‹ L'Association des idées [electronic resource]Chapitre 24 sur 93 · L'ENCHAINEMENT DES FAITS DE CONSCIENCE · texte numérisé non relu

L'ENCHAINEMENT DES FAITS DE CONSCIENCE

§ 1. — Le cours de la pensée.

Un des caractères fondamentaux de la pensée est d'être perpétuellement changeante ; aussi a-t-on souTent comparé l'esprit de l'homme à un théâtre sur la scène duquel défilent une série d'acteurs qui apparaissent pour se retirer aussitôt et faire place à d'autres, comme s'ils craignaient de se brûler aux feux de la rampe. Rien n'est difficile, en effet, comme de retenir quelques instants une idée au foyer de la conscience.

Les lois de l'association des idées expliquent-elles ce continuel changement? En aucune façon. J'éprouve un état de conscience, qui aussitôt se transforme en un autre. Gomment admettre que l'association puisse être l'artisan de cette transformation ? Que l'on invoque la contiguïté ou la ressemblance, la chose est manifestement absurde, car Fidentité étant à la fois le nec plus ultra de la contiguïté et de la ressem-

l'associatio^ des idées

blance, une idée siégeant dans la conscience devrait bien plutôt tendre à y rester qu'à en appeler une autre — car cette autre lui sera toujours moins contiguë ou moins semblable qu'elle n'est contiguë ou semblable à elle-même. S'il n'y avait d'autres agents de changement que la contiguïté ou la ressemblance, l'esprit serait voué (en dehors de l'état de perceptivité) à un monoïdéisme éternel.

Pourquoi donc ce perpétuel changement? Là, encore, il faut demander à la physiologie d'en rendre compte. Deux hypothèses, qui d'ailleurs ne s'excluent pas, sont possibles : ou bien l'on peut admettre l'existence d'un courant nerveux, doué d'une force propre de propagation, comme c'est le cas pour les ondes lumineuses ou celles d'un liquide. Jon. Mulle" admettait déjà qu'une idée ne peut en évoquer un autre qu'en se détruisant elle-même, comme un vague se détruit en en soulevant une autre. — 0 bien on aurait affaire à un phénomène semblable ^ celui de la combustion d'une traînée de poudre chaque élément nerveux, au moment où il est 1 corrélatif d'un fait de conscience, devient le sièg d'une modification physico-chimique qui, tout en 1 rendant impropre à fonctionner, serait en mêm temps un stimulus pour d'autres éléments contigus ceux-ci, étant le siège de ladite modification chimique, stimuleraient à leur tour les éléments suivants, et ainsi de suite. Cette seconde hypothèse n'est qu'une adaptation de la loi de fatigue, qui règne d'une faço si générale sur notre organisme, et ne permet pas un même processus d'avoir quelque durée. Mai c'est là une question de physiologie qui nous import

l'enchaînement des faits de conscience i53

très peu. Il suffit d'avoir montré que la solution de ce problème n'a rien à faire avec l'association.

Le flux de notre pensée dépend encore d'autres circonstances : notre organisme est en butte à un certain nombre d'excitations, qui, si elles ne sont pas assez intenses pour se signaler à notre conscience, n'en doivent pas moins influencer l'état dynamique de nos centres nerveux, et, par suite, le faire varier continuellement, si ces excitations elles-mêmes varient. Parmi ces excitations, les unes proviennent du monde extérieur, les autres, de notre corps luimême, de nos viscères, de nos muscles, de nos vaisseaux ; la plupart d'entre elles restent au-dessous du seuil de la conscience \ Lorsqu'elles ne se produisent pas, il s'ensuit le sommeil normal, ou pathologique, comme dans les curieuses observations de StrIimpell, Raymond, Pronier, Ballet^, relatives à des malades atteints d'anesthésie généralisée, et qui tombaient endormis lorsqu'on leur bouchait les sens qui leur restaient encore, les yeux et les oreilles, par exemple. — Dans le sommeil, des excitations très légères, et dont la nature réelle n'est nullement perçue, suffisent à faire naître certaines idées ou à 'changer leur cours. — Ce fait que des hystériques dont les mains sont insensibles remuent précisément celui de leurs doigts que l'on a touché à leur insu, lorsqu'on leur ordonne d'en remuer un à leur choix,

1. GoLDscHEiDER. Die Bedeutiuig der Reize fiir Pathologie und Thérapie. Leipzig, 1898, i5.

2. Striimpell. Arch. f. klin. Med., XXII, 1878; Raymond, Revue de méd., 1891 ; Pronier, ibid., 1898; Ballet, Leçons de clinique médicale, 1897, p. 2o4.

prouve encore le rôle joué par les impressions restées subconscientes sur le cours de la pensée (Janet, Ballet).

§ 2. — Évocation.

