‹ L'Association des idées [electronic resource]Chapitre 26 sur 93 · JUSTES : FAUSSES : IMMÉDIATE ." DU TOUT : TOTAL: J · texte numérisé non relu

JUSTES : FAUSSES : IMMÉDIATE ." DU TOUT : TOTAL: J

11 conclut donc à la réalité de Fassociation médiate, puisque, sur 1/12 associations effectuées, il en a

l'enchaînement des faits de conscience 17-7

obtenu 46 indiscutablement médiates (au lieu de 35,

qui aurait été le chiffre probable).

MiîNSTERBERG (IV, i) a cherché, mais en vain, à [vérifier ce résultat par des expériences analogues, qui I s'adressaient non seulement à la vue, mais encore à

Touïe, à l'odorat, au tact.

Expériences de Mûnsterberg — I. Excitants acoustiques : Un assistant crie 5 mots au sujet ; immédiateiment après chaque mot, un second assistant prononce |une syllabe sans sens. — Idem pour une seconde série de 5 mots accompagnés des mêmes syllabes ; par exemple Briicke-Kun, Kaiser-pak, Eiche-sen... etc., et Katze- \pak, Gûte-Kun... etc. — L'épreuve se fait comme dans l'expérience de Scripture.

Résultats: associations possibles... 600

(120 exp. de lomots chac.) , — effectuées.. 280

— justes 39

On voit que le nombre d'associations médiates est plus petit que celui que le calcul des probabilités per- •

mettait d attendre, soit — — - = 4o.

î Mûnsterberg a fait deux autres séries, en remplaçant les syllabes sans sens par 5 sons musicaux différents, donnés par un tuyau d'orgue. Les nombres d'associations médiates obtenus (32 et 19) ont été cette fois un peu plus élevés que les chiffres probables (29,76 et 18).

II. Excitants olfactifs : Le son musical est remplacé par la bouffée de parfum que reçoit le sujet lorsqu'un assistant lui passe un flacon d'odeur sous le nez au moment où on lui a crié un mot. Cette série a l'avantage que la plupart des odeurs n'ont pas de noms pour les profanes et que, vu la faible aptitude des images olfac-

tives à la reviviscence, on n'avait pas à craindre cjue le chainon médiat surgisse dans la conscience.

Résultat : 3i ass. justes (prob. = 21) sur io5 assoc. effectuées.

m. Excitants tactiles : Le sujet étendait la main, on lui touchait Lin des doigts en lui criant le mot.

Résultat: 19 ass. justes (prob. — 2 3) sur ii3 assoc. effectuées.

IV. Excitants optiques : Le chainon médiat est constitué par un carré de papier de couleur.

Résultat : 19 ass. justes (prob. = i5,6) sur 78 assoc. effectuées.

Enfin d'aLitres expériences, cjui se rapprochent plus du dispositif imaginé par Scripture, donnent également un résultat négatif.

MûNSTERBERG en coHckit quG les résultats de Scripture doivent être erronés, soit que ce dernier n'ait pas été assez sévère dans le contrôle de ses résultats, et ait laissé passer comme justes les cas où, lors de la lecture des mots de la 2^ série, le mot de la i'"'' se présentait à l'esprit ; — soit que les sujets aient laissé passer comme justes des cas où le chaînon médiat n'était pas inconscient.

Les expériences de LIowe aboutissent au même résultat négatif. Sur 567 expériences avec excitants auditifs, 8 cas seulement d'associations à forme médiate, et sur ces 8, une seule qui soit à l'abri de la critique. — Sur 961 expériences avec excitants visuels (reproduction du dispositif de Scripture) 72 cas apparents d'associations médiates dont i ou 2 seulement seraient des associations médiates incontestables. Les doubles séries utilisées étaient de 6 termes chaque.

