L INTELLIGENCE
que l’association créée entre les deux idées suffit à rendre compte du jugement. Ainsi Ziehen (a, 168) : Lorsque nous disons que « la rose est belle », le jugement, que nous exprimons par est, peut très bien être le corrélatif psychologique du processus cérébral intermédiaire qui sépare les deux processus correspondant à « rose » et à « belle » ; il se peut aussi, ajoute-t-il, que l’idée de « belle » soit évoquée avant que l’icjée de la rose ait quitté la conscience, et c’est ce qui fait que nous ayons le sentiment que « belle » se rapporte à « rose ». — Malheureusement, ceci ne supprime pas les difficultés, car il n’y a pas de raison, nous l’avons dit plusieurs fois, pour qu’une continuité cérébrale nous donne la conscience de cette continuité, ni pour que la dépendance réciproque de deux processus nous donne la conscience de cette dépendance. En outre, il faudrait admettre autant de variétés de ces processus physiologiques intermédiaires que de catégories de jugements ; et alors, quelle serait la cause de ces variétés ?
Cette hypothèse, en outre, n’aurait aucun sens biologique. Si vraiment le fait de prononcer des jugements est utile à l’individu, et l’expérience montre qu’il l’est, c’est la preuve que (du point de vue du parallélisme) ce fait correspond à un processus physiologique utile à la vie. Or, si la conscience du rapport n’était que le simple corrélatif du trajet associatif, on ne comprendrait pas en quoi une association avec jugement du rapport des parties associées peut être supérieure à une simple association mécanique — puisque, du point de vue objectif, nous n’aurions qu’une seule et même chose : l’association,
l’association des idées
et qu’il est contraire au postulat du parallélisme d’admettre qu’un phénomène de conscience puisse être avantageux pour la vie mentale s’il n’est pas représenté dans l’organisme par un concomitant physiologique également avantageux.
Or, quelle est la seule façon de nous représenter ce concomitant physiologique ? C’est de le considérer comme une réaction de l’organisme. Nous n’avons pas à expliquer la naissance de cette réaction : elle doit son origine, comme toutes les autres, à la variation. Mais on peut comprendre qu’une fois présente, elle ait été conservée puisque — toujours en vertu du parallélisme — nous pouvons affirmer qu’elle a été aussi utile à la vie biologique de l’individu que l’est la faculté de juger pour la vie mentale.
Cette façon d’envisager la question — et James (ii- 63 1) paraît avoir posé le problème à peu près de la même façon, puisqu’il considère que la connaissance des rapports des choses provient avant tout de la réaction du cerveau sur les excitations qui lui parviennent— a donc plus de sens biologique1. Elle rend compte de ce phénomène, qui' se trouve au fond du jugement, et qui consiste en un changement d’adaptation : lorsque nous disons que B est A, nous tendons à reporter sur B tout ce qui concernait A ; notre manière d’être change vis-à-vis de B lorsque nous savons qu’il est A, et nous nous comportons avec lui comme nous le faisions avec A. — Cette
i . Cf. aussi Boihac, i32 : « Il se peut que la faculté dépenser des rapports se soit ajoutée dans le cours du temps chez certaines espèces animales à la faculté d’éprouver des sensations... »
l’intelligence
solution biologique a encore, sur la solution associative, l’avantage de. rendre compte des diverses catégories de jugement, ce dont l’associa tionisme est incapable, nous l’avons vu ; il suffit d’admettre une réaction différente suivant que le rapport perçu est une relation d’identité, de ressemblance ou d’équivalence, de possibilité ou de nécessité, d’affirmation ou de négation, etc. Et, en fait, nous ne nous comportons pas de même avec deux choses lorsqu’elles sont différentes, ou semblables, ou identiques, ou simplement équivalentes, etc. - — Enfin, nous pouvons percevoir un rapport entre deux autres rapports, phénomène impossible à expliquer par l’association, tandis que notre hypothèse biologique pourrait au contraire en rendre compte.
Il est assurément impossible de se représenter en quoi peut consister, objectivement, la différence entre ces diverses réactions organiques ; nous représentonsnous davantage ce qui se passe dans le neurone dont l’excitation est corrélative de notre sensation de rouge? Nous ne pouvons non plus savoir pourquoi telle réaction est accompagnée de tel sentiment ou de tel autre; ni pourquoi, notamment, certains rapports nous paraissent logiquement nécessaires ou logiquement impossibles, tandis que pour d’autres, la nécessité ou l’impossibilité n’est qu’empirique. Que l’on essaie, par exemple, de se toucher le nez du bout de la langue : c’est impossible, et, après quelques efforts infructueux, on en a vite le sentiment ; mais combien cette impossibilité diffère de celle dont on a conscience si l’on veut tenter d’atteindre avec sa langue en meme temps son nez et son menton! Certes, nous . ai.