Nous venons de voir pourquoi la pensée changeait ; reste à examiner ce qui la détermine à prendre une direction plutôt qu'une autre. Qu'est-ce qui opère raiguillage? Pourquoi, après un état de conscience, est-ce celui-ci plutôt que celui-là qui lui succède .^^

On admet généralement que « la raison en est dans l'idée antécédente )> (Rabier, i83). Cette raison est franchement insuffisante ; cela n'explique pas ce que l'on demande. Certes, la nouvelle idée sera contiguë à celle qui vient de la précéder ; mais cette contiguïté n'explique nullement que ce soit telle image plutôt que telle autre qui soit évoquée. C'est sans doute en vertu de la contiguïté que le mot arbre me suggère l'idée de ; mais cette même loi de

mécanisme rendrait compte aussi de l'évocation des idées de tronc, de branche, de fruit, et de mille autres. Elle est donc insuffisante à expliquer pourquoi c'est l'image d'une feuille qui s'est présentée la première à mon esprit.

Mais, pourrait-on répondre, toutes ces idées contiguës ne sont pas toutes liées avec la même force à l'état précédent ; toutes ces associations ne sont pas de la même ancienneté, et ces variations dans la qualité intime de la connexion suffisent à expliquer

l'eNCIIAIISEMENT des faits de CONSCrENCE l55 ^

que l'une des images apparaisse avant telle autre dans la conscience.

Assurément, la force d'association, dont nous avons abondamment parlé, explique que, toutes choses égales d'ailleurs, révocation dépend de la force de l'association. Mais, en pratique , on n'obtient jamais cette condition du « toutes choses égales d'ailleurs » ; c'est tout au plus si, au laboratoire, grâce à un dispositif spécial, on parvient à s'en rapprocher. Un jour, invité à associer un mot au mot arbre, je répondrai forêt] le lendemain, bûcheron, etc., même si les conditions d'expérimentation paraissent absolument identiques. Avant d'examiner de plus près ce qui détermine l'évocation, quelques mots sur le premier travail où cette question a été abordée dans toute son ampleur : c'est celui de Scripture, publié en

Expériences de Scritpure. — Le sujet, placé dans une chambre noire, voyait se projeter devant lui, sur un verre dépoli, les images qui devaient provoquer l'association ; on lui criait des mots, ou bien on lui faisait entendre des sons, ou encore on le soumettait à des impressions tactiles, gustatives, etc. Lorsque le sujet associait plus d'une idée à l'impression inductrice, on le notait, ainsi que la nature de l'image évoquée.

Scripture est ainsi arrivé à reconnaître 4 processus fondamentaux réglant l'évocation d'une idée : la préparation (Vorbereiten) , V influence (Einwirken), l'addition (Hinzufùgen), le retentissement (Nachwirken).

La combinaison ou le concours de ces 4 facteurs permettrait d'expliquer tout processus d'association.

i*' Préparation : Une représentation n'influence pas

toujours immédiatement le cours de la pensée ; elle es souvent préalablement travaillée et préparée avant d'avoi un effet. — L'image d'un pot à lait a suggéré à un suje de ScRiPTURE l'idée d'une laitière ; voilà un cas où l'imag inductrice tout entière a déterminé l'évocation.

L'image d'un explorateur vêtu de blanc suggère l'idé d'une statue de marbre : ici, la couleur blanche a évoqu l'idée de marbre, et la figure humaine, celle de statue. Les autres propriétés de l'image de l'explorateur ont ét' négligées, l'attention ne s'est concentrée que sur certain attributs de la figure. Scripture formule ainsi ce pro cessas de réduction (Vorstellungsverminderung) :

a^ — aO parties communes à 1 in a^ a- \ ducteur et à l'induit.

. , r^^n b (idée du marbre), parties éliminées I ^4 1

(Un des plus importants résultats de ce processus d réduction serait la création d'images générales : l'ima générale d'un oiseau est une image, dit S., d'où ont ét éliminées tous les signes caractéristiques à chaque espèce- — S. ne recherche pas quelle est la cause de ce pr' cessus réducteur; on devine que c'est l'intérêt).

2° Influence : Tout fait de conscience n'agit pas sur 1 cours des idées : certaines représentations peuvent appa raître dans la chaîne des idées, puis disparaître sans laisse de trace [il vaudrait mieux dire trace appréciable]. 0 ne dira donc qu'une représentation influe sur le cours des idées que si elle détermine une nouvelle direction du courant. Suivant que ladite représentation participe elle-même ou non à la chaîne des pensées, on dira qu' son influence est immédiate ou médiate [Nous traiterons de l'association médiate dans un paragraphe spécial].

3° L'addition est le 3^ processus invoqué par S. C'est, en quelque sorte, la contre-partie de la réduction. Il faut distinguer la forme et le contenu de l'addition :

l'enchaînement des faits de conscience i57

Forme: On montre au sujet la syllabe LA ; çà lui suggère le mot LAC ^addition simple^ — L'image d'un oiseau lui suggère celle d'un arbre au-dessus duquel volent quelques oiseaux, puis de l'arbre lui-même (^addition rédiictrice). — Dans la substitution, l'inducteur et l'induit ne coexistent pas dans la conscience, l'image évoquée ne contient plus rien de l'image évocatrice : c'est le castype de l'association. S. a pu suivre tous les degrés entre l'addition simple et la substitution.