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W. G. Smith n'a pas été plus heureux. Il a cherché à rendre sa méthode plus rigoureuse que celle de ses prédécesseurs. Ses doubles séries comptaient au total I G couples ; au lieu de provoquer ensuite les associations avec chacun des 10 mots présentés, il n'employait dans ce but que 3 des mots de la série. (Si l'on fait plus de 3 épreuves associatives par série il y a trop de chances, dit-il, pour que le sujet ne se borne qu'à répéter les termes évoqués auparavant, ou, au contraire, ne s'efforce à indiquer les termes qui n'ont pas encore été évoqués pour éviter les ré- I pétitions). Il a réparti ses expériences en 5 groupes, selon qu'elles étaient wissentlich ou unwissentlichÇc' està dire suivant que les sujets en connaissaient ou non le but), selon la durée de présentation des couples, selon que ceux-ci étaient nouveaux ou familiers aux sujets. Dans chacun de ces groupes, les associations 1 franchement médiates n'ont guère dépassé, ont même I été souvent inférieures à leur nombre probable. Si > l'on prend les résultats totaux, on ne voit nulle part j une prépondérance des associations médiates.

I' Récemment, Cordes a renouvelé la tentative d'obtenir i par l'expérience des associations médiates. Il présentait successivement au sujet une série de cartes portant des I mots, et une autre portant des syllabes sans sens. Simul- I tanément à la présentation de chacjue carte, le sujet était soumis à une excitation accessoire très faible (parfum, i son, piqûre, etc.), excitation quiétaitla même pour une carte de la i""*^ série et une carte de la seconde. Les mots accompagnés d'un certain excitant allaient-ils évoquer de préférence les syllabes jointes au même excitant ? Le résultat fut absolument négatif.

Dans d'autres expériences, Cordes employa un excitant accessoire intense, mais laissa écouler un long intervalle de temps entre la présentation de la première et de la seconde série. Il obtint ainsi c[uelques associations d'apparence médiate, mais que l'auteur se refuse à regarder comme telles. Pour lui, l'association médiate est, comme l'association vulgaire, une chaîne à deux (et non à trois) anneaux ; ce qui la caractérise, c'est que l'induit est un complexus de représentations, dont une partie seulement est remarquée du sujet. Cordes distingue, lui aussi, unbemerki et unbewusst, ce qui me parait une pure question de mots. — Néanmoins, le travail de Cordes est des plus intéressants, grâce à l'analyse très minutieuse que l'auteur a donnée des états subjectifs des sujets.

Mais si l'expérimentation de laboratoire s'est refusée jusqu'ici à nous montrer l'association médiate comme un fait d'observation, il est des autres cas où il semble légitime de la considérer comme une hypothèse CÂplicative probable. C'est ainsi qu'AscuAFFEN- BURG (I, 245), au cours de son important travail sur l'association, a remarqué que la connexion entre deux idées, dont l'une avait évoqué l'autre, était parfois absolument inintelligible si l'on ne^ supposait pas quelque chaînon intermédiaire qui ait servi de trait d'union entre les deux. Ainsi Leiharzt (médecin d'un prince) n'a pu évoquer le mot Prophet qu'en passant par le mot Prof essor, resté lui-même inconscient; poudre n'a pu évoquer Collomb qu'en passant par les mots inventer et découvrir, etc.

Féré (a 336) raconte qu'un malade souffrant de migraine avait associé l'idée de Jeanne d'Arc au mot bis-^

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cuit: « Ce mot avait éveillé successivement l'idée d'une assiette de biscuits disposés en quadrilatères superposés, puis celle de bûcher, et enfin celle de Jeanne d'Arc. Les deux représentations intermédiaires avaient été trop faibles pour être considérées comme réelles parle sujet luimême. »

Pour ma part, je préfère encore à ces observations plus ou moins piquantes et ingénieusement interprétées, celles que Ton fait constamment sur soi-même : il sera sans doute arrivé aussi à mes lecteurs de voir surgir tout à coup dans leur conscience une idée ou une image que rien ne semble avoir préparée. L'autre jour encore, je feuilletais un ouvrage de physiologie, quand subitement je vois dans mon imagination un coin de paysage, un chalet dans un pâturage que je reconnais pour celui où j'avais passé la nuit avec des amis, lors d'une excursion en Savoie faite il y a douze ans, et à laquelle je n'avais certes pas pensé depuis des mois, sinon des années. Pourquoi cette évocation ? pourquoi ce paysage plutôt que les mille autres que j'avais contemplés à la même époque ? Je n'ai pii y trouver aucune raison. Pour ce cas, et pour; les semblables, admettre une association médiate me semble le seul moyen d'échapper à l'hypothèse de la « reproduction libre » .