370 l’association des idées
devons supposer que, cérébralement parlant, ces deux impossibilités correspondent à deux processus assez différents pour déclencher l’un une réaction d’impossibilité empirique, l’autre une réaction d’impossibilité logique. Mais en vain cherchera-t-on à se figurer la différence objective de ces deux processus; dira-t-on que le premier acte reçoit un commencement d’exécution, tandis que le second processus est arrêté dès le début P que l’on considère cependant l’un ou l’autre de ces processus au moment même où il est arrêté, on arrive toujours, en fin de compte, à se représenter un atome immobilisé entre deux forces contraires, et il n’y a pas moyen de concevoir pourquoi dans un cas cette immobilisation déclenche une réaction « logique », dans l’autre une réaction à sentiment « empirique ». D’ailleurs, même si nous y trouvions quelque raison plausible, nous pourrions douter de sa valeur, car nous ne pouvons juger le fonctionnement de l’organisme qu’à travers, précisément, ces sentiments dont nous voulons trouver la raison. Tel un homme ayant des lunettes bleues et examinant un cerveau pour y chercher la cause de sa sensation de bleu, prétendrait la trouver dans le fait que le cerveau lui apparaît bleuâtre.
Chacun sait que le principe de causalité a été l’objet, delà part des associationistes, d’une sollicitude toute particulière. Mais ce n’est pas ici le lieu de revenir sur les raisons qui prouvent que l’expérience n’a pu être l’origine de l’idée de cause, raisons qui se trouvent accumulées dans tous les manuels de philosophie, et qui n’ont jamais — celles du moins qui ont de la valeur — été réfutées. Envisageons
l’intelligence 371
; cette question au point de vue strictement psychologique :
Si, marchant dans la rue, je heurte du pied une pierre et qu’au même instant j’entende le cri d’un.enfant, j’aurai un sentiment très vif que ces deux phénomènes sont en relation de cause à effet ; la réflexion seule me montrera qu’il n’en est rien. Lorsque deux phénomènes se succèdent très rapidement, ils provoquent en nous une réaction à laquelle correspond psychologiquement le sentiment de causalité. Cette hypothèse seule explique la formation de toutes ces opinions préconçues, de toutes ces conclusions hâtives, dont le tort est de n’être fondées que sur un seul cas. L’association et l’expérience répétées ont donc pour mission bien plutôt de corriger nos conclusions de causalité que d’en créer l’idée.
Hume n’avait-il pas aperçu nettement que l’idée de cause a pour origine un sentiment, lorsqu’il dit (p. 220):
« L’idée de la nécessité naît de quelque impression
Il faut donc qu’elle dérive d’une impression interne, » et ailleurs (p. 472) : « Nous sentons [c’est Hume qui souligne] alors une nouvelle impression... et ce sentiment est l’original de l’idée que nous cherchons. » — Il est vrai qu’il s’était contredit en disant aussi (p. 454) • « Cette succession d’objets n’affecte l’esprit d’aucun sentiment, d’aucune impression interne. » — Le tort de Hume a donc été d’être . plus sévère pour l’idée de cause que pour les autres idées, bien que celle-là possède, aussi bien que celles-ci, son « impression originale». Ç’a été aussi de croire que la connexion devait être habituelle pour donner lieu à ce sentiment, tandis qu’une seule connexion, dans les conditions voulues, suffit. Son mérite a été de montrer
372 l’association des idées
que l’idée de cause ne pouvait pas précéder l’expérience, puisqu’elle était provoquée par elle.
D’ailleurs, avec l’hypothèse associa tioniste, il est impossible de comprendre comment un sentiment aussi net que celui de cause pourrait surgir de la liaison d’états de conscience qualitativement différents. Tout ce que l’association peut expliquer, c’est que certains êtres agissent comme s'ils avaient l’idée de cause, dans certains cas particuliers. Mais elle ne peut pas rendre compte du fait que cette idée puisse être dissociée, abstraite, et devenir, comme telle, le point de départ de nouveaux jugements. Et, en fait, les animaux, qui représentent probablement des êtres chez lesquels la réaction de causalité n’a pas encore apparu ou n’est que très faiblement esquissée, ne montrent aucune des manifestations (science, logique, philosophie) que l’on rencontre dans la vie de l’homme, qui, lui, ayant pu abstraire la notion de cause, identique d’une expérience à l’autre, l’a généralisée.