Mais, l'addition est elle-même l'efFet d'une association, qu'il faut expliquer ; quant à savoir pourquoi l'évocation prend tantôt la forme de l'addition, tantôt celle de la substitution, c'est en dehors de l'association elle-même que, le plus souvent, il en faut trouver l'explication.

Le contenu de l'addition peut être une représentation, un sentiment, un Jîat volontaire, un sentiment de récognition, etc.

4° Retentissement : S. comprend sous ce nom l'action des représentations déjà sorties de la conscience [Nous en reparlerons sous le nom de constellation].

ScRiPTURE en conclut que l'évocation d'une idée est déterminée par l'action combinée de l'influence et du retentissement.

Ces expériences de Scripture montrent que la question de l'évocation est autrement compliquée qu'on ne l'avait cru jusqu'ici, et que l'association ne rend compte que d'une partie du phénomène ; elles ont attiré aussi l'attention sur ce fait que l'évocation est préparée par un processus dont l'association ne rend pas compte. Mais il y a avantage à reprendre cette étude d'une façon plus systématique ; nous allons donc passer successivement en revue les divers facteurs de l'évocation, à savoir :

1° Préparation de l'inducteur ;

2° Action propre de l'inducteur ;

3° Action du ton affectif de l'inducteur ;

4'' Action de la constellation ;

b"^ Age de l'association ; 6° Influence du milieu (et du corps) ; 7° Influence du sentiment sous-jacent; 8" Rôle de l'intérêt ; g'' Réduction de l'induit.

1° Préparation de U inducteur . — Il est inutile de revenir sur les remarques de Scripture à ce sujet. Constatons seulement que cette préparation est l'effet d'un processus de dissociation, de concentration, de réduction, lui-même étranger à l'association, mais qu'il ne faut pas oublier, puisque c'est lui qui va être une des conditions déterminantes de l'association en déterminant l'inducteur.

La conclusion pratique à tirer de cette remarque est que, lorsqu'on envisage une association,' soit ponr la classer, soit pour en déterminer l'origine, la première chose à faire est de s'enquérir de la préparation que le sujet a fait subir à l'objet présenté. Avant de chercher pourquoi la vue d'un cheval évoque tantôt l'idée d'un cavalier, tantôt celle du maréchal ferrant, il faudra [demander au sujet si, lorsqu'il a vu le cheval, sa vue s'est attachée à l'animal lui-même, ou s'est concentrée, pour une raison ou pour une autre, sur ses sabots.

En pratique, cependant, il est souvent très difficile

Évocation associative.

l'enchaînement des faits de conscience iBg

desavoir ce qui revient à l'association, et ce qu'il faut considérer seulement comme préparation. Si l'on me crie arbre et que je réponde tronc, il y aura association, sans doute, si je ne me suis rien représenté ; mais si je déclare avoir vu intérieurement un arbre, et que mon attention se soit fixée sur son tronc, d'où ma réponse, faudra-t-il dire queV image arbre a évoqué Vimage tronc ? Non, car celle-ci était impliquée dans celle-là, et, somme toute, l'association, qui paraissait 1 être entre des idées, ne régit plus que la compréj hension et la détermination des mots ; le processus i est le suivant :

I mot arbre > image arbre > image tronc > mot tronc

j association concentration association

il comprend un acte de concentration entre deux associations verbo-idéale et idéo-verbale.

Jusqu'ici on a considéré ces cas comme une association régulière ; mais il me semble que c'est à tort, et il serait bon d'élucider ce point. Lorsqu'on mesure la vitesse de l'évocation, par exemple, il n'est pas indifférent de savoir exactement ce que l'on mesure, si c'est un automatisme associatif ou un acte de concentration ou même de choix.

2° Action propre de l'inducteur. — Une fois l'inducteur bien déterminé, on peut se demander quel est son rôle par rapport à celui des autres facteurs ci-dessus énumérés. Il agit par contiguïté, et suivant la force de celle-ci ; mais son action n'est efficace qu'en s'ajoutant à toutes les autres, à moins qu'elle ne soit plus forte que toutes les autres à la fois. C'est ainsi

1 6o l'association des idées

que, si je parle mécanique, le son arbre fera surgir en mon imagination une tige de fer servant d'axe à une roue, et non pas un tronc branchu surmonté de feuillage bien que, sans aucun doute, à ne considérer que la contiguïté seule qui relie ces diverses images au son arbre, celle-ci soit bien plus forte dans le second cas que dans le premier.

3° Action du ton affectif de V inducteur . — Au lieu d'agir par lui-même, il se peut que l'inducteur agisse par l'intermédiaire ou avec le concours spécial du sentiment qui l'accompagne.

Et tout d'abord, une remarque : comment faut-il envisager cet élément affectif .^^ Doit-on le regarder comme étant lui-même l'état évoqué, ou au contraire comme faisant partie de l'inducteur ?