Les phénomènes de synopsie ne sont-ils pas parfois le résultat d'une association sous-jacente, dont le chaînon médiat serait, ainsi que l'a supposé Flournoy i(a, 2t), un état affectif? Et, de fait, bien rares sont les personnes qui, trou vaut, par exemple, quel'o est jaune , 1 remarquent en même temps la légère émotion que leur I causent cette lettre et cette image chromatique.

Claparède. H

N'arrive-t-il pas parfois que, pensant à quelqu'un, on voit tout à coup surgir Fimage d'une autre personne ; et l'on se rend bien compte que c'est un rapport de ressemblance qui est à la base de l'association ; mais on est incapable de trouver quel est le caractère commun qui constitue la ressemblance de ces deux personnes, ou ce n'est qu'au bout de quelques instants qu'on y parvient. Si, dans une association par ressemblance de deux représentations abc et cde, le terme moyen c n'est pas aperçu, n'avons-nous pas une association médiate typique ah — (c) — de ?

Mais je ne veux pas insister sur des exemples qui n'ont pas fait l'objet d'une obserA^ation rigoureuse. Je préfère, pour tâcher de sauver l'association médiate de la situation compromise où elle se trompe aujourd'hui, rappeler les faits prouvés et admis de tous d'incubation intellectuelle, de rêveries subconscientes, d'imagination subliminale (cf. Flour?jot, é) qui prouve-it surabondaimment la possibilité d'enchaînements en dehors de la conscience.

Et toute cette modification du contenu mental, cérébral, que produit chaque nouvelle impression, la constellation, n'est-elle pas le résultat de multiples associations médiates grâce auxquelles, à chaque instant et absolument à notre insu, varie toute notre économie psychique.^

Psycho-physiologiquement, d'ailleurs, le mécanisme de l'association médiate est explicable. Sans nous arrêter à la conception de Wundt (c, 36 i ; cT) qui admet que, dans l'association médiate, le chaînon commun est, non pas inconscient, mais obscurément conscient, conception qui, à supposer qu'elle si-

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gnifîe quelque chose, part évidemment d'une idée préconçue du mécanisme psychologique, — notons que Mûnsterberg (IV, 8) lui-même reconnaît que l'explication physiologique de la reproduction médiate (si elle était prouvée) n'offrirait pas de plus grandes difficultés que celle du phénomène de la perception ou de la mémoire.

Mais pourquoi alors les expériences de laboratoire destinées à la mettre en évidence ont-elles généralement échoué ? Si l'on se reporte aux conditions où celles-ci ont été faites, on remarque que : ou bien le temps d'exposition des couples était assez long pour que le signe commun fût bien aperçu, et alors ce signe réapparaissait au moment des épreuves d'évocation, ce qui les rendait sans valeur; ou bien le temps d'exposition était trop court pour que le signe pût être remarqué, et, naturellement, Texpérience échouait, mais sans que cela prouve rien contre la possibilité — dans des conditions meilleures — d'une association médiate (i).

I. Il faudrait donc que les conditions d'expérience soient telles que le signe commun ait une action psychique sans avoir besoin d'être perçu, donc d'être plus ou moins remarque. J'ai pensé que cette condition serait réalisée si cet élément commun était, non une impression sensorielle, mais une légère émotion. J'ai donc combiné une série de lettres et de chifires écrits sur des cartes de teintes diverses, placés de travers, ou ayant certains défauts d'exécution, etc. Une seconde série de cartes répétait ces mêmes teintes ou ces mômes défauts. Il n'y a pas de doute que chacune de ces teintes, ou de ces défauts aient provoqué chez le sujet une légère émotion, esthétique, ou de surprise, etc., qui aurait pu jouer le rôle de terme médiat. Les quelques expériences que j'ai faites jusqu'ici n'ont donné cependant que des résultats négatifs.