De même se distingue Yinduction de la simple inférence : dans l’induction, le rapport est senti comme nécessaire. Au point de vue du résultat objectif, l’inférence, la consécution d’idées, qu’explique la simple association, peut produire un même effet que l’induction. Quel avantage y a-t-il alors à ce qu’une réaction de certitude, d’affirmation du rapport soit greffée sur la consécution elle-même P II est douteux que cette conscience de la nécessité du rapport, si elle était subitement accordée à un chien ou à un chat, leur soit d’une utilité quelconque. Mais il n’en est pas de même pour des êtres qui possèdent des sen-
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timents de doute, de possible, d’impossible, etc., et chez lesquels le sentiment de la certitude est indispensable pour inhiber, le cas échéant, ces autres réactions.
Le raisonnement ne consiste pas seulement, comme on l’admet généralement, dans la transition du connu à l’inconnu, c’est-à-dire dans le fait de cette transition, mais surtout dans le sentiment que cette transition est justifiée, dans le sentiment que le premier rapport que l’on observe est équivalent au second rapport que l’on établit.
Binet (a) a cherché à montrer que le raisonnement, et plus spécialement le syllogisme, pouvait se ramener à une simple consécution d’images, semblable à celle qui a lieu dans la perception. Mais il n’a pu arriver au bout de son argumentation que grâce à l’admission de quelques faits contestables : tout d’abord que, dans la perception, il y a outre l’impression A, son image a, qui intervient comme terme moyen ; — hypothèse dont nous avons fait justice; — ensuite, que la croyance (qu’il reconnaît être présente lors de l’arrivée de la conclusion) est quelque chose de flou, de mal défini, — c’était le meilleur moyen, j’en conviens, de se débarrasser de ce fait psychique plutôt gênant pour la théorie ! Enfin (toujours la même confusion), la supposition que la liaison de deux idées suffit à impliquer la croyance à leur association.
Spencer (II, 98) se demande pourquoi, lorsque l’on fait le syllogisme :
Tous les cristaux ont un plan de clivage ;
Ceci est un cristal ;
Donc ceci a un plan de clivage ;
l’association des idées
on a été amené, à propos d’un seul cristal, à penser à tous les cristaux, et pourquoi ceux-ci font penser aux plans de clivage plutôt qu’à mille autres choses. Et il en conclut qu’avant de penser que les cristaux ont un plan de clivage on a déjà aperçu que le cristal considéré a un plan de clivage, ce qui est la négation de la valeur du syllogisme comme instrument de connaissance. — Cette question de Spencer me paraît bizarre. Si on pense au plan de clivage, c’est que l’intérêt de l’individu, à ce moment-là, est dirigé sur la question du clivage, et les pensées se sont sans doute succédé dans son esprit comme [suit-: Ceci a-t-il un plan de clivage ? ceci est un cristal, tous les cristaux ont un plan de clivage, donc ceci en a un. Toute la question est de savoir pourquoi le chercheur avait intérêt à se poser cette question, ce qui n’a rien à faire, cela va de soi, avec le syllogisme lui-même.
Une fois la question posée, — pour une raison ou pour une autre, — la difficulté est d’expliquer comment surgit le terme moyen. Certes, l’association intervient pour le provoquer, mais elle n’agit pas seule : elle ne constitue qu’un des facteurs de l’évocation. Lorsque je me demande « Socrate était-il Grec ? » comment vais-je parvenir au terme moyen, à l’idée d’ Athénien, qui me permettra de résoudre le problème ?
Socrate est Athénien,
Tout Athénien est Grec,
Socrate est Grec.
On pourrait, à la rigueur, expliquer que ce terme moyen surgit uniquement sous Faction de l’associa-
l’intelligence
tion ; ce serait un cas d’association convergente, de collaboration associative. Les deux idées qui se trouvent présentement dans la conscience, Socrate et Grec , se trouvent, défait, associées chacune à l’idée dû Athénien. Gomme, lorsqu’une idée est évoquée, nous pouvons supposer que toutes les idées associées à celle-ci sont légèrement subexcitées, dans le cas qui nous occupe, l’idée Athénien sera donc subexcitée à la fois par Socrate et par Grec, et deviendra donc prépondérante. Mais il est évident que, si un tel processus est possible, ce n’est que par hasard qu’il pourra avoir la valeur qu’on attend de lui.
