I. Associations homogènes
Présentation simultanée : possible pour la vue, le tact et le sens musculaire
l\ssociation des idées
Présentation successive : possible pour tous les sens ; mais d'efFicacité douteuse, en fait pour le goût et l'odorat * . IL Associations disparates.
Présentation simultanée et successive : possible pour toutes les combinaisons imaginables entre les divers sens, mais d'efficacité douteuse pour certaines d'entre elles, comme ouïe-goût, ouïe-odorat, tact-goût, etc., etc.
Certaines de ces associations, comme tact-vue, sont notablement plus fortes dans un sens que dans l'autre. Lorsque nous touchons un objet les yeux fermés, Limage visuelle surgit aussitôt ; mais pouvons-nous dire que, lorsque nous voyons un objet. Limage tactile en est évoquée P C'est douteux. Seule, la pathologie pourra nous renseigner sur ce point d'une façon décisive ^.
Ce qui rend difficile encore l'étude de cette question, c'est la grande tendance qu'ont presque toutes les perceptions à se traduire en images visuelles, en sorte que, voulant étudier, par exemple, l'association tact-ouïe, ou ouïe-goût, on risque de ne considérer en réalité que les associations vue-ouïe, et vuegoût. Là encore, ce n'est que la pathologie qui nous apprendra si, en fait, nos perceptions tactiles ou auditives, ou autres, peuvent évoquer immédiatement des images gustatives, olfactives, etc., sans passer par l'image visuelle. N'oublions pas non plus la tendance
1. Sans doute parce que les images laissées par le goût et l'odorat sont trop faibles, et sont déjà dissipées au moment de la présentation du second terme du couple.
2. Ainsi ks cas de cécité tactile, cf. Glaparè:de, a 8i, c, et Markova, 70-75.
FORCE m L^SSOClAtlON
que nous avons de traduire toutes nos impressions en images verbales, de telle sorte que Ton n'est jamais sûr non plus que ce n'est pas par leur intermédiaire que l'association s'est faite ; les images verbales impliquent elles-mêmes, on le sait, la participation de trois sens différents.
Tout ce que l'on peut dire pour le moment, c'est que les associations diffèrent de force suivant la nature sensorielle des éléments qu'elles unissent, et suivant la direction dans laquelle elles fonctionnent. Mais il est impossible, semble-t-il, de pousser plus loin l'investigation, car trop d'autres facteurs, impossibles à éliminer, interviennent.
Au point de vue physiologique, le fait que les images d'un certain centre s'associent plus fortement, peut se ramener à la plus grande intensité des processus cérébraux corrélatifs de ce centre. Quant à savoir la cause de cette suprématie physiologique d'une région sensorielle sur une autre, on peut l'expliquer dans une certaine mesure par la sélection et l'exercice : dans la lutte pour l'existence, les sens visuels et auditifs, qui renseignaient sur la présence d'un ennemi alors que celui-ci était encore à distance, ont sans doute été plus utiles que les autres sens ; les individus ayant un plus grand développement de ces sens-là ont donc été protégés. Mais il est difficile d'expliquer les variations relatives que l'on rencontre chez un même individu . C'est là d'ailleurs une question qui regarde la psychologie individuelle. Quelle qu'en soit la cause, il suffit pour nous de constater que tout peut se ramener à une différence d'intensité.
Gl.APARÈDE. 8
Quelques expériences ont été faites pour voir laquelle des mémoires, visuelle ou auditive, était la meilleure. Les résultats ne concordent pas. Tandis cjue Kirrpatrik, MuNSTERBERG (c), Whitehead, out trouvé uuc prépondérance de la mémoirc visucllc, Hawktns, Kemsies (89) trouvent au contraire que la mémoire auditive est supérieure. — . Cf. aussi CoHN, MûLLER et Ph^zecrer (245)-
I 9. — Conditions physiologiques.
Il est bien probable que, toutes choses égales d'ailleurs, la force d'une association varie suivant Vâge à laquelle elle est créée, suivant Vétat de santé, de fatigue ou de repos, suivant diverses autres circonstances physiologiques (digestion, soif, etc.). On comprend combien il est difficile, en raison du grand nombre de facteurs influant sur l'association, de savoir quelle part revient à ceux que nous venons d'énumérer. Il n'a pas d'ailleurs, que je sache, été fait de recherches dans ce domaine.