l'associatio.^ des idées

Pour qu'une association médiate se produise, il faudra donc que deux représentations A et B aient été liées chacune suffisamment fortement à une troisième C, et que, au moment de la reproduction, cette dernière reste inconsciente. La première de ces conditions se réalise souvent : nous avons lié à un même mot, bis par exemple, un sens français, un sens latin et un sens allemand, sans avoir peut-être jamais remarqué la pluralité d'images rayonnant autour de ce symbole unique, et toutes fortement liées à lui. Quant à la seconde condition — l'inconscience du terme médiat, — il est assez difficile d'expliquer comment elle se réalise, et pourquoi un courant nerveux partant de A, assez puissant pour évoquer B à travers G n'est pas assez fort pour évoquer l'image G elle-même. On peut admettre cependant que les conditions physiologiques de réviviscence exigent une énergie plus grande que les conditions jDhysiologiques d'un simple processus associateur, et que, suivant les caprices de la constellation, A et B puissent se trouver aptes à entrer dans la conscience, tandis que leur intermédiaire G en est elle-même exclue. — Il peut se faire aussi — et c'est ainsi que s'explique Faction de la constellation, — que l'évocation médiate soit le résultat du concours de plusieurs associations, chacune trop faible pour être consciente'. L'évocation médiate serait alors l'aboutissant d'un

I . Ceci était écrit lorsqu'à paru le tome 1 des Grundzilge der Psychologie (I'Ebbiinghaus (Leipzig, 1*902) ; c'est avec plaisir que j'y ai trouvé (p.Gôg) la même explication de l'évocation médiate que celle formulée ci:dessus.

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double système d'associations divergentes puis convergentes :

Tout cela est encore assez peu clair, et il est difficile de savoir si l'association médiate est la raison véritable de l'évocation d'idées sans lien apparent avec celles qui occupaient l'esprit à l'instant précédent, ou s'il faut admettre en outre l'évocation libre.

§ 4. — Ordre de l'évocation.

Les images peuvent être évoquées simultanément ou successivement. Cette particularité a engagé quelques auteurs à regarder comme fondamentale la difïerence des associations simultanées et successives ; ainsi WuNDT ; mais cet auteur (c, 333) convient luimême qu'il ne s'agit pas là d'une diversité de l'association elle-même.

On a depuis longtemps reconnu que l'ordre dans lequel les images sont reproduites ressemble à celui dans lequel les impressions ont été reçues., James MiLL (I, 80) considérait comme la loi générale de l'association ce fait que « nos idées naissent ou existent dans l'ordre dans lequel les sensations dont elles sont les copies, ont existé » ; et cet ordre, ajoute-t-il, peut être synchrone ou successifs Liebmann (cité

I. Bourdon («, 677) conteste cette subdivision; d'abord, pour une question de terminologie, absolument insignifiante, à

par Trauïsciioldt, 221) désigne cette loi sous le nom de Princip der identischer Reihenfolge.

En réalité, il faut dire que l'ordre d'évocation tend' à être le même que celui de la présentation. De nombreux facteurs, en effet, modifient cet ordre.

Il est aisé de comprendre pourquoi des impressions expérimentées simultanément tendent à être évoquées simultanément. Les impressions appartenant à un même objet, par exemple. C'est que, dans ce cas, l'intérêt s'est porté sur leur ensemble même, et toute la force associative s'est trouvée, pour ainsi dire, uniformément répartie. Il n'y a donc pas de raison pour que, si une des portions de cet objet est représentée, l'image des autres portions ne le soit pas de même. En outre, le processus, probablement d'ordre affectif, grâce auquel une série d'impressions diverses nous sont données comme appartenant à un même tout, doit évidemment être reproduit lui-même et contribuer à rendre l'évocation simultanée.

Lorsque la présentation est successive, on peut concevoir, pour les raisons données plus haut (p. 45 et s.) et sur lesquelles il est inutile de revenir, que l'évocation soit, elle aussi, successive. Notons ici que l'évocation successive implique l'évocation simultanée : lorsque je repasse en pensée ce que j'ai fait ce matin, je vois défiler dans ma mémoire une série de

mon sens. « L'ordre synchrone, c'est-à-dire la simultanéité, n'est pas le moins du monde un ordre. » Qu'est-ce, alors? — Je ne puis comprendre la portée de la critique de Bourdon, ni sa tentative de faire rentrer la succession dans le synchronisme, ou celle de remplacer la formule de James Mill par celle-ci : « Nos idées et nos sensations, quand elles sont semblables en qualité, le sont aussi en ordre. « (??)

