SERIES
de:
12 syllabes. 69
Glaparède.
3'^ JOUR h'^ JOUR 5*^
L v^SSOCIATION DES IDEES
Le problème est le suivant : Pourquoi, au bout de 2 jours, la déperdition est-elle moindre qu'après 24 heures puisque, après Tétude du 2^ jour, les séries n'étaient ni plus, ni moins bien sues qu'après l'étude
du i'
jour
Essayons de traduire par une figure les résultats ci-dessus :
FiG. 3.
Dans ces figures, les lignes verticales représentent pour chaque journée d'étude la force de l'association (toujours identique d'un jour à l'autre d'après les conditions de l'expérience), et les lignes courbes, les décroissances diverses de cette force.
La figure 2 schématise ce qui se passerait si la force associative gagnée â la première journée d'étude ne faisait pas sentir encore ses effets après la seconde journée d'étude : dans ce cas, en effet, H'O serait absolument égal à 10, et la force restante au 3""® jour, soit aO serait égale à la force restante au 2"'" jour, soit aussi aO.
La figure 3 se rapproche de ce qui se passe réellement : le déficit de la force associative est d'autant moins fort que la couche de mémoire est plus ancienne, ainsi le déficit d est plus petit que le déficit c, celuici plus petit à son tour que le déficit lia. Donc, plus une association consiste en couches anciennes, moins elle perdra de force d'un jour à l'autre. Pour les détails, v. le texte. — La ligne ponctuée OB montre que l'influence favorable de la répétition antérieure se fait relativement de moins en moins sentir.
Cf. la figure 4, plus loin.
FORCE DE l'associa TIO?J QQ
Chacune des couches stratifiées représente le décroissement de la force associative pour chacune des nouvelles journées de répétition. Au moment où la série est apprise par cœur pour la première fois, la force associative est représentée par l'abscisse 10 ; mais, 2 4 heures après, cette force qui, nous venons de le voir, diminue de deux tiers dans les premières ilx heures, ne sera plus représentée que par l'abscisse aO. La seconde répétition, qui aura lieu à ce moment-là, n'aura donc plus pour but que de rétablir la force perdue, soit lia. Jusqu'ici, tout se comprend aisément. Mais pourquoi, pendant les secondes 24 heures, la déperdition de deux tiers ne se fait-elle presque qu'au détriment de la force lia remplacée la veille, et non au détriment de la force totale IIO? C'est évidemment une conséquence de la loi de décroissement de la force associative, loi d'après laquelle, nous l'avons vu, la déperdition est d'abord très forte, puis s'atténue à mesure que l'on avance dans le temps. Notre force associative du second jour, IIO, est donc composée de deux éléments : une force correspondant à des modifications cérébrales déjà anciennes, et une force d'acquisition récente. Il est donc naturel, toujours d'après notre loi de déperdition, que nos deux composantes ne diminuent pas dans la même proportion et que, le 3*^ jour, si la portion lia a perdu ses deux tiers, c'est-à-dire est tombée en 6', la portion aO, elle, plus ancienne, ne soit tombée qu'en a', puisque la déperdition entre le 2*^ et le S*" jour n'est que de i/5 environ (V. plus haut). Même raisonnement pour les forces respectives des jours suivants. Le 6*" jour, donc, la force associative se
lOO
composera de plusieurs couches ou éléments anciens, restes de la force des P*', 11% IIP, etc., présentations.
On peut maintenant se demander pourquoi la force de Tassociation ne décroît pas régulièrement. Cela nous prouve que la force associative n'est pas une force physique simple, qu'elle est sous la dépendance d'autres phénomènes plus complexes. Supposons que notre réservoir laisse évaporer, le i^"" jour, les 2/3 de son contenu et que le second jour on rajoute ce qui manque ; observera-t-on que, le 3® jour, l'évaporation a été moindre, et que, chaque jour, il prend l'habitude de s'évaporer moins ?