Pour ce qui concerne Tage, il est en vérité assez difficile de dire si les associations formées dans la tendre enfance étaient, toutes choses égales d'ailleurs, plus fortes que celles qui se créent en nous aujourd'hui. Et, comment peut-il être question, dans un problème comme celui-ci, d'un « toutes choses égales d'ailleurs » ? Si nous nous rappelons moins bien ce que nous avons fait à cinq ans qu'à quinze, cela signifie-t-il que nos associations créées à l'âge de cinq ans étaient moins fortes que celles créées à quinze ? Pas nécessairement, car le laps de temps écoulé est différent dans les deux cas. Pour résoudre
FORCE DE l'association
le problème, il faudrait que je puisse me reporter à l'âge de dix ans, par exemple, pour juger de la force de mes souvenirs de ma cinquième année, et à l'âge de vingt ans, pour juger de mes souvenirs de ma quinzième année ; et encore serais-je loin d'être sûr que les conditions d'acquisition de ces souvenirs aient été les mêmes, ce qui serait cependant indispensable pour que l'on puisse comparer leur force respective de conservation.
On s'est quelquefois servi, pour mesurer la fatigue, de la différence de facilité avec laquelle on apprend une série de chiffres ou de syllabes, avant ou après tel travail fatigant. Mais de telles expériences ne tiennent pas compte seulement des variations de l'intensité de la mémoire de fixation, d'autres facteurs interviennent comme l'entrain, l'exercice ; on ne mesure donc pas seulement la force associative, mais tout un complexus de facteurs divers (Cf. les travaux de Bettmann, Weygandt, etc.).
h''exercice, V entrain, d'ailleurs, doivent avoir aussi un effet favorable sur la force associative. Leur influence se distingue de celle de la fréquence des répétitions en ce que celle-ci ne porte que sur le renforcement d'associations définies, tandis que l'exercice agit sur le pouvoir associatif en général, probablement par une modification convenable de la circulation cérébrale.
Pour savoir si, toutes choses égales d'ailleurs, la force associative varie suivant le sexe, il faudrait entreprendre des recherches sur un grand nombre de sujets ; mais, en raison de toutes les circonstances pouvant modifier dans un sens ou dans l'autre les
l'assoctatio]n des idées
résultats, ceux-ci n'auraient qu'une médiocre valeur.
On a constaté aussi que certains médicaments, comme l'alcool (Mûnsterberg, IV, 128), rendent plus difficile l'étude de séries de syllabes; d'autres, comme le brome (Lôwald, 53 i), renforceraient au contraire la force de création des associations. — Enfin, divers états pathologiques (paralysie générale, etc.), auxquels il faudrait ajouter la vieillesse, mettent un obstacle à la création d'associations nouvelles.
§ 10. — Intérêt.
Chacun sait que les choses qui nous intéressent restent ptus longtemps que d'autres gravées dans notre mémoire et associées au souvenir des circonstances au sein desquelles elles ont été éprouvées. L'intérêt que nous cause un événement influe donc sur la force des associations qu'il implique. Mais quelle en est la raison ? Il faut, avant de répondre à cette question, rechercher ce que c'est que l'intérêt.
Le mot (( intérêt » peut être pris dans deux acceptions différentes, et que l'on risque d'autant plus de confondre qu'elles sont très voisines. Nous disons qu'un spectacle ou un livre est intéressant lorsqu'il nous procure une jouissance, que, pour une raison ou pour une autre il nous captive agréablement. C'est le sens restreint. Si l'on remonte à l'étymologie, le verbe interesse, qui signifie « importer », nous donne le sens vrai du mot intérêt. Est intéressant pour nous tout ce qui nous importe, par conséquent, les choses désagréables qu'il importe d'éviter comme les choses agréables vers lesquelles il importe de tendre.