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tableaux dont chacun est lui-même l'objet d'une évocation simultanée.

Gomment se fait-il alors, si l'ordre de présentation règle celui de la reproduction, que l'on puisse penser successivement aux diverses portions d'un objet qui nous ont toujours été présentées simultanément? — Comment, au contraire, pouvons-nous réunir en une seule représentation des objets que nous avons certainement perçus successivement?

Lorsque nous pouvons nous rappeler successivement les diverses parties d'un objet, c'est que, sans doute, au moment de la présentation, nous avions porté successivement notre attention sur chacune d'elles. On retombe alors sur l'explication de l'évocation successive. Si tel n'a pas été le cas, il est fort douteux que l'on puisse ensuite se remémorer successivement ces parties. Ainsi on peut connaître très intimement quelqu'un et être incapable de dire quelle est la forme de son nez, ou la couleur de ses yeux, ou la disposition de ses cheveux, etc. On peut admirer un beau tapis d'Orient, avoir à la mémoire ses couleurs vives et chatoyantes, mais être incapable de

) revoir en pensée les dessins de son ornementation.

Il peut arriver au contraire que des impressions reçues successivement soient l'objet d'une évocation

, simultanée. Souvent, les témoins appelés en justice certifient avoir vu se passer en même temps des phénomènes qui, vérification faite, n'ont eu lieu qu'à plusieurs minutes ou qu'à plusieurs heures de distance. Si nous pensons à un certain paysage admiré lors d'une excursion de montagne, il nous arrive quelquefois de réunir sur un même tableau intérieur

l'associyVtion des idées

l'image d'un pâturage, et celle d'une sommité apparaissant dans le lointain, qui n'était en réalité pas visible de ce pâturage-là, etc. Nous avons donc évoqué simultanément des impressions dont la présentation avait été successive. Comment cela est-il possible? Il est évident que, puisque cette substitution partielle de paysage est possible, c'est que tous les éléments formant notre tableau intérieur du pâturage n'étaient pas également associés : notre intérêt, probablement, s'était attaché aux uns plus qu'aux autres ; une portion de ce paysage s'est alors détachée du tout pour tomber dans l'oubli. Mais notre imagination ne nous permet pas de conserver une lacune dans notre champ visuel, même dans notre champ de la vision mentale. Cette lacune doit être comblée. Comment l'est-elle? Dire que nos souvenirs visuels occupent, comme nos perceptions visuelles, une certaine place plutôt qu'une autre, dans notre champ visuel, c'est assurer, en vertu du parallélisme, qu'il existe un certain processus cérébral ^ correspondant à ce phénomène de localisation externe, c'est-à-dire processus qui est le corrélatif, non du contenu de la vision mentale, mais de la disposition spatiale de ce contenu. Appelons m le processus plus spécial correspondant à la localisation dans la moitié inférieure du champ visuel, et m' celui qui est corrélatif de la localisation dans la moitié supérieure de ce champ. Reprenons notre exemple ci-dessus, et supposons,

I. Ce processus a lui-même sa source dans les impressions envoyées au cerveau par les diverses parties de la rétine, dont chacune a un signe local différent, ainsi que par les diverses impressions musculaires, variant avec la position de l'œil, etc.

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pour simplifier, que la vision de notre pâturage im- • plique le processus /n, que c'est tout le contenu de la moitié supérieure du champ visuel, se rapportant à ce paysage-là, qui a disparu. Le processus m' (dont le fonctionnement est indissolublement lié à celui de m), ayant alors ses A^alences libres, tendra à évoquer un des autres contenus avec lesquels il s'est trouvé en contiguïté. Mais des millions d'images différentes X, y, z... ont fait partie de notre champ visuel supérieur. Laquelle donc va être appelée à venir compléter le paysage du pâturage? Ce sont les facteurs ordinaires de l'évocation qui vont décider de la chose : la constellation, l'état affectif sous-jacent. On comprend donc que le paysage ne soit pas complété par les cinq étages supérieurs d'un immeuble locatif, ou par les tours d'une cathédrale (objets qui se sont trouvés fréquemment en relation avec la partie supérieure de notre .champ visuel), mais par des images empruntées à des paysages de montagne, et tout naturellement, par une image empruntée à la même excursion et de nature à pouvoir s'adapter à la première, c'est-àdire répondant au même état affectif que la première :

paysage. \^ \ 2 ^ paysage

sup

inf.

sup.

inf.

