qui enveloppe le contenu de toute perception est le corrélatif d une réaction primitive de l’organisme vivant, réaction indispensable au maintien de sa vie. Quant à savoir pourquoi cette réaction a pour concomitant psychique la conscience de l’objectif, du non-moi, la psychologie n’a pas plus à l’expliquer qu’elle n’essaie de savoir pourquoi, à tel processus nerveux du cunéus correspond une sensation de jaune plutôt qu’une sensation de vert, de sucré ou de douloureux.

Tout ce raisonnement s’applique de même à la question de l’origine de l’idée de matière, de substance, que nous mettons dans l’objet. Là encore, n’avons-nous pas affaire bien plus à un sentiment qu’à une idée? St. Mill disait que l’objet est une possibilité permanente de sensations ; c’est vrai. Mais ce qu’il a oublié d’expliquer, c’est le sentiment luimême de cette possibilité ; car l’association n’en rend nullement compte, et, pour les raisons déjà indiquées, l’équation

Sensation j sensation de rouge olfactive

image de résistance

= sentiment de possibilité.

ne peut pas être posée. Nous pouvons au contraire admettre que la base physiologique de ce sentiment est une réaction de l’organisme *, dont il est difficile

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