FORCE DE l'association iS']
La vie implique rinlérct. Elle est un état cFéquilibre à F égard duquel aucune influence extérieure, si minime soit-elle, ne peut être indifférente. Toute excitation agissant sur un organisme sera ou nuisible ou favorable au maintien de cet équilibre. Tous les organismes qui ne seront pas faits de telle façon ^ que la présence d'une excitation nuisible déclenche en même temps la réaction nécessaire pour s'y soustraire, seront détruits ; d'autre part, tous les organismes faits de telle façon qu'une excitation favorable à leurs fonctions vitales provoque précisément les mouvements nécessaires pour lui permettre de continuer à s'exercer, tous ces organismes seront mieux constitués, etc., et par conséquent resteront victorieux dans la lutte pour l'existence. Chez tout organisme normal, c'est-à-dire qui tend à vivre, toute excitation externe provoquera une certaine réaction, c'est-à-dire l'attitude, ou la disposition nerveuse qui soit la plus utile (au point de vue de la conservation de l'individu ou de l'espèce) en présence de ladite excitation ; et, à chaque instant, l'organisme n'étant jamais identique à lui-même, ce sera une excitation, de préférence aux autres, qui provoquera cette réaction. On dira que cette excitation privilégiée est celle qui intéresse l'individu, qu'elle lui importe ; c'est donc en la réactionréponse à cette excitation que, physiologiquement parlant, consiste l'intérêt, et c'est le concomitant psychique de cette réaction qui est le sentiment d'intérêt, sentiment généralement accompagné d'un autre senti-
I. Nous n'avons pas à examiner ici quelles senties causes (variation, hérédité) qui ont produit telle ou telle organisation. Gela est indifférent à notre argumentation.
ment de plaisir ou de peine, mais qui se présente à un état assez pur lorsque, par exemple, nous sommes mis en éveil par un bruit de pas dans notre corridor, et que nous ignorons encore s'il provient d'un fâcheux qui va s'installer chez nous, ou d'un ami que nous nous réjouissons de revoir.
La manifestation la plus évidente de l'intérêt est V attention. Un objet qui se présente à nous et que soit par sa qualité, soit par la brusquerie de son appari tion, sa nouveauté, etc., il nous importe de mieux connaître, afin de pouvoir réagir comme il convient, déterminera tout d'abord un réflexe d'ajustement des organes des sens, et de l'attitude \
Il semble, en outre, que l'excitation intéressante a une action dynamogénique sur les centres nerveux, puisque c'est l'adaptation appropriée à cette excitation qui se réalise, c'est-à-dire prévaut sur toutes les adaptations possibles.
On peut rendre compte grossièrement du pourquoi de cette action, en disant que l'excitation qui intéresse l'organisme est celle pour laquelle il est le moins fatigué^ ; c'est donc cette excitation qui produira, toutes choses égales d'ailleurs, les effets les plus violents.
Nous voyons donc que les effets de l'intérêt sont de trois sortes : augmentation de l'intensité et de la netteté de la perception, grâce à une meilleure adap-
1 . L'attention volontaire renforce aussi les associations, comme chacun sait. C'est encore l'intérêt qui est la cause de ce renforcement; en effet, faire attention volontairement, c'est prêter de l'intérêt à ce qui n'en a pas par soi-même (cf. ch. VIII, § i).
2. Chacun a remarqué ces oscillations qui se produisent dans la mode ou dans l'attention portée à un événement puhlic, à une cat^istrophe, à une découverte scientifique, etc.
FORCE DE l'association iSq
tation sensorielle ; formation d'un sentiment spécifique, qui vient se souder à la perception ; augmentation immédiate de l'intensité de la perception par action dynamogénique sur les centres nerveux.
Ce qu'il importe ici, c'est d'expliquer l'influence de l'intérêt sur la force associative.
Cette influence s'explique d'abord par l'augmentation de l'intensité des phénomènes cérébraux due à la dynamogénie dont nous venons de parler. — Sous ce rapport, l'intérêt agit comme le facteur intensité, que nous avons étudié plus haut, mais avec cette difî'érence que, tandis que l'intensité due à l'excitant est d'origine externe, l'intensité due à l'intérêt est d'origine interne. En pratique, ces deux efîets se com- ; binent et s'ajoutent, de telle sorte qu'une excitation I intense s'associera à ses voisines, et parce qu'elle est : intense, et parce qu'étant intense, elle a provoqué une réaction d'intérêt qui vient, de son côté, en augmenter encore l'intensité.
Cette influence s'explique encore par la multiplicité des liens associatifs qui seront créés : l'intérêt, en augmentant l'intensité de la perception, facilitera l'évocation d'autres images (verbales, etc.) ou de sentiments ^ qui viendront s'associer au couple présenté et le renforcer.