Souvenirs généraux de l'excursion, sentiments, etc., communément associés à chacun des deux paysages,

Tout le phénomène se ramène en somme à une association par ressemblance : les deux fragments de paysage ont ceci de commun qu'ils ont été vus au cours d'une même excursion, que de mêmes images, sentiments, etc., sont associés à l'un et à l'autre et qu'ils peuvent être imaginés dans un même champ visuel.

Tout ce que nous venons de dire se rapportait au sens de la vue. Les mêmes remarques peuA^ent être faites pour les autres sens : lorsque nous percevons plusieurs sons, ou plusieurs odeurs, etc., à la fois, nous ne pouvons les évoquer successivement que si nous avons successivement porté notre attention — lorsque c'est possible — sur chacune de ces impressions isolément.

Il est par contre fort douteux qu'un individu qui n'aurait jamais entendu que des sons successifs puisse les évoquer simultanément, et soit capable ainsi de se rendre compte de leur assonance. On peut en dire autant des goiits et des odeurs. Ces impressions ne pouvant affecter une disposition spatiale , tout changement dans leur ordination temporelle entraîne une modification qualitative.

Pour le sens du tact, la question est difficile à trancher, grâce à la difficulté que nous avons à conserver et à évoquer des images tactiles pures, n'étant pas aussitôt traduites en images visuelles. Pour le sens musculaire, il en est de même. Je ne puis, pour ma part, avoir simultanément les images musculaires (stéréoesthésiques) de plusieurs positions de mon bras.

On peut encore se demander pourquoi, une image

l'enghaitvement des faits de conscience igi

étant donnée, celles qui vont être évoquées dans notre j)ensée ne se déroulent pas dans l'ordre inverse de celui i delà présentation. Nous avons déjà envisagé plus haut (v. p. 128 et s.) cette question. Aux raisons que nous avons alors indiquées s'en ajoutent d'autres, si, au lieu de ne considérer que deux images, on en considère toute une série. Je reviens, par exemple, d'une promenade faite dans une ville inconnue, et j'essaie de la refaire en pensée : il me sera notablement plus facile d'y arriver, si je parcours mentalement les lieux dans le même sens qu'en réalité. Cela provient tout d'abord, non seulement de ce que la force associative est plus grande dans un sens que dans un autre, mais aussi de la différence qualitative des images et des rapports entre les objets qui s'offrent à nous, suivant que nous parcourons un chemin dans un sens ou dans un autre \ En second lieu, pour repenser à l'envers une route suivie, nous devons nous représenter que notre corps est tourné dans l'autre sens que celui dans lequel il était réellement. Pour les personnes qui, lorsqu'elles pensent à une promenade faite, se représentent qa'elles sont dans leur propre corps, c'est une difficulté de plus de penser en sens rétrograde, puisqu'elles doivent encore lutter contre les associations qui ont pu se créer entre une cer-

I. D'une façon générale, le renversement d'une succession d'idées ne modifie pas seulement l'ordre de ces idées, mais modifie aussi la qualité des sentiments qui l'accompagnent : ainsi la succession des trois mots mille, cent, dix, provoque un sentiment de décroissance ; à dix, cent, mille correspond une idée de crescendo . — C'est pour une raison analogue que le renversement d'une mélodie en altère complètement la physionomie, etCi

taine direction de leur corps et un certain aspect des divers objets qu'elles ont pu rencontrer : objets qui se trouvaient à leur droite, par exemple, et qu'elles seraient alors obligées de se représenter comme étant à leur gauche.

§ 5. — Forme de l'enchaînement.