Deux cas sont à considérer: A. Si, au cours d'une expérience d'association, on me montre un papier gris, que je réponde froid, et que je reconnaisse que cette couleur a provoqué en moi un sentiment de quelque chose de triste, sentiment que j'ai traduit par le mot froid, il me semble qu'il faut considérer ce sentiment comme /a/^an/ part/e de rinducteur. Ce n'est pas, en effet, par suite d'une habitude acquise que j'ai lié ensemble la sensation de gris et ledit sentiment ; non, il s'agit là d'une réaction émotionnelle innée, le sentiment vient, pour ainsi dire, se fusionner avec la - sensation, et les deux ne forment qu'un même tout, comme le gris ne forme qu'un avec l'étendue du papier qu'il colore. On pourra donc formuler :

couleur qrise v „ . ,

~Z mot froid.

santiment

l'enchatnemeint des faits de conscience i6i

B. L'inducteur peut être lui-même indifférent, au point de vue affectif, et n'évoquer un sentiment que grâce à l'expérience passée, au cours de laquelle ce sentiment s'est trouvé lié à l'idée inductrice. I L'éveil de ce sentiment paraît donc être l'évocation I elle-même. Ainsi le mot Rome fera jaillir peut-être ! une émotion esthétique ; on pourra considérer celleci comme l'induit.

Mais il y a toute une série de cas où cette distinc- ' tion sera très difficile à faire ; si le mot tristesse, ou deuil, fait surgir un sentiment de tristesse, faudra-t-il considérer cet état affectif comme faisant partie de l'inducteur ou comme étant l'induit? — Il faudr^ ; ' interroger le sujet, qui seul pourra juger de la chose Ne nous dissimulons pas cependant que la décision ''^ 0:> risque presque toujours d'être arbitraire; et ce serait peut-être nécessaire d'adopter, entre psychologues travaillant sur l'association, une règle conventionnelle à cet égard.

Quoi qu'il en soit, tantôt l'inducteur lui-même et son ton affectif concourent à déterminer l'induit, tantôt c'est le ton affectif seul qui est l'élément déterminant.

ScRiPTURE (6) a noté, dans quelques expériences, l'influence exercée par le sentiment accompagnant l'inducteur. Tantôt ce sentiment collabore à l'évocation de l'induit, tantôt il est l'agent d'une évocation spéciale qui se produit parallèlement à l'autre. Les formules suivantes, empruntées à Scripture, font bien comprendre la différence de ces divers cas (l'inducteur était la perception d'une couleur ou d'un portrait) :

Perception Sentiment Représentation

P-^S-^R' Ri — R2

Bourdon, au cours de très nombreuses expériences, a remarqué que la forme grammaticale de l'inducteur influait sur la forme grammaticale de l'induit. Or, la forme grammaticale comme telle ne correspond-elle pas, psychologiquement, à un sentiment ? On aurait ici un exemple intéressant de l'influence du sentiment accompagnateur sur la forme de l'induit.

4^ Action de la constellation. — Nous avons dit tout à l'heure que le même mot arbre, suivant que l'on parlait mécanique, botanique, ou généalogie, évoquait en nous des idées bien difl"érentes. Gela vient de ce que, suivant que nous traitons de l'une ou de l'autre de ces disciplines, le réseau de représentations que chacune implique se trouve par cela même subexcité — - notre cerveau est, pour ainsi dire, dans un certain ajustement — et, par suite, les images appartenant à ce réseau atteignent plus facilement l'intensité nécessaire à l'évocation*.

I. C'est ee que montrent bien les expériences de Flournoy (<i) : on met beaucoup moins de temps pour lire une liste de mots en prononçant tous les mots d'une certaine catégorie (noms d'animaux, par ex.) qu'en les sautant. Cela vient de ce

l'enchaînement des faits de conscience i63

En d'autres termes, l'évocation d'une idée dépend de ses rapports de contiguïté non seulement avec l'idée immédiatement précédente, mais encore avec toutes les idées qui ont été précédemment présentes, ou qui, actuellement, sont subconscientes. Ce réseau de représentations dont la subexcitation constitue, on le voit, lun facteur important de l'évocation, a été appelé la constellation des idées (Ziehen, a, lôg). Déjà Wahle (/il 5) en avait constaté l'influence: une image, qui ne Ipeut surgir lorsqu'elle n'est sollicitée que par une autre, jpeut cependant y parvenir lorsqu'elle reçoit un supplément d'intensité d'un autre groupe de représentations. Voici un exemple de cet auteur : depuis longtemps, il n'avait pas pensé à Venise ; jamais, notamment, l'hôtel de ville golhique devant lequel il passait chaque jour n'avait, malgré sa ressemblance avec le Palais des doges, éveillé l'image de ce dernier. Un beau matin, pourtant, cette association surgit ; pourquoi ? Wahle se rappela que, deux heures auparavant, il avait rencontré une dame qui portait une broche ayant la forme d'une gondole vénitienne. — C'est un cas d'' association par concours (^ConcurremdiSsocmûon).