Les sentiments provoqués par les excitants présentés peuvent aussi provoquer un intérêt plus ou moins grand ; le sentiment de la relation qu'ofî'rent les deux
I . Les sentiments de joie ont une force associative plus grande que ceux de peine : au retour d'une excursion ou d'un voyage pénible, on se rappelle surtout les bons moments que l'on a passés.
termes du couple à associer, notamment, pourra être plus ou moins intéressant pour l'individu. Il en résulte que certains couples pourront être plus ou moins fortement associés suivant la disposition individuelle du sujet à être intéressé de préférence par telle relation \ La façon dont se crée l'association révèle donc, dans une certaine mesure, le type psychologique (v. plus loin, ch. m, § 6).
C'est sans doute aussi l'intérêt qui explique la solidité de ces liaisons « qui ont pris pied du premier coup, sans répétition, grâce à leur présentation au bon moment », et que Flournoy (a, Sg) a nommées associations privilégiées. Un tel processus rend piobablement compte de certains cas de synopsies, ainsi que de certaines associations créées subitement au cours de l'hystérie, etc.
Au point de vue physiologique, nous pouvons donc dire que l'influence de l'intérêt se ramène à celle de l'intensité des processus nerveux, plus à celle d'une multiple liaison.
Miss Galrins a fait des expériences pour étudier l'influence de l'intérêt : elle modifiait un des couples de la série à apprendre de façon à le rendre plus intéressant ; les chiffres en étaient écrits en rouge, par exemple. Elle a remarqué que l'intérêt est un facteur associatif plus puissant que le rang de l'excitant.
I. Le sentiment à' appartenance à un même fo?^f provoque un intérêt puissant: c'est la raison pour laquelle les impressions appartenant à un même objet sont si fortement associées entre elles ; — c'est pour im motif analogue que des phrases qui ont un sens sont infiniment plus vite retenues que des séries de sjUabes sans sens.
FORCE DE l'aSSOGIA.TION
§ 11. — Concurrence, ou interférence des associations.
La force de l'association de deux états de conscience ne varie pas seulement sous Finfluence des divers facteurs que nous avons énumérés. Elle dépend encore des autres liaisons que peut avoir contractées I l'un de ces deux états de conscience.
Si une perception a a été associée à une autre h, et qu'ensuite on la présente un certain nombre de fois avec une perception c, la force de l'association a — c ne dépendra pas uniquement du nombre de présentations, comme ce serait le cas si a était libre au moment où on l'associe à c, mais au contraire, la présence de l'ancienne liaison a — h influera sur la création de la nouvelle association a — c. Cette influence inhibitrice, qu'on peut appeler inhibition de formation Çgenerative Hemmung^, et qui se manifeste comme un obstacle à la création d'une association, avait déjàété remarquée par MûLLERct Schumann (177, 3 18) : les syllabes qui avaient été associées précédemment à d'autres syllabes (ou à un certain rythme) étaient plus difficiles à associer à de nouvelles syllabes (ou à un nouveau rythme) , que les syllabes encore fraîches.
j Bergstrôm a fait en 1898611894 quelques expériences ingénieuses qui prouvent aussi cette influence inhibitrice : jle matériel comprend un paquet de 80 cartes, soit 10 groupes de 8 cartes, les cartes de chaque groupe portant jim dessin semblable. Les cartes sont brouillées. Le sujet |doit les placer une à une sur la table, et faire 10 paquets, |de telle sorte que toutes les cartes semblables soient ras-
semblées en un seul paquet. On calcule le temps employé. Puis on prie le sujet de refaire la même opération, mais en répartissant les lo paquets dans un ordre nouveau. Cette seconde répartition est notablement plus longue que la première, car la formation d'associations nouvelles entre les mouvements à exécuter pour effectuer la répartition, et la nouvelle situation des paquets a été contrecarrée par la présence des anciennes associations qu'avait créées la série précédente : c'est une véritable interférence.
Dans une autre série d'expériences analogues, le même auteur a montré que l'influence de l'interférence contrebalançait tout juste les effets de l'exercice.
Mais si, par un nombre considérable de répétitions, on peut vaincre cette inhibition de formation, la double association a — b, a — c sera réalisée. On peut alors se demander ce qui se passera si, après un certain temps, on montre a au sujet en le priant d'indiquer quelle image cette perception évoque en lui. Les belles expériences de MtiLLER et Pilzec- KER (p. 78-1 7/i) ont montré qu'il se produisait aussi, dans ce cas, une inhibition réciproque entre a — b et a — c, qui gêne la reproduction, et qu'on peut appeler inhibition de reproduction (effectiielle Hemmung).