Si l'on prie un sujet d'écrire dix mots à la suite d'un mot donné, on remarque que l'enchaînement de ces mots peut revêtir divers types. Tantôt le fil des idées est continu, chaque mot étant évoqué par le précédent; tantôt c'est le test donné qui joue le rôle d'inducteur pour toute la durée de l'expérience ; tantôt on obtient des formes intermédiaires, la chaîne formée est plus ou moins continue ou ramifiée. On a ainsi un type en série, un type en étoile, un type mixte, un type en Y, etc.

Voici quelques exemples de ces divers types d'enchaî- . nement, que j'emprunte à des documents inédits, datant de 1892, et recueillis par M. le Prof. Flourxoy, au laboratoire de Genève ; les chiffres surmontant chaque mot indiquent l'ordre dans lequel ils sont venus sous la plurne :

12 34 Blku - ciel - oiseau - hirondelle - vol

' — noir - pie - fruit - pomme - poire - etc.

l'enchaiivement des faits de goasgie^ce igS

f — rond I

y — feutre 2

^^1- plume 3

j — modiste 4 , 1 • 1

/ . . . r ( — multicolore 7 f — «^g^ette 5 l ^ >

Ciel

a 1 — l^ec 8 oiseau D — <'

I — aile 9

[ — pattes 10

— étoile I

— lune 2

— Dieu 3

— air 4

oiseau 0

Ces exemples, qu'il est inutile de multiplier ici, laissent bien voir Faction cle la constellation, de l'intérêt surtout, sur l'enchaînement des idées. On ne peut dire, d'après les documents que j'ai sous les yeux, si chacun de ces types répond à un type psychologique indi^dduel déterminé : une même personne peut présenter chacun des types d'enchaînement ci-dessus énumérés. C'est, sans doute, du degré d'intérêt que possède chacun des mots que dépend la forme de l'enchaînement : lorsque le test est très intéressant, il reste fixé dans l'esprit et influe d'une façon constante sur les évocations subséquentes.

Ascïiaffenburg (I, 258) a remarqué de son côté ces différences dans la façon d'écrire des associations suivies ; il pense qu'elles tiennent à des différences individuelles.

Bornons-nous à noter, en attendant que cette question soit étudiée à nouveau, que l'association est incapable à elle seule de rendre compte de la forme de

i()4 l'association des idées

renchaînement même le plus simple des idées. Nous ignorons, il est vrai, la nature de ce processus d' « intérêt », grâce auquel Pinfluence d'une représentation reste prépondérante et domine ou dirige les variations du contenu mental. Mais nous en savons assez pour comprendre qu'il s'agit là d'un phénomène étranger au processus associatif proprement dit et qui le dépasse.

§ 6. — L'évocation implique-t-elle l'association ? — Représentations libres.

A plusieurs reprises nous avons remarqué que l'association n'était parfois pas capable de rendre compte de l'évocation ; mais nous avons toujours supposé que l'association était un facteur indispensable à cette dernière. En est-il réellement ainsi

A propos de l'association médiate, nous avons mentionné certains cas, familiers à tous, où une image surgit brusquement dans notre esprit, sans qu'il nous soit possible de trouver une cause à cette production soudaine. On invoque alors quelque association médiate ; parfois, on parvient à justifier rétrospectivement cette supposition ; mais souvent aussi, on ne peut y réussir. L'association médiate n'est alors qu'une hypothèse, en face de laquelle se dresse une autre hypothèse non moins légitime, celle de V évocation libre : une représentation peut être évoquée dans la conscience autrement que par une autre représentation.

Herbart avait bien remarqué l'existence de ces

l'enchaînement des faits de conscience igS

représentations survenant sans causes clairement déterminables (^frei steigende Vorstellangeiï) et il en explique ingénieusement l'apparition : chaque représentation a une tendance propre à surgir, aussi surgit-elle dès qu'elle n'est plus inhibée par une autre plus forte qu'elle. La reproduction libre est la conséquence d'un acte négatif : la suppression d'un obstacle. Ainsi s'explique, d'après lui, la renaissance des pensées au moment où l'on sort du sommeil. Malheureusement, il est diffïîcile de comprendre d'où les représentations tiennent cette « tendance à surgir ».