Socrate ^
Athénien
Grec s*
Il y a bien d’autres idées qui sont associées dans mon esprit à la fois à Socrate et à Grec , par exemple celle de philosophe, ou de méridional, ou de nonlatin , etc. L’association n’explique donc pas suffisamment l’évocation du terme moyen. Le sentiment des relations et de la relation cherchée est le facteur indispensable à cette détermination, soit que ce sentiment, présent dès le début, détermine immédiatement l’évocation désirée (v. notre classification de formes associatives) soit que, l’association ayant amené au seuil de la conscience un certain nombre d’idées, philosophe , non-latin, athénien , etc., l’une de cellesci seulement, grâce à la qualité du sentiment qui la relie au terme majeur, provoque l’intérêt. On aurait ainsi deux types d’activité mentale.
Ainsi que nous l’avons dit précédemment, le mé-
376 l’association des idées
canisme de cette activité du sentiment est très obscur : il semble que l’on ait tout d’abord conscience d’un état dans lequel sont contenues virtuellement les directions à suivre pour arriver au but ; et ce n’est que peu à peu que celles-ci se dégagent réellement.
Dans le premier type de découverte du terme moyen, l’opération débute par le sentiment confus que ce moyen X doit être à Socrate comme Grec est à X 1 ; le sentiment de cette double relation indique la voie à suivre. Si nous voulions représenter par un schéma les stades d’une telle opération, nous aurions à peu près ceci :
Sentiment que
Sentiment que cette condition ne peut être remplie que si le 1 er rapport (entre S et X) est de surordination et le second (entre G et X) de subordination.
Sent, surordination ->- Socrate Sent, subordination — Grec
Athénien.
Mais comment admettre que toutes ces phases relèvent de l’association seule ? Comment admettre que Y action (représentée ici par une flèche) qu’exercent les sentiments de relation sur Socrate et sur Grec pour évoquer Vidée d* Athénien, soit une action associative, puisque jamais encore une association n’avait été créée entre ces sentiments et ces idées ? Il semble bien plutôt que ce n’est qu’au moment où on en a besoin que la relation désirée est sentie,, bien qu’elle ne
1. C’est le principe quod dicitur de continenti dicitur etiam de contento. — Assurément, lg nature des relations varie suivant le syllogisme considéré.
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l’eût jamais été précédemment (Y. plus haut, p. 35o).
Voici le schéma du second type (d’après ce que j’ai pu observer chez moi par l'introspection) :
non-latin
Socrate — >■ philosophe 4 — Grec
Athénien
Choix des deux rapports 5 et 6 comme étant ceux m’intéressant dans les circonstances données.
Les rapports 5 et 6 (subordination et surordination) ne sont en effet pas les mêmes que 3 et 4 (équivalence et subordination) ni que i et 2 (surordination et subordination); or ce n’est que la présence des deux premiers (5 et 6) qui permet de passer sûrement du connu à l’inconnu. Il faut donc que, pour une raison que l’association n’explique pas, ce soient ces deux relations-là qui excitent mon intérêt et soient choisies1. — L’association n’explique pas davantage
i. Wundt (II, 475) appelait liaisons aperceptives (par opposition aux liaisons associatives ) celles qui résultent d’une activité mentale consciente et réfléchie travaillant en vue d’un certain but. Le psychologue de Leipzig ne s’est jamais expliqué très clairement au sujet de cette « aperception », fonction d’apparence mystique, soustraite au déterminisme cérébral et régnant en maîtresse sur l’enchaînement des idées, dont elle dirigerait le cours. On le lui a beaucoup reproché (notamment Münsterbekg). — Néanmoins, la théorie de Wundt repose sur une juste observation de l’activité mentale, mais elle a le tort de faire
3^8 l’association des idées
pourquoi les idées présentes restant les mêmes, nous trouvons juste de conclure que « Socrate est Grec » et non que « tout Grec est Socrate », etc. — Une étude systématique du raisonnement au point de vue introspectif serait des plus intéressantes à entreprendre. Ce qui a été dit suffit cependant à justifier le mot de banqueroute appliqué à l’associationisme, et chacun pourra voir combien deviennent insurmontables, avec cette doctrine, les difficultés que nous offrent les syllogismes en Celarent, en Baroko, en Felapton ou autres.