Comment expliquer qu'une association prenne l'habitude de moins diminuer, de se fixer de plus en plus avec le temps ? Si nous traduisons cet effet de l'habitude en termes physiologiques, nous verrons qu'il s'agit-là, sans doute, d'un travail d'organisation : les modifications intervenues dans un trajet cérébral provoqueront, par voie réflexe, une modification de la nutrition en cet endroit, de telle façon que les « traces » soient fixées. Bien loin de nous rendre compte de la nature exacte physico-chimique de ce travail de fixation, nous pouvons cependant nous représenter que, au fur et à mesure que les traces sont mieux organisées, elles ont une chance relative d'autant moins grande d'être détruites, et que, par conséquent, la force associative ne décroît pas régulièrement.
Ces considérations nous étaient indispensables pour aborder l'étude de la répartition des répétitions et de son influence sur la force associative.
Ebbinghaus avait déjà remarqué (121) que si l'on
FORCE DE l'association
compare le mode d'acquisition par des répétitions espacées au mode par présentations cumulées, on voit que, dans ce dernier cas, il faut un plus grand nombre de présentations pour produire une force associative donnée. Si on lit, par exemple, 68 fois de suite une série de 12 syllabes, le lendemain il faudra la répéter 7 fois pour la savoir par cœur. La force associative conservée est 61/68, soit environ de 9/10. Au contraire, cette même force conservée 9/10 peut être le reste d'une force acquise par 87 répétitions seulement, si elles sont espacées ainsi: i^^'jour, 17; 2® jour, 12, et 3*^ jour, 8 ^
JosT a repris cette question d'une façon méthodique. Une série de 12 syllabes devant être lue un certain nombre de fois, 3o fois par exemple, comment faut-il espacer ces lectures pour que la force associative acquise soit la plus grande possible ? On peut résoudre ce problème avec les méthodes d'économie et des associations justes.
Expériences. — Jost préparait 4 séries , V2, V3, V4, destinées à être lues avec dispersion des lectures, j soit 10 par jour, 3 jours de suite, — et 4 autres séries analogues , G2 , G3 , G4 , lues 3o fois, mais un jour seulement. Les lectures et les épreuves étaient disposées comme suit (La lettre (e) indique qu'il s'agit d'une épreuve d'économie) :
i-^Jojzr: Vi; V2; G,; V3; V4; G2.
I. Ces chiffres sont extraits du tableau ci-dessus, en divisant par 9 les cniffres de répétitions des 9 séries de 12 syllabes, afin d'avoir, pour les besoins de la comparaison, les valeurs moyennes pour une seule série.
2e jour: G, (e); V,; V^; (e); Vg; Y,, jour: Vr, V2; G3; V3; V,; G,.
4^ jour:C, (.); (.); (.); G, (.); V3 (e); V, (e).
Les expériences, faites sur 2 sujets et répétées pendant 24 jours, ont montré que le nombre des répétitions nécessaires pour apprendre par cœur les séries G (cumulées) est supérieur au nombre de répétitions nécessaires à l'étude des séries \ (dispersées), c'est-à-dire que la force associative a moins diminué dans le second cas que dans le premier.
Sujets
A. . 6,5 5,5 répét. pour app. par cœur.
A priori, il semblerait que les résultats dussent être égaux dans les deux cas, ou même que Tavantage dût être au cumul des répétitions. Désignons, en effet, par i la force acquise par 10 présentations. Soit i/^c, ce qui reste de cette force après 24 heures, au moment de la seconde répétition. Le 3*^ jour, le résidu du i^*" jour a encore diminué (soit y cette diminution), et la force du second jour est tombée à ijx. Le 4^ jour, Je résidu du 1°^ jour a diminué d'une quantité y' et le résidu du 2® jour d'une quantité y. Le total des forces restantes au 4^ jour sera donc :
D'autre part, la force acquise par les 3o répétitions cumulées de la série G peut être désignée par 3 (puisque la force est proportionnelle au nombre des répétitions). Ce qui restera de cette force après 24 heures sera donc ^ 3/x (puisque nous avons vu que
FORCE DE L ASSOCIATION
plus est grand le nombre des répétitions, plus est grande, ifx heures après, la proportion de force conservée) et a fortiori ^ 3ic — (jiy -f-j )- — semble donc que le cumul devrait favoriser la conservation de la force.