Bien que cette interférence n'ait l'occasion de se manifester qu'au moment de l'évocation, on peut évidemment la considérer comme un des facteurs agissant sur la force associative, puisque ce concept de force exprime précisément la résultante de tous les facteurs associatifs cérébraux dont dépend, toutes choses égales d'ailleurs, la possibilité d'évocation à un mo-
FORCE DE l'association
! ment donné, et que cette force ne peut être mesurée qu'au moment de révocation.
En pratique, les effets de l'inhibition de production et de celle de reproduction s'ajoutent et se con- ! fondent, et il n'est pas possible, dans les résultats fournis parles méthodes d'association ou d'économie, de distinguer la part qui revient à l'une et à l'autre. I C'est par l'introspection que l'on peut arriver à prouver empiriquement l'inhibition de formation^, les sujets déclarant devoir concentrer beaucoup plus leur attention sur l'étude des couples dont un des éléments a déjà fait partie intégrante d'un autre couple, appris précédemment (MtiL. et Pilz., iSg).
Expériences de Mûller et Pilzegker. — Leur but est de démontrer cette influence inhibitrice. Ils se servent pour cela de séries de 8 syllabes, soit de 4 couples, composées comme suit :
Série I rs ah tu de — II vx di yz ac
Chaque lettre représente une syllabe différente. On remarquera que les syllabes a et cî se retrouvent dans les deux séries, associées chaque fois à une syllabe différente. Le sujet doit lire ces séries un certain nombre de fois, et on détermine, par la méthode des associations justes, le nombre des réponses exactes.
Soit r le nombre des réponses exactes pour des syllabes quelconques, rs, tu, etc.
Soit Ti le nombre des réponses exactes pour les syllabes
I . Ses effets ont d'ailleurs été souvent remarqués dans la vie de tous les jours : chacun sait qu'il est plus facile de prendre une bonne habitude que d'en corriger une mauvaise.
L''ASSOGIATiON DES ÏdÉeS
à double liaison, lorsque le sujet répond b lorsqu'on lui montre a.
Soit r.2 le nombre des réponses exactes lorsque le sujet répond d'abord c, et ensuite seulement lorsqu'on lui montre a .
Si l'inhibition n'existait pas, on devrait avoir Ti -i-i\2 = r, ce qui signifierait que l'association des syllabes à double liaison (du type ab) est aussi forte que celle des syllabes du type ordinaire rs.
Mais l'expérience montre que H- r.2 est notablement plus petit que r. Cette diminution du nombre des réponses exactes pour les syllabes à double liaison ne peut être due qu'à l'inhibition ^.
MûLLER et PiLZECRER out cucorc remarqué que, dans le total des réponses pour les syllabes à double liaison, les réponses pour les syllabes de la série II étaient meilleures que pour celles de la série I, c'est-à-dire que, lorsc|ue a, par exemple, était montré, le sujet répondait plus souvent c que b. Gomment donc expliquer que l'association ac soit plus forte que ab puisque ces deux couples ont été appris par un même nombre de répétitions ?
La différence provient de ce que, dans les conditions dans lesquelles l'expérience a été faite, l'épreuve associative a été faite i5 minutes après l'étude de la série I, et 1/2 minute seulement après l'étude de la série II. Au moment de l'épreuve, donc, les associations ab et ac ne sont pas de la même ancienneté. Or nous verrons que l'ancienneté influe sur l'évocation, en la retardant.
Des expériences spéciales faites pour élucider ce point particulier ont montré c|ue si une association ab a une
I . Je renvoie pour plus de détails à l'analyse très claire et très minutieuse que M. Victor Henri a faite du travail de Mùller et PiLZECKER, dans V Année psychologique, VU, p. 584-591, et que les lecteurs de langue française pourront consulter sans ' difficulté.
FORCÉ DE L^ASSOCIATTON
ancienneté de 24 heures, et une association ctcn'a qu'une ancienneté de 20 secondes, c'est ac cjui prédomine dans les réponses. Mais, au bout de 10 minutes déjà, le rapport est renversé et c'est ah qui devient prédominant. Il semble donc que l'inhibition momentanée de ah n'était due qu'à l'exercice encore tout récent du trajet ac ; mais, dès que les effets immédiats de cet exercice se sont dissipés, l'association ah, mieux organisée puisque plus ancienne, a recouvré toute sa force.