Il faut d'abord s'entendre sur ce terme d'évocation libre ou spontanée : cela ne veut pas dire que cette évocation soit sans cause, mais que cette cause est en dehors de l'association. Il s'est produit en faveur de la doctrine de l'association une sorte d'emballement qui a empêché de considérer sous toutes leurs faces les problèmes connexes. Est-il bien certain que toute évocation soit le résultat du jeu d'associations, c'est-àdire de processus impliquant le fait que l'induit et d'inducteur ont satisfait antérieurement à la loi de simultanéité subjective Il faut reconnaître que non.

KtjLPE (191) est le premier parmi les psychophysiologistes qui ait franchement formulé ce doute. D'après lui, la théorie de l'association ne rend pas compte de l'apparition des représentations libres ; — • elle n'explique pas non plus que des perceptions aljsolument nouvelles puissent évoquer des idées associées, puisque ces perceptions, étant nouvelles, n'ont jamais pu exister préalablement dans la conscience avec les idées qu'elles évoquent aujourd'hui : ainsi,

toute nuance évoque en nous un nom de couleur, ou tout au moins le mot « couleur » ; mais il est certain que nous n'avons pas expérimenté toute la série infinie des nuances possibles. De même, nous n'avons pas expérimenté la quantité infinie des intensités, des grandeurs spatiales d'une même perception. Comment donc, par exemple, la vue de ce signe A, qui est peut-être le premier que nous voyons de cette forme et de cette grandeur, évoque-t-il en nous l'idée de la lettre a? — Ces derniers faits ne constituent pas, ainsi que Kulpe le reconnaît lui-même (si je ne me trompe), un argument contre l'association, carils peuvent être expliqués par elle : ces impressions qui varient en intensité, en grandeur, en nuances, ont cependant quelque chose de commun, leur forme, ou le sentiment auquel ils sont liés (V. plus haut, p. 6i) et peuvent donc être ramenés à la contiguïté. Mais il n'en est pas de même pour les représentations libres, qui restent pour le moment inexpliquées par l'association, ou qui ne peuvent l'être qu'au prix d'une hypothèse.

Il est intéressant de noter ici qu'un psychologue contemporain, Sollier(io7, 1 1 1) — qu'on n'accusera pas d'être un métaphysicien, puisqu'il s'efforce de réduire la question de la mémoire à un problème de psycho-mécanique, presque de psycho-électricité — en arrive aussi à concevoir la possibilité de « l'évocation de souvenirs n'ayant entre eux aucun lien d'association, soit de ressemblance, soit de contiguïté dans le temps ou dans l'espace ». Cet auteur se base précisément sur la brusque apparition de certains souvenirs, surtout dans des états pathologiques.

l'enchaînement des faits de conscience 197

Dans ces cas « l'évocation des souvenirs ne tient pas tant à la mise en jeu d'un état moléculaire déterminé qu'à la quantité de potentiel dont disposent à un mo ment donné les centres cérébraux », c'est-à-dire qu'un état dynamique cérébral dont le potentiel correspond à celui d'états moléculaires anciens produit l'évocation des représentations correspondant à ces états moléculaires. Sollier considère aussi comme « évocation potentielle )> celle qui est due à des états émotionnels.

Rappelons encore le cas des réponces fausses qui se présentent si fréquemment dans les expériences d'association. On a présenté au sujet, par exemple, des syllabes et des nombres qu'il devait associer. On lui montre ensuite une de ces syllabes : elle évoque le souvenir d'un nombre qui n'est pas un de ceux qui ont été présentés. Pourquoi ce nombre nouveau P Les lois 'qui ont présidé à cette modification du souvenir peuvent-elles être uniquement ramenées à l'association, même à la constellation ? Et l'évocation elle-même de ce nombre nouveau par une syllabe avec laquelle il ne s'est jamais trouvé en contiguïté, peut-elle être scientifiquement ' ramenée à l'association? Tout ce que celle-ci explique, me semble-t-il, c'est que le sujet, lorsqu'on lui présente une de ces syllabes, réponde par un nombre — puisque l'idée d'un nombre a été associée à chacune de ces syllabes — plutôt que par toute autre chose, mais Fassociation n'explique pas pourquoi c'est ce nombre fantaisiste, plutôt que tout autre, qui surgit dans la conscience ^

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