La constellation agit aussi sur l'évocation simultanée : elle est ainsi un facteur de la discrimination et de la perception, en tant qu'elle contribue à subexciter tous les réseaux correspondant à l'objet ; que l'on examine, ce qui fait que l'impression reçue I est plus vite classée, donc comprise. C'est elle qui

qu'il sufEt de concevoir d'avance telle catégorie d'objets pour que les plexus cérébraux qui y correspondent soient, de ce fait, subexcités.

est responsable crim certain nombre d'' illusions ; lecurieuses expériences de Miinsterberg (6, IV, 22) ont montré que le sens (donc, la constellation) d\in mot influait sur la perception d'un autre. On prc sentait à un sujet, pendant un temps très couri (2 secondes), un mot écrit sur une carte, et au même instant on lui criait un autre mot. C'est ainsi que le sujet a lu Tunnel, au lieu de Tumult, si on lui criait en même temps Eisenbahn ; — Frucht, au lien de Furcht, si on lui criait Obst, etc. (ou, pour prendre un exemple analogue en français, il aurait lu vernir, au lieu de venir, si on lui avait soufflé simul tanément le mot couleur^.

Les trois derniers facteurs que nous venons do considérer rendent compte de la part de l'association dans le processus évocatif. S'il n'y en avait pas d'autres, on pourrait dire que le problème de la reproduction des idées se confond avec celui de l'association ; beaucoup d'auteurs semblent admettre qu'il en est ainsi . — Souvent, en effet, une courte succession d'idées peut n'avoir pas d'autre cause que l'action combiner de l'inducteur et de la constellation; souvent aussi, cette cause étant plus forte que les autres, elle agit comme si elle était seule ; c'est le cas, notamment, dans les expériences d'association, où l'on tâche de rendre constants les autres facteurs.

Il est aisé de se rendre compte du rôle joué par ces facteurs associatifs dans la pensée naissante : ils lui apportent le fruit de l'expérience faite, c'est-à dire la façon d'accomplir l'action désirée. Mais c'esl tout ; ce n'est pas eux qui décident de l'action elle

i l'enchaînement des faits de conscience i65 même, ni du sens de cette action. Cependant Fexpérience ayant montré jusqu'à quel point telles actions permettaient de réaliser telles tendances, et la meil-

Ileure manière d'y parvenir, on comprend que ce contingent d'images amenées automatiquement par la contiguïté ne soit pas dépourvu de valeur ; et il a d'autant plus de valeur pour le moment auquel il est évoqué, qu'il est gros d'une plus longue expérience, [que la liaison des éléments dont il est constitué a été (créée sous l'empire d'un plus grand intérêt ou d'une meilleure instruction, et que, bien entendu, cet intéjrêt, par suite d'une idiosyncrasie héréditaire ou s autre, s'est appliqué à des phénomènes ou à des successions de plus de valeur intrinsèque.

Nous voici maintenant en mesure de formuler la [loi d'évocation associative, souvent impliquée par les auteurs dans ce qu'ils appellent tout court « la loi de contiguïté », et qui, nous l'avons vu, n'est qu'une I conséquence de celle-ci. Chaque fait de conscience tend à reproduire l'état total dont il a fait partie ; [mais, comme chaque fait s'est trouvé partie inté- ^ grante d'une multitude d'états différents, il en résulte une sorte de lutte d'où sortira vainqueur celui qui aura pu puiser des forces dans les idées constellées ou subconscientes. On peut résumer la chose dans cette loi que Hamilton et Hoeffding ont bien mise en lumière, la loi de totalisation :

Chaque fait de conscience a une tendance à repro- I duire l'état total dont il a fait précédemment partie ; — toutes choses égales d'ailleurs, l'évocation Çassociative) résulte de tout l'ajustement cérébral au moment considéré.

5*^ Age de V association. — Notons ici un facteur évocatif qui ne saurait rentrer sous le chef de l'évocation associative, quoi qu'il y paraisse. De deux représentations associées à une autre, ce sera, dans certains cas, non la plus forte, mais la plus récente, qui surgira. James (I, 576) a signalé le fait. Il est difficile do se rendre compte du rôle joué dans la vie réelle pai ce facteur dont l'action précise n'a guère été mise en lumière que par l'expérimentation de laboratoire (y. ch. V, § 2).

Continuons maintenant à examiner les autres facteurs qui concourent à déterminer l'évocation ; il est à noter qu'à partir d'ici nous sommes en dehors du cadre de l'association proprement dite : tous les facteurs qui vont suivre jouent en effet le rôle d'excitants externes par rapport à la pensée. Gomme, cependant, leur action est impossible à écarter, et qu'elle reste le plus souvent quasi-inconsciente, noua devons brièvement les étudier : 1

6*^ Influence da milieu. — L'influence exercée pal le milieu extérieur sur l'idéation a été étudiée par Flournoy (6).