Gomment donc interpréter le résultat de Jost ? Essayons de représenter par une nouvelle figure ce qui se passe en réalité (nous supposerons, pour sim-
FiG. k. — 10 représente la force associative obtenue par lo présentations; M'a serait la force regagnée par les lo présentations du second jour si la force latente du P' jour n'augmentait pas d'une quantité q ressuscitée par les présentations du second jour ; lia (= Ha -h q) est cette force du second jour; elle tombe, au IIP jour, en d\ mais on voit que la quantité de force restante dO est supérieure à la force restante de 1["0, soit cO (Il "O représente la force acquise par 20 répétitions cumulées). La quantité c^c = —
plifier, que la dispersion ne porte que sur 2 jours,
et que le cumul n'atteint que le double des répétitions dispersées) :
Nous sommes obligés d'admettre que chaque nouvelle répétition n'a pas seulement pour effet d'additionner la force restante aO d'une certaine quantité de force nouvelle II a, mais encore d'augmenter cette force restante d'une certaine quantité y, de telle sorte que la décroissance y de la force entre 2 journées de répétitions soit non seulement compensée, mais encore surcompensée par les effets dynamogéniques des nouvelles répétitions (V. fîg. 4)-
Physiologiquement, la chose peut s'interpréter aisément : la seconde présentation, arrivant i jour après la première, c'est-à-dire au moment où les associations de celle-ci sont en plein travail d'organisation et de fixation, peut avoir sur ce travail intime des effets excellents, stimulation, etc. ; de même la présentation du 3*^ jo^i"-, Cette cause de renforcement de l'association fait au contraire défaut dans les présentations cumulées.
JosT a confirmé ses résultats par d'autres expériences diversement combinées, qui Font toutes amené à ces conclusions :
La force associative augmente avec l'espacement des présentations ;
2° Lorsque deux associations sont de force égale,
I . On pourrait objecter que les résultats défavorables obtenus avec la série à cumul sont dus à la fatigue qu'ont dû entraîner 3o répétitions successives. Jost (442) a écarté cette objection par de nouvelles expériences, disposées de telle sorte que la fatigue ne pût agir, et qui ont donné des résultats aussi nets que les premières.
FORGE DE l'association Io5
mais que l'une est plus ancienne que l'autre, une nouvelle répétition renforce plus l'association la plus ancienne que l'autre.
Miss Lottie Steffens est arrivée aux mêmes conclusions. La méthode d'économie lui a montré que la force associative était mieux conservée lorsque les 6 lectures d'une série de syllabes étaient réparties à intervalles égaux que lorsqu'elles étaient accumulées en 2 ou en un seul groupe, avec pauses subséquentes 2 ou 3 fois plus grandes que dans le premier cas. — Larguier des bancels, dans des expériences toutes récentes, a obtenu des résultats analogues.
Signalons encore un groupe d'expériences faites par JosT. Deux séries Rj et R2 sont lues 3o fois chacune. Le jour suivant, on examine la force associative de avec la méth,ode d'économie, et celle de R2 avec la méthode des associations ; en outre, ce même jour, le sujet lit deux nouvelles séries R3 et R4 , 4 fois chacune, et, une minute après, on fait pour R3 l'épreuve d'économie, et pour R^ l'épreuve d'association.