On comprend aisément l'importance de recherches de ce genre, qui nous rapprochent de ce qui se passe dans la vie réelle de Tesprit, où chaque état de conscience est associé à un grand nombre d'autres images. Cela nous montre que la force d'association de deux images, à un moment donné, ne dépend pas seulement des conditions au sein desquelles s'est créée leur liaison, mais qu'elle dépend encore de la force, à ce moment-là, des autres associations dans lesquelles entre chacune de ces deux images, autres associations qui dépendent elles-mêmes d'autres associations contiguës, et ainsi de suite à l'infini, ou plutôt, jusqu'aux limites de notre contenu mental, — ce qui n'est, hélas, pas tout à fait la même chose, — en sorte que nous pouvons dire que la force d'une association dépend de tout l'état mental à ce momentlà, comme d'ailleurs l'état mental peut dépendre de la force d'une seule association. La physiologie cérébrale réalise en quelque sorte la belle devise de la Confédération helvétique : Un pour tous, tous pour un !
L'influence de l'inhibition a été signalée par divers auteurs. Binet et Henri Çh, 82) ayant remarc[ué C£u'à retenir une série de mots isolés est plus difficile Glapakède. û
l'assoctation des idées
qu'une série de mots formant une phrase, l'avaient expliqué ainsi : « à mesure qu'on entend un mot, on forme rapidement une image ; à peine a-t-on le temps de se rendre compte de cette image, qu'on entend prononcer un mot nouveau ; on est alors obligé de former une nouvelle image qui expulse la première de la conscience et très probablement a pour elfet de l'affaiblir » .
Peut-être l'inhibition joue- t-elle aussi un rôle dans ces bizarres expériences de Xilliez, qui montrent que, lorsc[u'on répète par cœur une série de chiffres quelconques que l'on vient d'entendre, on a une tendance à diminuer leurs intervalles.
Il resterait à envisager l'inhibition au point de vue physiologique. Pour diverses raisons, les physiologistes ont été amenés à admettre que, dans certains cas (arrêt du cœur par excitation du nerf pneumogastrique, vaso-dilatation par irritation de la corde du tympan), l'inhibition pouvait être le résultat d'un processus actif. Quelle que soit la justesse de ce point de vue, il ne me paraît pas nécessaire d'admettre, pour expliquer les phénomènes d'interférence dont nous avons parlé, une action inhibitoire spécifique. L'inhibition n'est que le côté négatif d'un processus actif. Lorsque, dans nos exemples ci-dessus, a, doublement lié à 6 et à c, n'évoque ni l'un ni l'autre,, ce n'est pas que la liaison ab ait une action directe, spécifique, sur ac, ou réciproquement, mais simplement que le courant nerveux parvenu en a, trouvant devant lui deux voies ouvertes, se partage, et que, divisé, il n'a plus la force de faire triompher ni 6, ni c, — ou que, inégalement réparti, il ne peut faire triompher 6 ou c d'une façon aussi certaine ou aussi
FORCE DE l'association 1^7
rapide qne si chacune de ces deux images était seule en jeu.
Mais, qu' arrivera- t-il si nous supposons que, par un exercice convenable, les associations ab et ac ont été rendues exactement de même force, sont de même ancienneté, et que vu leur grande familiarité, l'impulsion nerveuse arrivant à a soit assez intense pour que, même en se divisant, elle ait la force d'évoquer simultanément 6 et c ?
Deux cas pourront se présenter : ou 6 et c seront des représentations disparates (c'est-à-dire la représentation de qualités pommant coexister en un même point de l'espace, comme rouge et chaud, par exemple), et alors il se pourra faire que 6 et c puissent être réellement évoqués simultanément.
Ou bien 6 et c seront des représentations homogènes (comme rouge et jaune) et alors trois cas sont à considérer : 6 et c pourront coexister si ab et ac ont été présentés dans un ordre spatial difîéa
rent, par exemple ^ et ac: la perception de a pourra
ac
alors évoquer le complexus ^ . — 2° 6 et c ne pourront s'appliquer qu'au même point de l'espace, et alors forcément l'une des deux images sera exclue, car nous ne pouvons nous représenter un même point rouge et jaune à la fois au même moment. Quelle est la raison de cette exclusion P Nous l'ignorons. Gela doit tenir à notre constitution physiologique. Mais cela n'explique rien de dire que chacune des images exerce une inhibition sur l'autre; remarquons que si l'une
i/i8 l'association des idées
des deux images triomphe, on pourra toujours admettre qu'une cause secondaire est venue l'aider à triompher. Et cette aide suffira à exphquer son triomphe sans le concept d'inhihition, sinon il faudrait expliquer pourquoi c'est b qui inhibe c et pas l'inverse. — 3° Aucune des deux images ne triomphera, et révocation sera retardée d'un certain temps — très court, mais constatable dans les expériences d'interférences où la mesure du temps a été prise — et l'on peut toujours supposer, dans l'ignorance où nous sommes de la physiologie fine du cerveau, que cette inhibition est le résultat d'une insuffisance d'énergie, par suite de la répartition de la force nerveuse.