Expériences de Flournoy: Une personne est chargée d'exécuter 10 dessins quelconques sur une feuille de papier, puis d'y écrire 10 mots isolés, enfin d'indiquer 5 actions exécutables dans la chambre où elle se trouve. Il s'agit ensuite de faire le départ, souvent très délicat, des idées qui ont été suggérées par le milieu et de celles provenant d'autres causes.

L'expérience a porté sur 43 sujets. L'influence du milieu a pu être nettement décelée dans 20 pour 100 des.

l'enchaînement des faits de conscience 167

cas pour les actes ; dans 16 pour 100 des cas pour les dessins ; dans 87 pour lOD des cas pour les mois. Dans près de la moitié des cas des deux dernières catégories, l'origine exacte de l'évocation est restée inexpliquée.

Il en ressort que lorsqu'on a choisi un mot, qu'on croit l'avoir choisi au hasard entre mille, « en réalité on a subi un certain nombre d'influences inconscientes qui ont considérablement rétréci le cercle de ce choix ».

Dans cette expérience, les excitations dues au milieu ne sont pas toutes restées inconscientes, il est probable au contraire que le plus souvent elles ne l'étaient pas ; même si le sujet déclare ne pas en avoir eu conscience, il est possible qu'il les ait oubliées. A-t-on prouvé que, chez un sujet sain, une impression demeurée inconsciente peut modiher le cours des idées ?

Jérusalem a rapporté l'observation d'un militaire qui, travaillant un soir dans sa chambre, pensa tout à coup à deux personnages, un mendiant conduit par une jeune fille. Très étonné d'abord, il finit par se rappeler qu'il avait rencontré jadis ces individus dans un certain chemin creux. Mais pourquoi donc cette idée-là lui était-elle venue ? Rien dans son entourage ne paraissait de nature à avoir pu l'évoquer. Bientôt cependant, il avisa sur la fenêtre, dans un bouquet, une fleur de Pyrola uniflora. Tout lui devint clair. La première fois qu'il avait trouvé cette plante, c'était dans ce même chemin creux. C'est donc, sans doute, sous l'excitation du parfum de cette plante, parfum dont il n'avait d'ailleurs pas eu conscience, que l'image des deux mendiants avait surgi. — Thomas a relaté une observation analogue, dans laquelle

c'est aussi une excitation olfactive, celle d'une fumée de charbon, qui joue le rôle d'inducteur inconscient.

Ces observations sont données par leurs auteurs comme exemples d'associations médiates ; mais ce n'en sont pas à proprement parler, puisque l'élément inconscient est une excitation présente, actuelle, et qu'il n'y a que 2 termes, non 3, impliqués dans le processus.

WuNDT (c/) refuse d'admettre que le parfum de la Pyrola soit resté réellement inconscient (unhemerkt) . Il s'agit là, ce me semble, d'une pure question de mots. Evidemment, la preuve de l'inconscience est impossible à faire. On pourra toujours dire qu'une impression prétendue inconsciente était bien consciente, mais pendant un temps si court, ou d'une façon si faible que le sujet n'en a pas gardé trace dans sa mémoire. Si cette question est très importante pour celui qui ne considère les faits qu'au point de vue purement mental, pour qui, par conséquent, toute action d'un fait inconscient sur un état de conscience devient une énigme indéchiffrable — elle importe en somme fort peu pour le partisan du parallélisme, qui trouve tcJujours dans la physiologie un refuge sûr lorsque le terrain de la conscience offre trop de trous et do lacunes. Mais voilà que Stôrring (6, 2/44) repousse aussi le rôle des impressions inconscientes dans la pensée, et ce, pour des raisons physiologiques : (( Si le processus central qui résulte de l'impression était assez faible pour qu'aucun corrélatif psychique n'y corresponde, il serait bien étonnant que ce même processus eût des conséquences physiologiques assez fortes pour évoquer un souvenir. » Storring pro-

l'enchaînement des faits de conscience 169

I pose alors de considérer ces impressions comme « obscures » (dunkelbewusst) ; c'est une nouvelle question de mots, et ça laisse subsister tout entière

; la difficulté, car on pourra se demander comment il se fait, si l'impression évocatrice est obscure, que l'image évoquée soit clairement consciente. Je tâcberai, à propos de l'association médiate, où le même problème se pose, ' de montrer que l'élément incon-

I scient agit en s'ajoutant à d'autres éléments incon-

I scients : c'est un cas de concours associatif où l'intensité évocatrice est due à la sommation des excitants, eux-mêmes trop faibles en intensité pour

j être conscients.

ScRiPTURE (a, i36) a soumis ce cas à l'expérimentation : il avait préparé des cartes portant une image, et, dans un coin, un signe peu apparent, une lettre, 4 points, etc. — Ces cartes étaient montrées au sujet pendant un

Paon

Drapeau

Nègre

un temps si court qu'il ne pouvait voir cjue l'image principale, sans remarquer le signe accessoire. Une fois terminée cette série de présentations, on montrait au sujet la série des signes accessoires isolés, et il fallait y associer une des images vues précédemment. Or, beaucoup plus souvent que le calcul des probabilités ne l'aurait voulu, à savoir dans 34 pour 100 des cas (prob. = 20,3 pour 100) sur 1^72 expériences, les réponses furent justes, c'est-àdire que le signe évoqua précisément l'image à côté de laquelle il était situé.