Or, la méthode d'économie montre que c'est la force de la série ancienne qui est le mieux conservée, tandis que la méthode des associations montre, au contraire, que c'est la force de la série récente qui a le moins baissé. Gela confirme donc le résultat, énoncé plus haut, qu'une nouvelle répétition a plus d'importance pour les séries anciennes. — Jost (463) pense que ces expériences révèlent deux fonctions différentes de la mémoire : la tendance à la reproduction et la tendance au renforcement de l'association. C'est pos-
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sible ; mais, dans le cas particulier, les choses s'expliquent, me semble-t-il, sans cette hypothèse : Jost faisait étudier ses séries avec le rythme trochaïque. Les syllabes d'une même mesure, soit i et 2, 3 et /i, etc., étaient donc beaucoup plus fortement associées (v. plus loin), que les syllabes appartenant à deux mesures différentes, 2 et 3, par exemple. Rien d'étonnant que la méthode des associations justes, qui ne s'adressait qu'à ces associations fortes, ait donné de meilleurs résultats lorsque la série n'avait été répétée que 4 fois, et que, par suite, les associations entre mesures différentes, auxquelles s'adresse aussi la méthode d'économie, avaient à peine eu le temps de se former. Dans les séries anciennes, au contraire, les associations indirectes ayant eu le temps de bien s'organiser, on comprend que la mise en jeu des associations fortes n'ait pas autant prévalu. — Autre raison : la force des associations fortes décroît plus vite que celle des associations faibles (Steffens). La méthode des associations justes ne s'adressant qu'aux associations fortes devait donc avoir, pour les séries anciennes, des résultats moins bons que la méthode d'économie, qui tient compte aussi des associations faibles.
Bien des expériences sont encore à faire dans ce domaine, pour que l'on puisse se rendre compte de tous les facteurs qui interviennent. La fatigue doit aussi être rendue responsable de l'infériorité des sériescumul ; elle est sans doute un agent qvii, à un moment donné, vient contrecarrer l'action des répétitions \
I. S'il en est ainsi, nous touchons du doigt une erreur d'in-
FORCE DE L^ASSOCïATION
§ 5. — Nombre des liens contractés.
Si un état de conscience A est associé à la fois à d'autres états B, G et D, trop faiblement pour que chacun d'eux soit capable de donner lieu à une évocation, ils pourront cependant, s'ils sont mis en jeu tous les trois ensemble, reproduire A, ce qu'aucun n'aurait peut-être pu faire isolément (association convergente).
On s'est demandé si, lorsqu'une image est associée simultanément à des images d'une autre nature sensorielle, la force associative totale en est renforcée. La chose n'est pas évidente a priori. Il pourrait y avoir un antagonisme entre les divers sens qui nuirait à la totalisation des forces associatives. Les expériences de MûNSTERBERG (c) out moutré cependant que, lorsque les mémoires visuelle et auditive agissent simultanément sur un même couple, son association est renforcée :
Expériences. — On présentait au sujet des chiffres
terprétalion que Ton est tenté de commettre : on part de l'hypothèse que la force créée par 20 répétitions est le double de celle créée par 10 répétitions ; mais il se pourrait très bien qu'une partie de l'action des 20 répétitions fût employée à combattre la fatigue naissante, et fût ainsi perdue pour le renforcement de la connexion. — Miss Steffens a montré, par exemple, que, si un sujet a lu une strophe 6 fois et une autre strophe 3 fois, il aura proportionnellement plus oublié la première que la seconde, et elle en conclut que la « valeur d'épargne » [la force conservée] de la plus forte de 2 associations tombe plus rapidement que celle de la plus faible. Mais il n'est pas certain que 6 lectures aient créé en réalité une force double de celle produite par 3 lectures.
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écrits chacun sur un carré de papier, ou divers carrés de couleur, formant une série. Tantôt ces séries étaient montrées au sujet, tantôt on les lui lisait (en nommant les chiffres ou les couleurs), tantôt enfm on les lui montrait et on les lui nommait à la fois. Dans ce dernier cas, les séries étaient beaucoup mieux retenues, ce dont on s'assurait en priant le sujet de reconstituer, au moyen de carrés analogues, les séries qu'on lui avait présentées.