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L INTELLIGENCE

intelligence. Leibnitz (II, ch. n et 33) l’avait remarqué : « Les bêtes passent d’une imagination à une autre par la liaison qu’elles y ont sentie autres fois ; par exemple quand le maître prend un bâton, le chien appréhende d’être frappé » . Mais d’où vient que cette a espèce de consécution , qui incite la raison, doit en être distinguée ? » C’est que, dans ce cas, il n’y a pas connaissance ce de la raison de la liaison » .

Voici un exemple, dû à W. James (II, 349) ffî1* fera bien saisir la chose : un monsieur, voulant faire une promenade en petit bateau, et ayant trouvé celu i-ci sale et mouillé, chercha, à force de gestes, à faire comprendre à son chien d’aller à la maison lui chercher l’éponge dont il se servait d’habitude pour nettoyer son bateau. Le chien partit et revint avec l’éponge. Jusqu’ici, l’association suffît à expliquer la chose; mais son action n’était pas un acte de raison. Elle eût été telle, au contraire, si, n’ayant pas trouvé l’éponge, le chien eût rapporté à la place un torchon ou un balai ; cela aurait prouvé que l’animal avait su dissocier, parmi tous les attributs du torchon, ce caractère d’ « absorber l’eau », et que, ayant fait la même opération à l’égard de l’éponge, il avait identifié ces deux abstractions et conclu que ces deux objets « étaient identiques au point de vue du but désiré » .

L’esprit de l’animal se distingue donc de celui de l’homme en ce que certaines relations, qui intéressent l’homme, n’intéressent pas suffisamment l’animal pour devenir l’objet d’une abstraction, et par suite, le point de départ d’une association par ressemblance.

L’animal a-t-il le sentiment des relations? Il est difficile de le dire. Car, même s’il en était ainsi, ses

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actions se confondraient avec la simple consécution d’idées; ce n’est que si ce sentiment était assez intense pour être abstrait que l’on verrait apparaître la raison, c’est-à-dire une association nouvelle des idées en vue d’un certain but. — Il semble cependant, dans certains cas de persuasion publiés par Hachet- Souplet (61), que, lors du dressage d’un animal, la compréhension de ce qu’il devait faire, c’est-à-dire le sentiment d’un rapport entre les gestes ou la voix de son maître et un certain mouvement à exécuter ait jailli tout à coup. Mais ce sentiment ne paraît pas avoir jamais dépassé le cas particulier qui l’a fait naître.

C’est, nous l’avons vu, le défaut du sentiment de rapport de signe à chose signifiée (ou, en tous cas, le défaut d’abstraction de ce sentiment) qui est la cause de l’absence du langage chez les animaux.

Il n’est pas impossible, d’ailleurs, qu’il y ait parmi les animaux, comme parmi les hommes, des génies, c’est-à-dire des individus chez lesquels une fonction est à un stade d’évolution plus avancé que ce n’est le cas pour le reste de l’espèce. C’est ainsi qu’on peut parfaitement admettre un « éclair de raison » chez ce singe de Hachet-Souplet (73) qui s’était fabriqué un cure-dents, en aiguisant sur la pierre une tige de fer.

On admet couramment que « toutes les facultés psychiques des animaux supérieurs se laissent déduire ( ableiten ) de celles des animaux inférieurs 1 ». Ainsi

1. Forel. Die psjchischen Fdhigkeiten der Ameisen. München, 1901, p. 4s.

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conçue, la proposition ne signifie pas grand’chose. Jusqu’à quel point peut-on dire qu’une fonction qui apparaît pour la première fois dans la race est « déduite » des fonctions préexistantes? que, par exemple, la fonction visuelle qui apparaît chez les méduses est déduite du sens tactile des protozoaires ? On peut admettre, certes, que le protoplasma primitif contenait toutes les possibilités de réactions futures, mais pourquoi celles-ci ont-elles mis si longtemps à surgir ?

La réponse est plus difficile à donner encore du point de vue psychique. Car si on peut comprendre que, par suite de variations tenant au milieu extérieur, les cellules tactiles ont pu peu à peu se transformer en cellules visuelles, ou que telle réaction vasculaire a pu peu à peu augmenter d’intensité, il est impossible de se représenter par quel miracle la sensation visuelle a pu sortir de la sensation tactile, ou le sentiment de nécessité logique a pu émerger du sentiment de faim, de soif ou de peur.

D’ailleurs, si l’on dit que les fonctions psychiques supérieures se laissent déduire des fonctions des animaux inférieurs, cela ne signifie rien, tant que l’on n’a pas pris la peine d’expliquer préalablement ce que l’on entend par « déduire » . Cela n’est pas plus clair que de dire que la base d’une pyramide est déduite de son sommet.

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