Il y aurait beaucoup à dire encore sur la dissociation, sur le choix que nous faisons, dans le terme majeur, de la qualité au nom de laquelle le syllogisme est fait. W. James (II, 32g-34o) a traité cette question avec une sagacité toute particulière. De tout cela résulte que si, dans le raisonnement, l’association joue un rôle important, ce n’est pas à elle cepen-
intervenir une fonction qui n’explique rien parce que sa nature et son intervention sont elles-mêmes inexplicables.
La seule façon d’échapper à l’aperception n’est pas de nier obstinément ce processus de choix, qui est un fait positif, mais bien de chercher à l’expliquer d’une façon compatible avec le déterminisme physiologique (puisque la psychologie expérimentale postule le parallélisme). Or, la seule manière d’y parvenir est de supposer que ce sont les objets à choisir qui déterminent eux-mêmes leur propre sélection (comme c’est le grain de blé qui détermine, par l’impression qu’il fait sur les centres nerveux du poulet qui vient de naître, le mouvement nécessaire à sa préhension). Nous devons donc admettre que, par suite de variations spontanées ou autres, les sentiments de relations tels qu’ils importent à l’individu, en lui permettant de construire des raisonnements, provoquent une réaction d’intérêt qui les renforce et les fait triompher. — Conçues de cette façon, les liaisons aperceptives quittent le domaine de la métaphysique pour rentrer dans celui de la biologie.
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dant qu’on doit ce qui en fait le caractère, à savoir la dissociation d’une qualité, le choix du terme moyen convenable, et le jugement que la conclusion est juste ou fausse.
§ 3. — Intelligence animale.
Les discussions sur l’intelligence animale sont le plus souvent rendues stériles, par suite de certaines confusions qui planent encore sur la façon de comprendre la psychologie comparée :
Ainsi, on se préoccupe de savoir si les animaux sont conscients ou non, ce qui n’a rien à faire dans la question. Que les animaux soient conscients ou non, les problèmes à résoudre sont les mêmes, ainsi que les méthodes à employer. C’est ainsi que la psychologie animale peut et doit scruter le problème de la plus ou moins grande intelligence des animaux sans se préoccuper de celui de leur conscience : ce sont deux questions dont les solutions ne se préjugent ni ne s’excluent mutuellement. Il faut opposer le simple au complexe, non le simple au conscient.
Une seconde cause de malentendus a sa source dans la terminologie, notamment dans l’emploi du mot intelligence, que chacun entend à sa manière, les uns comprenant sous ce terme tout ce qui n’est pas de l’instinct, les autres le réservant pour les actes supérieurs de la pensée, abstraction, raisonnement, perception des relations. En outre, certains auteurs (Wasmann, par exemple) donnent une extension exagérée au mot instinct, sous lequel ils comprennent, non seulement les réactions héréditaires, mais encore les associations diverses acquises et fixées par l’expérience. Tout le mal vient de ce que nous n’avons
l’association des idées
pas de terme courant pour désigner tous ces actes acquis, qui ne sont plus de l’instinct et pas encore de la raison, mais des consécutions d’idées, de simples inférences (phénomènes groupés par les Anglais sous le nom de sense-experience, et quel’on pourrait réunir sous celui de « expérience associative»). Il serait à désirer que l’on s’abstînt le plus possible d’employer le mot « intelligence » , trop élastique, et que l’on précisât, dans chaque cas particulier, s’il s’agit de « sense-experience » ou de raisonnement — sans oublier que la loi d’économie ne nous autorise à admettre ce dernier que là où, soit l’instinct, soit la simple inférence est incapable d’expliquer les faits.
A la terminologie de Wasmann :
Instinct Intelligence
Instinct ppl dit, Associations acquises, et à la terminologie courante ;
Instinct Intelligence
Associations acquises, Raisonnement, qui ont le tort chacune de confondre sous un meme vocable des mécanismes notablement différents, il faudrait substituer des termes plus précis, par exemple : Instinct Expérience associative Raison (Associations acquises)
La discussion des faits en serait, sans doute, facilitée i.
Que les animaux, du moins à partir d’un certain degré, soient capables d’associer, c’est ce que personne ne met en doute. C’est en cela, au contraire, que consiste, de l’avis presque unanime, toute leur
i. Ed. Claparède. Sur quelques confusions qui planent sur la psychologie animale. Arch. des sc. phys. et nat., juin 1901.