> La vie de tous les jours nous offre des exemples de

Glaparèi>e. 10

170 lVssociation des idées

cette influence des objets présents, mais non remarqués, sur notre pensée ; c'est là l'origine de la plupart de ces manque-à-touclie que l'on commet en société, (ce que l'on appelle vulgairement « mettre les pieds dans le plat ») et qui consistent à faire une allusion qu'il ne fallait précisément pas faire : sans le vouloir, on blâme l'avarice devant quelqu'un connu pour sa rapacité, etc. On me racontait récemment que, dans un dîner au cours duquel la conversation roulait sur les nouveaux médicaments, la maîtresse de la maison s'écria tout à coup, et sans aucune raison apparente : « Quand donc trouvera-t-on un remède pour faire repousser les cheveux ! » A peine avait-elle prononcé ces paroles qu'elle eût conscience du peu d'à-propos de son exclamation : son voisin de droite, le principal invité, était complètement chauve I

Chacun pourra récolter sans peine dans son entourage de pareilles anecdotes qui montrent bien l'influence du milieu, même « obscurément perçu », sur l'enchaînement des idées.

Les sensations cénesthésiques ou d'attitudes ont aussi un rôle, facile à remarquer, sur le sens de l'évocation. Lorsqu'on a faim, les images qui surgissent de préférence, quel que soit l'inducteur, sont celles qui ont quelque rapport avec les moyens de l'assouvir.

7° Influence du sentiment sous-jacent. — - On reconnaît de plus en plus que le mouvement de la pensée est calqué sur celui de la vie affective ; ce n'est qu'une conséquence de ce fait que le sentiment joue un rôle important dans l'évocation de chaque idée. L'état affectif régnant opère une sorte de sélection des représentations qui s'harmonisent avec

l'eNCHAIINEIMENT des faits de COINSCIENCE I7I

lui. On est encore loin de savoir par quel mécanisme intime s'opère cette action ; mais peu importe ici. j II n'y a guère de représentations qui nous soient 'absolument indifférentes, qui ne possèdent aucun ton affectif. Il est donc naturel que, parmi toutes les images candidates à l'évocation, celles-là aient chance de triompher dont le ton affectif est identique au sentiment dominant chez le sujet, au moment considéré. Si l'on est triste, ce sont, de préférence, les idées s'accordant à cette tristesse qui surgiront ; si l'on a peur, les souvenirs terrifiants tendront à renaître : ainsi, le poltron croit voir, le soir, des fantômes dans tous les buissons.

Ce qui complique la question, c'est que nous pouvons, semble-t-il, être animé de plusieurs sentiments à la fois, qui agissent chacun pour leur compte, comme s'ils fonctionnaient sur des plans différents : ainsi, je dois écrire une lettre, et je suis très pressé. Tous les mots qui me viendront à l'esprit seront sous la dépendance de l'émotion générale qu'est la né- |cessité d'écrire cette lettre; au contraire, les rapides mouvements de ma main., la pensée d'abréger, etc., seront sous l'influence du sentiment que je suis pressé. En outre, il se pourra qu'au même moment i je sois triste : nouveau sentiment qui viendra encore mettre son sceau sur les idées évoquées.

8° Idiosyncrasie d'intérêt. — Mais les sentiments sous-jacents, s'ils contribuent à préciser l'évocation, ne la déterminent pas toujours absolument (même de concert avec les facteurs associatifs). Il semble qu'il faille descendre plus bas encore, jusqu'à ce que Ribot {c, 174) appelle l'inconscient héréditaire, et l'incon-

l'associatioîn des idées

scient personnel, ou, en d'autres mots, jusqu'à lindividualité ; c'est elle qui est l'agent de la sélection qui se produit parmi les idées.

J'ai eu souvent occasion, au cours d'expériences d''association, d'observer sur moi-même l'effet de cette sélection. Ainsi le mot couleur a fait surgir simultanément dans mon imagination visuelle toutes celles de l'arc-en-ciel. Pourquoi une seule de ces couleurs, le rouge, a-t-elle déterminé la réponse, car la constellation n'était pas plus favorable aux unes qu'aux autres ? C'est que c'est celle qui m'a le plus intéressé.

L'intérêt n'est pas seulement provoqué par l'une des images candidates à l'évocation; il peut l'être aussi par l'un des sentiments de relation existant entre ces images et l'inducteur : si par exemple le mot roi évoque simultanément monarque et sujet, ces deux idées peuvent être également indifférentes, et c'est l'un des rapports, celui de surordination, qui peut intéresser, tandis que l'autre, d'équivalence, peut ne pas attirer l'attention.