D'ailleurs, dans le cas des expériences de Miiller et PiLZECRER, où les réponses étaient faites par l'intermédiaire du langage, c'est-à-dire d'un système moteur, une nouvelle cause d'inhibition est l'impossibilité matérielle de prononcer deux syllabes différentes en même temps : à supposer que des centres nerveux supérieurs partent deux innervations simultanées pour aller au larynx, etc., certains muscles, sollicités en même temps que leurs antagonistes, seront, de fait, comme frappés de paralysie, et il s'ensuivra une inhibition jusqu'au moment où, pour une raison ou pour une autre, une des représentations deviendra prépondérante.
§ 12. — Inhibition rétroactive.
BiGHAM avait remarqué que le fait de remplir par diverses impressions l'intervalle qui sépare la présentation et sa reproduction affaiblissait celle-ci.
FORCE DE l'aSSOCIA.TION i/^Q
MiiLLER et PiLZECRER (17/i) oiit étudié avec plus de détails l'influence d'un travail psychique sur la force des associations créées peu auparavant. Ils faisaient lire à un sujet une série de 12 syllabes (série I) un certain nombre de fois, puis, quelques minutes après, on déterminait la force associative par une des méthodes d'économie ou d'association. Ensuite, on faisait lire un même nombre de fois une autre série (série II) semblable de syllabes, et, 25 secondes après, on lui faisait lire une nouvelle série de 12 syllabes. Puis, quelques minutes après, on déterminait la force des associations de la série II. On a pu constater que les forces respectives des associations des séries I et II étaient dans le rapport de i à 1/2. Ce rapport varie d'ailleurs suivant l'espace de temps qui sépare les lectures de la série II des lectures de la série surajoutée. L'influence nuisible de celle-ci est d'autant plus grande qu'elle a été lue après un intervalle plus court.
Les auteurs précités ont encore produit l'inhibition rétroactive en obligeant le sujet, après la lecture des séries à retenir, à regarder attentivement des images, de façon à pouvoir les décrire ensuite de mémoire. Ce travail d'attention a fortement nui à la rétention des séries, en en diminuant aussi la force associative de plus de la moitié.
En résumé, tout travail psychique mettant en jeu l'attention diminue la force des associations formées peu auparavant, et cette diminution est d'autant plus forte que ce travail d'attention a été effectué après un mtervalle plus court et a été plus intense.
Ces expériences sont faciles à interpréter physiologiqiiement : les associations nouvellement formées impliquent des processus d'organisation au sein des tissus nerveux, processus qui sont troublés lorsqu'un travail intensif, intervenant peu après, détourne sur un autre point du cerveau soit l'afflux sanguin, soit la tension nerveuse.
Nous voilà au bout de notre énumération. Il est à peine besoin de faire remarquer que tous les facteurs que nous venons de passer en revue n'agissent jamais isolément, sauf dans les laboratoires — et encore ! — où l'on peut obtenir des conditions artificielles. En réalité, ils ajoutent leurs effets, ou se contrecarrent. Je ne crois pas qu'il soit possible de dire quel est le plus puissant de ces facteurs : tout dépend de l'intensité de chacun d'eux ; beaucoup de répétitions l'emporteront sur un faible intérêt ; un intérêt plus fort l'emportera à son tour sur une fréquence moindre de présentations, etc.
Il ressort de cet aperçu que la force d'une association est un concept empirique, symbolisant le résultat d'une activité physiologique complexe et de nature encore inconnue. Cette force est une quantité dynamique dont la valeur dépend à la fois de la création de l'association et de l'état des liaisons voisines subexcitées au moment où cette association est considérée. Mais la force associative n'est pas seule à décider de l'évocation ; celle-ci dépend de l'état dynamique total des centres nerveux. La connaissance des facteurs régissant cet état total constitue le problème de l'évocation.