Nous touchons ici à la question de Vévocatîon volontaire. Si le rapport qui doit relier la réponse à la question est prévu, l'évocation est volontaire ; c'est en effet cette association-là qui est voulue, de préférence à une autre. Ainsi, si l'on me demande : quelle est la cause du gel? et que je réponde: le froid. — De même si, pour un motif ou pour un autre, j'ai à chercher un synonyme au mot roi : parmi toutes les idées que ce terme éveille, c'est le mot monarque que je choisirai, non pas que ce vocable lui-même m'intéresse, mais parce que le rapport d'équivalence qu'il

l'enchaînement des faits de conscience 173

offre avec roi m'importe seul dans les circonstances actuelles.

Nous retrouverons ces différents cas en traitant de |la forme de l'association.

9° Induit. — L'induit peut être lui-même l'objet d'un certain travail de concentration ; et il sera nécessaire d'en tenir compte, lorsqu'on cherchera à apprécier l'association formée.

§ 3. — Association médiate.

Si deux représentations A et B sont liées chacune à une troisième, C, sans avoir jamais été associées entre elles, peut-il se faire que A évoque B, par l'intermédiaire de C, mais sans que ce terme soit luimême conscient? C'est là tout le problème de l'association médiate.

Hume, d'après. W. Smith, l'aurait pressenti ; c'est possible, quoique le texte invoqué du Traité de la nature humaine ne soit pas très explicite à cet égard ^ Mais, longtemps auparavant, Hobbes n'a-t-il pas voulu donner un exemple de cette sorte d'association, llorsqu'il raconte qu'au milieu d'une conversation sur la guerre civile d'Angleterre, quelqu'un demande tout à coup combien valait le denier romain, et que le lien, qui nouait ces deux idées — à savoir : la guerre

I. Hume dit : « ...Nous devons considérer que deux objets sont liés ensemble dans l'imagination, non seulement lorsque l'un est ressemblant ou contigu à l'autre, ...mais encore lorsque entre les deux se trouve interposé un troisième objet qui soutient avec l'un et l'autre quelqu'une de ces relations. « (Traité de la Nat. hum., i^e part., sect. iv, p. 22, trad. Pillon.)

L'7\^SSOC[\TION DES TOÉES

civile sous Charles P"", Charles P"" livré par les Ecossais pour deux cent mille livres sterling, Jésus-Christ livré par Judas pour trente deniers, — que ce lien n'a pu être retrouvé qu'après un peu de réflexion ? — Quoi qu'il en soit, c'est IIamilton (II, 355) qui a attiré l'attention sur l'association médiate par l'exemple suivant, devenu classique :

« Dernièrement, comme je pensais au Ben Lomond (montagne d'Ecosse), cette idée fut suivie immédiatement par l'idée du système prussien d'éducation. Or, il n'y avait pas de connexion imaginable entre ces deux idées. Un peu de réflexion, cependant, expliqua l'anomalie. Dans une dernière visite à la montagne, j'avais rencontré au sommet un gentleman allemand, et, quoique je n'eusse pas conscience des chaînons intermédiaires entre le Ben Lomond et les écoles prussiennes, ces chaînons existaient certainement. — L'Allemand. — L'Allemagne. — La Prusse. — Ces intermédiaires admis, la connexion des deux extrêmes était manifeste. »

Un tel phénomène ne peut s'expliquer, dit Ha- MiLTON, que par le principe de V association latente. Et il se sert, pour la faire saisir, de la comparaison suivante : « Si l'on place en ligne droite un certain nombre de boules d'ivoire qui se touchent et que l'on frappe dans la direction de cette ligne la première boule de la série, le mouvement ne se divise pas entre toutes les boules..., mais l'impulsion se transmet à travers les boules intermédiaires qui restent immobiles, à la boule qui est à l'extrémité opposée de la série, et qui seule entre en mouvement. Il semble qu'il se passe quelque chose d'analogue dans la suite

l'enchaînement des faits de conscience 175

de nos pensées. Une idée en suggère médiatement une autre, et cette suggestion traverse une ou plusieurs modifications qui ne se manifestent pas à la conscience. Les deux idées extrêmes correspondent ici aux deux boules dont l'une imprime et l'autre reçoit médiatement le mouvement. »

Les choses en étaient là lorsqu'en 1892, Scripture, — estimant que dans l'exemple cité par Hamilton, il n'était pas prouvé que les deux représentations soidisant associées médiatement n'aient pas été jadis simultanément présentes à la conscience, — porta la question sur le terrain de l'expérience.

Expériences de Sripture. — On présentait au sujet 2 séries de 4 couples chacune. Ces couples étaient composés, pour une des séries, d'un mot japonais (donc sans sens) écrit en lettres latines, et d'un mot écrit en caractères japonais ; pour l'autre série, d'un mot allemand, et des mêmes caractères japonais. Voici l'aspect d'une de ces séries (les caractères japonais sont remplacés par des lettres grecques) ;

Page 1